Ï I.A BEMCIOV, I.A MORALE ET I.A SCIENCE
C'est lofflco propre (le la religion denti-e- .lenir ojj nous ce senlimenl et celte idée : 1* sous la-folrme de conscience de noire imperfeclion, en particulier conscience du mal moral (I); 2° sous la forme daspiralion vers la perfection considérée comme noli'c idéal inlelleclucl, moral (et esthétique), tant au point de- vue individuel qu'au point de vue social.
Mais si la religion, cédant à l'illusion des époques primitives, entreprend de transformer cet idéal soil en un objet de connaissance, soit en un objet de |K»ssession directe, si elle nous propose, pour latteindre, des moyens surnatu- » rels soit dans l'ordre intellectuel (dogmes, mystères, livres révélés, sacerdoce infaillible), soit dans l'ordre de l'action (miracles, pratiques magiques ou cultuelles, sacrifices, sacrements, etc.) ' elle accomplit la même régression que ferait la chimie en redevenant alchimie, on l'astronomie, en redevenant astrologie, et nous sommes obligés de maintenir contre elle la souveraineté de la raison et de la conscience.
(1) Voir à l'Appendice la note F.
CONCLUSIONS ItEi
Entendue comme elle doil l'être, et abstraction faite de son évolution liistoiique. la religion n'est pas autre chose que l'aspiration spontanée de l'homme vers le vrai, le hien el le beau. Cette aspiration, après s'être lonfïtemps exprimée sous de nombi'eiises foi-mes mythologiques et lhéologi(|ues, d'abord toutes* matérielles, puis de plus en plus spirilualisées, s'exprime aujoimi'hui par «la science, la morale et lart, qui sont comme le déploiement mwleme de la religion et son imiverselle manifestation. Le sentiment religieux et l'idée ri*ligieuse ne se distinguent du sentiment et de l'idée du vrai, du bien et du beau, que parc»? qu'ils nous les font entrevoir non démonstrativement, .,mais inluitivement> comme n'étant pas trois domaines distincts, mais comme se rehanl en une supi*ème et parfaite unité idéale que la religion désigne sous le nom ds Dieu.
Quelles que soient les représentations que nous essayions de nous faire de Dieu (soit par la science, soit par la morale, soit par l'art), le
184 LA nEMCioN, i.,\ MnnALF. ET IjI m:iev»:
propre de la religion est de nous habituer à les considérer toutes comme inadéquates et défectueuses, de nous faire travailler sans cesse ii les rendre moins indignes de leur objet, La religion ne méconnaît Ih valeur relative d'aucune des hypothèses,' d'aucun des symboles, d'aucune des doctrines qui ont traduit d'âge en Age l'aspiration religieuse. Mais elle nous pé . nèlre de la conscience de notre relativité et de la relativité de toutes nos œuvres, de toutes nos idées, de toutes nos productions. Elle nous apprend, en conséquence, à faire consister la science dan»- l'effort intellectuel, l'éthique dans l'effort inoral, la religion elle-même dans l'effort de la conscience religieuse, ei^' d'autres termes dans lu somme de l'effort humain pour réaliser |)rogressivement le bien dans la vie intérieure et le bien dans la vie sociale, deux fins directrices aussi néce.<saires l'une que l'autre <nu véritable développement soi! de l'individu soit de l'humanité.
Je vous demande pardon, Mesdantes et Messieurs, de la forme scolastique de ces propo^ sitions. Encore une fois, n'y voyA qu'une ten-
CONOLUSIONS VÊb
iative pour donner plus de précision à mes paroles, plus de prise k mes critiques.
Mais laissons-là ces définitions artificielles; ce n'est pan do définitions (]u'il s'agit entre
- nous, il s'af(it du fond même de nos croyances et de notre vie. Au. cours de ces entreliens, nous avons rherr-hé. ft nous rendre compte de
.^ place (|u'il faut faire dans notre ~vie et dans celle de nos enfants h. la science et à la morale d'une part, à la religion de l'autre. Sur les deux premières vous avez nia i-éponse. Rien au-des- .Hiw de la .7<'ience en matière de savoir, rien au-dessus de la conscience en matière de conduite. Reste la dernière question,, à laquelle j'essaie de répondi;e lout au.ssi neltemenil. ce qui est diflicile, le problème étant beaucoup plus complexe : la religion peut-elle revendiquer, sur un autre domaine, des droits analogues à ceux de la science et de la morale dans leurs domaines respectifs? Après avoir proclamé la souveraineté de la raison sous ses deux formes, intellectiuelle el morale, quelle parcelle de souveraineté pourrions-nous concéder encore à la religion? Ne faudrait-il pas se résoudre à la supprimer purement el simple-
IV» LA RCMGtON, LA MOHALF. ET I.A SCIENrE
liM'nl comme une erreur ou, jjour piirler avec certains libres penseurs, comme une inlempérance d'esprit?
