CHAPITRE IV La discipline humaine
La vraie lumière.
Qui éclaire tout homme.
Est venue dans le monde.
A tous ceux qui l'ont reçue
Elle a donné pouvoir
De devenir enfants de Thumanité,
Parce quUls croient en elle.
Religion et morale, religion morale, morale religieuse sont la discipline par laquelle s'est formée ou a commencé de se former l'humanité. Dans chaque humanité vivante cette discipline a été appliquée avec plus ou moins de rigueur aux individus et à la société : c'est non seulement avec cette discipline, mais en grande partie par elle que les peuples ont vécu ; c'est aussi par les défauts de leur discipline particulière ou par leur négligence à la suivre que beaucoup de peuples ont péri. Dans l'histoire de l'humanité, autant qu'elle nous ,est connue, ce ne sont pas les violents qui l'emportent', comme il pourrait sembler à une considéra-
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tîon superficielle. Les conquérants les plus célèbres ont passé comme un tourbillon dans le monde, et ce qui dure est Pœuvre des peuples qui ont cultivé leur talent. Nous pouvons dire ce que nous devons à la Grèce, à Rome, à Israël, c'est-à-dire ce par quoi la Grèce, Rome, Israël continuent de vivre en nous. L'œuvre spirituelle des nations est leur œuvre éternelle; et cette œuvre ne passe à des héritiers indirects que quand les héritiers directs se montrent incapables de la faire valoir. Ainsi du moins se présente à nous l'ensemble, bien que quantité d'efforts collectifs et individuels se soient apparemment perdus, comme il parait se faire grand gaspillage de vies dans la nature. 11 importe donc d'examiner les principes de cette discipline humaine et leur application, selon que l'histoire nous les révèle, puisque, sans aucun doute, l'éducation de l'humanité se continuera suivant la loi qui l'a toujours gouvernée,et qu'il nous appartient comme un strict devoir d'y travailler en nous, d'y contribuer autour de nous. Il va sans dire que celte discipline, dont nous avons pu voir que la direction générale est seule constante, son objet s'offrant à nous comme indéfiniment perfectible, a toujours été et qu'elle demeure perfectible comme cet objet même. S'il est, en effet, une chose évidente, c'est que l'humanité n'a point grandi intellectuellement et moralement par le simple jeu, par l'activité irréfléchie de ce que jadis on appelait volontiers ses
LA DISCIPLINE HUMAINE
instincts ou sa nature. En s'abandonnant à ses appétits et inclinations sensibles, elle serait restée dans l'immédiat voisinage des animaux supérieurs, si toutefois elle ne leur avait cédé la place. Son excellence résulte d'un travail de plus en plus conscient et toujours suivi, d'une discipline volontaire et imposée, parfois très dure, déraisonnable en beaucoup de ses parties, si ce n*est en quelquesunes de ses formes générales, mais dont on ne saurait dire néanmoins que, quant à l'ensemble, elle n'a pas été l'indispensable moyen du progrès réalisé. L'homme a grandi par un effort discipliné, un effort de plus en plus moral, qu'a soutenu le sentiment mystique du devoir ; et c'est ainsi que, parti de l'animalité, il s est élevé graduellement en humanité. Il serait insensé de penser que l'on peut vivre maintenant sur l'acquis, comme si effort et discipline avaient cessé d'être nécessaires. La vie morale des individus et des groupes humains n'a point cessé, elle ne cessera pas d'être une lutte où le progrès réalisé n'est garanti effectivement que par la continuité de l'effort vers un progrès ultérieur. 11 faut continuer de marcher, par le même chemin, vers le mieux. D'où nécessité d'une discipline toujours meilleure, en vue d'un résultat plus accompli. Ce sont là vérités simples, mais opportunes à rappeler, parce que la paresse et la routine ne se lassent pas non plus de les oublier ou de les méconnaître.
