i.A nFJ.ir.in>, la moiialk et iji w.iF.xri
divine où il dépend d'elles de travailler dans le sens de Dieu lui-mômo. en faisant surgir dn sein de l'inf onstanee el de l'instinct grossier, A l'aide des éléments du savoir, la femme de ••onwience et de raison, rapable de vérité cl de jiistij-e, non moins jpu' d'amour » (1)?
Il fut <)onné à M. Pécaul de diriger |>endant plus de «piinxe ans l'école (|u'il avait fondée. Comment il y réalisa le° [u-ogi amme que vous venez d'eiUendre, c'est -^cf t\uv je voudrais (touvoir vous faire apprécier: mais Ih, vous le devinez, il n'y a |>lus ni définitions ni formules, ni comptes-rendus officiels <pii puissent vous éclairer. Il faudrait pouvoir vous faire entrer dans, le vif détail de la vie de Fontenay. \u rîs(|ue ou plutôt avec la certitude d'être extrêmement incomplet et de ne vouà donner que des vues fragmenl^iires de cette œuvre d'en- , semble, je vous demande, la permission de priK céder par voie d'exemple, en vous citant quelques traits au hasard et en vous laissant lé soi» ' de les relier. ' Il y avait quelques, mois ft peine que l'école do
(1) t:étlucalu,n inibtiqveti tê vit uaHùiiale, p. 17«.
r-^iji..-' -7-.-- /xv--,-'T--is;'.,-v-'Y"W7V' ^^^IP^^WnW^^vf.
Qt'AtniiiME r.ONFÉpENCE 135
Fontenay oxistail. quand elle reçut la visite d'un étranger, bon juge en de telles matières, Malthew Aniold. te grand écrivain, qui fut en même temps l'Iiéritier du génie pédagogi que de son père, s'arrêta quelques jours i\ Fontenay, au cours d'un grand voyage en Europe, dans lequel il étudiait sur place les principaux établissements d'instruction. Il dit dans son rapport : • Je ne crois pas avoir vu sur le continent une aussi bonne institution scolaire, certainement je n'en ai vu aucune aussi intéressante que l'école de Fontenay-aux-Roses. » Il donne quelques détails sur la maison, sur son régime familial, sur le personnel, ,et il ajoute : « L'àme de la maison est M. Pécaul. un homme d'une 3oixantaii)e d'années que j'avais déjà rencontré en France, il y a quelr^ue vingt ans. Quand j'entends dire que le gouvernement républicain français est inspiré dans son zèle scolaire par la haine de la religion, je pense à Fontenay et à M. Pécaut. Je pense & l'appui que lui donne si franchement le ministre, et quand je pense à tout cela, je rend.s justice au gouvernement républicain. > Ici l'éminent critique relate ce^ qu'il a vu
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tâtf M iiet.ir.ioN, LA MnR.«'F. et la science
de» débuis et des Iftlonnements de l'enseignement ^ornl laïque dans nos écoles primaires. Il sent mieux que personne ce qui y manque, et il s'explique cette insuffisance, précisément c parce qu un tel enseignement ne s'improvise pas 1. Aussi décrit-il avec un intérêt lout particulier ce qui se fait à Fontenay : « Les élèves de Fontenay, dit-il, sqnt presque toujtes catlioliques, elles vont à l'église le dimanche. Mais chaque malin elles reçoivent de M. Pécaut, dans une conférence familière, une leçun qu'on peut bien appeler leçon de pédagogie, mais qui est réellement une forme particulière d'éducation morale et religieuse. M. Pécaut prend occasion de quelques passages lus dans un grand écrivain pédagogique, Locke, Rousseau, Pestalozzi. Le jour où j'assistai à la conférence, il s'agissait du livre de l'évêque Dupanloup, l'Education, dont chaque page soulève des questions brûlantes. Elles furent traitées, comme je viens de le dire, d'une manière profondément morale et religieuse, et qui n'était cependant ni catholique, ni protestante. Non seulement lui-même les traitait ainsi, mais les élèves étaient visiblement exercées à les
