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LA RELIGION GRADUELLEMENT RÉFORMÉE PAR LA MORALE

C'est unn loi «!c l'histoii-e des religions que toute religion qui dure, ne dure qu'à la condition de se perfectionner moralement. Les -seules girandes religions mmler&es de nnftre race — judaïsme, islamisme, eliristtanitfme, bouddhisme — sont toutes des religions c//((^ur«, toutes des ■ religions réformées » : sur le fonds antique de la ^ligiosJté païenne et matérialiste, elles ont appliqué progi'essivement, d'une manière plus ou moins complèt«, toutes les règles essentielles de la morale, et elles en ont ainsi transformé de fond en copible les données primitives. L'histoire de la religion est l'histoire du progrès de la conscience hunuiine. L'homme en ae moralisant a moralisé ses dieux. Proudhon disait briA^lement : t Admirez os qui se paMte. A mesure que notre coiv.8cience se développe, noua ne manquons pas de doter aumitôt noire Dieu d'une quantité correspondante. ■

De cette épurattion de la i«ligion par la morale j'ai essayé d'abord de donner, sans pouvotr j

An-ENDI«£ 'Jl.'l

insistor, quelt^iies exemples applicables ù i'uutiquité païenne ou juiv». ,

M. CHiapnnnièire répond (p. 24) :

« Dan» Icf cas de ce genre, l'érnUition jignalée n'a pas été en général une victoire de la morale indépendante sur la morale rtligieute, mai» bien le triomphe d'une morale religieuse plut éitvée

sur une morale religieuse inférieure. »

Et il rite ti bon droit 1?m ])r(>phèt«9 d'Israël et •I éflus^ comme n'ayant pas ptirlé • au nom d* la laison ni de la conscienc:' 'laturplle >, mAi« au nom ■ d'une révélation plus haut* du Dieu vivant nu d'une inspiration |>lus pmfonde du •Saiut-Ësprit. >

Ai-je jamais pinJtendu le «•ontrairei' Ai-je voulu foire parler ù Esaïe; à Jeun-Baptiste ou ti Jésus le lanf^age des philosophes du xvin'' siècle ou du positivisme ('ontenip<tvaiu}' Et si j'ai employé le nuiit de « morale indépeudante » dans l'anecdote typique que je l'appelais d'après M. Marinier, chacun a'a-t-il pas compris cet anachironisme volontaire? Il arrive ù tout le monde de donner de la sorte, par un mot p*is ù la langue courante, plus de piquant ù un contraste, plus de relief à un rapprochement de faits ow d'idées à "travers les sièolesv

Mais laiMons les mots et voyous de plus fiin le problème. Il se pose à la fois pour l'antiquité — c'est un problème d'histoire et pour noltre

iflii LA IIKI.MilON, I.A MOKAii: rt I.A HCIEM'JI

propre expérience — c'est un problème de psychologie.

jDans l'untiquité profane ou sacrée, MM. Chaponnièi'p et Thomas ne font pa» <le difficHlt«s & reconnaître les progrès de la conscience humaine donlt la religion Teçoit l'heureux contre-coup.

Que contest^ut-ils donc P Je ne le vois pas très bien. Nient-iU le raiiactère naturel, oonual et humain de ces progrî'S moraux et religieux? On pourrait le croire d'après ces mots de M. Chaponnière : < Itévélabion plus haute... i inspiration plus profonde... »

Mais ces motdi sont un peu vàjj^uei. Oomnient faut-il les entendre y

Il j a changement, progression dans la révélatioa : on nous l'uccorde.

Qu'est-ce donc qui a changé, qui est-ce qui a progreaiéP Est-ce l'homme, ou est-ce DieuP Quand on parle de < révélation progressive s, ({ue veuD-on dire, sinon que d'âge en âge l'homnue a mieux compris, md'eux vu, mieux senti la vérité morale et religieuse P Ce n'est pas elle sans doufte, qui, objectivement, est devenue autre, c'est l'âme humaine qui est deveaue capable d'en percevoir ou d'en entrevoir une parti» plus étendue. Or, c'est tout ce que j'ai entendu rappeler.

