I£ AVANT-PROPOS
les doctriDes et institutions de ce nom, depuis les plus primitives et les plus grossières formes du fétichisme, j usqu'au christianisme qui semble devoir clore la série des manifestations religieuses de l'humanité ! Qui aura, de notre temps, la vie assez longue, la science assez vaste, la*patience assez grande, enfin la pensée assez haute et assez ferme pour essayer d'élever un tel monument? Ce serait déjà beaucoup de tenter Tbistoire complète d'une seule religion, comme le christianisme. Les études de M. Renan et de M. Havet montrent que la seule question des origines et des commencements demande plusieurs volumes pour être traitée à fond.
Nous nous proposons simplement, dans ce livre, d'expliquer, non les origines des religions, telles que l'histoire nous les montre, mais l'origine même de la religion, en la cherchant dans la nature humaine, par une analyse toute psychologique. Tandis que la science positive des religions se poursuit, depuis le début de ce siècle, par une série d'études historiques ; tandis que la philosophie des religions s'essaye par une suite de spéculations abstraites iin peu prématurées, il nous a semblé qu'un troisième point de vue avait été omis ou trop négligé jusqu'ici : c'est la psychologie de l'idée et du sentiment religieux, sans laquelle ni l'historien ni le philosophe ne peuvent bien comprendre des phénomènes qui ont leur racine dans les profondeurs de la conscience humaine. Quelle est l'essence, Torigine première, la destinée définitive des religions? La religion est-elle immuable, éternelle dans son fond, sous ses
AVANT-PROPOS. IIl
formes historiques plus ou moins durables ? Toutes questions devant lesquelles nous regrettons de voir reculer la plupart de nos savants et de nos critiques. C'est là ce qui nous a inspiré l'idée, la ofiéthode, la conclusion de ce livre.
La foi des siècles croyants élevait la religion au-dessus de l'esprit humain, dans ime sphère inaccessible à toute science et à toute raison. L'incrédulité du siècle précédent la rabaisse au-dessous, dans Tinfime région des visions, de la superstition et des mensonges du charlatanisme. La critique de notre siècle doit la relever à son rang, en la replaçant dans son véritable foyer, qui est Tàme hu • maine, à côté de la morale, de la métaphysique, de la poésie^ de tout ce que l'humanité a connu de plus excellent. La philosophie de notre temps ne peut oublier, au milieu des cris de haine et de guerre que poussent encore aujourd'hui les partis en présence, que son œuvre n'est plus de combattre et de détruire un passé qui ne revivra point, quoiqu'on fasse pour le restaurer. La science et la raison ont cause gagnée, dans le monde qui pense. Le champ ouvert à la hbre pensée par l'œuvre des philosophes et le labeur des révolutions ne se refermera plus. Donc, sans fermer les yeux sur les misères du présent, il n'est plus permis de douter de l'avenir au point de reprendre les vieilles armes de combat, à la dernière période d'un siècle venu pour tout comprendre et tout expliquer.
Ce n'est pas que nous assistions avec indifférence à la lutte des partis dont la situation actuelle nous donne le
lY AVANT-PROPOS.
Spectacle. Nous n'avons pas le tempérament assez scientifique pour n'être pas d'un parti, en religion comme en politique. Nous comprenons donc et nous partageons les ardeurs et les impatiences des libres penseurs devant des préjugés, des passions^ des institutions qui ne semblaient pas devoir survivre à notre Révolution. Nous n'en croyons pas moins que, si la polémique a ses allures nécessaires, le rôle de la critique est de se maintenir dans l'analyse et l'impartiale explication des faits. Tel est le caractère que nous avons essayé de conserver à ce livre, depuis le début jusqu'à la conclusion.
E. Vacherot.
11 uclûbrel868.
EXPLIQUÉE PAR ti PSYCHOLOGIE
— ■ . ^» Wi ■ . !■■. < .. , . .., . ,, „ ^ - III. I ». . . »