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DEUXIÈME CONFÉRENCE
UIVEHSIiS SOLUTION^U CONFLIT T LEUIIS rUFFICULTES
EHT-IL rtiKHIUlIC DE IHiN^EH LX PnÉPONDéHANCE A LA RELIGION* A I.A MORALE.* A U SCIENCEf — DE LES COXSIO^nKII COMME nESPECTI VEMEN f INDÉPENDANT.*
DEUXIÈME CONFÉRENCE
Mesdames, Messieurs,
Quand nous aurions parfaitement réussi à nous «expliquer l'origine du conflit entrie les influences diverses qui se disputent le gouvernement de nôtref vie, en résultecditil tjue «6 conflit doive nous satisfaire? Nous est-il possible de nous résigner à de telles oscillations de la pensée? L'esprit peut-il consentir è son propre déchirement? Se placer tour à tour, pour juger les choses humaines, au point dç vue simpliste et poétique de la foi religieuse* puis an point de vue éthique, avec la certitude de voir trois fois changer le spts';facle>de fond en comble, c'est peut-être une jouissance ée dilettante, c'est une souffrance pour l'édu* cateur, car il sait^ lui, que l'enfant n'est pas un jouet dans sa main : une ftme nost pas une lyre que l'artiste ait le droit de faire vibrer au gré de sa fantaisie changeante; les sona
■ ■ bè LA RELIGION, LA UOnALE CT LA SCIENCB
qu'on lui fait rendr^, chants ou sanglots, elle les tire du plus profond d'elle-même, ils sont faits du meilleur de sa substance, elle en vil ou elle en meurt.
Faut-il donc s'étonner si le conflit que nous avons essayé de retracer inquiète les hommes d'éducation? Ils sentent toute leur œuvre compromise par un vice intérieur. Le même esprit ne saurait, en restant sincère avec lui-même, passer tour à tour par tant d'états contraires,
' croire eii Dieu et puis n'y pas croire, affirmer Tordre et la finalité dans les détails, en douter pour l'ensemble, .considérer aujourd'hui comme l'essence des choses ce qui lui semblera demain une apparence fugitive, voir le monde tantôt c«mme un immense enchaînement de nécessités, tahtôt comme traversé par le fait ^ou-
'. verain de la liberté pure.
S'il faut renoncer à l'unité, que ce ne soit pas du moins sans avoir tout fait pour la dé-
; ? couvrir, si elle existe — pour la créer, si cela dépend de nous.
Voyons donc les diverses solutions propo-
i^ sées, et mettons-les à répreuve.
Il y en aurait bien une qui serait la plus fa-
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DEUXIÈME CONFÉRENCK
cile de toutes, mais nous ne lui ferons pas l'honneur de la compter. Non qu'elle manque de partisans : c'est peut^tre celle, en fait, qui en a le plus. Elle consiste à accepter l'incohérence et à s'en faire un système : on taille en soi-même plusieurs hommes, menant parallèlement leur vie d'après des principes différents, l'homme religieux, l'homme de science, l'homme du monde, l'homme pratique, l'homme d honneur, chacun d'eux ayant son domaine et .n'empiétant pas sur les autres. ,
Vous vous rappelez cette page vigoureuse et amère où Jean Paul met à nu les variations secrètes que trahirait notre enseignement moral, si l'on mettait bout à bout les maximes qu'on aurait dans une famille, implicitement appliquées au cours d'une même journée. Des douze heures du jour, chacune sonne une morale différente : morale de l'obéissance et morale de l'initiative, morale du devoir et morale de l'intérêt, morflle du bien absolu et du bien relatif.
Combien plus il aurait raison, l'acre humoriste, s'il nous obligeait à ouvrir ces compartiments à cloisons étanches où nous enfermons
M LA RELIGION, l..\ MORALE ET LA SCIENCE
nos diverses et allernantes manières de voir, en fait de religion cl de philosophie. Il y a
, en nous, suivant les heures, l'étoffe d'un sceptique et celle d'un croyant, là froide insensibilité du savant, la curiosité aiguS du penseur et
, la passion émne de l'artiste, et souvent, pour finir, la sagesse terre à terre de l'homme qui a pris son parti de n'y plus songer. Tout cela
, ensemble fait plusieurs hommes, mais cela ne fait pas un homme. .
Cette facilité, à se prêter à tout est un prétexte pour ne se donner à rien. Là où il n'y a pas d'unitS'de direction, il n'y a pas d'éduca-
^ tion; car instruire c'est diriger, et diriger dans , " lous les sens à la fois, c'est le contraire de diriger.
Pour évitei* l'anarchie, il faudrait pouvoir résolument donner la prédominance à l'une ou à l'autre des forces en présence. Elles sont trois, il y a donc trois solutions possibles, suivant qu'on assignera la prépondérance à la religion, à la science ou à lu morale.
DEUXIÈME CONFËfiEMZ ' 57
Pourquoi chercher si loin le remède qui est si près?
Si la religion n éiï; la première institutrice du genre humain, était-ce un hasard? N'estce pus plutôt la rbrcc des choses, c'est-à-dire leur logique interne qui le voulait ainsi? . .
1( faut toujours finir par prendre un maître, parce qu'on ne peut pas prétendre indéfiniment errer, flotter, chercher, tâtonner, raison- "ner. Un peu plus tôt, un peu plus tard, il faudra voirs fixer; le mot d'Aristote est vrai ici plus (|u'ailleurs : mvrai vr^vai. Car, enfin, sk chacun recommence pour son compte cette opéralion de critique sans terme, à quoi mènera ce débordement d'individualisme, sinon, cftmme nous le voyons, au totar désarroi? Imposez- V0a» pjutôt de compter pour quelque choie le travail humain, l'œuvre des siècles, la tradition. Renoncez k dire : moi seul et c'est assez. S insurger contre le passé, en répudier le legs, prétendre faire reviser par chaque génération >le8 vérités acquises par ses devancières, c'est
^^^^^a^^^^^^m^^^mm^^l^l^im,m,m^< i ■ I II I M I i «M l#-l ■■m ■ ii I ^ III
-la folie du sens propre, l'aveuglemcnl p4^dantesque d'un orgueil qui se condamne lui-même à l'impuissance.
Qui que vous soyez, de plus grands que vous se soiil SQumis, de plus savants ont trouvé au bout de leur science le ■ t)e3oin de croire », et ils ont cru. Au fond, de que* s'agit-il? De quelques points de doctrine fort obscurs et fort abstraits. Ils présentent des difflciiltés, sans doute, mais l'opinion contraire en pré-
' sente autant ou peu s'en faut.
Rappelez-vous le mot de Pascal : ■ Incompréhensible que Dieu soit, incompréhensible qu'il ne soit pas. > Et, comme lui, vous finirez sur «le détail du dogme : « Que je hais ces sottises : ne pas croire à l'euchi^istie, etc. Si l'Evangile est vrai, si Jésus-Christ est Dieu, quelle difficulté y a-t-il là? • L'acte de raison par excellence, le seul que vous ayez à faire, ce «era d'incliner la superbe de votre raison. ■ El, alors, vous aucez rétabli l'unité, restauré
- en vous et hors de vous le principe d'autorité,
retrouvé' Dieu.
Toutes les fois que j'entends ces discours — et M. Bruneliëre»vient de les faire de nou-
" DEUXIÈME CnNFÉAENOC St
veau retentir en France avec l'éclat i,ie vous savez — J'aime à me rappeler comment un autre grand catholique commençait un de se» plus beaux écrits.
La première phrase du Trailé de morale de Maiebranche est celle-ci : c La raison de l'homme est le verbe ou la sagesse de Dieu même. » Je pense encore à ce mot de Vinet : t 11 y a une conscience du vrai, comme il y a une conscience du bien, el l'une est aussi inviolable que l'autre. » Et je ne puis m'empécher de me demander : pourquoi donc cet acharnement contre la raison, comme si c'était quelque artifice malin inventé par l'homme à sa guise et pour son profit, comme si elle n'était pas, elle aussi, elle surtout, de droit divin comme si nous pouvions contredire à ce mol que l'évidence arrachait aux païens eux-mêmes : nihil est, in homine, ralione dit^tniu». Etrange méthode pour trouver son chemin dans la nuit que de commencer par éteindre le seul flambeau qu'on ait, sous prétexte qu'il n'est pas assez lumineux! ^
M. Brunetière, à qui il est donné de revivre à la veille du XX* siècle des états d'âme fré-
4iU LA nEI.IGION, LA MOHALE ET LA SCIENCE
•quents au XVII* siècle, ne se lasse pas de s'étonner do « l'insolence intellectuelle > des rélormateurs et proprement de tous les non- •catholiquos. Comme s'il y avait plus i d'inso- Jence inlolleotueUe > à affinner que le dogme a varié qu'à affirmer qu'il n'a pas varié, à affirmer que tel miracle n'est pas démontré, qu'à affirmer <|u'il l'est, à se prononcer pour Arius -qu'à se itrononcer pour Alhanase! Comme si, 4lans les deux cas, il ne fallait pas avoir examiné, pesé, jugé les raisons pour et contre, à moins d'avouer qu'on se dispense de tout examen en répétant servilement les mots dictés par autrui ! .
