LA PROFONDEUR DE LA CONVERSION
Il faut se rappeler d'abord qu'il y a des conversions appa rentes. Souvent le converti est demeuré au fond le même; ou du moins, la transformation n'est pas si radicale qu'il parait Souvent l'individu tâtonne et cherche, alors même qu'il a l'aï de s'en éloigner, précisément ce qui le fixera ensuite. New^mai disait justement que le premier point à éclaircir, lorsqu'il e question de changement des certitudes religieuses, c'est d savoir quelles sont au juste les doctrines, à la certitudj desquelles, avant ou après sa conversion, le converti a dû renoncer; il y a peu de religions qui n'aient quelques points communs', pivots sur lesquels s'opère le changement.
Le P. Mainage, dans son intéressant livre sur la Conversion, a traité ce point. Il distingue justement des conversions simulées ; des conversions superficielles, dictées par une sentimentalité inconstante, comme celle de George Sand au temps oii elle était élève au pensionnat des Anglaises; des conversions sincères et profondes, mais oîi le sujet ne persévère pas, ou qui subissent de longues éclipses ; des conversions sincères et profondes, mais qui laissent subsister des vestiges évidents d'habitudes antérieures; Huysmans, après sa conversion, garda le plus grand nombre de ses défauts-, c'est ce que remarque aussi Sageret (i) ; enfin, des conversions intégrales et durables.
S'il fallait croire à la lettre le témoignage des mystiques, la conversion serait radicale, étant transformation totale. ]Mais il y a cliez eux plus de prétention à la transformation totale et à l'abolition du moi, que de réalité; et, sauf un assez petit nombre de cas, de tels états sont transitoires. Néanmoins on ne peut nier qu'il n'y ait chez eux un changement bien n d'attitude, et c'est chez eux peut-être que l'on trouverait plus de différence entre l'homme ancien et l'homme nouveau.
(i) Les Grands Convertis. Durtal, en devenant catholique, ne change pj L'Oblat nous dépeint un Durtal identique au curieux pécheur de jadis.