Il ne faut pat que l'élasticJcé des termes nous abtiw. Il n'y a qtt'une révélation, la révélaÉion naturelle qui su fuit au sein de l'humanité par des conscienws humaines. £t il n'y en a pas

APPlNDIt-E ^ 217

«fautre. Dites, aprÎM rela." qu il restp it expliquer re fait lui-même, Mte illumiinatina graduelle «les PODHcienoes, l'cxistem-e même de ces consciences, leTolution t(e la vie spirituelle dan,i la ipjoe humaine, c'est-à-dire le pntUènie tout entier de In desbinre humaine, de l'orig^îne ei de la fin (Us choses. Dites surtout que rien ne prouve que ce développement du monde à travers les milliers de siècles n'ait pas d'autre Toi d'autre raison d'être qu'une force aveugle et faitwle, qu'il noua est parfaitement Irasible de supposer nue pensée suprême, une raison universelle, un immense plan invisible qui nous échappe, bi-ef, un esprit ou plutAt l'esprit créant et dirigeant tout. Mais c'ewt là l'arrière-fnTid métiiphyKi(|ue de In question, nous le laissons intact. Nous ne traitons d^ cette question que le côté historique : l'hi^toine des religions, disonsnous, ce n'est pas une suite de miracles apportant chacun au monde, à «{uelques siècles de distance, un code, une bible, une n>véla<t'ioTi surnaturelle de plus, encore que les hommes se soient le plus souvent représenté Im choses ainsi ; (■'est l'histoire des changements successifs qui se sont acc(miplis dans l'esprit humain, d'une part, sOÙB la pression du progrès matériel de la civi'li/wtiim et, de l'autre, sous l'impulsion d^ idées morales nouvelles dont quelques individualités puissantes ont réussi à le doter. «Quand INeu vouli/t donner le DécaJogue à Israël, il ne l'écrivit pa4 du bout de son doigt sur des

'»'I8 I.A nEMr.lON, lA MOnAlK KT 1S snFNCJE

table» de pirrr», mais il suioita Mnïae, et de In iimwiencp de Moïse, le DécoJogue eut sorti... I)e même pour l'Evaugile : il ne lu )>a«t laissé tomber du oiel, il ne l'a p«»s envoyé pur l'intermédiaire d'un wnge : il a fait naîLie„JéflU8 dun» les flancs mêmes de la iwe huniùne, et JéftH» nous n donné i'Evang'ile éclos au tond d(* son eœur» » (S.tB.*TiER, E*qui»*v, p. •)4|.

Voilù pour If pas<«é. Quant au présent, la loi du mouvement nous sertible être «xartement In même : c'est sa propre croiMStinc» morale <|ui oblifi^ l'huiuanité à miulifitr »a raligion pour lu maintenir a la hauteur dt SPn rcHjiect. A mesuiro ,i|ue, l'âme humaine acquiert un degré de déli* cat«sse moraJe qu'elle n'avait paa encore atteint, qu'elle se fait un idéalmoinl et social plus' haut, c'est -ù-«lire, plus conforme à la justice et ù la raison, elle ivtoucKe inMinctivemtnt, «ans même s'en apercevoir, ses croyance antérieures, remanie les dogmes, linterprête ]e« textes, allégorise et spiritualise les légendes, les récitu, le.-t pratiques, les rites, i-oncilie enfin )>Ius ou mflin.s heureusemeint la let4re qui lui vient du passé avec l'esprit nouveau qui la pénètre.

A cet éganl, quoi de plus intéireosant que les dix demièrea pages de la bntchure de M. Chaponnière? J'avais er^sayé d'exposer c? qui est bel et bien le dogm« chnétien dans ses traits essentiel»; ee n'en était pas la caricature, comme quelqu'un l'a dit, qui serait bien embarrassé de

^v^fvv'f'iv^fffr^t^^y^ jtw^i \f ,yi^jg^^"' T^

justifier c« pn>poif; c'était le iVtiumé populaire et très fidèle tle ce qui fut et de «m qui ett le christianisme, histoo^quement et géographique^ ment parlant, en d'autras tcrnieH d« oe qui a été flffickellement le christianiiime authentique pendant douze ou quinze t^ièclcH, et «le ce Y{ûi est encore le seul christianittnie que connaissent et que protiquent trois cent cinquante millions de chrétienaau moins, à 8n])poser qu'il y en ait quatre cents millions dan» le monde.