A ces questions, un des rliefs du socialisme chez nous répondait, i| y n quoique temps : « Je crois, pour ma part, qu'if serait très fûrlieux, qu'il serait mortel de comprimer les aspirations religieuses de la const^ence humaine. Ce n'e»l p<3int cela que nouî; voulons; nous voulons, au contraire, que tous les hommes puissent s'élever h une conception religieuse de la vie par la science, la raison et la liberté. Je ne crois pas du tout que la vie naturelle et sociale suffise à l'homme. l>ès qu'il aura, dans l'ordre social, réalisé la jnslice, il s'apercevra qu'il lui reste un vide immense à remplir (i). »
Si l'on adhère en principe à celte réponse d»^ Jaurès, on se trouve en présence de deux objections venant de points opposés.
Les uns disent : Prenez garde, on né fait pas à la religion sa part. Si vous lui recon-
(1) L'Action socialisif, par M&n Jaurès. Librairie (îcorges lieilais (société nouv«Uc de librairie et d'écktiou). Paris, pp. ICO-lttl.
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roM-'t sioN» IHI
nai8.4ez une sorte de l/'gitiinilé, vous alfez vous trouver bien vile entraînés à des concessions graves. Le sentiment religieux ne restera pas longtemps à létal de sentiment, il vouilra s'exprimer et s'affirmer, il se traduira de nouveau en systèmes, en 'rro\ mu es, en inâtitulions, et il viendra revendiquer les droits du surnaturel, resliuirer le dogme à ('(M«Vdc lu science. In révélation à côté <le la raison, si bien qu'en définitive, comme In "si justement pi!«''vu Renan, tout ce que vous aurez cru accorder à une i-<>naissnnce religieu.se idéaliste profilera uniquement au catholicisme sous sa forme autoritaire et ti'nditionnelle.
Les autres préten«lent au contraire que la religion ramenée h cette quintessence de l'esprit religieux n'esf*plus rien de précîs ni d'efficace,- et eux aussi, ils nous citent un mot fa^ meux de Renan : t \ notre insu, c'est nu vieilles formules rebutées que nous devons les restes de notre vertu; nous vivons d'une ombre,du parfum d'un vase vide. Après nous, on vivra de l'ombre d'une ombre; je crains par moments que ce ne soit un peu léger (1). •
(1) Discours de réception de M. Victor f.licrbuiitz,
^^fW^^fW^y^^^'wwwmfX^
188' LA nELinioN, i.a mohale et la stirnix
A' ces deux objections nous opposons la hné- me réponse.
Non! il n'y n pas de danger que ceux qui ont connu la dignité de la pensée libre et de la vie morale personnelle se laissent remettre' •sous le Joug de l'autorité extérieure et de la ' tradition sarrée. Il n'y a pas de danger. que. le savant exercé aux méthodes de la science positive, que le philosophe ou l'hisloriVri qui a vu se former la pensée humaine & travers les ûges. soit jamais tenté de revenir aux procédés enfantins aux folles imaginations, aux légende.4 et aux mythes des âges primitifs, aux affirmations naïves des temps où l'homme n'ayant ni expérience, ni critique, ne possédant ni instruments, ni documents, improviliait perpétuellement sur la seule foi de son génie.
Le meilleur moyen de mettre un terme à la survivance du matérialisme religieux, c'est précisément de lui opposer l'idée pure de la vraie religion, de la religion proprement dite.
Car enfin, si elle s'est mise en antagonisme uvec la raison humaine, c'est un épisode dans son histoire. C'est une extrémité & laquelle
CONCLUSIONS IW
elle a été réduite quand la raison s'est émanripéo. Mais au début, à son apparition dans l'humanité, il n'y avait pas trace d'un tel divorce : la religion a copimencé par être tout «^sennble la science, la morale, l'art, elle était l'encyclopédie de l'esprit humain. El longtemps ce fut sa raison d'être, sa force et sa grandeur de ne faire qu'un avec l'esprit humain, de conserver le dépôt de la civilisation.
A la longue, ce dépôt s'est tellement accru que la religion s'est trouvée impuissante à en reàlor seule gardienne; à côté d'elle se sont constitués, à l'état d'indép'endànce, \e& lois, les arts, les sciences, les institutions politiques et sociales dont le réseau s'est indéfiniment développé. La religion a fini par n'occuper plus qu'une petite portion du domaine que jadis, elle régissait toute seule; dès lors elle s'est attachée, avec un soin jaloux, à défendre et à perpétuer un groupe dé traditions, celles-là même, qui, à une certaine heure avaient été tout Je trésor de l'humanité. Ces premières conquêtes de l'esprit qui se perdent dans la nuit des origines, elle en est restée la dépositaire.
1W> LA RELKMON, LA M(illVI£ ET I.A SCtENtr.
la prélresse et lesclavi', sïnlerdisant d'y ajouter, d'y relrancher, dy modifier quoi que ro soit, considérant tout thangemenl comme impie, fftrmont les yeux et les oreilles à la marche de la civilisation. Et c'est pour conserver ainsi le legs sacré dans son inaltérable pureté qu'elle 8e»l retranchée derrière le rempart du surnaturel.
Mais supposez que ce rempart s'écroule définitivemenl. comme il arrive de nos jours : que vu devenir lu religion? Elle va redevenir à la fin de son dévelop])ement i-e qu'elle était au point de départ.