Ql!ATniÈUE CONFÉRENCE 157
aborder dans le même esprit; on en pouvait fuger, soit par leurs réponses, soit par leur participation à la discussion orale, soit par leurs notes écrites. »
« Si M. Pécaut pouvait être multiplié et placé dans chaque école normale de France, la fondation d'une instruction morale non pas superficielle, comme elle l'est jusqu'à présent, mais sérieusement et religieusement efficace, Serait un fait accompli dans toutes les écoles françaises. Pour le moment, Fontenay est le seul établissement où j'aie été témoin dun pareil spectacle, mais, ce qui s'y accomplit est de la plus haute valeur. Cet enseignement moral en particulier est unique. >
J'ai tenu à vous citer ce jugement d'un visiteur perspicace. Combien plus vous connaîtriez ce^ conférences du matin, auxquelles Matthew Arnold fait allusion, si vouâ(^ouviez recueillir le témoignage, soit des professeurs et des répétitrices, soit des nombreuses générations d'élèves qui en ont subi l'influence. « C'était, dit une ancienne élève, comme l'office religieux qui ouvrait nos journées. » Peu à peu l'habitude se prit de coj^umencer ou de
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Km U nEr.lGION, LA MtillALK KT IJ< SCNUiCE
«'Jore la séance par un de ces lieaux chœurs que M.' BourgaullrDucoudray d'abord, Maurice Bouchor ensuite, recueillirent à l'intention de Fontenay et des écoles laïques.
On a retrouvé naguère un neux, cahier où, pendant tout un hiver, M. Pécaut avait noté au «Tayon les sommaires de ces conférences. M. Darlu, un de ses premiers collaborateurs, en a publié le texte dans la Revue pédagogique, ytc permettez-vous de vous en lire quelques lignes? A travers la brièveté de ces notes non rédigées^ vous saisirez la méthode :
» novembre 18«6. — Leéiure d'une Icllre de iM"« de MainlcnoU sur la jeune liUf raUonnable. — Ta- Mmu charmant La jeune fHI« TaiM<>niutbl«e«tgKie. l'Ile se lait toute à ioaa, elle s endoit roiiti>nte de sa journée. Ce dernier trait, Port-Royal leût condamné. M» de Main tenon s'occupe de ce que fera sa jeune lillc plu» que de ce qu'elle sera. Le senliinent moral n'est pas assex profond.
10 novembre. — Sur Af»» de Maintenons — Le mot raiiion est k trait caractéristique de ses leçons : « Devenez raisonnable s, et vous serez aimables ; iiimc-t-cllc ù dire. La raison était pour elle la sa- Mc«)9C qui s'dccionunode aux pcrBoraveu et aux choses. Il y a oepcndnnt de plus grandes vertus : le courage de l'Ame, lindign^lion devant le mol. M«* de Maintenon nous (^>p^end h nous défier de l'exaltation, de la sentimentalité. C'est bien. Mais que notre raison ne nous interdise pas les élans de l'ftme. Pouvonsnous aimer M'm de Maintenon, toute » raisonnable »
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«lu'eilc mUi Mon|e»quiou a dit d'elle : « Louis XIV iivait l'Anio plim grande qu4> l'expril. M» de Maintenon trnvailln à la rulNiiRaer jusque ne qu'elle l'eût inJHe h «m poiiil. i> Ce jugement o»t sévère, l'esl-il trop?
*M novembre. — Sur une maxime dp Uuizot : Tout le qui <*/«>re les âmes les alfranthil, — Faire de» Aines libre», libres dos in>^tjncts sensuels, de In va. nité qui rend »i faible, de la coquetterie, de l'opinion, c'est notre but pour touje la vie; et toutes les leçons peuverit y concourir.
