LE SCHÉMA DE LA CONVERSION
Le schéma classique de la conversion est le suivant : Première phase : inquiétude, sentiment de faiblesse et d'impuissance; impression de manque et d'imperfection, rêverie
(i) « La joie n'est pas la noie nécessaire de la conversion, cf On peut être converti depuis long^temps sans sentir la certitude consolatrice. La Foi peut même coïncider avec la détresse infinie du doute à l'égard de soi-même. » HuBY, La Conversion. ^Beauchesne.)
pensive, dépression, analyse morbide de soi-même, peur de l'avenir, ébranlement douloureux des convictions antérieures ; tels sont les principaux symptômes que décrivent les sujets. Sur ce fond trouble, une lueur vague ; l'idée d'une guérison possible. En présence de cette idée l'esprit reste cruellement agité et contradictoire (i), ou bien il s'attarde, incapable de décision.
• Deuxième phase : crise plus ou moins brusque, plus oi moins irrésistible. Attrait, aspiration, volonté séduite; volonté saisie par une action intérieure, afflux de passivité; seutimeiil de délivrance et d'apaisement, de confiance dans la réalité, d'adaptation de toute l'âme au nouveau principe de vie.
Troisième phase : apaisement, vie nouvelle. L'affectivité est calmée, l'intelligence est satisfaite (2).
Voici, par exemple, comment Wells décrit sa conversion à sa religion nouvelle (3) :
Première phase :
Conscience intime d'un désarroi sans issue.
Deuxième phase :
La pensée de Dieu se présente à l'àme en détresse; au premier abord, ce n'est là qu'une idée qui n'implique aucun élément positif, aucune croyance. Elle demeure quelque temps latente, et flottante dans l'esprit insatisfait. On ne croit pas encore en Dieu, mais on se rend compte que, s'il existait un être semblable, il fournirait la consolation et la direction dont on a besoin. Sous l'empire de cette conviction, on poursuit cette idée et on la creuse.
Troisième phase :
Alors, soudainement, à son heure, Dieu vient. Cette expérience capitale est une perception certaine, immédiate de Dieu.
(i) Quelquefois même négatif et révolté. Il va des négations, qui sont des commencements d'affirmation, qui recouvrent des tendances positives.
(2) Cette phase s'accompagne i^arfois de modifications psycho-sensorielles^ (Voir James, Variétés, i85, note 2.)
(3) Wells, Dieu, l'Invisible Roi, i43.
C'est une impression analogue, — mais plus complète et plus intime, — à celle que l'on éprouve aux côtés d'une personne tendrement aimée et en qui l'on a une entière conliance.
Dès ce moment, la vie est transformée.
La première phase peut manquer, au moins en apparence, comme dans le cas de Bradley, de Ratisbonne. C'est la conversion instantanée et explosive, dont on peut pourtant, dans bien des cas, déceler les antécédents subconscients.
Autour de ce schéma, on pourrait grouper bien des modes variés; certaines altérations, certaines nuances peuvent prédo- )miner :
le passage d'un mode de vie à un autre; le changement;
l'opposition, la division, le moi partagé ; le conflit et la solution ;
l'insatisfaction, la tension, l'inquiétude, le vide; l'apaisement, la détente, la dépression et l'excitation ;
la douleur et la joie.
Et toutes ces attitudes, tous ces jeux de sentiment, tous ces couples peuvent se compliquer, comme nous l'avons dit, d'idées théoriques et d'impératifs moraux, ou rester à l'état confus, airectif; d'oii la prédominance parfois du sentiment du péché, de la souillure, de la répugnance de soi.
Pour la même raison, la conversion oscille entre deux grandes formes : la forme juridique, la justification forinsèque, par imputation des mérites d'un autre, le fond du sujet restant substantiellement le même (qu'on se rappelle la doctrine luthérienne);
la forme mystique, la transformation totale, fabsorption dans le divin par disparition de la personnalité; qu'on se rappelle nos descriptions antérieures.