Et cet exposé fait, je disais, parlant à un auditoire protestant et suime : • Vous avez beau faire, vous n'y croye* plus. Ce n'est pas le rationalisme, ce n'est pas la philosophie de Voltaire ou la critique de Stirauls, ou l'exégèse île Ueuss, ou l'incrédulité du siècle, qui a ébranlé votre foi. C'est que votre foi ble«Hnit ce qu'il y u de plus réligieuK au fond de votre âme. C'eut l'Evangile de Jésus qui proteste en vous contav la dogmatique traditionnelle de l'Eglise et contre les théones d'ua autre âge. •

Je le disais, mais M. Chaponnière le prouve avec bien plus de force et plus d'autorité.

De toutes ces doctrines dont y disais qu'elles ne -sont plus supportables à la conscience humaine — le Dieu qui crée pour damner, le Dieu qw pardonne au prix de je ne sais quelle rançon consistant à fture portera l'innocent la punition du coupable, le Dieu des peines étvrnellea, etc. — il n'y en a pas une dont raxm, honorable contradicteur prenne la défense. Il

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SM LA nfXIGION, LA IIOIIAIE ET LA 8CICNCK

s'applique à les transforiper, à Im moraliaer, k lea idéaliser l'une après l'autre.

Le péché originel, il le remplace par la conatataiion scientifique de la rinlidarité physique «t psychique^L'expiation, le sang qui lavei le sacrifice qui apaise Dieu, le Dieu fils immolé par le Dieu père, ce drame sanglant qui fait encore le fond tragique et mystique de la religion chrétienne et du culte chrAien sur toute la face du globe, si l'on en excepte une imperceptible minorité de la minorité protestante, l'honorable pasteur remplace tout cda par une doctrine incomparablement plus spiritnaliste et plus pure, plus évangélique et plus philosophique, qui efface tous lea traits grossiess du dogme primitif et y substitue une -interprétation digne de notre tçmps : c Nous laluont en Jéiut le seçtmd Adam..., un être exceptionnel, fruit fie l'hymen mystérieux de l'espèce humaine et du Verbe divin qui a été greffé sur le sauvageon de notre race pouK y introduire une vie nouvelle, s (p. 33).

Soit. Mais combien y a-t-il de chrétiens, catholiques grecs ou romains, protecttants luthériens ou anglicansi qui reconnaîtront leur croyance et leur culte dans une telle i^aaeP Le* oreconnaîttont-ils davantage dans oe* parolea, d'ailleurs fort belles, du vénérable professeur F. Qodet :

c Jésus-Christ a ressenti l'horreur des crimes dont il était chaque jour témoin, comme s'il en

APPENDICE 2!l

e4t éti luiinêihe Fauteur reiponiable.' Et dont la communion parfaite de sa con*cienoe apec la , Mfinttté divine, il a prononcé la condamnation à mort du péché humain. • (p. 3ô.)

•Te ne fait aucune difficulté de convenir qu'une telle doctrine de la rétlemption — ou celle qui est esquissée un peu après (p. 38), pour substituer l'hypothèse du néant au dogme «les peines âtemellieA preuve de plua que ce dogme ne fait pas moins horreur à la conscience de mon contradioteur qu'à la mienne — « ne tombe pas sous le coup du reproche d'Jmmomlité. s Je constate, au contraire, et avec bonheur, qu'à mesure que grandit la conscience morale et religieuse, elle transfoilme et réforme, de pnf son autorité souveraine, les traditions les plus sacrées, les textes réputés divins, les croyances formellement inscrites dans la confession de foi, les pra^ques cultuelles consacrées par vingt siècles et encore universellement répandue^. Elle fait cela et elle fait bien.

ÏH c'eai en oela même qu'elle fait acte véritablement religieux et véritablement chrétien.