'£i novembre (dimanche). — Conseils sur l'emploi tlu dimanehe. Sur la coniinissance de soi. — Comment se fniWI qu'à lu leçon d'hier sur le stoïcisme, vous n'avez point sonn tout l'intérêt du !tujel? Cest <|ue votre vie spiritueUc est indigente. Sans doute, elle' a de In peine l'i se faire place dans rcncomhreinent des éludes. Mais il faut trouver le moyen do vous reiMvndn,', do vous recwinaltre, il le faut, sotm peine que votre Ame s'éieigne. La trame de nos désirs, de nos regrets, de nos actes, est bonne ou mauvaise, ompable ou innocente, et nous n'y prendrions aucune part? Cette lie qui est en. nous, ne serait pas nôtre? Faut-il dîlne : Celle connaissance lie soi est trop autière potjr les {emmes, eHle leur fait perdre leur qrâce nawe? C'est le langage d*> ceux qui ne les estiment pas. Ils considèrent la femme comme une fleur charmant^': ils ne veulent pas qu'eUo soit un être raisonnable et libre, un étra
IIMM^I.
£t novembre. — Sxtr les réflextoiis qui doivent nous inspirer nos lectures. — Lisez dans le Temps les lettres sur les dernières élections. Quand voi|,8 verrez que les paysans de l'Ardèche, joyeux de l'échec des candidats républicains, ont brâlé une chèvre pour célébrer les funéranies de la République, vous oomprendrez mieux quels sont les devoirs des instituteurs.
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LA nEl.ir.lON, I.A MOKALE ET LA SCIENCE
17 déeembra — Elude sur la misère, par le cornlc' tl'llatusonville! — La misère, grand mal, dont il ne faut pas prendre son parti. Les rçmèdes de la prévoyance sociale (caisses de letrtiile, sociétés de se: rours muluelH) ne sont pnâ sufflsants. La chafilé reste n*ce^'sai^e. Fajsons-iiii une place dans notre vie d'école. — De-s uiées iiispiréett par la scienc*! se répancteiU, qui tendent l'i montrer dans les miséral)k>8 un poids moii qui entrave la murctie de la société M. d'Ilnussonvilk' |>ilndt frappé de la force do ci'S idées, et il en veut ix la science. Pour notre part, ctierctionii à accorder notre idée de la liberté humaine avec les nécessités physiques que constate la science.
18 décemtwe. — Sur Horace Mann. — Le« dangers de la démocratie sont manifestes aux Etats-Unis comme en France.^ « Les institutions démocratiques développent des énergies sniis précéiJent, dit Horace Mann, avec le suffrage universel, la presse, les associations, etc. Elles exigent une sagesse, un« rectitude d'esprit proportiomietles. » Ce\& est vraj })Our nous. Ce qui nous manque, «i qui s« rencontre en /vmérlque, c'est que les classes riches acceptent iMirdialcment la démcxTulie et «occupent de l'élever, de la former.
21 décembre. — Sur um' feçon de M. iMUite, le chc/««jjt posilMsnie, à la salle l^rson. — L'auditoire était populaire, composé de deux cents personnes environ, qui, le crayon ù la main, essayaient de prendre des notes. M. Pierre Lofflte, le disciple et le continuateur d'Auguste Comte, exposait les' lois générales, physiques et sociales, sur lesquelles doit reposer l'éducation. La leçon ne brillait pojs par lu clarté. Pourtant, les auditeurs l'écoutaient dans un recueillement religieux. Le positivisme apporte ix ceux qui le reçoivent comme une révélation de la science, des règles do conduite et la paiix de l'esprit. Que cela hous choque ou non, il faut nous habituer
^"JipW-«».'.
