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DE LA FOI AU DOUTE

Plus intéressant est le passage de la foi au doute. En un sens, on peut dire que le doute est inhérent à la foi. Un sentiment aussi complexe, et tout pénétré d'intellectualité, tout chargé d'idées et d'argumentation admet des oscillations, des fluctuations, des éclipses, des réserves. Ainsi dans Fétat de foi, et même dans l'acte de foi, on l'entrevoit. Sous cette forme, oii le nom de doute est à peine légitime, nous l'avons étudié plus haut.

Le passage de la foi naïve à la foi conscienle de soi, à la foi critique, implique parfois un ébranlement, une mise en question, une revision, une recherche, avant la prise de possession définitive.

Enfin, plus précisément dessiné, le doute, qui apparaît là oii la foi fléchit, peut s'installer de façon chronique et définitive, ou encore aboutir à un changement de religion ou i l'incroyance raisonnée et systématique. Il apparaît encore dam l'état inverse, dans la recherche de la croyance, dans l'orien tation vers la foi. Il est un moment, une étape de la couver sion lente; il correspond à cette phase d'inquiétude que nou avons déjà signalée, où s'exprime le heurt de l'état qui fléchi et de l'état qui vient.

La foi étant habitude sociale, croyance et sentiment, peut être atteinte d'une triple manière, et quelquefois simultanément :

Comme changement d'habitudes et passage d'un groupe à un autre ;

Comme croyance qui fléchit parce qu'elle cesse de répondre à l'état de l'esprit, ou qu'elle est mise en discussion;

Comme passion qui se flétrit.

Dans le premier cas, c'est le changement, le heurt, l'insécurité et le sentiment d'étrangeté et de nouveauté qui accompagnent la rupture des habitudes.

Dans le troisième, c'est l'épuisement de la passion dont le sujet se lasse et qui cesse d'être lui-même; ou encore la montée au jour d'une passion neuve; un autre aspect de la personne, demeuré latent, ou amené à la clarté par révolution du caractère ou encore sa transformation : sublimation ou antithèse, ou développement de la passion qui pivote autour d'un centre.

Un esprit qui ne se retrouve plus dans ses raisons de croire, une âme qui ne se retrouve plus dans ses aspirations; la rupture d'harmonie avec les habitudes, avec le régime, avec le milieu; voilà donc le doute religieux. Toujours une modification plus ou moins complexe et profonde de l'équilibre interne, qui fait que l'on se déprend et qu'on cherche, non sans inquiétude, autre chose que ce qu'on a.

La forme afl'ective du doute, c'est l'amortissement, ou les moments lâches et ternes de la passion; ou encore le choc de passions contraires; dans les deux cas l'hésitation afl'ective, une sorte de suspension sentimentale ; ou encore les alfaiblissements du sentiment de soi, la dépersonnalisation commençante : l'univers moins coloré, moins réel, la confiance qui se

retire, par relâchement de, la tension mentale; les modifications de la perception externe ou interne au début de certaines psychoses. Dans cette forme du doute s'exprime l'affaiblissement, l'ébranlement de la personnalité; il traduit un changement, une transition qui s'ignore.

Sous sa forme intellectuelle, le doute est oscillation mentale, indécision de l'esprit, conflit de jugements; d'où un état affectif pénible, qui va du simple malaise à l'angoisse, et l'agitation mentale, défense vaine et multiforme, qui se substitue à l'action. Le conflit de jugements peut aboutir à un chaos indéfinissable de sentiments indéterminés, de représentations obsédantes, d'émotions subites et d'actes inutiles. Il arrive souvent que le choc des raisons contraires cesse d'être présent, actuel, et qu'il subsiste comme simple choc, comme incoordination, comme état suspensif, en quelque sorte, 011 les représentations ne sont plus formulées. Un état de ce genre précède souvent le conflit des motifs. Dans les deux cas il y a, sous le conflit de jugements, rupture des automatismes, du cours normal de l'idéation et de l'humeur; précédée ou suivie de tentatives pour aboutir à une stabilisation nouvelle. Dans les formes graves et aiguës, c'est comme un « chavirement » de la pensée.

