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naît le rapport vital qui unit cette personnalité à son milieu humain et qui l'engage envers lui.
Ces antagonismes et ces errements ont leur origine et leur explication prochaines dans les circonstances mêmes du progrès humain. — Leur origine et leur explication dernières pourraient bien être en ce que ce progrès est comme une poussée qui se produit d'elle-même, très inégale et en des sens divers, avec des ralentissements et des soubresauts, aboutissant plus ou moins à des impasses, et rejaillissant par de nouveaux bonds vers un nouvel et meilleur équilibre. — Au début de l'évolution, ce qui domine dans les fourmilières humaines est la réglementation extérieure, la formalité des coutumes sociales et des rites religieux ; le sentiment intérieur, s'il n'est pas, s'il ne peut pas être tout à fait absent, n'apparaît guère, et Ton peut dire même qu'il est à peine conscient en sa moralité, peu réfléchi, peu discipliné ; en tant que sentiment indiyiduel, il est fait surtout de crainte mystique par rapport à soi, de solidarité mystique, d'union agissante, par rapport au groupe. Le devoir est connu surtout en forme d'interdits ; la religion est connue surtout en forme de cérémonies. Le devoir n'est pas encore une obligation sentie, réfléchie, spontanément acceptée, voulue, embrassée par l'individu ; la religion n'est pas encore le sentiment profond et personnel d'un idéal aimé.Devoir et religion sont une faconde service imposé. Le progrès a consisté dans
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l'intériorisation de ces choses qui peu à peu se sont spiritualisées, moralisées et en même temps individualisées, en tant qu'on se les est appropriées comme des biens personnels . 11 n'y a pas solution de continuité entre les religions plus extérieures, les cultes dits magiques, et les religions plus intérieures, les religions proprement dites, cultes nationaux et économies de salut, entre la morale du tabou et la morale du précepte religieux, celle de la conscience ou bien celle de la raison, — si toutefois, il convient d'accorder à cette dernière le bénéfice de l'existence réelle. — Quoi qu'en aient dit certains théoriciens de l'histoire des religions, quelque peu teintés d'individualisme religieux ou philosophique, ni les religions à dieux personnels et à préceptes moraux, ni le christianisme n'ont été des innovations absolues dans leur ordre. Le fait est seulement que réconomie extérieure de la conduite sociale, en se compliquant, se diversifiant et s'améliorent, a été de plus de plus supportée par un per^ fectionnement des âmes plus mtimement pénétrées d'un idéal qui pour les sociétés mêmes était devenu plus grand, qui était en tous une conscience meilleure et plus large d'humanité, la direction de ce mouvement, — car on ne saurait guère parler de terme, — semblant être vers un sentiment vivant de l'humanité universelle, de la solidarité du genre humain, sentiment à réaliser dans les différentes sociétés humaines par des individus pleinement
conscients de celte unité. Mais l'humanité qui aura cette pleine conscience, de façon à établir sur terre Funité morale des sociétés humaines, — accomplissement de ce qui fut dans l'Évangile la chimère du règne de Dieu, et dont l'esprit seul, l'intention, l'orientation avaient une valeur constante d'humanité, — cette humanité n'existe pas encore ; c'est vers elle que tend, selon qu'il nous est permis d'en juger, la disparate évolution des sociétés, des religions, des civilisations, qui se sont partagé le monde et qui n'ont pas encore fini de s'opposer les unes aux autres.