Quel exemple plus frappant pouvait-on souhaiter que ces quelques pages de M. le paaieur Chaponnjère, pour éclairer et confirmer la thèae que MMayais de soutenir à Genève? Comment n'y par voir la preuve que, si l'esprit religieux est éternel, ses expressions ne le sont pas? Il y a là un besoin de l'âme humaine qu'il faut laisaer m chaque temps se manife^er suivant les lu-

mm

,1 Sti LA RELIGION, LA UUnALK ET L.V SCIENCE

inières et dans la langue de ce temps. Une théo logie comme celle de .MM. Qodet «t Chaponnii<irp, est une interprétution dp l'Kvangile éternel qui a sa date rt ton rang dann la longue série des vergions Buccessives iiue l'esprit! humain a donnéeH ilc la pensée religieuse. Les versions antérieures, qui sont innombrables, ont eu, toutes, chacune en son lieu et en son temps, leur légitimité. D'autves viendront encore qui sans doute euricliiront ce trésor sans cea^ l^ro'sissant.

Je me seraÏH bien mal fait comprendre aï j'avais laissé à mon auditoire l'impresaion que je vennis précisément combattra telle ou telle fies forme) les plus récontes et les plus respëc- ' tables de la théologie protestante, la plus libro et la plus hardie qu'aucune Eglise ait connue. Il serait p»r trop étran^ qu'au moment même où je m'tfforce de aoutetiir la profonde valeur moiwle et intellectuelle du phénomène religieux et son incessante évolution vers un idéal de pluH en plus pur, mon grand souci fût de venir argumenter contre le «lernièr ou l'un des dermiers termes de cette évolution même.

Ma pensée est tout autre.

Je cherche à faira remanfuer par Itti hommes de bonne foi, ««ligieuxvcm non mligievx, orthodoxes et hétérodoxes, croyants ou incrédules, que l'idée religieuse ne dure que parce qu'elle pitogresae, et qu'elle ne progresse qu'avec et

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i-umme rhuiiuHiitv elle-niAïUie. Tuut au début, Iti religion h sûrement aidé ii former la conscit'nce, duns l'humanité naissante, maig de- ])uiR de lon^!* Bièctes déjii. re n'est paa la religion qui rtdres^e la eonscienre, c'est la conseience morale (|ui d'âge on âge redresse la ; religion. Maintenan't d'où vient (|Ue la cons« vioace morale frrandit P Je ne prétends pas l'espliquei^, niiÙM je le constate, nu plutôt ne sonir nies-noUH puH iinuaimc^ ù le constater?

Bien loin d'avoir en vue d? réfuter telle ou telle partie de lu néo-urtho<I<ixie prn<t«8ian!t«, je sertis porté — si l'on me permet d'en parler par une sorte d'analogie avec les matières philoaophiques — à envisager touties ces nouvelles interprétations du dogme, de l'histoire et de la tradition raligieuses un peu comme Quyau envisage à la fîa de son Iivr« les grande» hypothèses m«taphy$iqu«a donlt il fait une si magistrale esquisH- ^^'es hypothèses, pense-t-il, ne disparaîtront pas, alors niêm:' que nous aurons renoncé t» leur attribuer la fixité d'ua dogme ou la valeur d'une certitude absolue. L'esprit humain continHtra ù comttruire des abris provisoires où il •'arrête à chaque étape de la route, essayant da bire le triage et le classement de ses richesses avant de repartir pour une nouvelle et pluH lointaine firxploratton.

&e que Guy^u croit vmii de la philosophie ne le semit-il paa de la théologie ? t A mesure, ditil, que la pansée pénètre plus avant, elle voit les

»?♦ U nCUCION, U MORALE ET U SCIENCE .

chowt ea même temps f« diversifier dans leurs aspects et s'unifier dans leurs lois, s II se peut que, a grâce au progrès micial, letre maral éprouve de moins en moins le besoin, pour se soutenir dans se^ sacrifices, de faiie <vp|W aux hypothèses miétaphyciques, de s'appuyer sur l'incertaiB •. Mais, comme d'autre pan <( l'homme tend & devenir de plus en plus un être réfléchi >, la spéculation métaphysique ne disparaîtra pas par le seul fait qu'elle ni»ra cessé d'être un de no» mobiles directeurs et en quelque sorte un souci intérNlé, celui de notre salut. « Nous serons en (ittête^le la destinée du monde, . indépendaiituient de la nôtiv propre; «m la pure curiosité de l'intelligence se risquant dans l'inconnu remphicera l'intérêt direct du moi. » — Il en serait de même de la spéculation religieuse, le jour où tout le monde serait bien convaincu que ■ le salut > n'est plus attaché au fait de croire à telle doctrine, d'appartenir à telle Eglise et de participer à tel sacnment.