Le doute est aigu ou chronique ; exprimant, dans le dernier cas, l'impuissance du sujet, Tagitation mentale, le travail stérile, incapable de parvenir à une conclusion. Il est spontané et involontaire, maîtrisant le sujet; ou, au contraire, dirigé par lui, instrument de recherche entre ses mains.

Le doute est ainsi une oscillation sans arrêt, parfois avec inclination dans un sens, mais pourtant sans acquiescement véritable; dès qu'on incline, on sort presque du doute; on^ opine déjà. Le doute est avant tout l'impossibilité de termine] de conclure, d'arriver à un système, à un arrêt.

Il implique des sentiments bien divers; d'abord ceux qu expriment le doute lui-même, l'état d'indécision, de lutte, d< conflit; puis ceux qui dépendent de l'objet du doute.

Le doute est parfois maladie; maladie causée par le doute, )u doute expression d'un trouble profond; et à cause de cette naladie, une impuissance plus aiguë ou plus générale.

Le doute pathologique est bien connu; on a parfaitement inalysé les douteurs pathologiques, l'hésitant, l'inquiet, l'inlécis, le scrupuleux, rhypercritique, l'opposant, à l'état de crise, u chronique; le douleur qui doute sans raison ou contre la aison, et qui ne sait pas ou ne peut pas sortir de son doute; elui qui est impuissant à peser, à doser et à se satisfaire de a probabilité ; il lui faut des certitudes énormes et seul autrui »eut les lui donner et seulement un instant. Il est toujours à état de doute latent, et le doute réel qui surgit n'est que la orme momentanée de son état d'oscillation. « Impuissance à rrèter ce travail incessant de la pensée s'exerçant continuellelent sur elle-même sans jamais arriver à aucun résultat défiitif » (i), telle est sa formule. Un abaissement de la tension sychologique, si Ton veut; et de l'agitation consécutive, omme les défiants et les soupçonneux, qui finissent toujours ar être dupes de quelqu^un et dupes achevées, le douteur accroche souvent à l'obsession, expression, consolation et mrment de son incomplétude.

On peut distinguer ici encore début, état et déclin, dont )ici le tracé schématique :

1° Un système de croyances commence à fléchir; d'où clioc, irprisc, ou simplement malaise, sourde inquiétude. Le doute ;ut naître de façon insidieuse ou brutale.

L'attention s'oriente vers le point menacé; d'où un afllux î représentations et de sentiments.

(i) Falrkt, Folie raisonnante, Soc. inédico-psych., 18O6.

38o • LA RELIGION ET LA FOI

La nouvelle croyance s'ébauche ; quelquefois, à titre d simple possibilité, elle se trouve avoir précédé le doute.

2° Oscillation ; coexistence des deux systèmes ou successio rapide d'affirmations indécises et momentanées.

S** Terminaison brusque: quelquefois avec rappel léger d doute évanoui ou léger trouble persistant.

Terminaison progressive, réorganisation; abandon de croyance remplacée par l'incroyance systématique, ou par ur croyance nouvelle, ou retour à la croyance ancienne.

Le doute apparaît souvent bien plus tôt qu'on ne croit. I foi enfantine, soutenue par l'action indirecte de l'entourag par son action directe, c'est-à-dire par l'enseignement et 1( conseils, par le développement personnel, est exposée, el aussi, à toute espèce de conflits ou de fléchissements. Comir Pratt l'a bien montré dans son beau livre (i), l'enfant pei professer un mythe, sans se faire illusion sur sa valeur (2 ou il peut faire aux dogmes qu'on lui propose des objeclioi très précises. Brown cite un enfant de quatre ans, qui disai en réponse à la toute-puissance de Dieu : « Si j'ai monté l'esc lier, peut-il faire que je ne l'aie pas monté? » Dans ui observation que l'on m'a transmise, une enfant de cinq an à tous les dogmes, à tous les mystères qu'on lui enseigD| répond imperturbablement : « Maman, je ne crois pas cela. Et cependant, c'est une enfant docile, à dispositions religieuse el que l'Evangile attendrit.