Il il'y a pas de r»i.son pour qu'elle ne reprenne pas son rôle, le rôle même qu'elle avait 6 l'origine, et qui n'a été intorrompu.que quand elle est entrée en lutte avei> l'esprit humain. Il y aura eu. dans sa longue histoire, une période intermédiaire où elle a eu peur de la liberté et de la raison, où elle a essayé de les étouffer. La liberté et lu raison sont sorties victo- ' rieuses de la lutte, elles ivgénèrent tout icibas, même la religion. Quand elles l'auront tnsi réconciliée avec la vie, avec le progrès^
CONOLLSIONS ' lUl
avec l'homme, quand la religion se sera élevée de nouveau ù la dignité de fonction humaine purement et profondément humaine, elle se retrouvera dans l'avenir ce qu'elle était au début, la puissance excitatrice de toutes les énergies de l'esprit humain, sa force d'impulsion par excellence, l'élan sublime de sa nature, l'ucle de foi sans cesse renouvelé, qui le portera toujours [dus loin et toujours plus liauV,
Comme la religion des premiers Ages, )a religion moderne ne sie séparera plus de l'art, de la morale et de la science, c'est-à-dire de la re« lierche sans fin de la vérité, de la beauté et de la bonté idéales. Ail morale et science sont précisément ses organes, les 'seuls moyens posiMfs qu'elle ait de se manifester. C'est d(»nc une crainte chimérique que celle de voir une religion née de la raison et de la conscience se retourner contre la conscience et la raison; c'est supi>oser que l'adulte redeviendra enfant ei que la religion retombera dans la phase d'i- ((iKirance d'où elle vient de sortir.
£t par là même, c'est une crainte non moins
. ,iâ»ik; ■r*;^na^sî2S!ië/.;. .
IV'J LA Rn.iQinv, i.\ Miiii4i>: i:t i.a sciknci ^
chimérique que celle de voir fa religion ainsi Npiritualisée s'évanouir en une vague et vaporeuse senlimenlalité. Non, la religion fondée sur la 3<;ienceVt sur In morale no sera pas « lombre d'une ombre ». Que lui reslera-t-ir, dites-vous, quand elli> n'aura plus ni dogmes ni miracles? Il lui restera ce dont les dogmes et les miracles sont In contre-façon, il lui, restera (oui le domaine de In vérité, dans'l'ordre physique et dans l'ordre moral.
Qu'est-ce qu'une religion sans dogmes et sans miracles? ('/est simplement la religion. , Loin d'être « l'ombre d'une ombre », elh* ressaisira la réalité dont elle n'avait que le vain refiel. C'est le siiriuiturel qui était l'ombre d'une ombre. Rentrer en possession du vrai et du bien, non pas à Inivers des symboles, mais vus face à face, c'est cesser de se contenter de l'ombre pour étreindre l'objet même.
Ainsi sera reconstituée celle synthèse universelle que nous promet le mot même de religion. Lien en effet de l'homme avçc tous ses semblables, avec l'univers, avec Uieu, avec tout l'idéal; lien non plus imaginaire mais effectif, lien par la pensée, par le cœur, par l'action.
.â^Mliââismk^iiàsàmàÉÊàtê^àMm^i^l&M&i^^
tONl?i.f8i0NS Wà
par toutes les relations naturelles et normales, depuis celle de l'étude jusqu'à celle de la poésie, depuis celle de la science pure jusqu'à celle du pur dévouement : telle sera la religion de l'avenir.
Ceux qui appréhendent qu'elle ne soit t que l'ombre d'une ombre •, veulent peul-étre dire qu'elle ne laissera plus de place à des illusions <|ui leur plaisent. L'espiit religieux' est ce qu'il y a de plus redoutable pour les religions qui en manquent.
li y a toute une révolution morale et, on peut le dire sans exagération, toute une révolution social*' dans l'avènement de cette forme nouvelle de l'idée religieuse. On comprend qu'elle effraie ceux qui en prévoient les conséquences. -
Ramenée à tant de clartés et h tant de simplicité, cette religion sera trop simple et trop cloire en effet pour ménager les faux-fuyants dont notre paresse, notre faiblesse ou notre vanité s'accommodent si bien. Confiance dans la vertu de I orthodoxie, dans la valeur de formules correctes, dans les' mérites de l'obéissance aveugle, confiance dans l'autorité du prè-
W\ I.A nELIGION, U MOn*tE ET LA SCIKNCE
' tre qui pensKi pour nous, qui prie pour nous, qui nous juge el nou8 absout, confiance dans la tradition, dans la lettre du saint livre, dans l'action du sacrement, dansions les accessoires de la piété ecclésiastique, dans tout ce qui ptus dispense de vouloir et de penser par notiK-mèmes : voilà ce que la nouvelle religion met en péril.