Un parallélisme exact se remarque entre le développement religieux et moral de l'humanité considéré en son ensemble et celui des individus pris à part; ces deux développements étant solidaires l'un de l'autre et n'en faisant dans la réalité qu'un seul. Dans l'histoire générale des hommes, un régime qui était surtout de contrainte extérieure, avec un minimum de moralité consciente et voulue, a fait peu à peu place à un régime de discipline intérieure, de dévouement réfléchi, de solidarité consentie, de liberté, pour tout dire en un mot, où l'ordre social est d'autant plus profond et mieux observé qu'il est délibérément voulu par chacun avec une force plus pénétrante que celle qui despotiquement l'imposait par la volonté collective et obscure du groupe dans les sociétés primitives. Cette volonté collective s'est comme individualisée et spiritualisée davantage en
Chacun. Mais, dans l'individH même où eHe se détermine ainsi, elle suit la même progression toujours susceptible de se réaliser nJnf? ' comme elle tend, semble-t-iî, ITZxSZTT^' en mieux dans l'humanité. C'est en effet ±'"' que chaque homme acquiert le degffmoven T conscience intellectuelle et mor«lp h- 7 ^ spirituelle, qui constitue ^ raîére' SnT et qu il reahse sa propre liberté Par J., i-l ,' n:est pas la faculté a^bstrake du choi^fn/'^'r' divers objets qui s'offrent au désir où art- ' mais la libération intérieure l'affr^n k-^""""' progressif de la volonté qûî devient de ll^f""?"* maîtresse d'elle-même e? des annïtits ni? 1 P'"'
mêmetemps quel'intelligetresTSxTeSdS différentes formes et valeur.. H» i',„.x a! f °®^
Même chez les mieux douTrïpr h let r""" * le goût, la volonté ne se forment ni', ! ™'"*' Ainsi en a-t-il été ainsiVn pT» i / T "° J""""-
relâches, ni de défaillances, ni d'égareme„te '^li f faillites innombrables, tant dans fes sS, dans les individus, tendent à une réaSn„ T grande de conscience claire et l°bre da^ " ^^^ plus parfait. La loi de cette évolua S m r»r servisaement, la subordination totale de 'inïv d'
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LA RBLIGION
à la société, car c'est une loi de liberté, et l'essor de la liberté est caractéristique du progrès humain ; ni l'anarchie, l'émancipation totale de l'individu à l'égard de la société, car c'est une loi de dévouement, et finalement la liberté apparaît comme la condition d'un meilleur service rendu par chacun de ses membres à la société, à l'humanité. Le progrès humain ne délie pas l'homme de son devoir envers l'humanité ; il ne fait, au contraire, que rendre ce devoir plus présent à son esprit, à son cœur, à sa volonté, le lui montrant avec plus d'évidence, le lui faisant sentir plus intimement et plus délicatement, le rendant plus apte à s'y porter de lui-même par un libre mouvement de son action. Il a transformé en vieux mythe le droit divin des pontifes et des rois ; mais il commence aussi bien à dénoncer que le droit divin de l'individu, son autonomie absolue, est un autre mythe. Il a découvert que la liberté est la condition du progrès ; il est en train de découvrir qu'il n'est liberté vraie que dans la soumission à une loi supérieure. 11 n'a élevé l'individu à la liberté que pour être par lui mieux servi. 11 n'a pas libéré, il ne pouvait pas libérer l'homme de son devoir envers l'humanité ; il a, au contraire, approfondi le devoir et rendu l'homme plus capable de s'en mieux acquitter. L'humanité grandissante réclame davantage de ceux à qui elle a plus donné. Elle les a rendus plus libres pour qu'ils soient meilleurs et plus dévoués. Son service
LES FACTEURS DE L'évOLUTION RELIGIEUSE 179
ne connaît pas d'exemptions ni de catégories privilégiées. La parole de TÉvangile (1) y a son application, le plus grand n'étant qu'un serviteur plus obligé que les autres envers la communauté, et nul n'ayant le droit d'être inutile.
Au premier rang des facteurs intimes de ce progrès humain il faut mettre la foi. Ce mot est, bien à tort, quelque peu discrédité parmi nous, — au détriment de la chose, — parce que certains en ont abusé pour signifier la profession obligatoire de telles croyances déterminées qui seraient éternellement vraies et pratiquement nécessaires au bien de tous, au salut des hommes et de l'humanité. A prendre tels que nous les connaissons le monde, l'homme et l'histoire, il ne semble pas que des croyances ainsi caractérisées existent ni qu'elles puissent même exister : révélées d'en haut, — comme si jamais l'humanité avait connu semblable révélation; — depuis le commencement, — comme si Ton pouvait dater le commenrement de l'humanité, et que ces débuts fussent