LA RBLIGION
Discipline et liberté ne sont pas des mots qui se contredisent, et les choses que ces deux mots signifient ne s'excluent pas réciproquement. On méconnaît leur véritable nature en les croyant opposées et en se comportant comme si la liberté était un bien supérieur à la discipline ou qu'elle pût et dût se passer de cette compagnie censée gênante. L'histoire cependant et l'expérience nous apprennent que discipline et liberté sont corrélatives, la première instruisant la seconde, et celle-ci ne pouvant aucunement se passer de celle-là, dont elle a besoin d'abord pour naître, puis pour durer et se perfectionner. Dans toutes les sociétés humaines une certaine discipline a toujours été la condition d'une certaine liberté, la liberté procurée et laissée aux personnes adultes, aux membres actifs de la communauté, de réaliser par leur initiative propre les fins de la société, en conformité de ridéal que cette société prescrit. Forme et qualité de la discipline ont varié avec les progrès des sociétés ; de même la forme et la qualité de la liberté. Ce qui n'a point varié, du moins au point de vue de l'idéal social et humain, et quels qu'aient
LA DISCIPLINE HUMAINB
pu être en fait les abus de la discipline ou ceux de la liberté, c'est le rapport immédiat, nécessaire constant, où sont l'une vis-à-vis de l'autre discil pline et liberté, la discipline étant l'initiation indispensable à la liberté, la condition permanente de son utile exercice, et la liberté n'ayant sa raison d'être que dans cet exercice même et dans les fruits qui en résultent. Ni la discipline ni la liberté ne sont des fins ; l'une et l'autre sont des moyens, et des moyens perfectibles. Nul n'en doute pour ce qui est de la discipline. Mais il en va de même pour la liberté, qui n'est ni la fin de l'individu ni celle de la société ; la liberté n'est aussi qu'un moyen par lequel l'individu réalise sa fin dans la société, et la société elle-même réalise sa propre fin. La liberté n'est pas le droit qu'il faudrait reconnaître à l'individu d'aller contre sa fin, contre son devoir, ni le droit qu'il faudrait reconnaître à la société de travailler contre elle-même, contre son propre idéal ; c'est la faculté acquise par l'homme et par la société de poursuivre leurs fins par une initiative réfléchie. La faculté d'errer et de mal faire peut être, en un sens et dans une certaine mesure, la condition de la liberté ; mais tant s'en faut que ce soit un droit de cette liberté ; ce n'en est que le risque, l'écueil et Ja défaillance. Parce que la liberté s'acquiert, parce qu'elle n'est pas donnée naturellement à l'homme, toute faite et armée pour l'œuvre (l'humanité, une discipline est indispensable ; la
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discipline aide à conquérir et à exercer comme il faut la liberté . Discipline sociale, conséquemment religieuse et morale, qu'elle concerne Tindividu, ou la famille, la cité, la nation, ou les rapports internationaux et les relations générales d'humanité: c'est ce qu'il est aisé de constater en passant sommairement en revue ces applications de la discipline humaine. La condition normale de notre moralité est dans une discipline volontaire.
Même les non-civilisés ont une discipline de l'éducation, et qui ne consiste pas seulement dans l'instruction rudimentaire que réclame le genre de vie mené par les adultes, mais dans une véritable initiation religieuse, une façon de mystère, qui est censée introduire le néophyte dans la vertu de son nouvel état et qui pratiquement l'introduit dans la vie sociale,duns l'unité religieuse et morale de son groupe. Cette initiation a ses rites plus ou moins compliqués, souvent aussi ses épreuves. Elle est assez fréquemment comprise comme une nouvelle naissance, parfois même avec un simulacre de mort et de résurection. Le fait est que désormais une âme nouTelle, celle de la société où il devient membre agissant, doit s'emparer du sujet ; on lui signifie, en quelque sorte, qu'il a vécu jusqu'à présent dans la liberté inférieure d'un petit aaimal,et que désor* mais il devient homme, jouissant d'une liberté supérieure, mais sous la discipline tribale et la direction des anciens. Ce vague pressentiment
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d'une âme sociale, humaine, libre dans la règle, et qui se substitue à Pâme de l'enfant non compté dans la tribu, est extrêmement significatif.
Les initiations des non-civilisés regardent surtout les hommes, et à peine existent-elles, en forme très réduite, pour les femmes. La raison est que chez ces peuples la condition sociale de la femme est fort, abaissée au-dessous de celle de l'homme ; les femmes sont plutôt des auxiliaires que des membres de la société, qui est constituée réellement et mystiquement par les hommes ; d'où il résulte qu'elles sont presque tenues en dehors de la religion. Trait important pour l'histoire humaine et gros de conséquences. Dans les sociétés inférieures, l'initiation virile, qui est la pleine initiation sociale, est aussi la pleine initiation religieuse; c'est pourquoi, dans toute la suite des religions, les fonctions sacerdotales ou proprement religieuses ne sont guère attribuées qu'exceptionnellement ou accessoirement aux femmes. Cette incapacité religieuse correspond à l'infériorité de la position sociale et morale qui a été jusqu'à nos jours, à des degrés divers, celle de la femme dans toutes les sociétés humaines.
