‹ La religion et la liberté (volume 2)Chapitre 14 sur 152 · Rom., xix · texte numérisé non relu

Rom., xix

intelligente de celui qui obéit à celui qui commande.

Or, l’Église, dépositaire et maîtresse de la parole évangélique, sait, comme son divin fondateur qui sera avec elle jusqu’à la fin des temps, ce qu’il y a dans l’homme. Bien loin de tendre à dégrader l’humanité, elle cherche toujours à la relever, à l’ennoblir en la délivrant de tout ce qui peut la rabaisser et l’asservir. Elle a un immense respect pour l’homme dans tout ce qu’elle fait avec lui et pour lui; et ainsi, nonseulement elle tâche par tous les moyens de développer sa conscience, son intelligence, sa liberté, afin qu’il parvienne à la perfection de sa nature, à la plénitude de l’humanité ; mais encore, comme ministre de la grâce, elle veut l’élever plus haut, l’exalter au-dessus de luimême et en faire une nouvelle créature, participant à la vie même de Dieu. Comment donc pourrait-elle lui prescrire une obéissance aveugle, machinale, qui le ravalerait à l’état de la brute ou de la pierre ? Cela est impossible.

D’ailleurs, comme nous l’avons montré en parlant de l’indépendance et de la dignité de l’âme, il y a des cas où un homme est en droit

de résister à toutes les puissances de la terre, si elles lui commandent une chose contraire à sa foi, à sa conscience ; et cela parce que l'homme est une âme, et que cette âme, créée immédiatement par Dieu, et ne relevant que de lui, ne doit obéir qu’à lui et pour lui à ses ministres, à ceux qui ordonnnent en son nom et conformément à sa loi. Si donc ceux-là viennent à prescrire quelque chose contre Dieu, à demander ce qui est opposé à sa parole, le sujet, l’esclave, ou qui que ce soit qui porte une âme humaine, dans les rangs les plus infimes de la société comme aux plus élevés, a le droit de dire avec les apôtres : Nous ne pouvons pas, car il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Non possumus; obedire oportet Deo magis quarn homini bus*. Ainsi, les premiers chrétiens, si soumis pour tout le reste aux chefs et aux lois de l’Empire , refusaient de sacrifier aux faux dieux , parce que c’eût été apostasier, et reconnaître d’autres dieux que le Dieu unique, le roi du ciel et de la terre. Ainsi la légion fulminante,

marchant au combat comme un seul homme

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