QUATRIÈME CONFÉRENCE 161
U cftie pensée que des ntilliers d'honiriKS vivent <ruh autre pain spirituel que nous;-
l)«ns n's entretiens intimes, ce qui frappe «'t ce qui en fail l'unité, c'est que rien n'y sent . l'intention p«^d«gogique, le caractère livres- ■ qiy. ("est en pleine vie que Jl. Pécaut se place av\r ses auditrices, en pleine vie snciale nationale, ramilitile, morale surtout. Il rattache ses réflexions ft l'événement du "Jour, aux élections, ù-un beau discours- de Mgr FYeppel. h In Chnnilire. sur le Tonkin, à la publication d'un pamphlet contre la France par un Allemand : ■ Ce qui est amer est tonique, écrit-il, aussi est-il bon de lire ce réquisitoire. » Il louche souvent à la vie ménagère et (lomesiique, , aux préjugés bourgeois, \mt' exemple dans cette note :
il y • d«s mattrcsu* de niaisons qui pré(fer«nt unt Mfvanto tout ii fait illettrée ii celles qui tavent liff et terir*.
On devine, ses protesidlionà. Il se laisse aller à écrire au courant de la plume :
Que II m mH^ei «i la vie de la domestiqiK'. reléguée à In cuisiiie, qui ne piutnge nullenwnt la vie spirituelle de ses maîtres. Si elle sait lir», «Ile peut ne créer une société, peut-être plus rticvét qu« celle
IttSJ I* Jtrt.miliN, l\ MnlULE ET LA WtlRMS
(lu (i«lon d'où elle est bannie, u Nous M voûtons pas que no} Iwnnes lisent des romans », répondront les «lafnts. Eh! Oui, mcsdnnics, elles lirunt des romans Hi vous l«i>r en doniwz l'exemple. — H ne suffit pas de savoir lire pour i^tre sauvé : mais c est par lit (fu'il fliùt (ommerK^er. Mieux vaut cent fois courir les rta^M de la peasée que de laisser des créatun*a liiumtintt vivre eu bétcs de somme-
D'aiiIroH fois il s'élève aux plus hauts sujets (le la philosophie ou de la poésie. Un jour il leur i»arlo de la mort de Socrate : Socrate con- ^die .4H femmo; il le compare avec saint Au- Kustin, disant de na mère : « Nous n'avions qu'une vie à nous deux. > D'où quelques réflexion.s sur le rôle de la femme dans la soriét<'> grecque. Il y oppose le portrait de Ja femme forte dans In Bible, et à' ce sujet il écrit (lans son caniet, :
Le aent pratiqua et l'énergie physique sont dès tmits fortement mfirqut^ dans te type Israélite et i|ue noua devon.s lui emprunter. On parle quelque, lois dt la fenunc comme d^une créature vaporeuse. Nos fMuiM» du peuple sont fortca et robuetes. EUen iM> rivant pa«, dles ag&asent. Voue que voulez faire lies femmes douces, conmicnoez par les faire fortes. V'out qui voulez des femmes religieuses, songez <rue i« morale est le commencement de la vmie |ii6té. Dana notre idéal de la femme, nous ferons entrer avec In force, la raison dans son sens le plus large, iin« raisou lumineuse et libre, qui lui convient tuMi bien qu'ii l'homme : le sent praliqtie qui lui est peut-être plus nécessaire qu'& lui; la
QKATniàilE cxtKrtntstT ISS '
bimli' ailecliu'Uir, Un bonté avec la firâois qui rap> livi', qui relient, qui apaise; la modestie, cest^»dirc la réserve; mais voici le Irait qui doit dominer les autres, le térit^ix moral, une manière sérieu^ (le comprendre et (te pratiquer la via. Voih'i ce que n«U8 vo«idrioiii ajouter au type grec.