l^'Huinis de lotis ces secours extérieurs, H faiulra bien s'apercevoir qu'en religion aussi ce n'est |ias le mot qui importa mais la chose. Et la chose es.sentielle de la religion, qu'est-ce, sinon l'effort — effort de la volonté, effort de l'intelligence, effort de la sensibilité — pour s'élever de la nature animale et à la nature humaine et. dans celle-ci même, à ce que Spinoz'i appelait si justement notre « nature supérieure? >
Est religieux tout acte qui élève l'homme vers un idéal innaccessilde sans doute, mais si beau, si grand, et d'autre part si attrayant et si impérieux qu'il se sent obligé de le poursuivre. Est religieux l'acte du savant qui se donne t tut entier à la vérité désintéressée, de l'artiste qui, à travers tous les chefs-d'oeuvre,
•f'O^^Iff^.fWm^
coNnf.rsioKK 1<A -
]>our8uit un idéal de licaulé que ^utle œuvre luimaine n'utleindra; l'ucte du soldat, du mé- (locin, du prêtre, du magistrat <|ui sacrifie sa vie à un devoir professionnel. Est religieux, l'acte le pins liuinblc du plus humble d'entre nous (|ui, dans l'obseuHIé de sn vie de tous les jours, réalise volontaii-oment un progrès spirituel, sneiifie (pielque chose de. ses passions^ «|nel(|ue chose même de ses besoins au besoin 4le devenir meilleur. C'est la vraie manière de «roire en Dieu. (Iroire en Hieu, ce n'est paâ <'roire que Dieu est, c'est vouloir qu'il soit.
De la nuture de l)i^u, il y n quelque chose /
au moins qui nous est accessible : c'est le vrai <'t le bien. (Croire au bien, croire au vrai, j'entends y croire assez pour leur sacrifier notre intérêt et nos pussions, c'est assurément croire en Dieu. I.e pire athéisme ou plutôt le seul véritable, ce n'est pas l'athéisme métaphysique» c'est l'athéisme moral : ce n'est pas celui qui nie dogmatiquement l'cmlTrtcc de Dieu, c'est celui qui en nie pratiquement l'essence, à savoir la vertu idéale et I idéale justice. On peut,
IttO LA RBtlCION, LA MOHALB ET LA KIETiCK
niant Dieu, croire au bien; un ne peut, niant lé bien, croire à Dieu (1).
Quoi qu'il en soil, tous les moralistes l'ont dit. faire le bien et penser le vrai, c'est le premier et le plus sâr moyen de communier avec Dieu. (lelui qui s'imaginerait aimer Dieu qu'il ne voit pas, s'il n'aime pa» ses frères qu'il voit, il se trompe. Commençons donc par aimer nos frères. < Notre vie est une; et dans l'unité synthétique de notre vie, l'action est connaissan-
(I) Je me pkiis fi oitt-r h i uppui de cette Miéor'c (le rimnuuienoc du diiùn ce l)euu pruisn^e d'un dMi dcrniei» di^Miours pitninncés par mon colièguc cl ami ML G. SéaiUè^ à l'ouverture d'une Univer*itu populaii'é do Paris : n N« mua y trompoiu pas, il y a déjà quelque chose do religieux au sens le plus élevé du mol, dans notre exigence de (a justice, dans notre prétention de la (aiiH) régner ici.bas, dans ia conHancc avec laquelle nous opposons l'idée au fait, aux çontrudictioiis de lu nature, aux perpétuels dé. mentis de l'histMcc. «oui ce (pic nous nions, c'est < qi>e le règne de l'injustice sui' ki terre prouve l'existence u une justice transcendante et réparatiiCi*; c'est que lu sottise de notre |K<'tJt inonde nous assure qu'une intelliitoiinc souveniinc préxidc'ïi ses d"«-' tinées. lit ce que nous affirmons, c'est^que se résigner au mal dont on ne souffre pas, se complaire dans le privilège, profiter <lo l'iniquité, voilà le véritable nttiéisme; c'«st que tout ce que nous laissons, par inortjici. d'nhsurdc, de nuiuvais, d'injuste en nous et dan» les cItoMs qui dépendent de nous est la pire négation de Uieu. »
CXMCLVSIONS.
■ : ■"ir:.i-':7ff^
,re, et la connaisAancfi est action, et Tune et ^utre sont amour (1).
elle nous n)>|iHraIl la religion de l'avenir, (aile dé raison cl de sonlinicnt, ne supprimant rien de la nature humaine, coordonnant toutes ses richesses, suscitant toutes ses énergies et les lançant joyouscmeut h la poursuite de l'infini.
La religion de l'avenir? ai-je dit. Oui, sans doute, en ce sens (pie cette religion n'est ni le <>atholicisme, ni le protestantisme d'hier ou d'aujourd'hui. Mais .sommes-nous bien siltrs 'qu'elle soit autre chose que la propre religion de Jésus? P^lle pourrait être très loin du christianisme officiel et être tout près de celui qui fut prêché en Galilée, il y a dix-neuf siècles. Dans cet Evangile qui tient en quelques traits immortel», il y avait, à n'en pas douter, bien des germes, tous les germes peut-être de cette conception de la religion qui nous parait nouvelle : ne l'esl-elle pas surtout parce que le prophète galilécn a été de trop de siècles en avance sur l'humanité?
