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L'INFLUENCE

« La conversion de quelqu'un qu'on aime est un appel ». (2) Le prestige de Claudel a récemment entraîné au catholicisme tout un groupe d'amis. Il en a toujours été de même dans tous les cénacles.

L'exemple du personne chère souvent pénètre peu à peu la vie et fait fondre l'opposition. Le journal si curieux et si raffmé d'Elisabetli Leseur le montre bien (3). Cette femme du monde, si ardemment et si suavement catholique, avait pour mari un médecin, mondain et incrédule, qui chercha à la convertir. Mais en la voyant très malade, et qui puisait dans sa foi sa belle force morale, il cessa ses instances. Son étonnement devint du respect, puis de l'admiration. Ayant accompagné sa femme à Lourdes avec l'idée de confirmer de ses yeux l'image que lui en avait fournie le livre de Zola, il ne sentit s'éveille^ que de la sympathie pour les manifestations pieuses dont il éta le témoin. Il emporta une inoubliable impression d'Elisabeth en prière au pied de la croix.

Il était toujours rationaliste, mais l'action d'Elisabeth devint toujours plus forte et surtout au cours de sa dernière maladie.

Après sa mort, la lecture de son testament spirituel opéra en lui une révolution morale. Il comprit le sens de cette existence et commença à apprécier la splendeur de la foi dont il avait constaté de si merveilleux effets : « Je sentis Elisabet

(i) Batiffol, La Conversion dun évèque {Correspondant, tio décembre 192c

(2) De Bordeu, cité par Mainage, Les témoins du renouveau catholiqi p. 81.

(3) Journal et Pensées de chaque Jour, Paris, de Gigord, 1920.

disparue en apparence, venir à moi, me diriger. » Et, comme elle avait dit qu'il se convertirait grâce à son sacrifice, cette affirmation agit aussi.

Il désira connaître le catholicisme et se convertit.

Quantité de cas de ce genre pourraient avoir pour épigraphe cette pensée d'Elisabeth Leseur : « Les idées grandes ou saintes, les convictions profondes ont souvent pour véhicule auprès des âmes le charme et l'influence personnelle de ceux qui les représentent » (i) ou encore : « Etre une influence sans être une profession de foi ».

Grande est l'influence d'une chère image, qui n'est plus. Transfiguré par la mort et médité par le vivant, un tel fantôme hante puissamment. Dans son témoignage d'un converti, Ghéon rapporte le début de sa conversion à son ami Dupouey, dont il subit l'obsession depuis qu'il a été tué sur l'Yser.

« Je n'ai pas le bonheur de croire, mais Dupouey a fait ce « miracle qu'il m'a déjà rouvert les portes de la foi; je crois passionnément à son éternité et à sa glorification céleste ; je « communique avec lui, et par lui avec un au-delà qui se pré- « cise mal encore, que mon esprit ne réalise pas ainsi que « le voudrait mon cœur, selon ce qui nous est enseigné. Mais, « de cette espèce de grâce, incomplète et déjà si douce, je voue « une reconnaissance émue au cher grand Dupouey » (2).

C'est Souvent à une personne que l'on se convertit, au moins autant qu'à une Eglise. Le Père Loyson, à Rome, convertit plusieurs dames au catholicisme dont il était en train de se détacher. M""* Mallet lui reprocha de présenter à ses pénitentes l'image du catholicisme de ses rêves pour les faire entrer dans une Eglise qui était l'antithèse de ces rêves (3).

(i) Journal, i58.

(2) GiiÉoN, Témoignage d'un converti, 119.

(3) HouTiN, Le Père Hyacinthe, 206, n.

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