Ces doutes, ces objections, cette opposition apparaisse surtout entre douze et quatorze ans. ils proviennent, pour u

(I; Pratt, The religions conscioasness.

12) Nombreux cas cités par Barth, Der Hiinmel in der Gedankenwe

iind II jàhriger Kinder (Monatsbldtter fiir den ev. Religions anterricht. 191

onne part, de l'enseignement religieux lui-même ; soit de sa iiblesse, soit de ses imprudences. Ghéon signale très justelent la première de ces raisons dans l'afïaiblissement de sa 3i enfantine :

« Notre bon aumônier n'essayait pas d'entrer en concurence, par cet attrait vivant qui captive les jeunes esprits, vec nos professeurs d'humanités et de sciences.,. Sur notre hamp sacré, les connaissances purement humaines empiraient chaque jour (i). »

De nombreux jeunes gens ont été mis en garde contre les logmes, ou contre l'histoire sainte, par certaines explications, lu par des réponses aux objections, que leur signalaient leur ►rofesseur d'instruction religieuse. Les apologies maladroites ont pleines de péril. Ce n'est pas à tort que Loisy écrit (2) :

« M. Vigouroux était alors et il est demeuré le grand apoogiste catholique de la Bible. Mais je dois dire que son inseignement et ses livres ont plus fait pour me détourner les opinions orthodoxes en cette matière que tous les ationalistes ensemble, Renan compris. »

Souvent la foi disparait très simplement, sans crise et sans ingoisse, parce que l'enfant ou le jeune homme passent à un lutre milieu et à d'autres préoccupations intellectuelles; c'est à un phénomène fréquent dans les états de civilisation, oii

(i) Témoignage d'un converti, p. i5.

(2) Choses passées, 58. — De même, Franklin écrit : « Quelques livres contre déisme tombèrent entre nos mains; ils prétendaient résumer en substance les sermons prêches aux « Conférences Bayle ». Il se trouva qu'ils produiirent sur moi un effet tout contraire à celui qu'ils visaient; les arguments les déistes, qu'ils citaient pour les réfuter, me parurent beaucoup plus onvaincants que la réfutation ; en un mot, je devins bientôt un partait léiste. » Cité par W. Riley, Le Génie américain^ p. 34.

l'éducation est areligieuse et la majorité indifférente ou hostile.

Souvent, du reste, la foi n'avait été qu'apparence; comme dans lé cas décrit par Albert Bayet :

« Ce n'est pas à la suite d'un grand drame intime que j'ai renoncé aux idées chrétiennes. Je me suis plutôt aperçu, par des épreuves répétées, que ces idées étaient comme posées sur moi, mais qu'aucun lien ne m'attachait à elles. Elles me semblaient toutes simples, et, n'y pensant pas, je croyais y croire; en y songeant, je me suis avisé qu'elles m'avaient toujours été étrangères. Je les ai quittées alors sans regret : car on ne saurait regretter ce qu'on n'a jamais aimé (i). »

De même, le témoignage de Rimsky-Korsakov nous met en présence d'une religiosité très faible, et qui n'a point de peine à se dissiper (2) :

« Élevé dans une famille profondément pieuse, j'étais, dès mon enfance, assez indifférent pour la prière. En faisant m 3 prière matin et soir et en fréquentant l'église, je n'avais en vue que d'obéir à la volonté de mes parents. Chose étrange, en priant j'ai risqué parfois des paroles sacrilèges, comme pour éprouver Dieu et afin de savoir s'il m'en punirait ou non. Gomme il ne m'en punissait pas, le doute naissait dans mon cœur ; parfois le remords me tenaillait ; mais autant que je me souviens, je n'en souffrais pas trop.

« Gamin de douze ans, je harcelais ma mère de questions sur le libre arbitre. Je lui faisais remarquer que s'il est vrai que tout se passe sur la terre selon la volonté de Dieu, l'homme doit quand même être maître de ses actes, et que, par suite, la volonté de Dieu ne doit point intervenir ; car comment pourrait-il laisser l'un de nous commettre de mauvaises actions et l'en punir ensuite ?