. D'ailleurs -^ pourrions-nous répondre à ceux <iui ne savent voir dans l'incrédulité qu'un or- |[ueil intellectuel — vous nous croyez plus intellectualistes que nous ne sommes. Eh quoi! ne comprenez-vous pas que, si a^ttachés que jious soyons à cette raison, nous sommes hom: ânes après tout, nous ne vivons pas de science ^ulement. nous avons besoin d'aimer et d'espérer, de croire à la vie, d'en prolonger Içs Jignes au-delà du visible, de nous sentir en paix, en joie, en mouvement vers l'infini? Et
DRUXIÊME CONFÉHENCE St ,«
8i, à défaul de la raison, quelque part, en dehors d'elle, au-dessus ou au-dessous d'elle, malgré elle, apparaissail^à l'horizon de notre' conscience ce je ne sais quoi de divin dont toute conscience humaine a soif, vous ne voyes pas comme nous l'inclinerions vite, ceAe superbe de notre raison, pour courir aux Murce» d'eau vive? '
Hélas! c'est précisément notre conscience, ^ bien plus que notre raison, qui nous empêche de revenir aux croyances traditionnelles. Con- tre elles, j'ai essayé de vous le faire entrevoir par quelques exemples, ce qui parle le plu» haut, en nous, ce n'est pas la science, c'est la conscience, oui, celle-là même que ndbs devons à dix-huit siècles de christianisme. j-
A noé objections d'ordre intellectuel, nous pourrions peut-être passer outre, mais non pa» à ces invincibles répugnances morales qui s& dressent entre nous et le catéchisme comme un impérieux veto.
La controverse théologique a fait son temps, la polémique autour du dogme est un exercice qui n'intéresse plus personne, pas même les professionnels. Pourquoi? C'est qu'on ne
<tt U RRLIGtON, LA MOnAIX ST U SCIENCE
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tue pas un dogme éT coups d'arguments, pas plus qu'on ne le restaure à force d'étais apologétiques. Les dogmes meurent tout seuls, quand l'idée qu'ils représentent est tombée en désuétude, quand l'esprit humain ne peut plus la comprendre, ou, ce qui revient au même, la comprend trop.
C'est à ce point que nous en sommes, vis-àvis de la dogmatique chrétienne, tous tant que nous sommes, croyants et incroyants, prolestants et catholiques, ceux qui se l'avouent et ceux qui ne se l'avouent pas. Et c'est pour cela qu'une restauration du principe religieux sous sa forme traditionnelle est impossible.
Le dogme a cessé de vivre dans nos consciences, parce qu'il n'y pouvait plus vivre. Vous voulez à tout prix rester attachés à la édition. Soit, mais vous ne voulez pourtant pas mentir & votre conscience. Eh bien, je vous . le demande, et que chacun de vous se, réponde en toute droiture : Vous qui êtes attachés à la foi évangélique, pouvez-vous vous faire l'illusion que vous croyez encore — je ne veux pas dire que vous^ confessez des lèvres, mais que .
KCXIËHE CONFÉRENCE
VOUS VOUS représentez pour tout de bon comme une réalité — une seule, n'importe laquelle, de ces vérités fondamentales du christianisme dont nous parlions l'autre jour : un Dieu créant des milliards de pauvres.êtres pour les Renvoyer aux âûpplices étemels; un Dieu faisant éclater sa puissance à la façon des tyrans antiques, par l'arbitraire absolu dans la faveur et dans la rigueur; un Diçu frappant de mort son fils innocent et saint, pour expier les forfaits des hommes, et consentant ce pacte sans nom, avec qui? pourquoi? en vertu de quelle loi? en vue de quel bien?... Non, dès que vous y arrêtez un instant votre pensée, vous sentez clairement que vous ne croyez pasi celisi. Voi^s ne croiyez plus, comme l'ont cru vos pères, qu'il y ait quelque part dans l'univers un diable, sorte d'anti-Dieu, dont Dieu se ser^. comme d'instrument; Vous ne croyec plus, comme l'ont cru vos pères, qu'il y ail quelque part un enfer avec tout Qn arsenal de tortures, avec l'éternité pour les Jaire durer en des rafflnements de cruauté. Vous ne croyez plus, comme l'ont cru vo^ pères, que les enfants morts sans baptême sont
M U HELICION, LA MORALE rj LA SCIENCE
autrement traités dans l'autre monde que les baptisés.
Et voulez-vous la preuve irrécusable que vous ne croyez plus à rien de tout cela, non plus qu'à tant d'autres articles du Credo que voii^ répétez peut-être encore? SI vous y croyiez, il ne vous serait pas possible de vivre comme» vous vivez. Si voua y croyiez, comme y^ont cru les hommes d'il y a plusieurs siècles, vous éprouveriez ce qu'ils ont éprouvé, vous referiez ce qu'ils ont fait; la même épouvaite vous secouerait, la même fièvre du salut serait la grande affaire de votre vie. Si vous étiez për- 'suadés que c'est cela le monde, que c'est cela la destinée humaine, comme eux et beaucoup plus, qu'eux, vous prendriez en pitié le monde et vous-mêmes, vous n'auriez plus qu'à retourner aux déserts, à vou^enfermer dans les .cloîtres, à prier, à pleurer, à vous meurtrir jour et nuit, à user les dalles, de vos genoux, po^ir fuir cet enfer et pour gagner ce ciel qu'ils avaient, l'un et l'autre, sans cesse devant lés yeqx, et qui ne sont plus pour vous que des mots vides. Si par impossible vous aviez encore la foi du moyen-âge, vous seriez, comme l'a
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élé lout le moyen-flgp, obsédés |»ar celte vision, el vous n'en sortiriez que par une des deux \mes : ou celle de l'égoïsme plat qui fait son salul par l'entassement des pratiques pieuses, 01» celle des Ames d'élite qui s'abîment dans la tlélicieuse horreur de l'ascétisme ou qui s'échappent à elles-mêmes dans I:) demi-mort du mysticisme; la superstilicji épaisse de la foule ou bien la vie des sainte Elisabeth, des sainte Thérèse, et des François d'Assise.
, Que dis-Je? Cela même ne vous est plus pos-' tii^a^il^ar les siècles ont passé sur vous el *us ont, à voli-e insu, élargi votre esprit, attendri votre cœur. Vous n'en voudriez plus, aujourd'hui, de ce salut individuel qui suffisait aux saints de l'ancien monde : être sauvés et bienheuretix tout seuls, et jouir d'en haut du spectacle de l'infinie souffrance de vos semblables, vous ne pouvez pas même en supporter l'idée. Vous sentez bien que, dans ces conditions, il ne vous serait possible ni de louef Dieu, ni d'habiter son ciel. S'il vous était donné de prendre au sérieux un instant l'histoire universelle du catéchisme ou celle de Kossuet,
(Ht I.A IIKI.M-.IflN, r.\ MIIIIAI.K ET I.A WJENr.E
voii» n'auripz quunejiinnière de s«>rlir de ce caucliPmar, <|ui »orait de vous Jeter dans un aulic : o'«'sl celui de Srliopenhauçr el de Hartmann <|ue vous embrasseriez avec la volupté dx désespoir; vous ne révériez plus que l'anéan- Ijsscnient d'un pareil monde, et le peu qui vous resterait de pensée et de volonté, vous l'emploieriez h la seule œuvre raisonnable : le suicide universel. ^t
Peut-être étes-vous tentés de croire que ce discours ne s'adresse qu'aux protestants, 'qu'eux seuls ont vu. avec le temps, leur foi se transformer, les dogmes s'évanouir en symboles, et la lettre du Credo devenir aussi inacceiv table à leur conscience qu'à leur raison. C'est, en effet, la prétention de l'Eglise catholique' d'avoir échappé à cette loi du changement et . de nous présenter après tant de siècles, identique et immuable, la vérité religieuse absolue. Ce que vaut celle prétention, l'histoire nous l'a depuis longtemps appris.
De chacun de ces dogmes, elle nous fait découvrir la genèse, elle nous en fait suivre de siècle en siècle, les accommodations conscientes
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OU inrons4-i(>ii|);.s spontanées ou nHléchios. Les mots restent les mêmes, mais, soua les mois, les choses ont inrossamment 'évolué, le sens qu'on y iillaeliail s'allt^re profondément, dun siècle à l'aulrt». Pas plus cpie le prolestant, le (;uJtholi(pie (le nos jours ne peut, dès qu'il rentre en lui-même, s'imaginei- qu'il croit ce (pio ' ci'oyaienl ses pères : lui aussi, il a beau faire, il a cessé praliquenu'nt de croire au diable, h l'enfer, aux peines éternelles, et, du même f oup, h pres4pie tout le merv(>illeux et h presque tout le dogme dont il peut encore, {teut- «"'tre, réciter l:i lettre, grôre à la précaution qu'il |>reud de n'y pas fixer sa pensée, d'éviter <le s'en icndi-e coin|)|e.
Nous savons bien que c'est là une transformation que le catholicisme it'avoue et mémo ne s'tfvoue pas : son immutabilité reste son titre de gloire, aux yeux des fidèles comme ù ceux de leurs cln^fs; c'est sa raison d'être et «le régner; il ne saurait y renoncer sans renoncer à soi-même.
Et pourtant, prenons garde d'être h l'égard <lu monde catholique des observateurs superficiels, ou aveuglés par des partis-pris logi-
6H LA HEMninN, I.A MORALE ET I.A « IKXrR
aues. Il 9fî rail, en te moment mémo, dans le calholicismc, un munvemenl qui, s'il échappa fincore aux regards de la foule. n'iMi cs( pa» moins gros de (•ons^M]uencc8.
