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LA CRISE DE DOUTE

La crise de doute, entre l'incroyance et la croyance, a les mêmes allures que la crise de conversion. Nous pourrions répéter, à son propos, la plupart de nos remarques antérieures. Le schéma psychologique est le même; et, comme plus haut, cette crise d'âme est le plus souvent aussi une crise de situation oii interviennent toute espèce de considérations sociales ou mondaines.

Dans le cas de l'historien Green, nous voyons la crise réduite à son expression la plus simple et conduite par des considérations intellectuelles. Les controverses théologiques lui parurent s'effondrer, mesquines et vaines, devant le nouveau livre de Darwin sur l'homme et son origine. « Sacrifice, Justification, Inspiration, tout cela paraîtra à nos enfants aussi absurde que nous paraissent à nous le gnosticisme et la transsubstantiation. Je ne dis pas qu'une religion rationnelle soit impossible... mais pour y arriver, il nous faut jeter aux balayures les théologies vieillies et fanées de l'enfance du monde. »

Le cas du Père Hyacinthe Loyson présente un intérêt particulier. Sa « conversion » à rebours n'est pas un changement radical. C'est la prédominance définitive d'un des deux aspects îonslants de sa nature, le libéralisme, contre l'autre, le tradiionalisme. C'est le sentiment définitif que sa vocation n'est )oint dans son Ordre ni même dans l'Eglise.

foute sa vie s'est passée à la recherche du haut idéal chréllien à travers les institutions du christianisme et les désillu- •ions successives. Sacerdos in aeternum; un sacerdoce qu'il ef fa jamais renié, mais qu'il a seulement travaillé à élargir et à grandir. Et il s'est accroché aux institutions, tant qu'il a pu Hus il se sentait entraîné vers le libéralisme, plus il se rejetait

op-

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iiivoloiitaireaient vers les formes les plus matérielles de la religion.

Il n'a jamais cessé d'être, contre unepuissante sollicitation intérieure, profondément amoureux d'une religion positive. Les papiers de « Charles Venient », publiés parle « Mercure de France » (i),nous montrent comment il s'est arrêté sur la pente du théisme pur, du radicalisme religieux, encore qu'il fût vivement tenté d'aller plus loin. Charles Venient représente cet aspect extrême, radical de sa nature, un groupe cohérent et stable de tendances et de préoccupations, cristallisé en une demi-personnalité imaginaire, et qui prend un nom. A lui s'oppose l'autre tendance, la voix profonde de la subconscience, la conciliation de la religion et du pur monothéisme par le mystère des mystères, « coexistence du Fini et de l'Infini ». « La grande erreur de Charles Venient est de ne pas savoir s'arrêter et de ne voir qu'un côté des choses. » Le Père Hyacinthe a été l'un et l'autre, mais à mesure qu'il avançait dans la vie, la voix de Charles Venient se faisait plus distincte, sans arriver pourtant à dominer son interlocutrice.

La peur du traditionalisme et même du christianisme remonte à son adolescence. Il y a toujours eu des doutes chez lui, et particulièrement à certains moments vifs de sa vie religieuse. Au sein de son enfance chrétienne, parfois le christianisme lui apparaissait menaçant, contraire à l'inspiration des auteurs dont il faisait sa lecture favorite.

Son premier doute apparut à 12 ans, dans le recueillement de la prière, et au moment oii il venait de renouveler sa première communion. « Si cela n'était pas? » se dit-il en pensani à la présence réelle, et, de son propre mouvement, il demanda que sa communion suivante fut retardée.

Un peu plus tard, en i844) la conversation de Liszt provo qua chez lui des angoisses d'incertitude.

(11 i6 sept. 1913.

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