« Pendant les deux dernières années passées à l'Ecole navale, deux de mes camarades m'assurèrent que « Dieu

(ij Albert Bayet, Les idées mortes^ 26.

(2j Rimsky-Korsakov, Ma vie musicale, p. 22.

n'existait pas et que tout cela ne sont que des inventions ». L'un deux me disait qu'il avait lu « la Philosophie de Vollaire ». Je me suis aisément rangé à l'avis que « Dieu n'existait pas et que tout cela ne sont que des inventions », Au fond, cette pensée m'inquiétait peu et je ne songeais ludiement à ces graves questions ; seulement, ma religiosité, déjà faible, disparut entièrement, et je n'en éprouvais aucune soif spirituelle. »

Il suffit parfois d'un rien pour dissiper la religiosité de lenfance. Proudhon raconte qu'une plaisanterie d'un de ses cousins, au milieu d'uue prière faite en famille, le troubla au point qu'il ne put jamais plus prier du fond du cœur (i). Plus lard, pourtant, il eut un regain de foi. Se sentant appelé à devenir un apologiste du christianisme, il voulut lire le pour et le contre et, cette fois, tout ce qui lui restait de croyance' s'évanouit définitivement.

Dans le cas de Bernard Leroy (2), le sujet constate peu à

peu qu'il ne lui reste rien de ses croyances religieuses, que

l année de philosophie a achevé de dissiper; mais c'est une

onstatation calme et progressive, sans crise. Dès l'adoles-

•cnce, il avait opéré dans les dogmes une sorte de triage, et

lombreux étaient ceux auxquels il ne pensait jamais. Vers

louze ou treize ans, la géologie lui parut contredire l'Ecriture

ainte; plus tard, il trouva quelque difficulté à concilier la

)onté de Dieu avec les conditions qu'il impose à ses créatures,

ivant de les admettre à un bonheur parfait. Mais c'étaient

à des embarras plutôt que des doutes; il restait con-

> aincu ; il savait qu'il comprendrait plus tard ; ce qu'il ne

oniprenait pas n'en restait pas moins irréfutable. L'effa-

ement des croyances s'est donc fait en une année, et très

ran(juillement.

(i) Proudhon, Correspondance, t. i, p. 27. (2) Rernard Lkroy, Confession d'un croyant.

Taine (i) raconte que jusqu'à l'âge de quinze ans, il était chrétien et ne s'était jamais demandé ce que vaut cette vie, d'oii il venait, ce qu'il devait faire.

« La raison apparut en moi comme une lumière ; je commençais à soupçonner qu'il y avait quelque chose au delà de ce que j'avais vu; je me mis à chercher comme à tâtons dans les ténèbres. Ce qui tomba d'abord devant cet esprit d'examen, ce fut ma foi religieuse. Un doute en provoquait un autre, chaque croyance en entraînait une autre dans sa chute... »

Les trois années qui suivirent furent douces ; ce furent trois années de recherches et de découvertes.

Malgré la chute de son christianisme, il avait conservé les dogmes de la religion naturelle : Dieu, l'àme, le devoir.

Au cours de ses années de philosophie, il les examina et y trouva des probabilités, aucune certitude. D'oîi un scepticisme général, qui le réjouit d'abord, dont il s'attrista à la fin.

Puis, fatigué de contradictions, il défendit le panthéisme à outrance et se mit à en parler en artiste. Il s'y complut, ce fut son salut.

Comprendre l'opposition des systèmes, apercevoir l'encha nement et l'ensemble; telle fut la solution.

Dans le cas de Benedetto Croce, nous voyons le conflit des dogmes et de la réflexion amener comme un commencement de crise religieuse.

Dans ses dernières années de collège, il subit une crise « soigneusement cachée par moi à ma famille, et à mes amis mêmes, comme une honteuse infirmité ».