Les deux payeurs qui m'ont fait l'honneur de me répondre me répondraient, encore ici, qu'ils ne sont pas de ceux qui lient ainsi le salut à une condition intellectuelle ou à une pratique ecclésiastique^ — Je leur en donne acte par avance. Mais encore une fois n'oublions pas <ju'autour de nous, il y a le monde chrétien tout entier, qui dans son immense majorité en est encore là.

La religion df^. Chapà'nnière, exposée & cette inunense Anajorité lîes chrétiens de nos

■^wffS^iP^r^l^^fï^^^^TTT^^

AlfEMOICE .825

jours, leur |>aruîtrait, a très peu de chnee près, juatfl aussi hérétique que la mienne : ils lui reprochernient le même vague, la mênie ^<piritualité dérevanie, le manque de ce je ne Hiiis quoi de concret, d^affimiatif ([uand même et d'impératif à outrance dont l'humanité n'a paa encore su se passer. En vain essuierions-nous de devanœr les temps, lai'.i.ims murer la moissott, laissons l'humanité s'humaniser encore plus, la société sf socialiser davantage, l'esprit dévenir plus esprit, la raison plus raisonnable et le sens moral plus mural encore. Et peu à peu viendra, pour un plus graml nombre, sans c«mtn«vi>r8B et sitns secousse, l'heure du passage normal de la religion de la lettre à celle de l'esprit, de la foi aveugle à la foi éclairée, de la peur de l'enfer à la peur de mal faire, de la Euperstition à la rai8«>n, du mkracle matériel au miracle d* l'amour, de l'inspiration externe à l'inspiration du dedans, du Dieu de la Bible au Dieu de l'Evangile, du Jésus de l'Eglise au Jésus de l'histoire, et de l'emprisonnement dans le dogme au plein exercice de la libre pensée religieuse.

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AII-CNDIUE S2S

jpurs, leur paraîtrait, ù très peu de cha(>e près, jnate aussi hérétique que la mienne : ils lui reprocheraient le même vague, la même spiritualité (lérevante, le manque de ce je ne sais quoi de concret, d'affimiatif quand même et d'impératif à outrance dont l'humanité n'a paa encore su se passer. En vuin estiHicrions-noug de devanoer les temps, laiuuns raûrer la moissoa, laissons l'humanité s'humaniser encore plus, la c<iciété se socnaliser davantage, l'esprit devenir plus esprit, la raison plus raisonnable et le sons moral plus moral encore. Et peu à peu viendra, pour un plus grand ntimbre, sans controv<>rsie et sons secousae, l'heure du passage normal de la religion de la lettre à celle de l'esprit, de la foi aveugle à la foi éclairée, de la peur de l'enfer à la peur de mal faire, de la raperstition à la raison, du miracle matériel au miracle d« l'amour, de l'inspiration externe à l'inspiration du dedans, du Dieu de la Bible au Dieu de l'Evangile, du Jésus de l'Eglise au Jésus de l'histoire, et de l'emprisonnement dans le dogme MU plein exercice de la libre pensée religieuse.

Kl- • ■ \ti iÇv>. Jv**

ZX U JUtLiniON, 1.;^ MOnAU et la SqiENCR

Note G.