(1) Labkbthonnijekk, prùtrc de l'Oratuire:Pour (e dogmatisme moral, p. 25-
MW LA RILIGION, I.A MOnALK ET U SUENCE
Mais ce n'est pas le inoineivt d'ouvrir ce débat. Que chacun de vous se décide suivant ses lumières. Pour moi, je ne vous demande pas In permission de me dire chrétien h votre manière, je le suis à lu mienne. Je me i-efuserais à souscrire à un rrcdo (}uelconque, fût-il le rhef-d'(E;.uvrc de la pensée humaine : un eretU} est une promesse <pu> l'homme n'u pas le droit de faire; l'engagement de ne pas varier équivaut à une impiélé, car c'en est une de jurer qu'on n'apprendra plus, pour èti*e sûr de ne plus changer. Mais I hommage que je refuse ù toutes les orlhodoxies, j«> ne le refuse pas ù l'homme dont la voix, du fond^des siècles, m'appelle & la plénitude de la liberté, m'initie à In plénitude de la vie spirituelle. Sa doctrine et sa. vie, qui ne se distinguent pas l'une de l'autre, refont en moi la même révolution qu'elles ont faite dans le monde : elles m'arrachent à l'égoïsme, elles me soulèvent au-dessus de moimême, elles m'obligent à voir et à entendre U^ut au fond de moi ce que je n'avais pas su ou pa.< voulu y découvrir; elles donnent un but et un sens nouveau à la vie humaine ; elles me persuadent enfin de préférei' à toutes les formules
oiwv.irsioNS IttO
ces deux images, incomparablement puiHHAnles précisément parce qu'elles ne sont et ne peuvent être que des images : Dieu notre père et les hommes nos frères.
Avec cet homme-là je me trouve en communion par-dessus loule l'histoire.
Ne me ililes pas qu'entre lui et moi if y n un abîme : croyez-vous que je ne le seule pas? Mais est-ce une raison pour que, voulant exprimer l'infinie dislance qui me sépare du plus {<rand génie religieux qu'ail produit l'humanité, je me condamne à parler de lui suivtint le mode antique, à résumer les sentiments et les pensées qu'il m'inspire dans la forme même où d'autres ont jadis exprimé Jes leurs, en prenant à la lettre, pour le fixer en dogme, leur cri naïf d'adoration : « C'était un Dieu! > Je iirois I honorer mieux en répondant : c C'était un homme, qui fut le premier à trouver Dieu eu lui, à nous le faire trouver de môme en chacun de nous. ■
Et, inversement, ne me dites pas non plus : « Il était de son temps et de son pays, il en avait l'éducation rudimentaire, il en parlait la langue assez imparfaite, il en a partagé les
XUO t.A iiKi.ir.iriN, I.A MuiiAiJ: K'r i.a m:icmx
iljBornncoH, Ioh erreurs, les illusions. • Et qu'importe? Ai je besoin qu'il ail élé infaillible et oniniH4'ienrM*our que In beauté de sa pensée morale m'apparainse et me tuuciie, est-il indispensable qu il soit un personnage surhumain et sumalurel? De re que Ion ne peut raisonnablement lui prêter les ullribuLs d'une |>ersonne de la Trinilé, sa géniale intuition de la . vie de l'esprit en est-elle moins géniale, et le rayon de lumière qui a jailli de sa conscience en éclaire-l-it moins les nôtres?
Il se |M>ul (|ue, dans le rours des Ages, d'autres viennent qui nous mèneront plus loin : de quel droit poser comme limite à l'humanité son point actuel de développement? Il n'en est pas moins sûr que, jusqu'ici, jamais homme n'a parlé comme cet homme, |>aire que nul n'a aimé coinme il aima.
QueUpien paroles immortelles de lui ont apporté nu monde un |>rogramme qui sera dépas Ké peut-être, qui certainémentne l'est pas, car il n'est pas même atteint.
Il semble que nous y travaillions depuis dixhuit siècles. Quelle erreur! De ce laps de temps, plus de la moitié a été employée par l'humanité
. ..'Sii;*:'»;**-.
r.(wnr.irMnNii W\
k .se débtilli-f dans la pure hni'barie, et le reste l'i <^|8borer une ébauche de rivilisntiun. Nou» en sommes là.
Il s'en faut que le genre humain pui.4.se dire .sérieusement (|u'il est las de rKvanpile de Jésus et qu'il veut quelque chcsc de mieux. Il ne le connaît pa.n. il n'a jtas eu le loisir de l'entendre, ni lit forée de l'appliquer : le |)eu qu'il en a recueilli lui e.st parvenu défiguré à travers la couche épais.se déH superstitions accumulées; et quant à te mettre en truviv dans la Mn«*iélé humaine, c'est <k |ieine si l'on a commencé. \
' iNous avons lonl à faire, oui, presque tout — vous le save^^ienl — pour organiser sur la terre f.e « royaume des cieux — doift le jeune inspiré de Nazareth o.sa tracer d'une main ftrophétique les premiei's linéaments. Une grande partie de son œuvre est encore si néu- \e qu'on pourrait la croire inédite. Qui sait si le plus court chemin pour arriver ai la religion iW l'avenir, ou à l'irréligion de l'aN'enir (nous avons vu que c'est tout un), ne iera pas de revenir aux sources et de découvrir à nouveau
Wi LA RELICION, l.\ MORAUC KT LA WIFMJI
celte choHe prorondéincnl uriginalt* »;l hardie i|ui fui la religion nu l'irr^^ligion lif J<^8us? . J'ai fini, Mesdames, MesMieurs. Je n'ai plus •lu'À voUH remercier «ly laecueil t|ui vous avez hien voulu me fuiie. Il me prouve ipien dépil «les (liflU'ultéii de I entrepriMe e| de I insuffisance de relui qui la lentnil, nous ave/ compris io but réel de ces conf<>ren('ts. Dans ma ppiïsée, . comme daits li vùlre, ce ne devait \taê être une (l'uvre de crili(|ue cl de |Hilémi)|iH', c'était un appel à la' réflexion, une pi-ovocatioh à penser.
