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CONVERSION ET THÉOLOGIE

Piatt a raison de dire que la conversion est souvent régie par un schéma théologique et d'interpréter, contre Starbuck et James, la plupart des grandes crises émotives du type Bunyan comme un arrangement littéraire ou comme le résultat de suggestions doctrinales. Il est certain que moins coiisidérable est le rôle que la théologie assigne à la conversion, moins nombreux sont les phénomènes d'excitation affective et d'agitalion mentale qui l'accompagnent. En somme, la conversion brusque, instantanée, le bouleversement subit de toute l'âme, sont plus rares qu'on ne le dit, et se rencontrent surtout chez ces (( contradictoires simultanés ou successifs » dont nous venons de parler, chez des instables, ou chez des gens à conscience morale singulièrement vive, qui, n'ayant pas fait le bien qu ils aiment et ayant fait le mal qu'ils haïssent, réagissent hrus({uement contre leur abaissement moral et subissent la brusque impulsion de l'idéal qu'ils avaient gardé.

De même le cours de la conversion est en partie régi par la théologie (i) :

I) Nous avons cite plus liaut une déclaration importante de Jonathan Edwards. Voici une importante remarque de Vinet, citée par Rambkrï (I, 3iGi

« La théologie du Réveil impose une marche au développement de la vie l'eligieuse. Il y a une histoire orthodoxe de la conversion et de ce qui la mil. Les choses doivent se passer d'une manière, et dans un certain ordre, ?t non autrement. Bien averti de tout cela, on s'y prèle; on s'impressionne irliliciellement; on se fait des senlimenls factices. L'àme perd toute naïveté, a spontanéité disparait, et la relig-ion du cœur devient une mécanique. Le Réveil, avant tout, consulte ses sensations. »

Neavman dit de même [Lectures on justification) : « On essaie de nous convertir en nous donnant l'obsession de la conversion... L'auditeur éprouve :el ou tel sentiment parce qu'on lui dit de les éprouver, parce qu'il pense

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Ainsi, dans certaines confessions, la nécessité du sentiment du péché et de l'abolition de TefTort, le « surrender ». Ailleurs la plupart des conversions sont, au contraire, de forme nettement positive, orientées vers l'avenir et la recherche de l'idéal nouveau, et l'important, pour le sujet, n'est pas de cesser d'agir, mais d'avoir commencé à agir.

Les religions ont ainsi, — et différent selon les temps, — leur schéma favori de la conversion, qui n'est au fond qu'une illustration psychologique de leur doctrine de la Grâce. Par exemple, si la nature est radicalement déchue, la Grâce est indispensable, avec son opération miraculeuse, et son apparition tranche d'une façon éclatante sur le cours de la vie naturelle. L'homme, mort dans le péché, est irrésistiblement converti par la Grâce. La Réforme, et les sectes issues d'elle, reprendront souvent ce thème. Pour la Formule de Concorde, l'homme ne peut ni agir ni coopérer « nihil operatur,sed tantiim patitur; mère passive se habet ». La conversion luthérienne se

devoir les éprouver, parce que ses voisins prétendent qu'il les éprouvent ' d'où la véhémence, le tumulte, la confusion.

Les piétistes ont concentré leur attention sur eux-mêmes, sur leur état d'âme, sur leur conversion, sur les progrès de leur sanctification personnelle: ils ont passé leur temps à se tàter le pouls.

Imposant au développement religieux des fidèles l'ordre de leur dogmatique, ils ont lu l'expérience à travers cette dogmatique, ou recouru à des moyens factices pour produire dans les consciences cette succession métho dique d'expériences morales, et en particulier « ce combat de pénitence convulsif et désespéré qu'ils exigeaient de quiconque se convertit.

Cf. Hugh Bensoiv (Confessions d'un converti) : « Personne n'est jamais entw dans la Cité de Dieu avec aussi peu d'émotion que moi. J'avais l'impressioi d'être devenu absolument insensible; et je n'éprouvais ni joie, ni tristesse, n crainte, ni exaltation... Il n'y avait rien en moi, me semblait-il, qu'une certitude absolue d'accomplir la volonté de Dieu en entrant dans son Église. »' — j Newman (Henri Brémond, III, 1907), p. 894 et suiv., écrit aussi que ces.émo-j tions religieuses ne sont pas l'essentiel. Elles ne font pas changer de vie Mais elles peuvent aider, par exemple au début, à aimer la vie nouvelle elles sont une compensation des premiers dégoûts et des premières souf frances.

Mais ce n'est pas être religieux que d'être ainsi ému ; et le danger est que quand ces sentiments disparaissent, on croit avoir perdu la foi.

On peut citer de même, dans le mouvement revivaliste, les critiques d Chauncy contre Edwards; le tort d'attacher aux émotions une importanc extraordinaire: l'émotion devient le signe de la présence de l'Esprit.

résume en deux temps; l'effroi de la conscience et l'appropriation de la justice du Christ par l'apparition de la foi : terreur et confiance passivement reçues.

La notion méthodiste est proche de la luthérienne par la subite saisie de la conscience; elle en est distincte par son caractère de changement moral et de retour aux bonnes œuvres.

De môme, toutes les religions et les philosophies à vue pesshniste quant à la nature humaine admettent volontiers la [nécessité du brusque écroulement du mal et de l'apparence, et ide la subite apparition de l'intuition ou de l'illumination qui sauvent; ainsi certaines formes du bouddhisme, ainsi la «conversion transcendantale » de Schopenhauer.

L'autre courant, dont le semi-pélagianisme est le meilleur exemple, pose la notion d'une grâce simplement coopérante; la Réforme même n'y a pas échappé : ainsi le synergisme d'un Melanchton. Le catholique ( classique » vise à se reconquérir, lion par ses propres forces, mais comme s'il était seul; résoluion motivée à laquelle la commotion sensible n'est nullement nécessaire. Le Miracle, le boule versemeat de la Grâce disparaît ici dans la coopération, qui suppose un effort et un travail régulier, et la Grâce sensible tend à s'effacer, puisqu'elle peut agir et qu'elle agit le plus souvent sans être perçue, et qu'en tout cas il n'y a pas d'opposition radicale entre la Nature et le Surnaturel (i).

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