(Poge G8).

suit LA XON-IMMOBILITE DU CATHOLICISME

A l'appui de ces indications rapides, j'avais songé il donner ici au public protestant quelques noms propres et quelques titres décrits récents. Mais il est plus sage d'y renoncer : cette liste serait très longue, et elle égarerait le lecteur. Elle trahirait d'ailleurs ma pensée. Elle semblerait donner à entendre qu'il ae forme dans l'Eglise de France un groupe à part, un comniencemoat de dissidence tendant à faire ressusciter une sorte de c catholicisme libéral », ce qu'on appelle ailleurs un parti « vieux-catholique ». Je ne crois pas qu'il y ait rien de semblable, et ce n'est pas ce que j'ai voulu dire. '

C'est au sein même de l'Eglise, dans la masse des fidèles aussi bien que dans l'élite intellectuelle du clei^ que se produit le mouvement auquel je fais alIaBion. Et ce mouvement est de telle nature qu'il peut se propager, avoir même de très grande» conséquencel, avant d'en venir, peut-être sans en venir jamais à un conflit dog-

.ArrexDicK

iiiatique ou «liHfipIiuaire avec l'uutorïté relîgipuse. Il lie it'ngit paa d'une minorité hardie qui se préparerait, aciemment ou non, à secouer le joug : c'est le eatholieisnie lui-même et tout entier qui s'humiinise, se démocrùtisc, se spiritualise. L'allure de la pensée, le ton de la polémique, àe^ (ruTre«, des uetett, subissent un ]>airoles, des «euvres, des actes, subissent un changement interne. Le cathulicL.<ime du xx* siècle en France ne ressemble ni au gallicanisme d'avant-hier ni ù rultramoiita'iisme d'hier.

Qu'on lise pur exemple les Fcinions de l'abbé Pierre Vignot, dam son tK'S beau lecueil la Vie meilleure, ou certains articles du P. Laborlhoniiiere, comme celui : Pour le doifinatiniin: vioral dans les Annale» de Philomphir. chrétienne, ou quelques pages de pé<lagogie morale de l'abbié (luilbert djïns VEilucateur apôtre, ou les fermes déclarations du savant abbé Hipp. Ilemmer daiu la Semaine n Uifieuiic de Pari.* contre certains abus de la d?volJon matérialiste; que l'on parcoure les collections de la petite revue Le Sillon, débgrdante pai-t>is de juvénile générosité, ou i[ue l'on pivte l'oreille aux, discours catholico- Mociulistes d'hommes politiques comme Tabbé Ijemire et l'ablié Qayraud; ou bien que l'on suive, dans les revues spéciales et jusque dans la R»vue de métaphytiqu<e et de morale, les ondulations d'une certaine philosophie qui, en pré^ tendant s'inspirer de MM. Lachclier, Boutroux, et Bergson, se trouve aboiftir, à force de se

tHi i\ neuGioN, i.\ uiiiiAit f.t u hcieme

mettre ea garde contre l'intellect ualisinp, u une forme éthérée <le la foi catholique; que l'on écoute "Hgr Spalding parlant de la haute éducation libérale qu'il se flatte de fa*re accepter vm jour de Home, ou que même on se borne aux manifestations extérieures et i>opiilaires du mouvement quotidien de l'opinion moyenne dans la presse politique, dans VUinvvn par exeniiple, ou dans do petites feuilles dirigées par des occlésiastiiques comme la Vie catholique ou Juftice iociale, il n'y a pas moyen d'échnpper à l'impression d'une si've nouvelle cinculont do haut en bas et do bas en haut dans l'arbre tant de fois séculaire. iSève étrang(>re et artificielle, disent les uns; sang nouveau et vio nouvelle, disert les autres. — • L'heure n'est pns venu© de décider entre ces deux hypothèses.

. Depuis le moment où j'en parlajls à Genève, une nouvelle et éclatante manifestation u rendu plus visible encore le phénomène très discutable et très énigmatique jusqu'ici, mais très n^çl, sur lequel j'appelais l'attention : c'est le Congrès ecclésiaistique de Bourges.