> Quel i|ue suit le résuittd de j'exanicn intérieur que (thacun de vous aura fait loul bas è cetln occasion, laissez moi espérer que vous en emporterez au moins une impression finale sur laquelle nous pourrons nous trouver d'accord, celle qu'un des vôtres a si finement exprimée dans une des plus belles pages de son journal : « Ce que les ùmes religieuses pardonnent le moins, c'est qu'on diminue leur idéal, fl no faut jamais mettiv contre soi un idéal. Il faut en montrer un aulr-e, plus pur, plus haut, plu."* spirituel, et dresser derrière une cime élevée, une cime plus élevée encore. '•
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Note A.
(Page 20).
DU MIllACLË OU DU SUBNATUREL
— • [Il n'y a pa* d« Hurnaturvl.] T'a)- quille argumentulioH tarante Ir pto(e»*eur de Farit a-t-il établi ce principe pkiloiovhique II n'a pai démoiU^ ce nouveau dogme) il s'eit horni à le potrr comme un axiome. » (p. '10 de la bniohure tie M. Chaponnière).
M. Chaponnière sera le premier à oonrenir que, dang |«> mijet très pa^is que je traitai», il était impomible de faire eatrer la dk.«cUMiuii en règle des arffumenta pour et contre le tumatural. Je m'étaia ponopoié de parler du conflit de 1* acience avec la religion. La religion admet le Bumatureli 1» icience. ne l'admet p*s; c'eat un fait, oe n'eat pas un dogme. La acience a-telle tort ou raison de ne paa admettre le mimaturelP C'eit une autre queatvon. L'ai-je éludée 1> Non, j'ai dit et nedit que la science ne pouvait pM f*i>^ autre choae que ce qu'^e fait : elle ■e borne à ronatater qu'elle ne constate paa une ■eule trace de surnaturel dans le vaate champ <le aon. obeervation.
.^mmw
XUB LA MLninN, LA MORAU BT U
Sur OB point, tuii-je démenti p»r niM deux honornblat eoiÉtwJkitiar» ? Non «ncon. Et rÏMi n'eit pins frappant que leur parfait aMentimmt & tatf* pn)preii aMMviii<>iMi, qu'ils i-eprennent à leur compte en tormea formeU.
M. Chapoonièn écrit (p. 12) :
t 7x1 icience en elh-métne ne peut statuer ni Véxiêteniôe ni la non-exiitence dFune adiion turuaturelle de Dieu dan» le monde. Pour que tei recherche» ptii*xcnt /onetiovner^ il faut tan» doute qu'elle postule et maintienne toujour», à titre d'kypothète, Venchainement universel de» cause» et de» effet» naturels, mais elle n'a jamais affaire qu'aux Muses secondes et ne peu^ rien nous dire Je certain sur l'action de la cause première. »
On ne laurait mieux dire, et je n'ai pas dit autre choae.
Et M. Frank Thomaa n'eat paa muin» expUcite (p. 26) :
m Im méthode (de la science) est d^affirmer jce qu'elle peut contrôler, sans aller aU delà. Nous ne lui demandons en aucune façon de prouver que le surnaturel existe, nous la supptiont de ne pas le nier au ttom dîun a priori hypothétique. Le vrai savant dira : • Je ne trouve le » surnaturel pas plus au fond de ma cornue > qu'au bout de mon télescope, je ne puis donc « > pas le prouver scientifiquement. Mais je ne » m« sens pas le drçit de le nier, car Iméttr ce
iui-ntoio: £07
'• itrtnt déjtatMcr la Ihiiitf fixer par mn expé' • riencft. •
Enoon» une pxoelIraU- foiiuiil^. variante hmireiu» Atm mipnnm.
Ainti ni M. Chaponnière, |ti M. Thomaa ne* ]e contmitent : la M-ionre n« ciiinuit pas 1p surnaturel ; elle n'a pa» à en ftairler, ni pour ni oonir», attraulu que par définition, a'il existait, il ne tonib«rait pas ilarit le champ «le «on expérience.
Quelln iléclajrttiuns ! Wk qu» noua sommes loin du la vieille motion populaire du miraol»/ Jadis un alléj^ait le nombiv imposant des témoins, l'éridenci'' é<-latuut<> de.>i fajts minu;uleux. On nous urcMirde nu»int?nant sanâ hésiter que le Tirai ttarant n'en ronteste aucun. Mais, ajoutet^on, il n'en nie pas la pt^^sibililté dans une sphèi-e «upéritafe aux atteinte» de la science positive, A quoi M fétluiaent les prétention» du aurnaturelP A une possibilité logique ou métaphysique.