Des écrivains déjà nombreux, en'Iésia.sliqueA el laïques, entreprennent, avec une Ri;ande force, de présenter le catholicisme à la démo<'ratiH moderne sous un jour nouveau, (le n'est pas seulement en Amérique que l'américanisme esl en train de modifier la ligure tradilionnellt> du . calholiciàme. Pour ne parler que de la France, dans deâ livres savants, dans de curieuses éludes historiques, dans des ouvrnges théologiques même, eti chaire, dans les congrès (1), dans les cercles catholiques, dans des rapports sur les œuvres de bienfaisance, (l'édification, de moralisalion, d'instruction, dans des manifestes électoraux, dans d'innombrables articles de revues el de journaux — car la prijsse catholique esl en plein épanouissement — de toutes parts et sous toutes les fiirmes, une id^e
(I) Voir à V.ippendice la nolo O.
^héM
DËUXlfCMK r.riNKI^UI'^NCX 69
80 fuit jour, qu'on {«uurrait résiinicr ilo'ia manière suivante :
« Le» adversaires du catholicisme ont réussi jusqu'ici à I»' repi-ésenlor comme aihe institution fermée, rétive au i)rogrès, lioslile \ la liberté, inditrérente ou o|tposée h ce que Ion appelle hw besoins de l'esprit moderne; c'est une fji'ossière (;rreur. Non-seulement le calho- Mcisme et la vie catholique n'impliqu(rit pas un rétrécissement de l'esprit humain, mais encore il n'est pas d'aspiration de l'âme humaine, si hniilié qu'elle semble, qui ne trouve dans le catholicisme la plus large satisfaction. Aspirations de la pensée : l'Egfise les encourage, car où trouvéra-t-on plus de riftbesse et plus de hardiesse de pensée que dans l'œuvre tant de fois séculaire de ses théologien .s, qui ont tout dit et tout osé, qui ont philosophé avant les philosophes, étudié la nati'ie, Mudié l'histoire, étudié les langues, étudi. les ail^ avant les savants, les historiens, les artistes modernes? Aspirations morales : en ept-il une .seule qui n'ait été connue, éprouvée, .ipprofondie et poussée jusqu'au dernier degré de lteau(é idéale par quelques-unes de ces ûmcs saintes
^j'4., ■**', ï'"'"''"^": ::.r. " "■•.-••.-,■■■■,:,' 1-..' .--^, ' ■ "-*-''^ ^'afif» gïwv:!»
70 t.A nKi.ir.roN, i.\ Moii.MF KT T \.s<:ifm:c
«jui vivaient à l'ombisî des cloHivs ol dont I7mitalion à fait, arriver jusqu'à noii.s les soupii-s immortels? Aspirations sociales enfin : qui done a prêché la fraternité, (jui a enscif^iié la religion de la sympathie, po|)ularisr> t-n des symboles sublimes la solidarité, liiii^tcmps aVanl (ju'on piH songer ù la Dérlitrnlimi tU:s droilx lie l'homnn'? Qui. encore aujourd'hui, donne dans des communautés religieuses le prototype d'un collectivisme idéal? Qui s'ingénie à multiplier sous tous les noms les ceuvres sociales contenant plus de socialisme effectif que n'en ont jamais réalisé les utopies politiques les' plus avancées? Qih, si ce n'est l'Eglise catholique (I)?
(1) n Nous riiiiiiain.s(ni.s plusieurs jeunes cathnli- «|ues que tonte C(«tt4; tActic el qui nHfiil de se <xmsncrer A celle sortm de travail (ijxijoifîétique. Ils comptent parler la langue des intellerlnets «t— uprè;* avoir conquis, par des <>lnde8 uppiofnndies et désintéressées, par des servi(>es rendus à la science, le droit de se faire écouter — montrer que le cattiolicisme est à la fois si solide et si simple que non seulement il n'a rien il craiiMlre des nu'-thodes modernes, mais qu^au continiie il apparaît plus ^and et plus tiarmonieux lorsqu'une critique sérieuse et avisée l'a dépouiUé da tout ce qui n'était pas lui, de cet encombrant ramassis de plantes parasites semées et cultivées paf des mains tout humaines et dont l'importun et malfaisant cmilaet ne saurait
's^H^.bài.-i-^ii.^kkiiiL
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DEUXIÈME roNFÉnENTE ' 71
» Il fut un temps, snns doulo, où, pour démonti'cr la vérilé de sa doclrine, elle croyait n'avoir qu'à en exposer « l'anliquilé > et la c '%ù'\lH inrimuable >. Mais depuis Bossuel, une nuire notion est inlei-venue, elle est aujourd'hui en possession de toute la faveur |Mil)li(|ue. C'est l'M'olulion. Vous figurez-vous que lEglise ail attendu Darwin pour faire ii l'évolution sa part? Saint Paul l'avait déjù proclamée : « L'Eglise
■ est un corps vivant dont Jésus-Christ est le * chef. Aussi l'Eglise, en même temps qu'il y à
> quelque chose ^n elle qui ne change pas, est » soumise à une /ot de croissance, de dévelop- » pemcnt, de progrès : de l'enfance à l'adoles- » cence, de l'adolescence h h vii'ilité, elle ne
■ cesse dé tendre vêfs l'flge parfait où toutes
> ses fprces atteindront leur |ilus haut degré » d'activité et de souplesse, en un mol leur » plénitude (1), » ./
que tléfinurcr I étlifici; iininorlel d'une Kglise toute divine. » (Disi-cjurs de .VI. Mnrc Saii|{iiicrt'i VAssociom ll«m cnlholùiiie sur ce suiPi : Les CatholUnies el TE» ducalhn du iwuple, reproduit tlans les Questions achielles, ii« du 2« mai V.hm, p. ATj.
(1) Im loi de croissauce datis i'Eglise et dans l tùsm toire d'après l'apdtie stiiiil Paul, pjir l'al>bé CaiPHC daas fc.f Annales de pliilosophte clinUlenne, nvrii VM), p. 97.
Ti I.A DEi.uiiiiN, i..\ M iii.MK trr I A 8(:ik.m:e
Un jeune et brillHiit (Vrivuin se faisait fuii,. naguèi-e. de trouver dans fes Pères et dans les docteurs de l'Rglisc tout oc (|u'on reproche à l'Eglise d'avulr méconnu : la dignité de l'homme portée plus haut (|Ue dans aucune philosophie humaiiiliire, l'esprit de large fraternité embrassant le genre humain tout entier c depuis le saint homme Job jusqu'au dernier de ceux que" la grAcc de Dieu ira chercher dans les foi-èls ou dans les plages sauvages >, enfin la i-eligion de l'humaniU^ souffrante, plus hardiment professée que dans Tolstoï luimême (1). ' • Toute une pléiade de jeunes gens s'efforce de faire resplendir aux yeux de la jeunesse ouvrière cet aspect nouveau du catholicisme d'où ont dispui'u toutes les traces d'étroitesse, de tyrannie intellectuelle ou matérielle, de sujétion passive, d'intolérance haineuse. Ils appellent à eux le travailleur, I ouvrier, l'apprenti, le petit employé: ils disent, après Michelet : « L'enseignenvent c'est une amitié ■; ils disent,
(I) Voir ritrli<!le : La GuMstm par le Ifoynir, piir M. UioROU (JOYAU, dans ia Vie calhulique du i inars iUUU.
nprès Lamartine : •■ Nous voulons fuife desrendre la lumière partoui où nouM avons osé instituer la liberté. • Hs disent encore : iNous^ nommes ralholicjue.H. nous considérons qu'il ^c nous est pas permis de refuser h hi grande cause démwratiqnei les énergies que la foi du C.hrisL a déposées dans nos Ames, mais nous nous jugerions impies M nous avions la pensée de rabaisser le ratholicisme 'ft n'être qu'un parti; nous voyons des fi-ércS eu tous les hommes, quelle que soit leui- race, leur croyance, leur opinion, nous n'avons qu'une arme : la vérité,' et qulune fon^e : l'amour (1). »
C'est un langage nnniogue qui se parle dans les congrès de la J«>lmesse <;alholique, dans les sociétés de patronage^ dans de grantles réunions populaires à la Maison du Peuple ou dans de petits comités de propagande locale. < l'est même — trait significatif — celui que lienneni, dans leur Revue, plusieurs Pères de in Compagnie de Jésus : nous savons depui»
(l| RxtraTrt dt ra<..ch« Inlitiilé» : Edttcalion sociaUpoinilaire aux jeimc» oviDiCM, voir le Sitlon, 16 ja«vi«r 1900.
/♦ l.\ IIKI.KilOV lA MOIIAIJ': KT U HT.IKNIX
liuigtcmps (|ui> il(! lellt's ôvuliitions ne 8onl , |iiis puur les oinbarrasiicr.
U" 'ivoiis-iiuiis t^ K'ikuiulro i\ tous coh appoln (lu n^'o-calholicisiiu'? J'i'iil-t^lii' iir- .riKsislerofisl- , nous piiji ais^TiU'iil, nous Hn(i'<>s prolcslants, n lin picmii'i- moiiM'iiii'til <l)> ilôriancf. Nous somiiirs Irop imiNtués à voir reparaîtra, on dépit d«' lunli's les |H"om<',ssos <l«' libéralisme, l'cspril il'auturilé avec ses exigeiires douces el tiuiaces, pour comprendre comnienl la discipline ullrnniontnine sérail ainsi d<>veniier suivant le mol de quelques-uns, « fa plus largo, la plus libre el In plus humaine des disciplines. » Mnis, tâchons de faire abslmctlon de nos idées préconijueâ, triomphons de: toutes nos préventions, et liichons de nous mettre dans l'état d'esprit d'un peuple comme la Fi ance, dont le c.alholicisme a fuit, presque toi'.l seul depuis des siècles, l'éducation religieuse.