A travers les étapes de la civilisation le caractère religieux des initiations à la vie sociale s'est maintenu. Réserve faite des initiations sacerdotales, qui, tout comme la consécration des chefs, sont en rapport avec les hautes fonctions de la société,
LA BELIGION
l'initiation commune à la vie sociale et rinitiation à la vie religieuse demeurent unies ou plutôt n'en font qu une. Dans les premières civilisations, le jeune homme est introduit par certaines cérémonies, après la préparation nécessaire, à la vie civile, à la profession guerrière, aux rites sacrés de sa cité. Mais à mesure que Texistence de la société s'est diversifiée, comportant des emplois multiples qui réclamaient une préparation plus spéciale, l'instruction s'est développée et compliquée sans pourtant cesser d'être dominée par l'éducation c'est-àdire,encore et toujours,par l'adaptation, moyennant initiation religieuse, de l'individu à la vie spirituelle et morale de la société. Car la société continue de préparer les individus comme il convient à son service, chaque individu ayant pour cela besoin d'être élevé, dans le plein sens du mot, comme l'humanité a dû s'élever elle-même et a besoin de s'élever toujours afin de ne pas déchoir. Plus l'humanité avance, plus l'œuvre de l'éducation devient délicate, en même temps que plus nécessaire ; et tant s'en faut que la part de l'élément religieux et moral y soit moins indispensable ; il importe, au contraire, que cet élément religieux et moral, ciment de l'humanité, se fasse plus intimement vivant et pénétrant. Car l'instruction toute seule pourrait nous donner des animaux subtils, habiles et industrieux, mais non des hommes vertueux et des citoyens dévoués.
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Ce n est point ici le lieu de discuter longuement les mentes respectifs des deux systèmes d'éducalion que nous avons accoutumé d'appeler l'éducation religieuse et l'éducation laïque. Il est impossible pourtant de n'y point toucher. Remarquons d abord que les mots employés ne correspondent pas bien a la nature des choses qu'ils expriment. A la place de religieuse, il faudrait dire confessionnelle ou catholique ; à la place de laïque, il faudraitdire non confessionnelle, mais nationale et Humaine, — ce qui impliquerait l'élément religieux, bien loin de paraître l'exclure. — L'emploi de mots qui ont l'air de s'opposer quant au principe même qui doit dominer l'éducation, alors qu'ils 8 opposent seulement quant à la forme spéciale d application que comporte le principe, est extrémenient fâcheux, parce que ces mots inexacts impliquent ou favorisent deux tendances contraires au but de Péducation : d'un côté le souci d'une discipline spécifiquement confessionnelle, qui pourrait aller contre notre idéal national et humain ; de
I autre celui d'une discipline qui, pour se mieux différencier de la première, se préoccuperait tout autant d'être anticonfessionnelle, anticatholique même antireligieuse, que de réaliser parl'éducation cet idéal national et humain dont le caractère religieux et moral lui échapperait en partie ou tout à fait. Les deux écueils ne sont point chimériques •
II est certain que ni d'un côté ni de l'autre on ne s'y
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est jusqu'à présent brisé ; il n'est pas moins certain que ni d'un côté ni de l'autre on n'a pas toujours paru décidé à les éviter. La question mérite d'être tirée au clair ; car il ne s'agit pas d'opinions indifférentes mais de choses qui intéressent la vie et Tavenir du pays. De la valeur des deux méthodes et de ce que devrait être leur application Ton jugera mieux en considérant les conditions qui s'imposent à une éducation vraiment humaine de Tintelligence, du sentiment et de la volonté.
