S60 LA RELIGION
des fautes et au milieu de graves incouTé- Dients, il a encore droit à robéissance du peuple ; il est encore ministre de Dieu pour le bien, quoique ministre infidèle» et il est souvent plus utile à la société de le respecter que de le renverser; car une révolution peut amener de plus grands maux que ceux auxquels elle devrait remédier. Pour qu'une révolution soit utile, il faut que la mesure d'un gouvernement soit comblée, c'est-à-dire que la somme du mal qu'il opère dépasse le bien qu'il peut effectuer ; ou autrement, que le peuple ait plus d'avantages à le détruire qu'à le conserver.
Mais qui pourra, qui osera faire ce calcul et en proclamer le résultat ? Dieu seul est juge dans ces moments terribles, il pèse les dynasties et les gouvernements dans la balance de sa justice, et quand ils sont trouvés trop légers, son jugement se déclare au milieu du tonnerre et des éclairs; et sa volonté, qui renouvelle la face de la terre et remue les trônes et les empires comme les cèdres du Liban, s'accomplit presque toujours de la manière la plus soudaine et contre toutes les prévisions de la raison humaine, afin qu'on y reconnaisse le doigt divin,
et qu'en le voyant marqué dans ces catastrophes qui bouleversent la politique du monde^ les. peuples prennent confiance en ce qui s'opère si merveilleusement, et se rattachent plus volontiers à Tordre nouveau qui surgit.
L'apôtre complète TexpUcation de la pensée divine par ces mots du verset suivant : Si autem malum feceris, time : non enirn sine causa gladium portât. Le glaive représente ici la puissance rnalérieiie, la force physique qui frappe. Or, si le pouvoir constitué, potestas ordinata, ne porte pas le glaive sans raison, et si cette raison est justement rétablissement de l'ordre et le maintien de la justice, et à celte fin la protection et la récompense pour les bons, la menace et le châtiment pour les méchants, cela ne montrel-il pas jusqu'à l'évidence que le moi potestas ne désigne pas la puissance, qui est exprimée par gladium ; mais que, par cela même que le prince ne porte point le glaive sans cause, et que cette cause, la fin pour laquelle le glaive lui est remis, est de récompenser le bien et de punir le mal, le caractère, la sanction de l'autorité du prince et de tout pouvoir constitué est justement dans cette ^nission d'être le ministre du bien contre
^62 LA REUdlÔî}
lé mal; et qu'àihsi la puisâaiice établie, t|uelle qu'elle soît, a dt-oit au respect et â rdbèîssâhicfe Uniquement â ce titre, fitinister Dei tibi ih hôrium ? C'est ce qui est encore éipfimê d^titië tnâniêre frappante dans ûii passage de la pretUiëre èpître de saint Piètre*. Subjeett èstotè propter beurfï..,. sîve regiy sîve ducibus^ ta^nquarti a Deo fnissîs ad vindictam malefactorùnï y lauàèm véro bonorum « Soyez soumis à cause de bieli soit au roi, soit à vos chefs, comme étant envoyés par bien pour punir les tîialfaiteurs et récompenser les bons. » Ici même il y a une idée de plus, propter Deum subjectif soyez soumis à cause de t)ieu, pour ftieu, en son nom ; soyez-leur soumis comme à Dieu même, parce qu'ils le représentent parmi vous, et alors ce n'est pas aux hommes que vous obéirez, mais à bleu seul dont ils sont les envoyés. Ainsi c'est vraiment Dieu qui est votre roi, votre chet; et votre obéissance, comprise de cette manière et accordée dans cet esprit, est digne et raisonnable : (jligne de la créature libre, faite à l'image de Dieu, et qui à ce titre ne relève et ne dépend