Cette crise fut provoquée par le directeur du collège lui même, ecclésiastique pieux et théologien savant, qui eut l'i prudence de vouloir administrer à ses lycéens (afin de raffermir dans la foi) quelques leçons sur ce qu'il appelait la

[ij Taine, Corresp., t. i, p. 20.

« philosophie de la religion » ; levain jeté clans un esprit, inerte jusque-là en face de ces problèmes. L'ébranlement de sa foi lui inspii^a une assez grande tristesse et beaucoup d'inquiétude. Il rechercha (comme le malade recherche une médecine) des livres d'apologétique qui le laissèrent froid; quelque adoucissement lui fut apporté par les œuvres d'hommes sincèrement religieux; les Prisons de Pellico, par exemple, dont il baisa parfois les pages avec un transport de joie. Et puis il s'étourdit, emporté par la vie, sans plus se demander s'il était ou s'il n'était pas croyant,, continuant à accomplir, par habitude et par respect des convenances extérieures, certains rites, jusqu'au jour oii peu à peu il les abandonna. Il s'aperçut alors, et il se dit clairement « lui-même qu'il était complètement affranchi des croyances religieuses (i) ».

Dans d'autres cas, la foi disparaît doucement, parce qu'elle cesse de répondre aux exigences affectives du sujet.

Dans une observation que j'ai recueillie, M'^^ S. s'explique ainsi :

« Pourquoi un tel changement? Simplement parce que je n'avais plus besoin de Dieu. La foi profonde, active, je l'éprouvai de 14 à 17 ans. Or, pendant ces années-là, je connus des chagrins violents, causés par la mort de personnes aimées. A cause de cela et de bien d'autres choses encore, je vécus alors dans un désarroi moral assez grand pour me donner le besoin d'avoir quelqu'un qui me soutînt, me guidât, me consolât. En même temps, j'étais à l'âge oii on apprend l'existence des problèmes métapiiysiques, et oii on les résout avec une

(i) Bened. Ghocb, « Critique de moi-même » Revue de métaphysique, 1919, p. 7.

sereine audace, parce qu'on veut une solution à toutes les questions. Je me fis une idée de Dieu qui répondît à ce besoin d'appui moral et de certitude métaphysique. Tant que l'un et l'autre me furent nécessaires, je donnai à Dieu une place prépondérante dans mon existence. Mais, plus tard, ne souffrant plus, ayant retrouvé le calme et appris à suspendre mon jugement devant l'incertain, Dieu me devint moins nécessaire, et j'y pensai de moins en moins. Au bout d'un certain temps, le sentiment religieux avait disparu, sans que mes convictions religieuses eussent été ébranlées. Mais à partir de ce moment, celles-ci n'ayant plus de raison d'être, étaient à la merci du moindre choc. Elles furent, en effet, détruites par des arguments moins puissants que ceux auxquels elles avaient complètement résisté autrefois. Et je ne souffris pas de la mort de ma foi, parce qu'elle ne faisait plus partie de ma vie. Seulement, pendant un certain temps, dans les minutes graves, je demandai à Dieu de m'aider, élan aussitôt réprimé par la sensation du silence qui seul me répondait, et cela ne laissait pas d'être douloureux. Mais ce dernier vestige, lui aussi, disparut comme une habitude que l'on perd. »

C'est ainsi qu'Emerson quitta l'Unitarisme, non parce que les Ecritures étaient en conflit avec la science, mais parce que ses révélations intérieures débordaient la religion révélée. Son | incrédulité procédait d'une foi plus profonde, qu'aucun sym- 1 bole ne satisfit jamais.

Il eut toujours en répugnance la notion d'Eglise, et même celle de secte, et ce qu'elles impliquent d'arrêt de développement, de répétition, de formalisme. Il n'y voyait « qu'un élégant incognito pour s'épargner la peine de penser :« Il reprochait au mystique lui-même de clouer à un symbole un sens ne varietur. Il en voulait au christianisme de fermer i les horizons de l'àme avec son culte qui immobilise, avec ses personnes saintes autour desquelles tournent des rites à date j fixe.

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