En laissant de côté tout ce qui passe avec les circonstances et les intérêts mouvant» de la politique au joui* le jour, il reste de cette sorte d>'4 concile officieux et même sans mandat un fait qui a son importance : l'effort de toute uni* partie du clergé séculier d'un grand pays pour prendre conscience de sa vie propue, de ses devoirs à l'cgnrd de la société civile, du vrai rôle

Arif:M)i«:E 229

qu'il lui appartient de jouer, en faisant de la t

paroisse non plus la dépendance du château et

du couvent, non plus la rivale et l'ennemie da

la oommune, mais plutôt le centire et le foyer

d'une vie morale et s4M>iale inspirée par l'Eglise ' ;

sans lui être asser^'ie, et qui tendrait, en som- ^

me, à se nu>ntrer bienfaictinte pour tous.

Le Congrus de Bourges a été 'le Congrès dea <pnvn>fl. BOfvales, des œuvres « saceidotnlement "^

iiocialefl » sans doute, mais c'est un premier put significatif dana la voie du rapprochement nve.c la société laJique, un pi^mier effort de cette avant-guixle du clergé national pour se dégager <V

des lions qui l'attachaient à la réaction politi- «lue, pjtur cesser de « bouder > la République ''^

et se replonger franchement en pleine démocratie. .

Il y a plus. Bien que oe/tto tendance — très flévènenient jugée d'ailleurs par la partie réactionnaire de la presse catholique — s'applique . surtout au côté pratique, soQÏal et politique de l'action du clergé, il a été dit à Bourges, par des personnes dont l'auforité n'est pa« négligeable, des paroles qui ont beaucoup plus de portée. QWlque/i-unes se rapportent si directement à TobJOT-i^e ces conférences et montrent si bien le changeflj^ent d'esprit auquel je faisais allu- «ion (p. 68 et swvantes), qu'on me permettra d'en donner au moina une idée, le public auquel je m'adivsne étadt à cet égard probablement asseï peu renseigné.

.-dÈiS'.hâiiiJtSa^j -.l-x^i'JtA-

HM LA MILHiinN, I.\ UORALB KT U fCIRNCB

' Dam un éloquent fliscuura de M. le rhanoinc* Paatoret, je détache quelquoi lignes ayant trait non plus teulemont à l'aniour de notre temps — à ce devoir des prêtre* que l'orateur résunit' ainsi : « Ainion« les hon^mci qui nous fuient, qui se défient «le nous, qui ne nouit niment pan, et aimons-les tels qu'ils sont : ninions-les, car

' on ne sauve que si l'on aime • — mois à la question même du dogme : <■ Mesnieurs, ditil avec courage, le» hommes ne sout plus avec nmis. ils nous échappent eu écrasante nxajo-

. rité » (l'orateur doute même « si nous avonn cncm-e la majorité des fepimesi *). * Allons ù eux, car ils ne viennent plus ù nous... Soyoni bien convaincus que l'intelligoace de nos contemporains exige de notie part plus d'efforts que n'en réclame leur cœur. Ce n'est pas le cwur qui est détaché de la religion, c'est la confiance en la rationabilité des croyances qui est ébranlée... Exposons dans toute sou ampleur le dogme dont nou9> avons la garde et montrons-le... immuable At A.rc dan» ton etteiia:, progrcttif et iwceptible de développement* itWformet an progrèi de la pensée humaine, souple et apftli'

. cable aux cotiditions chantantes et à l'incessante mobilité des formes sociales... Prenonn gardé de pousser trop loin la doctrine et d'adopter, devant les esprits déjà si prévenus, cette arrogance de lutte, cette prétention du sacerdotalisme intransigeant qui entendrait se faire un rouage officiel et privilégié de In société poli-

ApnENtticB SRI

liqap. Ctat de cela que lu ioviéié luodeiiie ne vtnit plus... L* Meenloçe n'a paa été institué par 'TésuH-Chriit pour flevpnir un corps tocia^ rlaMé néroBMiirempnt piu-nii les élnniient^ dirigeant» dcR snriétvf^ politiques. Il a été institué -^pour iufu«i>r le ael évangélique dans toutes les institut iniia de la société humaine... Messieurs, rendons des sPrviceK, niuis ne les impn^ons pas. Notu n'avons lias même le droit d'imposer notre vérité... >

De tout cela, nous dft-on, il ne restera rien dans six mois. Peut-être. Muis si, tout de mèm4>,. il en restait quelque rlmse!'...

Note D,

(Page 101).

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