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que de Lui ; raisonnable, par ce qu’elle est motivée, propter Deum . Vous n’obéissez à l’homme qu’autant qu’il est le ministre, l’envoyé de Dieu, minister tibi in bonum.... a Deo missus ad vindictam malefactorum , laudem vero bonorum.
Ces paroles du prince des apôtres sont encore plus explicites que celles de saint Paul. Les rois et les chefs des nations sont envoyés par Dieu pour punir les méchants et récompenser les bons. Donc le caractère de leur légitimité devant Dieu est facile à reconnaître. Le but de leur mission est de faire observer la justice, d’appliquer la loi du bien et du mal, d’établir et de • maintenir l’ordre dans la société. Donc, s’ils ne le font pas, ils manquent, ils sont infidèles à leur vocation ; car la puissance ne leur a été donnée par Dieu qu’à cette fin, et tous les moyens qu’ils ont à la main comme princes ou gouverneurs des peuples doivent y être employés. S’ils les tournent à leur intérêt propre, au détriment de de la chose publique, ils deviennent des ministres prévaricateurs, et ainsi agissant contre leur mission, ils perdent avec l’assistance et la grâce de celui qui les a envoyés, leur véritable force, la sanction de leur autorité, de leur légi-
timité. Alors, comme l’histoire le montre, Dieu brise ses instruments et s’en choisit d’autres, toujours pour la même fin, et après les trônes renversés, les dynasties chassées ou massacrées, et tous les désordres, toutes Jes calamités que les révolutions traînent avec elles, l’ordre se rétablit sous l’autorité de ces puissances nouvelles, appelées à leur tour à devenir les ministres de Dieu pour le bien et devant s’affermir et se légitimer par leur fidélité dans ce sublime ministère, dans l’accomplissement de cette haute fonction, qui les fait les représentants de Dieu sur la terre, et les dominateurs de leurs semblables au nom de Dieu et pour Dieu: propter Deum.
Tel est, il nous semble, le vrai sens des paroles apostoliques en ce qui concerne l’obéissance aux puissances. Ces textes sont la base de la doctrine de l’Église en cette matière, et la conduite de l’Église dans les temps de révolution, et au milieu des bouleversements qu’ils amènent, a toujours été conforme à cette doctrine, laquelle peut se formuler en ces termes : On doit l’obéissance à la puissance constituée, au gouvernement établi , et l’on reconnaît
qu’une puissance est constituée et un gouvernement établi, quand ils maintiennent l’ordre dans la société et y font régner la justice. L’Église déclare un pareil gouvernement respectable et ayant droit à l’obéissance, propter Deum, c’est-à-dire à cause du bon ordre qu’il fonde et de la justice de Dieu qu’il réalise. Donc ceux qui lui résistent, en tant qu’il est ministre de Dieu pour le bien, résistent à la volonté môme de Dieu. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne puisse faire des représentations et même des oppositions à certains actes du pouvoir, quand il se trompe ou dévie ; cela est toujours permis, mais à la condition que la fin de l’opposition ou de la résistance soit de l’éclairer, de le redresser, et non de le renverser.
L’Église veut donc qu’on obéisse à un tel gouvernement, d’abord, parce qu’il agit conformément au droit naturel, ou en harmonie avec son institution et sa fin ; tout gouvernement étant institué pour le plus grand bien de ceux qu’il régit, et la fin de la société , qui est l’intérôt commun de tous ses membres, ne pouvant être accomplie que par le maintien de l’ordre et le respect de la justice. Puis, l’Église a encore un
autre motif pour recommander l’obéissance à la puissance établie , ministre de Dieu pour le bien-, c’est que, comme Église catholique ou universelle, instituée par Jésus-Christ pour ramener les âmes aux voies de Dieu et les introduire dans le royaume éternel, elle ne peut faire son œuvre d’une manière générale parmi les hommes, c’est-à-dire les préparer et les initier aux grâces de la vie surnaturelle dont elle est la dispensatrice , que si les conditions morales de la vie naturelle sont remplies. Elle ne peut les élever au règne de la grâce, que si la loi naturelle est accomplie ; car, à l’exemple de son divin fondateur, elle n’est pas venue pour détruire la loi , mais pour l’observer, la développer et la perfectionner. Elle est donc satisfaite quand les gouvernements lui préparent le terrain par le maintien de l’ordre et de la justice au milieu des peuples; car ils sont institués à cette fin, et alors ils remplissent leur mission.
A ce titre l’Église les reconnaît, veut qu’on les • respecte, et traite avec eux comme ayant la légitimité du fait, sans ^ingérer dans la discussion de la légitimité du droit , pour laquelle elle se déclare incompétente.
Ce premier point nous semble donc mis hors de doute, savoir : que l’Église en nous prescrivant d’obéir aux puissances , entend les puissances constituées, les gouvernements établis qui maintiennent l’ordre, font observer la justice, et, à ce titre, sont ordonnés par Dieu même dont ils sont les ministres pour faire le bien.
Upe seconde question se présente. Si la puissance constituée devient oppressive, tyrannique; si, abusant de son autorité dans un intérêt privé et au détriment de la chose publique, soit dans sa direction générale , soit par des actes particuliers, elle marche contre sa fin, qui est le bien de tous, que devra faire le chrétien , le catholique ? Pourra-t-il résister en conscience , au moins dans certains cas , ou bien l’obéissance que l’Église lui impose à l’égard de la puissance est-elle passive et absolue ? Doit-il se soumettre même devant l’évidence de l’injustice , devant l’iniquité flagrante ?
Nous ferons d’abord remarquer que l’obéissance purement passive , strictement absolue , est impossible à l’homme, à moins qu’il ne soit tout à fait dégradé et devenu semblable à l’animal muet et sans raison. L’homme est une
créature intelligente et libre , et il doit rester libre et intelligent , dans quelque position qu’il se trouve, sous peine d’abjurer sa nature et les droits de l’humanité. Il faut donc que sa raison et sa liberté aient leur part dans tout ce qu’il fait ; autrement son action ne serait ni humaine, ni morale : ce serait un mouvement animal ou mécanique. Donc, quelle que soit son obéissance à Dieu ou aux hommes, elle doit toujours être raisonnable, suivant les paroles de l’apôtre: rationabile obsequium vestrum1 , par conséquent réfléchie, délibérée, motivée et voulue. Un homme ne sera jamais une machine, et par quelque force qu’on le domine, quelque ascendant qu’on exerce sur lui , on devra toujours compter avec lui en quelque chose, et faire une part, si minime qu’elle soit, à sa volonté. Dieu qui a pu nous créer sans nous, dit saint Augustin, ne peut pas nous sauver sans nous. Il faut à l’action de la grâce le concours de la volonté créée. A plus forte raison dans l’action de l’homme sur l’homme, il faut la coopération de l’homme, c’est-à-dire la réaction plus ou moins