C'est un pntfesseur de Q«nève qui, au dernier CoagrèM de philosophie à Paris, résumait spirituellement la situation de la science à l'égard du mifecle. • Quelqu'un vous affirme qu'un grand oiseau est venu, a pris la tour Eiffel dans son bec et l'a emportée comme un fétu. Qu'allesvous faire ? Protester, déclarer que c'est impossible, nier le miracle au nom des lois de la naturel* No«. llien rte pareil. Vous répondrei : allons y voir. Seulement vous pcurrei vous permettre d'ajouter, en regardant l'autfmr de U
Mt Û MtLIOinN, I.* MtlIUUt CT L\ W IMCS
imuTcllc : * Monaieur, > rW à voa« da iair* U preuTp. >
Cett pxaFtMueiit ne que dit 1» .^oience aux •api»-B»turaliitM. Klle ne prétond pM quelr miracle loit ilogiipwinrnt ïniptHMible, elle attend qu'on lui pn nion^iw un puur l'eixaminri* «rrupuleuMmont ; elle ne nie rien, elle demande à Toir.
Mail le* e(Mi(<eaai<>ni que font au point de . Tiie tcientili^ue \n deux auteurs auxquelv j'ai l'honneur tle répctndre vont encore bien plu* loin. Et j'avoue que je m'en i^éjooi», non r«rt<i» p«tnr le mince plaieir du polémiite, mais parce que c'est l'indice an progrès décisif qu'u fait la raison humaine jusque dans les théories qui l'roient limiter son empire. Tous les deux, non contents d'avoir aindi n^luit |« surnaturel, s'in- .géniaat à en vider It cimtenu, justiu'à ce qu'il n'en reste rien.
Voici c-omnvent M. Thoma^i sauve le mjraclt*, gardant le mot et abandonnant la c^oee :
« Au re»te, quand on parle dv xurnaturri, il ierait bon de » entendre. Si le turiutturel est le bouhvertemeiit d*i loi* ctrtaine$ de la nature, HOHi ne YadiiuiHont^^pa» davantage. Si le tur-, tttttureli r»t au votifraire le jeu normal de ce» wéme» loit, de celles que nou$ connaiM$on$ et iFa%Uret que unui ignorom encore, hou$ pensons que nul n'a drwt de le nier. » (p. 26).
Un surnaturel qui est « le jeu normal des lois de la natuiw » et qui ne parait naturel que parce
ArilMOWX
qu'il applique oertninet de Ot lois que nous igaontns encore : à la b«>nne heure! Voilà un miracle que le plui raiinnaliste eit pr4t à acctpitr. Un* éclipie, uoe ri)mèle,' un mAiéove, ti mille autres prodiges rcmblables étnient du Kumaturel tant qu'on ne ronnuisMit pae lea lois de la nature qu'ils nipttaiaat en jeu. Et tant qu'il y aura^es lois aon pn<H>re connues. Il y aurai du surnaturel.
Dé(;idémenti elle se nieurt, elle est mort», la foi au surnaturel, quand elle en est là.
M. Chaponniire, lui-même, eu ternie* pins mesurés, va aux mêm«« conséquences.
Il n'admet pas qu'on « attribue à l'Etre auprême !a faculté de Hwn faiK (|ui contovdirait ses perfections divines, qui impliquerait en lui la confession d'une méprise » ; il lui laisse seulement celle ■< d'approprier atm «uvre aux oirconstanws pnodtiites par. la liberté de tes crèar tures et notamment de répanu- 1^ anomalies camées par leurs révoltes, t Mais il se h&ttf d'ajo«fter : * Cette inteniention turnaturette de Iheu dan» le monde physique ou moral contre' riendrait-clle aux lois qu'il a lui-même itO" blie$f — £*n aucune façon. CTas loM ne tant /MU ^M» violées par les actes de la liberté divine qu'elles ne le stânt par les actes de la liberté humaine. >
Et il cite une ftige de M. H. Bois qui «amène le miracle à n'être pas plus une violation des loia de la nature que l'effort musculaire, par
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■^Msj'ri'^^s'ffw'fi^^^fy-fr!^^ ■■■>■■
'.MO i\ nici.Hiinv i\ Mi>nAi.E r/ la im:iev:e
rxriiiplp, n» vinl(> la loi de la gravitation ^n '' n'oppogaut à la cliutp d'un rorpa. Ne dinrutnni* pan In cotliparaiiMin, iirrfptoni la conclusion qui en l'ps^rt : dont- If niiraclr n'est pas un mil'Hiïla. M n'eut \m* la négation d*^ lois de Isi nature, t'en e«t une application pau'tirulièiv; il |N*ut y avoir l'iippitrenre d'une infraction nu eoura rcgulirr tU» chose», rouis pc n'est qu'une iipportnce. r
NouH soniuiCH d'uccord.
Et nous le iw>rio!is jusqu'au bout, si M. Chaponnièr» n'essayait de retirer toutes sfs oon-
' f-qisions dans un tivs beau mouvement d'éloquence à la fin de ce développement.
« Quoi, dit^il, un hou* dit, d'après M . Pécaut, que le principe de Pitiiivert ne saurait déntfntir timUnct moral de l'homme; on nott» déclare ne pas vouloir d'un Dieu qui ne serait pas jtsâte et bon... Et quand oh nous a dit tout cela, un vient nous nffirmer avec calme qu'au nom de l'unité et de l'harmonie de l'univers nous devons fermer nos oreilles au cri tt" détresse qw s'élève de la terre vers le ciel et refuser à Dieu
'la fattilté d interuviir directement dans le monde pouf répondre à rappel de ses créatures et pour ritoblir iei^bas, dans la mesure «il il le juge d propos, le règne de la vérité, de la justice et du bien! » (p. 16).