Et il leur fait lire à l'appui quelques beaux vers de Victor Hugo.
l'ne autre fois il leur demande de se con-
siiller tout bas et d'éprouver sur elles-mêmes
si elles ont déjà fait l'expérience contenue
dans ce mot d'Edgar-Quinet :
Ce que j ni aimé, je l'ai trouvé chaque jour plu» aiiiiabie. Chaque jour la justice m'a paru plus «im. pic, la tib«>rté plus beiïe, la parole plus sacrée, la imésie plus vraie, la vérité plus poétique, lu nature plus divine et le divin pius naturel. '
: N'avais-je pas raison de vous dire que quelques citations suffiraient pour vous faire découvrir l'intensité de vie morale dont l'école «le Funtenay a été Te foyer? Pour achever de vous édifier à ce sujet, je pourrais vous renvoyer & deux admirables morceaux du directeur de Fontenay qui expriment aon &me toute entière et où son* œuvre apparaît dans sa beauté lumineuse: Ce sont ses deux dernières allocutions, l'une à la réunion générale de ses anciennes élèves en 1895, Intitulée (Esprit de
IM U RELIGION, ik MonAtE ET U SCIKMCR
Fontenay, l'autre son émouvante Allocution d'adieu, du 6 août 1896 (1). Mais, laissez-moi encore recourir de préférence à la méthode des emprunts directs et des témoignages pris sur le vif.
De quelques pages non destinées à la publicité et écrites au lendemain de la mort de M. Pécaul par une de ses anciennes élèves, j'en détache une qui résume l'expérience de toutes les • fonlenaisiennes ■ :
Les trois années que j'ni piissées à Kontonay ul la dernière surtout ont C-té lc« plus fécondes d* ma vw. Elles y ont jeté un rayon de joi« et eu ont fait la force. Le charino de ces années, c'était sans douto cett« fét« de l'esprit que nous offrait la parole <1o tant de maîtres émincnts. <:°était tout ce monde d'idées qui souvrait pour nous, mais, plus encore que ces joies de l'esprit, ce qui rendait heureux, c'est l'atinosplière morale qu'on respirait à Fontcnay, cet air pur et vivifiant, où l'on se sentait le cœur plus large, et où toute» les petitesses disparaissaient pour ne laisseï' place qu'au joyeux élan Vers le bien. C'était surtout u y avoir connu celui ilont l'ôme si haute nous forçait à le suivre.
Si jeune et peu éclairée que Ion fût en arrivant comme élève à Fontonay, on avait néanmoins bien, tôt le sentiment très fort, quoique confus, d'ime grandeur morale jusqu'alors inc<innue, et comme d'un monde morali nouveau. <:c fut pour moi, ù ces •
(1) Cm <1«nx morceanx ■• trouvant dani VE^nrmiioH pubtiquttlla Vie nationalr, p . 2Ti et HiiivantM, Hacli«tt«, lii-lS, 1887. ,
OIATIIlfcMF. CllNI'l'nENCE lOB
premiers ii)nment.-«, un ginrul 6tonnerncnt de sentir que (a parok do M. l'écaut, aux conféi^cnccs du matin, me causait une impression plus religieuse que la prédication religieuse et que le Culte luimôme, et que pourton) il ne parlait pas religion. Do m<^me. '"i f*"" approche, on éprouviut un sentiment de respect que l'on novnil jamais ressenti ii ce dc- Itri' iV 1 égard de porsiMme, une sorte de vénérotion, et ce sentiment allait croissant h nwsui-e qu'on le connaissait davantage, l't mesui^e que, se dëvelopl«nt- soi-m«^mc, on était caiMbk do le mieux comprendre, car on le trnuvait encore HU|)érieur h tout ce que l'on avait pressenti.
Qu'uvd je ciKTohai & hi'expiiqutT ot qui donnait à sn parole cette autorité vnunMHit unique et son charme infini, il me sembla quclh* était due nonseulement li une pensée forte et pénétrant* qui en tout allait nu fond des choses, au point central, à la vérité, et qui chaque jour se renouvelait dans la méditation recueillie, niais encore et surtout à sa grande élévation et d son harmonie parfaite avec le sentiment intérieur. Ge n est pas dire assez pourtont, car on sentait sous cette parole toute une vie qui la dépassait encore: simple, grave, dune émotion cQntcnue, elle allait au vif de l'Ame, faisait appel & tout ce que l'on avait en soi de meilleur et nous ouvrait un monde inconnu. Et plus tard le souvenir en restait comme un surtum corda, comme un incessant appel vers l'idéal de vertu entrevue, pour le mieux connaître et pour le réaliser. Si ce souvenir ne préservait pas toujours des l\eure8 de défaillance, du moins il aidait à s'en relever, on avait reçu une impulsion qui devait retentir dans toute la vie.