(le serait une erreur et une injustice de s»' figurer que la forme nouvelle sous laquelle il se présente n'est qu'un masque habilement choisi. Nous n'avons nul droit de mettre en doute, et nous serions coupables de suspecter gratuitement la sincérité des intentions libérales, des .
ORnxiitME co\m=:rk,n(:e 7&
conViclions religinuses sons nrrière-p'nsée, des lenlnlives (!<> rnpprochemonl frateriKil qui pren- . . nenl les noms de « démocrntic chrétienne • et de « christianisme sociniNf .
Nous appnrtient-il de pr^Mlire (]U elles échoueront? Connaissons-nous nsï*ez, dans toute SO' profondeur, \n nature intime de In religion rathwli(|ue, pour j^lre n.ssur<^.s (pi'elle se refnaft ù la Irnnsfornialion annoncée? Estil bien certain qu'il soit impossible h la grande Eglise, dcmt le nom signifie universelle, de devenir li-' bérale sans cesster d'être catholique? (Jardonsnoùs des jugements téméraires. Tout ce que noua pouvons affiitner, c'est (jue, s'il accentuait l'évolution tpi'il semble esquisser, le catholicisme se trouverait, sans beaucoup tarder, une fois de plus aux prises avec Talternatiye qui tant de fois, au cours des siècles, s'est présentée à lui : ou bien être une religion, c'està-dire un esprit, ou bien être une (rande institution politico-ecclésiastique.
En d'autres termes, il aurait à choisir entre ces deux conceptions de l'Eglise : l'une, pure^ ment spirituelle et correspondant bien aujan-
TU LA iiEt-iGins, t.\ MiiiiALK l'rr ia m:!^^)^;
gage nouveau qu'où uuus lient aujourd'hui, tout inspirée d'c.H|>i'il chrétien, no gardant du passé, avec le respect de la tradition, que ce que l'esprit chrétien a marqué d(^ son sceau. 8'ouvrant k tntrs \fi progrès, oii(;ourageant toutes les libertés, sunctifiant la vie humaine et ne l'asservissani pas; l'autre, la vieille manièn> de fonder la religion sur la vérité, In vérité sur l'autorité, et l'autorité sur cette double base, la plus solide qui soit : la docihté et la ci'édulité ' humaines. Celle-ci permet de «tunstituer et peutêtre de faire durer longtemps encore la plus forte et la plus tyrannique des hiérarchies sacerdotales; l'autre permettrait de donner au monde moderne un incomparable élan de vie et la plus généreuse des impulsions.
De ces deux tendances qui s'excluent, l'une où l'autre l'emportera.
Si c'est, comme il est toujours arrivé jusqu'ici, le souci de maintenir intact le prestige de son autorité, qui reste la préoccupation dominante de Rome, si son idéal reste le même, si elle né peut se résigner à renoncer à l'autorité absolue qui la condamne à l'infaillibilité.
DKI'XlfcME rilNFÉHKXTE 7T
laqiiello, h 8on lour, lui. défendant de varier, lui défend de progresser, nlors, il en sera des velléités libéralcH auxquelles nous asâislons, comme de Uint d'autres qui se sont produites , au moyen-Affe, h la Renaissance, au XVII* siè- . de et au nAti-e : toutes ont péri, toutes! se sont éteintes; peu & peu toutes les voix libres ont dA se taire, élouffées par la seule qui ait droit désormais do se faire entendre du haut de la chaire de Saint-Pierre, et alors aussi, il ny aurait rien de changé dans les relations entre l'Eglise et la sociéié moderne; le divorce «ntro elles ne ferait <|ue s'affirmer plus profond et plus définitif, et nous en resterions où nous en sommes, à la nécessité, pour chaque homme et pour chaque peuple» de choisir entre le râle de peiiiétuei mineur et la francjie acceptation de la liberté avec tous ses périls.
Mais, s'il en était autrement? Si, par hasard, A foiT.e de vouloir sincèrement mettre la religion en harmonie avec la société moderne, ce « parti des jeunes > venait à s'imprégner luimême et à im{>régner sa religion de l'esprit de 'celle société nioderne; s'il leur arrivait de
78 t.A KKLIGln!^, I.A linnAIJC ET I.A M.IKNCK
sentir piu- »'UX-m^mo.s ce. que c'esl que la liberté, ce que c'cal (|ue la responsabUité, de se trouver un jour ou l'uulre en pii^Mcnce d'un de ces rm oiV il faut opter entre sa conscience et son ilir(!cleur, qui sait où pourrait «l'arrêter le mouvement ainsi commcnc<^? Quiconque fait un premier pas dans la voie de |a liberté risque fort d'i^tre amené a en faire plusieurs autres : l'Eglise le sait bien; aussi a-t-<>lle toujours surveillé prudemment les premiers écarts de ses enfants, surtout <les meilleurs.
Pour qui croit fonçièi'ement h la vertu de» idées vraies, à l'attrait de. la beauté morale, à la puissance du bien sur les Ames dignes de s'en épi-endre, tout est possibh;.: — possible, que ci's petits groupes de jeunes gens qui cons^ tituent une élite morale dans notre bourgeoisie cathol^ue en viennent à s'éclairer eux-mêmes, c'est-f<Wire à se laisser éclair<!r, par leur propre activité religieuse; -/possible que, de ce contact entre ouvriers et étudiants catholiques, il sorte tout autre chose que l'embrigadement politique rêvé par certains meneurs; — possible (pi'au lieu de l'isolement où vivent actuel-
or.iMt'Mv. rii\K^nKM:iç îtt
lemenl dans 1'Rgli.to lost personnalités rapnbleM <Ia quftiqiir" réflexion et soiirienses de quelque indépendante, res nouvelles (inivres. patronages, muliialilés, rerrles d'éludé, ns.s(M*iations pour l'arlidn sociale, arrivent, dans quelques années, à constituer, çà et là» des minorités qui se sentiront des devoirs nouveaux et qui en tireront peut-être de nouvelles audaces, même ù l'égard de l'autorratie romaine ; — possible enfin, que, dans un rlergé issir presque tout entier du peuple, l'esprit démocratique et l'esprit évangéli(|ue tout ensemble se réveillent enfin et amènent, au rebour» de toutes les prévisicHis et au ntépris de toute logique, de singulières évolutions dans le catholici'smc de l'avenir.- Peut-être, après tout, Renan navait-i| pas trop présumé de ■ l'avenir » — à la condition de donner beaucoup de marge à cet avenir — quand il j)révoyail un jour lointain où, dans l'Eglise même, c une toute de réforr mes, maintenant impraticables, seront devenues praticables » et quand il ajoutait : c L'horizon du catholicisme, maintenant si fermé, pourra s'ouvrir tout à coup et laisser voir des
MU M nRI.IOIOI», t.\ MOMMK KT I.A ll|-|r^N-C>
profonUeurs inaltendut^A (i). • Le jour où toute line |>opulatinn ratholiqut> sera pénétrée «les idées et dcH Heiitimeiits que tend à engen drer la vie en pleine dém<M-i-alie, du besoin de comprendre, du désir de progrès, de In aoif de. la juslire, de In rerlierche inceKaanle du mieux sorinl, ce jour-lù, il se peut que cette (M^ulalion ne se déladie p«ji du eatholicisme. maiH c'est (ju'elle aura détiu-hé son calholieisme des traditions sinuinnées et des survivanres païennes qui en font le ilnnger.
Quoi qii'il en soit, le catholicisme ne saurait échapper h la loi universelle de l'histoire : ou il se développera avec l'humanité, ou l'humanité se développera saojii lui. Gomme toutes les religions antiques, il peut mettre son honneur à durer tel quel, et il restera de lui ee qui reste des religions nntitiues. Il se' peut aussi qu'il se souvienne qu'il n une autre origine ({u'ellcs, qu'il est né de lu pensée, de la parole, de la vie et de 1» mort d'un homme qui, du premier coup, s'est placé au dessus de toutes lea sectes, de toutes les églises et de toutes les
(1) La Rétorme in.étkcliu'Ue el moroie^
.-.■< . <v .-fri-u
atvxttm iitsrf.nvMr.
nations, et dont la dnrtrine nnn-soulement supporte, mnÏH appelle vi exige le pi'ngK>s indéfini. Si difficile qu'il soit à une grande institution comme l'Eglise de rebrousser chemin et dV hnndonner sa fausse dignité pour revêtir la vraie, il ne nous est pas permis d'interdire à In conscience et à la Hbei-t^^ de faire même co miracle.
S'il s'accomplit, le conflit aura disparu, puisque la religion aura ivnuncé à s'imposer à la science et h la moi-aJe,,nc pr<'>(endnnt plu^ ({u'à fttrc toujours d'accord avec elles; jusque-là, le conflit subsiste, et nous ne pouvons- qu'écarter la première des solutions qui no(|8 étuit proposée pour le résoudre.
Avant d'êti-e esclaves d'une foi quelconque, nous sornmes et nous voulons être esclaves de In raison et de la consciencf, seuls juges souverains eu matière de foi.
Si la leligion ne peut prétendre à faire pr^valoir ses dogmes et ses miracles sur les lois de la nature, de la pensée et de la conscience,
8'.' u nCMOios. i.A MonAi>: kt i.a m:iE.NtP.
c'e«l donc h cps lois que nous niions retnontpr comme hu pHnciite Io plus haut (|uc l'espril humain puisse iitlHiidre; en (I'nutr(>s lerfflos, c'est In science <pii devru dominer et diriger louJe rC'ducalion.