Noble et généreux élan qui est une nouvelle preuve de ce que j avançaJï, à savoir que l'appel au surnaturel est une projtestation instinc'
ArrcNDirE > 211
tivo lie l'ânu» humaine coatro la fat&litë et coDii« le mol. Hélnfl! Il nt trop facile de ré-' pondre, e*. le lecteuFi aprt>» un premier mouvenient d'émotion, t'apercevra bien que ce n'eat ]nM oioi qui < refuse à Di^ti la faculté d'intervenir. » C'e^t à mon honorable contradicteur, pui«|u'il la lui accorde, cette faculté d'interr XTnir, de noua montrer où, quand et comment Dieu en a fait usage. V'jpat à lui de nous montrer, duna le pi-éselit ou dans l'hiEtoire, quelques <-ua authentiques, élaii's, indiscutables, de cea interventions directes pou,r répondre ù l'appel de ses créatures, de ces coups de théâtre divins qui soulagent la conscience, comme 11 s'en trouve & chaque page dan» les Vie$ des Saintii. Depuis qu'il y a des hmimies sur la terre, ils ne te laMoat pas de croire à ces interventions, et c'est par milliers que tous, Hindous et Girect, Kgyptieos et Juifs, Romains et Gfrmains, civilisés ai barbares, en racontent des exemples érlatan^i. Mais de ces milliers de miracles que relatent les légendes sacrées, qu'attestent les i:r poto de Delphes, aussi bien que ceux de Lounlés, «le cette immense histoire du divin qui, du Gange au ' Nil et -du Tibre au Hhin^ se mêle sans ce:«e à la trumo de l'histoiit; humaine, qui s'est inwiiite tour à tour sur les stèles des Pharaons, sur les mur» de Babylone, datis Héirodote ou dan« Thucydide, dans la pien«a dea cathédrale^ et dans lea missels du moyen âge, elt qui continue de se dérouler de. noi jours dans les petites feuille* de Saint-
ÉÉÉiiiiillil
il\2 LA REtlGION, LA MOHALK ET U flÇlENCB
.Toifph et âti Saint- Antoine <le Padoue, en est-il un aeul que l'histoire ait retenu, un s»ul auquel la critique ait reconnu, je ne dis pa« an caractère d'évidence tk t\« «mititudo scientifi- <iue, mais séuleiuont un ilegré de yraitiembJauiH' ei de probabilité qui pemnette d'héeitor, un •impie commencement de présomption en laveur de sa réalité? ,
Si H. Chapoaniène en connaît des exemples, il les citera. G'eet à lui de faiire la preuve.
On trouvera, complètemjept et méthodiquenvent développée, la théorie du surnaturel b laquelle je me réfère, dam le tnoioièmre èhar pitre de l'Etquitie d'une phUotophie de la re- • ligion. M. Sabatier, en concluant cet historique die la notion de miracle, semble répondre par avance aux deux théologiens dont je vien»-^ transcrire les solutions. Il fait remarquer qite toua les efforts de la théologie nuMlerne pour rendre le miracle moins choquant dt plus plausible vont au (rebouTB du but qu'ils pourauivent.
(( Expliquer le miracle, c'est le détruire. — Ce qui, pour les contemporains des Tarquin à Borne, de Josué ,ou d'Ezéchias en Palestine, et pour tout le peuple de l'antiquité comme pour le peuple dte ooa jours, fait que des événement* sont miraculeux, c'est qu'ils sb(it uniquement amenés conime le cour» naturel des choees par l'intervention d'une volonté divine particulière. Ceat là proprement la marque et le caractèi»
APPENDfCE 213
du miracle antique. Dès qu'on l'eiface, pouf une
' raison ou pour une autre, le mimcle dispanaît...
Jusqu'à la fiin du moyeu âge, la possibilité du
rairaole allait de soi. De nos jours< la théologie
flupranait-uraliste o'épuise à lu démontrer: elle
, n'y i^éussh que par des moyens qui annulent le
war miracle lui-même. On n'a rien gagné à prouver
4iue le miraolf est possible, à l'on n'en montre
pas de réels. Or, tous les modernes avocats du
miracle tendent à une fin conii<aire. > Et M.
Sabatier le prouve, précisément en citant deux
ou trois exipmples de^ raisonnements mêmes que
nous venons de transcrire.
Le ledteur nous pertnettra de lui recommander la fieaiue et religieuse conclusion du doyen de la Faculté de théologie de Paris : < La venté, c'est qu'à l'heun? préccnte, la régularité gmndiose et souveraine des lois de la nature et die l'harmonie d« l'univers a pénétré tous les esprit», que notre piété, dans ses heures d« lumière, ne se révolfte pas contre ces lois, mais nous fait considérer comme essentiellement r»ligieux l'acte de les contempler, de les célébrer «t de nous y soumettre. Ceux qui prennent une attitude contraire deviennent rares, et, quand ils ouvi«eiit la bouche, ne font entendre que des argutfiènts contradiotoires. La théorie scolasti-. 4}ue du miracle es((i morio^ dans l'espirit de» théologiens qui voudraient encore la retenir. »
,:fÇ7^?|?!W^
Note B.
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