Sans doute, cette parole, j étais fort éloignée, pendant ces deux premières années, de l'avoir toujours comprise; dli moins, avec un plus vif sentiment du devoir, il s'en dégagea peu à peu pour moi un double
ensciKiHir
BELIGION, t.K MunALE ET LA 8rir.M.r.
igiH.iriont. o^lui do In ro.sptxiiiHibilité peri^onnolle et ck la recherche Ubro et sinrèro de la vérilé. lue (les pensées les plus tonhiiëics de M. Pécaut ét<iit Il qu'il n'est permis à personne, ni aux individus, m aux }>cuplos, d'iiMiqucr entre les mains d autrui le gMuvornctnoui de soi-même. » h^Uro parce que uelto vértlé m'élnit neuve lli>?. mais auoiMie ne nw fit impression plus vive. Elle fut pour moi l'éveil ii la vie personntHIe do la conscience. Nc^t que du jour nu lendemain j'eiMSe rompu avec lie ytaHiK mais J'avais compris que le dernier nw! devait resl«r à ma conscience. Et i4 ne mo fut plus possible do m'en, dormir sur '.a panxe d'un outne daiut une fausse paix. C'est à ma conscience qu'il taUait obéir, c'est uvec elle qu'il fallait se mettre d'accord. De ce mo. meni son autorité se sut>stitua à l'autorité extè. Tieure. .|e finis aussi par voir clairement qu'une des plus graves erreurs e«t de considérer comme une vertu et mémç luie vertu à proposer h ceux qui clierchenl la perfection dans la ■■ vie religieuse, », l'obéissance absolue. Renoncer & sa conscience, sous quelque beau prétexte quo ce snil, me panilt uiijound'hui la suprême immoralité.
La crise religieuse à laquelle on fait ici allusion, beaucoup la connurent, toutes n'en sortirent pas de la même façon, mais ce qui leur fut commun, c'est qu'elles y apprirent à quel |)ôint leur directeur était loin d'être un directeur de conscience. Nul mot, nulle idée ne lui répugnait davantage. Jamais homme ne slnterposa moins entre la conscience d'autnii et la vérité. € Son premier principe, dit M. Sa-
0«-ATnlÈMR CONKÉHENrC W
ha^wv, était de demftndi'r i^ chacun détre viai, vrai avec soi. » Mais il faut ajouter que de cette sii^rérité intellectuelle il fnisnit Mitre la liberté Intérieure, le vif scn'linu'nl de It rèippnsnbilité, l'interdiction nlK*4oluc de se dérober au devoir de penser et de vouloir par soi-même. Ainsi que l'aUeste la correspondance de, ses élève» devenues profCvSseurs et directtieêt. c'est le point sur le<iuel il ne cesse de revenir. Si elles n'avaient dû einporler de Fontenny qu'une seule leçon, c'eût été celle-là. .< Jamais, dit l'une d'elles, jamais M. l'écaut ne (>r6non- Cnit un jugement à votre place, il semblait qu'en sa pi'ésenee vous sentiez se réWder k vousmême votre propre conscience, et II vous disait simplement : Ecoutez-la, cherchez, la vérité doit se révéler d'elle-même à lûme qui la cherche. »
Voulez-vous voir à quej degré pouvait aller chez M. Pécaut ce souci de respecter la ©inscience d'autrui? L'ancienne élève dont je vous lisais quelques lignes tout à l'heure avait vu, comme il arrive souvent aux personnes élevées dans up catholicisme étroit, tout l'édifice de ses croyances peu à peu ébranlé, t Avec
MW \.K nci.ifiin», \.n uiihau et ijt icikmx
ma fui nux (logni«>s Av l'EglLse, avec la mut inisfMon de l'esprit à l'autorité extérieure, peu à peu s'en éluient nllrcs l<'s autres croyances spiritii-ilistcs cl jusqu'i'i ma foi en Dieu. » Il y avait longtemps qu'elle n'était plu» à Foutenay : .