Pnr science, hien enlenilu, nous désignons **■ toutes les formes régulières du savoir humnin, et ce II est |>as ici (e lieu de rechercher quelle part reviendruil aux sciences mnthémaliques, aux wiences physiques, aux sciences nalurelles, nux sciences historiques, aux sciences politiques et morales.
A toutes, un même caractère leur al conxmun. Qu'est-ce- que savoir? C'est enchaîner des . Idées dans un ordre Ici (|u'il soit impossible de les c(mcev<)ir autrenionl. La science est une collection infinie de relations nécessaires, elle relie, lés uns aux auli'es, les |ihénomènes in- nombrables, en les ramenant à un petit nombre de ra|>ports. Elle crée ainsi les cadres intelligibles de l'univers. Il suffit de quelques c^gories, données par la nnture même de l'esprit humnin : temps, espace, causalité, substance, quantité, qualité, etc., pour renoueren un réseau continu et indestructible la masse, la
wtiJXifE^tf: r,ii>iKiinK>rK
lotniité (to8 fnits, pasHéH, présents ft h venir, 4>i-f|^ni(|ti<'s, Bt inorganiquos, pliysi(|ues ou psjt- «hiipiPH, ilcpuid rinfiniinenl petit jusqu'à l'innniment Kcnnd.' . ,
Le voilà ilonr, le monde <le In sci(>nc<^ qui ent h lu. fol» le monde réel et le monde vi-ni. Eh- .sayouH de n(»us le re|)résenter (Jans son uni(2. i'.ii qui fait relte unité, (-'est le déterminisme, l'ne seule forée, en^lernière analyse, f^ouvemc tout, explii]ue tout, crée tout : la néeessilé. Le lianard, l'imprévu. ou l'imprévisible, j'ncle libre», 4|u'il vienne d'un Dieu ou d'un honnne, la pi:i.s- Monee d'in.sérer quoi que ce soit de nouveau dan.s la trnme serrée des t-au-ses et des effets, autunt d'impossibilités ipu' la scieiu'c nie. uusâi bien € posteriori (\u'ii priori.
i^'est sjuis doute un sperfarb- devnni lequel notre espiit «arrête eonf(mdu d'admii-ation que eelui de tant de monde où [nin un atome n'échappe & la loi universelle, çii pas une force ne dévie, où l'atTidenl n'existe (las, où tout esl ee qu'il doit être, ce qu'il ne peut pas ne pas être. A la vue de tant de simplicité dans l'infini, de tant d ordre au fond de tous les désordres, rinlelligénce nB peut qu'être satisfaite : son rôle
Hl u nEMGini*, u MOHAIR f.t la ncirAOE
à elle, c*eM d'associer méthodiquement, logiquement, certainement, les antécédents aux conséquents, de ramener le^parlletffier au général, de s'élever du fait à la loi; apt-ès quoi elle a fini son œuvre. Et pour la science il n'y (f plus de question; le problème est épuisé, il n'y a rien d'auli*e h connaître.
D'où vient donc que là où la scienœ s'arrCle ne s'arrête pas notre curiosité? Nous voyons bien que la science n'a plus- rien ù noxis dire, cl nous continuons de l'interroger. Tous ce* mondes qui se meuvent d'après les lois connue» ou connaissables, d'où viennent-ils, où vontils? Ces soleils sans nombre qui ne paraissent pas avoir la moindre action les uns sur le» autres, séparés qu'ils sont par l'abtmc de distances ineummensuraples, forment-ils en effet de» univers totalement étrangers les uns aux autres, ou bien n'y a-t-il qu'un monde, et celuilà, quelle en est l'imité, quelle est la force centrale, unique, qui l'anime? Quelle est la loi de toutes ces lois? Est-ce une même cause, une même puissance, une même raison, qui est l'Ame de ce corps immense? Qu'il y ait des lois, nous le comprenons, niais ces lois ne sont autre
iifAilili'
OElXlflME CONFÉRENCE 85
chose que lu régulateur diihë activité? Ou lerid-elle, celle activité? A quelle fin dernière ■conspire cet immense concert de la vie univerajelle? Est-il. poasible que tout soit réglé, excepté le plan d'ensemble? Que tout ait sa raison d'être, excepté l'univers? Que la finalité soit partout, à toutes les pages et à toutes les lignes du livre, et «lue le livre- entier n'ait pas ile sens pt ne conclue pas?
A de telles questions, la science ne répond pas. Dire qu'elle s'y dérobe serait singulièrement inexact; la science est un instrument fait pour un ordre déterminé d'opérations; lui demander de nous faire connaître l'inconnaissable, de nous faire observer Finobservable, c'est lui demander de n'être plus la science. Ce n'est pas h ses promesses, ce n'est pas à son office normal, c'est simplement à nos espérances, à nos demandes extra-scientifiques et à nos désirs d'impossible qu'elle fait faillite. Faillite est bien mal dit; car c'est l'acte même de probité par excellence, que celui par lequel la science se refuse à sol•ti^' de sa compétence pour caresser nos chimères. Ne serait-ce pas en effet manifestement la chimère suprême et 'la su-
Wi LA nEi.ir.ioN, i..\ \mnu.ïirT u s<:iF.S(;?
prême coniiadictioi) des termes i|iio do s'imaginer qu'on va pouvoir appliquer h l'absolu les mélhoiles du relatif, sortir résolument de l'expérimenlal et ronlinuer fi procéder par expérience? N'estK'c pas nier la science que de prétendiT la faire inlervenir — elle qui n'a d'autres moyens de connaître que de relier un fait à un autre — dans^un domaine où, par définition, il n'y a pjus ni faits ni rapports susceptibles d'être saisis par une pereeplion quelconque? " .
Nous comprenons donc sans peine que la science soit hors de cause, qu'elle se récuse; mais pouvons-nous faire confine elle? Nous estil loisible de dire : il n'y a pas- de question? Affirmerons-nous que, parce que la science ne peut rien nous dire sur le but final du monde; le monde n'a pas de but? Et parce que la science ne peuj, sans cesser d'être science, sortir du déterminisme, s'ensuit-il que le déterminisme soit le dernier mot des choses? Nécessité et finalité s'excluenl-elles dans l'infini?
Il y a, au moins, un point dans l'ample sein de la nature d'où jaillit une force qui, à tort ou à raison, se croit libre, se révolte contre la
nf:i'Xif:ME rnxrtnENrE S7
nécessité;, aspiii*, h des fins sup/?rioiiros ù la science. C'«>sl le m(<i humain. Sans doute, il nY'chaj»|(e à «iiruno «les Idis dont Tensemlile constitue la science, et lu pr«''lenlion seule de s'y soustraire est signe de folie.' Mais lout en s'y soumettaid. il lui reste cette |)r/'lenlion par- , liciilière de distinguer entre le fait et le droit, entre le ri^el el lidéal, de se iéserver la facultt^ d'en appeler de ce qui est h ce qui doit être, de poser en principe, par dessus toutes les lois ronstatt^es, des lois qu'il veut établir.
(les aspirations de l'Ame.. humaine peuvent' n'avoir aucune valeur scientifique, mais sontelles antiscientifiques? De ce qu'elles ne peuvent pas se d«'''montrer par voie historique ou dialectique, peut-on conclure «pie nous devions les extirper comme uiuî maladie de lesprit? Quelques-uns le soutiennent. Consé4|uents avec eux-mêmes, ils ne permettent pas aux autres de rien concevoir, de rien supposer en dehors du déterminisme el du relativisme scientifiques. • Ils mettent, ù nier gratuitement ce que d'autres ' affirment grtmiitement, la même passion avec la même intransigeance. L'athéisme, comme toutes les religions, a eu ses fanatiques. ■. L'an.
wJpiP^pîipppf^^^lPl^iwî^^
Ip I.A nEI-KilDN, I A MltltAlK KT l-A S*:iKM:K
ti-théisme » de Proudlum n'était que de l'anticléricalisme [K)rté h fa puissance métaphysique. Mais d'autres vont plus loin et se font d'une certaine forme de matérialisme ou de* positivisme une nouvelle, étroite et jalouse orthodoxie. On n'est pas dans son bon sens, suivant eux, si l'on ne commence pas par nier l'infini comme un concept creux, le parfait comme un mot absurde en soi, l'idéal comme une illusion d'optique, le monde moral comme l'ombre projetée du monde matériel.
A ces fervents -de la science pure, nous ne reprochons pas, lypétons-le, leur intention de faire de la science le seul et unique instrument de connaissance, car en cela ilsr ont raison'; mais nous ne pouvons nous empêcher de faire, avec le genre humain tout eotiér, calte réserve que la connaissance n'est pas le tout de la vie, ni certainement de la vie individuelle, ni peutêtre de la vie universelle.
El, comme nous ne pouvons, en tant qu'éducateurs, supprimer rien de ce qui appartient et de ce qui importe à l'àme humaine, il nous est 'impossible, vous le voyez, d'acceptei; définitivement la seconde solution qui nous est pro-
'•m^^9^^m'f^!^m^T^?^^îî>mmwWf?^
oe.v\it:m: a>\yf.l\T:\CE
posée. Sur la première, elle a bien l'avantage (Je ne contenir que des données certaines et que des vérités solides, mais elle lui est inférieure en ce que, si elle était adoptée exclusivement, elle supprimerait, tout lin ordre d'aspirations qui,'/!tant na<tiirp|les, sont légitimes.
Nous voici donc amenés à examiner la dernière de» trois solutions proposées.