M. IV>c«ul H.vant, «lonM une de «w leltroj*, (xhiihh* il \e fiits;iil Hiiiiv«til, prononcé le niMn de Dieu, je ne voulu» pas — dit-elle — nianqui-r à la slnciXilé. que je lui devais «t. en lui répondant, je lui dis qiH> je ne cToyai* piftis on ni<nK En le lui dëdaraiiit. j'avais aussi, ji> I a\<iuc, un secret espoir d'être aidée, sachant ccMnbicn chez lui la croyaneti était sincère, et réfl&'hie. Voici quelle fut na réponse : » }'£ qu« vous m'iipprenez n'a rien qui diminue mon eatimc ni ma confiance. ' Votre état moral e»t celui d'un grand nombre. Je lie pciutc pas que ce aolt un état normal ni fécAnd, niait* quand il ne s'y mélo pas de frivolité d'cspiil ou de cœur, quand il est sérieux et sinoéte, je n en sais pas de pius respectable, et qui m'in.Hpire plus de sympathie. J« souhaite qu'il vous «oit donné d'en soilir, puisque votre existence morale, coupée en quelque sorte de sa Source profonde, le .sentiment de la dépendance intime de Dieu, risque d'être superficielle et indigente; mais vous en sortirej!. je l'espère, ù \;otre heure, par les voies régulières et avouables de la réflexion, de l'expérience morale, de la pratique de lu vie, par le besoin de trouver un suprême et fixe objet ft nos meilleurs vœux A'homme, au besoin de vérité, d'amour, de Justice, de consolation. » Il m'engageait, si cela - m'était possible, li revenir un an ou quelque temps l'i Fontcnay et me donnait quelques indications de lectuiVïs, disant que ni Bossuet, ni Lacordaire, dont je lui avais parlé, ne pouvaient m'atder, n leur point
OtlATnlflMK mNrtRENcr Ifll»
de vue général étant, ojouliiit-il, trop opposé un vô- . tre ». tit^ U terminait : « Mais ce «ont Vi ûch éonscilH Iiien vidM. a vous du les animer et de ica vérifier. Ayez t)on «"spoir et ne peidez pas la Irnre des che- inins qui coiuliiisent aux snuroeH profotides de la vi6 inoroJei " L'ayant r^yu (]uelques mois plus tard, il nie pnrin de la nércHsilé 4|u recueillement liabi. tuel, de In prière, l^nur onlrcténir nu n'IiTHnyi" in HenliJi'ienl religieux.
• " Le» quelques IruiLs que je relève «insi pren- (Irrtnl-ils place quelque jour dans un tableau d'ensemble tie l'œuvre et de la vie de ce • grand homme de bien, » comme un de nos ministres l'a nommé? Il faut l'espérer. Si un peu plus tard on nous tlonne à lire ime partie nu moins . de .4a correspondance avec ses anciennes élè- ' ves devenues ses collaboratrices à Fontenay et dans toute la France, c'est là que s'achèvera d'elle-même l'image que j'essaie d'esquisser. C'est là qu'on pourra, dans le détail de tous les jours, dans les conseils scolaires, dans les épanchements de l'intimité, dans les exhortations à celles qui luttent, saisir le sens profond de sa pensée et, comme le dit l'une d'elles, appliquant un mot du XVI* siècle, t admirer in teneur de cettt incorruptible vie. » ^ .
Entre tous les caractères qui la distinguent,