Si nous ne pouvons donner l'hégémonie à la religion, parce que ce serait faire abusivement abstraction des lois de la raison et de la coniiicience ; si nous ne pouvons davantage assigner le rôle souverain à la science, parce que ce serait faire non moins abusivement abstraction (le tout ce qui n'est pas.de l'ordre de la connaissance proprement dite, il reste à voir si nous ne devrions pas, au moins au point de vue de l'éducation, réservi£r la |)répondérance à la morale.
Sans doute, la science restera, incontestablement maltresse du domaine intetlecluel : tout
5K) LA nEI.HilON, I.V MonAI-K CT I.A SCIENtE
ce qui peut se coiiuailie renlro dans les eadres de la nécessiiï!, qui sont ceux mômes de l'intelligibililé. Mais, dans cet univers où tout est si fortement enchaliH', surgi! un fait, le Fan^ tuin dé Kant, qui est priM-isément l'antithèse de . Faluin. ('/est le fjiit'de lacle libre qui n'est pa.-; matière à prévision, qui introduit, dans la série des phénomènes, un phénomène sans précédent, (pii commence un nouvel ordi'e de choses, relevant bien enlendii ih's lois de In logique, mais n'en résultant |)as.
Du coup, voilà liuiivers sé|)uré en deux : iL y n, comme dit M. H<'nouvier, la philosophio de la chose et la philosophie de la conscience.
Cette hardie doctrine vous a été rendue familière, en Suisse, par un penseur dont je suis heureux de saluei- la mémoire vénérée : Charles Secrétan. La philosophie de la liberté vient faire? la contre-partie de la philosophie de la nature; aux lois de la aciencé s'ajoutent, dans le même être, les lois de la conscience. Si l'homme a pu dire : « 'Je pense, donc je suis •, il dira de même, et ce sera pour lui le point de départ d'une existence nouvelle : • Je veux, donc jesuis! • En analysant profondément ce mot « je
U,l.lJUi,:.iJ!il,3DI|p|pW|
DE|-\t(:ME i:<l.\fiÉnE.NCE 9t
veux > il y trouve au fond : ■ Je dois >. Il découvre en soi tout ensemble la liberté et la loi morale, suh lege libertas, ou mieux in legê Hberlas.
Vous connaissez le mot du grand éducateur de Hugby : t Si je devais choisir pour mon fils, diiMiil Thomas Arnold, entre deux ignorances, j'aimerais encore mieux lui laisser ignorer à jamais <|ue In terre tourne autour du soleil, que de le voir complètement ignorant de la poésie et de la loi morale. » C'est là une belle parole d'éducateur, mais,'ce n'est pas une solution du problème philosophique.
Plus on admire le kantisme comme System»^ de morale, plus on èst obligé de convenir qu'il son tour, il laisse dans l'esprit des doutes graves. Je n'essaierai pas de vous résumer tant de pages savantes et lumineuses où M. Fouillée a fait à fond la critique du criticisme, et montré combien il nous est impossible d'y voir l'explication définitive du monde.
Sans entrer dans le détail d'une telle discussion, qui ne saurait trouver place dans le» étroites limites d'une séance comme celle-ci, bornons-nous aux deux observations générales-
"Vi I.A llKLKiinN, I.A MOIIAI£ ET I.A W.IEXCF.
eU pour parler comme KanI, aux deux critiques formelles que le kantisme provoque de la part d'hommes qui sont loin de le déprécier. La première a trait à son principe même, qui lui fait poser, par une sorte de coup d'Etat de la conscience, le monde moral en face de l'autre et comme en antagonisme avec lui.
''Quelques raisons excellentes que l'on nous donne pour justifier la coexistence de ces deux mondes, alors même qu'on nous fait voir jusqu'à l'évidence que la nécessité ne peut pas rendre raison de tout, et qu'il nous faut faire sa place à l'acte libre, ce dualisme n'en est pas ^ moins, pour l'esprit, une sorte de conception artificielle qu'il subit, mais qu'il n'acceple pas. L'esprit humain est ainsi fait qu il se refuse non pas même à admettre, mais à concevoir << 'Comme possible qu'il y ait deux mondes paral- Jèles sans rapport l'un avec l'autre, le monde de la liberté morale et le monde du déterminisme; il ne peut pas se défaire de ce postulat 'exprimé ou sous-entendu : il doit y avoir au- ■dessus de ces deux domaines un terme supérieur qui les domine et les unifie.
Renoncer purement et simplement à l'aspi-
DF.ITXIÈME CONFÉnENTP, 93
ration motiiste et se résigner à voir se dérouler deux séries distinctes de faits n'aboutissant pas à un principe premier et derfiier, c'est pour l'intelligence humaine une sorte de défi à sa propre nature ; on se drt tout bas malgré soi :. il doit y avoir là quelque erreur.
C'est là l'objection intellectualiste. L'autre, non moins grave, pourrait s'appeler l'objection religieuse. L'homme a besoin, disait Lacordaire, de croire qu'il travaille à quelque chose d'éternel. Kanl lui-même In si bien senti qu'il ne s'est pas arrêté dans la métaphysique des mœurs avant d'avoir rétabli plus ou moins légitimement les grandes affirmations qui permettent de donner une portée infinie et une valeur absolue à l'acte maral. Mais ce retour nu spiritualisme, au christianisme même, appartient à Kant et ne tient pas au kantisme. Pour être tout à fait conséquent avec ses principes, le moralisme pur doit se suffire. Y parvient-il?
Sans doute on nous dira, et volontiers nous dirons nous-mêmes : il faut faire le bien pour le bien ou, mieux encore, obéir au devoir par devoir, sans nous soucier de ce quïl restera de
V* I.A nKl.ir.lHN, I.A MnilMT. ET I.A SC.IEME
nous demain. Sans doiile, i\\w. la |>er9oiinalilé humaine soit immorlollp on (|u'<>lli>,|>ns.se comme le plus éphémère des phénomènes, tant qu'elle est, elle n'a (jn'à suivre sa loi, et la perspective même de sa disparition ne l'en «iffmnchiralt pas. Mais> il n'en est pas moins vrai <pie cette loi, ce devoir, ce hien n'ont ni h^ mfime sens ni la mém# valeur objective, ni par suite la môme autorité .^ur nous, suivant (pie le monde a un but ou n'en a pas, suivant qu'itiie pensée une et suprême le conduit, ou qu'il est livré à un devenir étemel d'où sortira < e qui |)ourra en sortir, suivant enfin que la raison dernière de tout csi dans line volonté sage et clairvoyante ou bien dans l'aveugle force des choses.
Ce n'est pas là une simple question de métaphysique, c'est iMen aussi une question de morale et même de morale pratique.
Si, au lieu de me croire tenu de collaborer avec la volonté ilivine à des desseins dont j'eiitrevois le sens, je ne dois plus me considérer , que corome fai.sant partie d'un immense univers où, par la force de la nature, certaines conséquences résulteront, après des millions de
^x^sà^MÎMk
UErXIÈHK (:(l\KI^:ilKV.F.
«ièflt's, (lu moiivcmeiil des cIioshs «>I d<» la vie "" dos ùlre.s il faut en fcmvcnir, l'imp^rntir cnléporii|iie perd l>niHiioii|t de .sa majesté, son aiguillon surtouit. esl sin^'uljoreinent émousst^ Le remords d'avoir manqué h liûtei" dans une proporiion infinitésimnle la marche des résultats r()8miques dans tpielcpie point imperceptible du grand tout, peut-il se comparer avec celui d'avoir failli à un ordre exprés de Dieu pariant ft ma personne? Et n'ariivera-t-il pas' souvent que ma raison, d'accord avec ma sensibilHé. trouvera "une disproportion énoiTOe entre le sacrifice qui m'est imposé et le bien hypothétique que W monde en retirera dans un avenir indéfiniment lointain? Si l'individu était une réalité durablef ses moindres actes auraient leur importance : .s'il passe, phénomène fugitif, acci- «lentelle combinaison d'un jour, ses œuvres le 'siiivent dans le néant, et il esl insensé de leur applii|uer la rigueur dune morale qui .suppose l'absolu.
Ainsi envisagé du point de vue de la science ou de celui de la religion, le kantisme nous apparaît comme une sorte de stoïcisme néo-chrétren qui ne donne d'autre ruLson de sa raideur
iJ-f-f' •
M I.A HELIGION, LA MDIIAIE ET I.A SCIENCE
sublime que sa ^-i-aideur elle-rpême. Avec se» formes scolasUques qui expriment l'héroïsmr dans ce qu'il a d'nbrupi, il nous fait penser ù ces premiers cliefs-du'uvre de l'art primitif, ég>'ption uu dorien, )|ui déjt'i figurent la per- . sonne humaine, mais encore figée dans la pose immobile de son moule liiérali(|ue, qui déjà expriment la vie, mais encore enfermée et comprimée sous sa lourde robe de pierre d'où seul le génie classique saura un jour la faire jaillir, libre, souple et mouvante. Qui sera le Phidias et le Pi-axiK>le au(|uel il sera donné d'animer l'immoKelle, mais rigide statue qu'est l'homme moral de Kant?
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TROISIÈME CONFÉRKNCE
KSyi'ISSK DUNK AUTRE SOLUTION
ÉVOLUTION DKS " llKLiniONS DU PASSÉ II A n L'inRÉUGlOM DE L'AVENIR il
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TROISIÈME CONFÉRENCE
■ • Mesdames, Messieurs,
Nous avons . rojelé l'une npKîs l'autre les tnus solutions à caractère exclusif; nous n'avons pu souscrire ni aux affirmations du supra-naluralismo, ni aux négations du positivisme, ni h la double affirmation simultanée çt contraire du moralisme.
Aucune de ces (rois doctrines ne nous a démontré qu'il lui appartienne de diriger, à elle seule, la pensée et l'action humaine^ aucune tle.s trois ne tire de son propre fonds une autoiité qui la mette hors de pair à l'égard des autres. Et nous avons dû convenir qu'une édu- <-ation uniquement fondée sur un de ces troiâ principes laisserait à désirer.
Il nous reste h apprécier ce résultat : il n'est pas aussi négatif qu il peut le sembler d'abord. De ce que l'éducation ne se laisse pas enfermer tout entière dans un seul ordre de facultés, de
lUO LA REtKION, LA MORALE «T U KIEM2
ce qu'elle résiste à toute tentative qui la r^ duirait à n'être qu'une application de la religion, ou qu'une assimilation de la science, ou qu'une mise en action de l'éthique, il ne s'ensuit pas qu'elle rejette les lumières et les forces qu'elle peut recevoir de ces trois foyers puissants. Mais, pour savoir l'usage qu'elle en fera, la valeur respective qu'elle leur attribuera, il impoKe, avant d'aller plus loin, de bien déterminer les points acquis, pour ne plus les remet- Ire en question.
S'il reste des parties obscures dans le problème, il en est une du moins sur laquelle nous avons maintenant notre opinion faite.
Deux points doivent être considérés comme acquis et désormais à l'abri de tout retour offensif du doute ou de la critique. Le premier c'est que tçutes les fois qu il s'agira de connaître, notre esprit n'a pas d'putre instrument à employer que la scienpe, avec ses conditions, ses métho(Jes eises lois. Le second, que toutes les fois qu'il s'agit de vouloir ou d'agir, c'est à
',ii^'i,"t-iiîv;. ;••■. .i'>..-..''f .-ii%t.' xi>f
TROISIÈME CONFÉRENCB ' 101
la conscience de nous guider, elle seule ayant «lualilé et autorité pour le faire. Science et conscience, en d'autres termes, usage de la raison n'appliquant souverainement au domaine théorique et nu domaine pratique, à l'intelligence et à Faction, voilà le roc sur lequel est fondée toute éducniion libérale. Qu'il n'y ait pas de malentendu; nous n'entendons pas écarter ù priori, par une fin de non-recevoir, toute prétention de la religion à entrer dans le consortium de cette éducation libérale. Nous disons seulement qu'il n'y a pas de révélation qui ait le droit ni de s'imposer, ni même de s'opposer, ni enfin de se superposer à la révélation naturelle de la raison et de la conscience.
A ceux qui ne se sentent pas en mesure de souscrire à ces deux règles fondamentales, nous n'avons riéh de plus à dire (i). Nous respectons leur hésitation, nous ne leur reprochons point ce qui nous semble une erreur de bonne foi, maiâ il serait complètement inutile de pousser plus loin l'entretien, tant que l'accord n'est pas fait sur ces deux principes.
(1) Voir h l'AppemUee la note D. ~
, 102 LA nEI.ir.ION, I.A MOnALE ET I.A SCIEMOt
Pour nous, il vo"l ^^ l*is<', ils sont la comèj^ tion de toute vin intellectuelle, de toute vie mo- ■ raie. Nous devonsdonc, quels que puissent ôlro les développements ultérieurs de noire pensJ'o, prendre en quelque sorte vis-jVvis de nousmêmes le même engn^emenl ipie prenait Descartes, Vui di'lMii do sn fîrande enqiiêlc sur son propre espHI, rengagement de ne nous point départir de oelte double règle, cl de ne jamais renoncer, sous aucun ^prétexte h ce fil d'Ariane, si loin qiie nous nous avancions dans les ténèbres du jabyrinllie. J
Mais s'il en est ainsi./si nous nous tenons tcrmement ù cet engagwnent où nous mettons notre honneur et notre lécurité, qu'avons-ifous de plus à cfiercticr? N est-ce pas un con^ définitif que nous venons de donner à la religion? Le ciïble est tranché; entre elle et nous, il n'y a plus riçn de commun. Et le conflrt se termine par l'élimination pure et simple de l'élément religieux. <; ,
Il n'y a pas moyen, en effet, d'échapper à cette conséquence, s'il est vrai que la religion en soi, que toute religion se confonde nécessairement avec la négation du droit souverain
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TliniSlt:MF. rONFÉRENCB lOB
do la science et de la conscience. Car alors il faudrait choisir, faire acte de foi ou dans là raison, ou dans une prétendue autorité supérieure. Or, il est vrai que toutes les religions professent cette prétention de nous apporter (fes vérités que notre raison n'avait pas trouvée.s et ne peut contrôler; toutes nous donnent des solutions supra^naturalistes du problème de l'univers; ces solutions, c'est pour nous un simple devoir de probité intellectuelle de les écarter, comme dénuées de valeur quant à la formé et quant au fond. Mais, toutes ces solutions mises de côté, ne resie-t-il plus rien? Rien, assurément, comme solution; mais le problème a-t-il -disparu? Toutes les réponses s'é: vaiiouissant, font-elles évanouir la question elle, même? Il se pourrait qu'il en fût ainsi; il y a des questions qui ne sont que des non-sens, et qui restent à jamais insolubles parce qu'il n'y a rien à résoudre. On connaît, dans plusieurs domaines, de ces questions mal posées, vain tourmen4 de l'esprit, vain tour de force du langage, la quadrature du cercle, par exemple, le mouvement perpétuel, et d'autres impossibilités mathématiques, physiques, logiques. La
IM U RELICIOM, LA MonAIJC F.T LA 8CIK7ICC
question religieuse serait-elle du même ordre? Et l'inOnité des solutions tiendrait-elle à l'inanité du problème? C'est ce qu'il nous faut t&cher de décider. Examinons.
Me voilà ici devant vous, Je parle et vous m'écoutez; les sons produits par ma voix arrivent à vos oreilles. N'y a-t-il là quune vibration de l'air contenu dans cette salle? ,' Ces bruits, CCS mots articulés sont des "^ignes; signes pour moi et signes pour vous. Qu'est-ce à dire, sinon que, par une convention établie entre nous, certains assemblages de sons traduisent matéliellement un phénomène invisible, impalpable, insaisissable à tous les appareils, qui s'est produit en moi et qui se reproduit immédiatement en vous : la pensée. De mon cerveau aux vôtres, il y a eu communication de pensée. La pensée que je viens d'avpir, vouî* la repensez à votre tour, et aussitôt vous la jugez, vous l'examinez, vous lui donnez ou lui refusez votre adhésion, en la comparant à je ne sais quel patron intérieur que vous supposez
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faire loi pour jnoi comme pour vous. Et cpt exercice infiniment délicat, c'est celui auquel nous nous livrons familièrement, c'est l'exercice humain par excellence. N'est-ce pas un fait patent, on pourmil dire un fait matériel, <|ue ce fait spirituel?
D'où nous est venue cette faculté? Que fai- .sons-nôus au juste quand nous tis.sons ainsi cette trame sans fin des idées que la parole fixe, exprime et lie? Qui de nous serait en étal de répondre? Qui dirait en quoi consiste cet acte de Fesp'rit? Quelqu'un croirait-H l'avoir* expliqué en l'appelant une fonction du cerveau? Fonction du cerveau ou faculté de l'ôme, fait psychique ou paychophysique ou de quelque autre nom qu'il vous plaise l'appeler, nous le constatons, nous pourrons en étudier les modes, les formes et le mécanisme, mais en expliquer l'origine et en saisir l'essence, voilà ce qui nous est interdit.
Prenons dans noire vie spirituelle quelque" autre trait que ce soit; mettons-nous en face des phénomènes les plus ordinaires : souffrir oit jouir, espérer ou craindre, aimer, vouloir; scrutons à la lumière de la conscience une de
lUH U HEI.IGinN, I.A MORAtK ET LA SCICXCr
nos émotion» profondes, une des actions dêcir sive» de notre cxistcnr.o, une des aspiration» . persistantes de notre cœur, in sympathie qui s'empare de nous on pn^sence d'une belle action ou d'un beau raraotère. les élans de lad- ' miralion^ de TonthousinsHio, du dévouement, le frisson du sublime : Irouverons-nous plus ai-', . sèment l'explivalion du mystère?. Songeons-.; nous môme à nous demmider comment il se pro- .. duit? Lequel de nous n'a fait, au moins uno fois en sa vie, l'expérienre qu'à rentrer ainsi au fond de soi, on se trouve face à face avec I inconnu, on en a, comme dans un éclair, la surprise poignante, et on donne raison A Pascal : € Qui sc^ considérera de la sorle s'éton- . nera de soi-même. *
Mais sortons de nous-mêmes, au contraire, uublions-nous un instant. Voici l'ombre et le silence de la nuit. Seul, libre un moment de mes soucis, je l^vc la tête et je déJTouvre lo spectacle des cieux. Je regarde, et il me semble que je vois, comme si je la voyais pour la prc-' mière lois, là-bas au fond du noir espace, cette étoile qui scintille. Je regarde encore, comme fasciné par ce phare allumé sur l'autre rive
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d'un Océan si immense qu'il faudrait à la lumière, qui va vke, plusieurs années pour le traverser. El ma pensée achève de me faire voir ce que ne foN)^|dli mes yeux. Il est donc vrai : ce simple point igné, c'est, à une distance inexprimable, un soleil, un monde énorme, autour duquel sans doute d'autre» mondes tournent. Et quand je suis arrivé h me le représenter, cet uiuvers lointain, . je regarde à côté, et en volci/l'autres, à droite, à gauche^ en avant, ÊiMfÎTière, partout des mondes peuplant limmensité, partout des soleils qui roulent à travers les espaces aans fin, qui brillent et qui brûlent depuis quand et jusques à quand? Des millions, des milliards de mondes comme le nôtre, obéissant à des lois et h des forces qui sont en partie celles que je connais; mais comment n'y en aurait-il pas d'autres? Et, cette fois encore, c'est un autre mot de Pascal qui me monte au cœur : c Qu'est-ce qu'un homme dans l'infini? ■
D'une irrésistible intuition, j'ai senti mon néant; je m'étonnais d'être, tout à l'heure; je m'en étonne encore plus, maintenant que je me mets à ma place dans un pareil ensemble. Ato-
son U nCLHilON, I.A MonALB ET u Hcinw»
me, raccourci d atome, il n'y a pas de mol pour dire ce que je deviens à mes propreâ yeux, quand j'ai eu ainni la vision du monde.
Et en même temps, à l'instant même où je m abtme, 'àù je disparais, quantité imperceptible dans l'infinité des êtres et des mondes, tout À coup je m'apiérçois que je pense, et que ma pensée va par delà tous les mondes, qu'il y a quelque chose en moi qui est apparenté avec cet infini, quelque chose qui représente, dans l'infiniment petit que je suis, l'infiniment grand de l'ordre universel, quelque chose qui est âans doute de la même essence que les lois étemelles de l'univers, puisqu'il les comprend. Ce n'est pas moi qui ai fait le monde, ce n'est pas moi qui me suis fait, maisi l'esprit qui est en moi se reconnaît dans l'esprit qui est hors de moi. , Je ne sais pas quelle «est la force qui anime tous ces mondes, ni quelle est la force qui m'anime, moi, mais je sais que celle-ci est une étincelle de celle-là. Quelle que soit l'une et quelle que soit l'autre, il y a communication entre elles. *
Avoir cette sensation, si rapide ou si sommaire qu'on -la suppose, C''e9l avoir la sensa-
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TBOUllW CONFÉRENCS IW
lion religieuse. Je dis sensation, et ce mot n'èat peul^tre ni si impropre ni même si m<^tapho* rique qu'on pourrait le croire, car enfin, ce n'est pas d'une abstraction (|u'il s'agit, ni d'un système métaphysique, ni d'un rêve plus ou moiifis esthétique, il s'agit là de la l'éalitû mê- . me; que je sois là, moi, et que le mondt> soit là, qu'ils existent, ces soleils dont la lumière arrive jusqu'à moi, qu'il y ait par conséquent une relation, si lointaine qu'on voudra, entre le grand tout et le petit fragmeht d'être que je suiflt, c'est bien de Ig réalité, cela. C'est bien le sens du réel qui m'étrein4 à la gorge quand tout à coup je me réveille du rêve ordinaire où l'habitude me berce, pour prendre conscience en un clin d'œil de ce qu'est le monde et de ce que j'y suis.
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Sans doute, dès que je lente de substituer a cette vive impression du réel senti et non expliqué une explication en règle, sous forme de système cosmogonique, métaphysi()ue ou Ihéo-: logique, je recommence à faire ce qu'ont fait
110 LA RELIGION, LA MORALE ET LA M-.n<WX
toutes les religions : Je me raconte, au lieu de l'histoire vraie du monde vrai, un rpman ou un conte de fées, car, comme tous mes devanciers, je n'ai à ma disposilion^ pour l'écrire, que les données de mon imagination; tout ce que je pourrai faire sera de prendre, après tant . d'autres, des images pour des idées, des mots pour des choses, des symboles pour des vérités.
Non, je ne céderai pas à la tentation de renouveler une fois de plus cette œuvre d'illusion qui n'est plus excusable quand on est bien prévenu que c'est une illusion.
Je ne peux m'abuser au point de croire encore que la vérité plénière se découvre ainsi ' par un coup de génie, que, pour l'atteindre •d'un bond, il suffise d'avoir la foi, et que la hardiesse des conjectures ou la beauté des constructions Riétaphysiques en garantisse la solidité. Je sais trop qu'il y faut d'autres méthodes. Ei c'est le moment de nous rappeler l'engagement pris de ne plus chercher à connaître autrement que par les voies régulières de la connaissance : une fois pour to^ites, nous avons renoncé à la conquête en bloc du vaste
TROlBIJillÇ COM'I^.KKNCX fil
champ de l'inconnu, pour nous plier à la nécestiilé d'en prendre lenlvmenl posâession au prix d'innombrables et laborieuses acquisitions, dont chacune n'ajoute qu'une humble parcelle au domaine toujours extensible du genre humain.
Je n'ai garde de manquer à cei engagement; -• mais sera-ce y manquer (pic de reconnaître (|U à défaut de toute solution, le problème subsiste, problème du monde et problème du moi, Aboutissant l'un et l'autre au problème de Dieu? Ht ne serai-je pas rjdèle, au contraire, aux méthodes les plus exactes de la science positive, en constatant que la religion, n'eût-elle rien à m'apprendre quant & la solution, pourrait bien avoir pour rôle légitime de me rappeler simplement le problème?
Non, certes, la religion, surtout quand elle prétend me le révéler miraculeusement, ne m'apprend pas, de science certaine, ne m'apprend même à aucun degré ce qu'est le monde et ce que je suis, d'où il vient et où il va, ni quel est mon rapport avec l'universalité de 1*6tre. Mais elle m'empêche d'oublier que ces ques-
lis; LA nEIJGION, LA MllllAlj; ET U W.IEMX
lions se posent, elle m'inlerdit de croire que , je suis seul au monde, ce qui serait une erreur, ou de croire que Je sais tout, ce qui en serait une autre, ou encore de croire que tout est parfaitement clair, ce qui serait la pire dt; toutes.
Faire ces réserves au nom de l'inconnu qui nous dét)orde, nous im|)Oser par moiiiénts la vision de l'invisible et comme un premier pressentiment du concert universel des choses, nous obliger de nous retisouvenir qu'au delà de lu famille, de la cité, de là patrie, de l'humanité, de la terre, de notre système solaire, il reste le monde tout entier, l'ensemble des mondes, ce n'est certainement pas nous apporter le.H éléments d'une science iiositive, mais c'est nous marquer les limites de la nAtre, c'est nous faire accomplir l'acte humain par excellepceipJe seul, a-t-on pu dire avec rai.son, qui soil ihaccetoible à l'animal, car l'animal ne peut sortir du cercle d^ l'expérience immédiate ni par la sensation, ni par la mémoii*e, ni par le -raisonnement, ni par aucun de ses modes d'activité; nous en sortons, nous, non pas, certes, assez pour con-
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naître cet au-delà qui par délinitiuii esl inconnaissable, mais lùMct pour savoir qu'il est.
Nous ne faisons pas l'expérience de ce qui, di^pnssc l'expérience, mais no^is entrevoyons que l'expérience Pllc-iii<^mc suppose quelque chose qui In dépasse. « Dans l'aflirmalion que toute connaissance esl relative, dit 'Herbert Spencer, est impliquée ruffimmlion qu'il existe un non-reltUif. •
Nous trouvons en nous certaines idées diren- Irices do toutes les opérniions de notre es- |iril, qui n'ont pas 4a valeur d'un fait, mais qui sont la condition de tous les faits, qui nous donnent la puissance il'embrasser tout le réel et, par delà le réel, tout l'idéaL Que ces idéed de cause, de substance, de fin, de loi, d'unité soient uniquement des l'égulateurs de la pensée, que si nous essayons de les appliquer au monde entier sous les noms de cause première, de loi de l'univers, d'unité, de cosmos, de Dieu enfin, elles ne correspondent et ne puissent correspondre à aucune réalité expérimentale, peu importe : n'avons-nous pas . renoncé une fois pour toutes à faire la science de ce qui est par déHnition extra-scientifique? A vrai dire, notre
lli . i.\ HIU.IGIU.V i.k uonAiJt ET u im:ik.v:k
«•rreur enl d't»n iiniMiir loujours à voulo^j Hidéi'cr les \div» comme les choses. A forer, nous voulons qn'nllcH .soient, et nous prenons pas gahlc i|u'i>lles peuvent être comme idées, sans être comme choses. Le • chosUm*'*, , comme dit un jeune philosophe, est l'illusion incorrigible de toute notre métaphysique.
Résistons-y, et sans prétendre statuer ce que sont, comme chose en soi, les idées canstitutives de notre raisoti, convenans qu'en tous cas, ^ ce n'est pas en tant qiie choses que nous pouvons les connaître : elles nous intéressent essentiellement comme lois et comme formes de ' la pensée.
Une fenêtre ouverle sur Kinfinl ne nous fait pas posséder l'infini, mais elle nous fait échapl>er à la prison du fini. L'expérience, qui est la science du fini, n'est pas toute l'intelligence, et rinlelligence n'est pas tout l'homme; et l'homme n'est pas tout l'être. Nous défendre de perdre de vue ces vastes horizons qui enveloppent I horizon prochain du savoir positif, c'est nous rendre un signalé service. Et c'est celui dont nous sommes redevables à l'idée religieuse. Ce service, elle ne nous le rend jamais mieux que
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quand pIIo ho borne à poser devant nous la queslion dans toute aon ampleur mystérieuse, en nous la luJHsant méditer, au lieu de la déformer et de la rétrécir, pour la faire cadrer avec les pauvres dimensions d'une dos diverses réponses confessionnelles.