Il y a une discipline de l'intelligence, et cette discipline est nécessaire à la formation et à la conduite de notre esprit. La mémoire, dont nous voyons que les animaux sont aussi doués, est la faculté que l'homme a développée la première ; se manifestant dès l'abord chez l'enfant, elle est cultivée pour commencer ; mais l'intelligence n'est pas à traiter comme si elle était faite surtout de mémoire et que sa culture consistât à la remplir, comme un vase vide, de toutes les connaissances acquises qu'on y peut emmagasiner. Chez les peuples incultes, qui vivent presque uniquement de tradition, la formation intellectuelle ne consiste guère qu'à recueillir ainsi la sagesse ancestrale. Mais c'est par l'attention et la réflexion, par le jugement et le raisonnement que se développe l'intelligence. L'éducation intellectuelle doit faire croître par l'exercice la faculté d'observer exactement, de juger sainement, 4e raisonnerjustement. A cette gymnastique l'entasr
sèment des connaissances importe moins que la rectitude des opérations. Ce dont il s'agit n'est pas tant d'apprendre tout de suite le plus possible, que d'apprendre à apprendre comme il faut. Pour le choix et la quantité des objets,il faut considérer les aptitudes des individus et les fonctions sociales auxquelles ils sont destinés. Le but immédiat est l'assouplissement de l'esprit par l'exercice, en partant toujours de notions simples et exactes. Où que doive être menée, cette préparation, qu'elle se borne aux connaissances nécessaires à un modeste artisan, ou qu'elle doive introduire aux carrières dites libérales, ce qu'elle doit donneç, avec l'instruction convenablci est le sens et le godt du vrai. Aspect moral de l'éducation intellectuelle, condition normale de la vie de l'esprit, du travail scientifique, de l'art en toutes ses formes, de la littérature qui ne veut pas être puéril amusement ou instrument de fausseté. Là est,, à tous les degrés de la culture, la dignité de l'intelligence et le devoir de la pensée. Il faut que le sentiment de ce devoir s'acquière en même temps que les connaissances techniques ; la valeur d'un esprit en dépend, et la fécondité de son travail.
Eu égard à cette formation deTesprit, l'inconvénient de réducation religieuse comme elle s'est pratiquée jusqu'à présent parmi nous consiste en ce que cette éducation impose à l'intelligence un ensemble de croyances toutes faites, malaisément assimilables,
LA RBLIGIOU
OU la science antique se trouve en désaccord avee celle d'aujourd'hui. De ce manque d'harmonie peut résulter soit une déviation habituelle du jugement sur des points qui n'importent pas qu'à la direction générale de l'esprit, mais aussi bien à celle de la vie, soit une crise de la pensée dont les résultats, même SI la crise aboutit, comme il arrive le plus souvent, à Témancipalion du sujet, ne sont pas toujours heureux quant à l'équilibre de son jugement et à celui de sa vie morale. Mais, politiquement, socialement et humainement parlant, tout ce qu'on est en droit de demanderau maître est de pratiquer luimême et d'encourager la sincérité de l'esprit. L'inconvénient de l'éducation dite laïque ne serait pas moindre, même au point de vue de la formation intellectuelle, mais surtout à celui de l'intérêt social, si cette éducation devait s'inspirer de scepticisme moral ou d'une complète indifférence à l'endroit des principes profonds de la moralité, la culture de l'esprit n'étant plus qu'un moyen de subsister et de parvenir.
11 serait tout aussi fâcheux de se désintéreser de la formation du jugement dans les choses morales, sous prétexte du respect qui est dû à la liberté de penser. La liberté de l'esprit est comme celle de la volonté. Ce n'est pas un don que nous recevions tout fait, comme si une fée bienveillante l'avait déposé dans notre berceau; c'est une faculté qui s'acquiert et qui est toujours susceptible de perfectionnement.
LA DISCIPLINE HUMAINE
L'homme ne naît pas libre de son jugement, il le devient en s'exerçant à juger en connaissance de cause. Dans les commencements de cet exercice, il a besoin d'être guidé ; peut-être même ne lui est-il jamais inutile d'être un peu aidé ; le fait est que, socialement, il est toujours plus ou moins soutenu, Maisle plus sûr moyen d'étouffer cette liberté du jugement en ayant l'air de la garantir serait de ne pourvoir point à son développement. Pas plus que la liberté dans l'ordre de l'action n'est pour chacun le droit absolu d'agir selon son caprice, la liberté dans l'ordre de la pensée n'est le droit de penser ce qui plaît à croire. Nous n'avons aucunement le droit de penser contre la vérité, et nous avons bel et bien le devoir de la chercher, puis celui d'y adhérer quand nous l'avons trouvée. La liberté de penser, — pour autant que cette formule offre un sens raisonnable, — est tout simplement le droit que nous avons de professer ce que nous jugeons vrai, et de n'être pas contraints à professer ce que nous n'avons pas trouvé tel. Liberté tout extérieure, relative, correspondant à l'obligation, pour la société, de n'opprimer point les intelligences. Subjectivement, nous n'avons d'autre droit que celui de connaître, et le devoir d'aller au vrai, au vrai seul, dans l'élan sincère de notre esprit. L'éducation doit instruire l'enfant et le jeune homme à cette démarche où il a besoin d'être assisté et encouragé.
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l/éducation du sentiment est chose plus délicate encore que celle de Tesprit. Les sentiments humains sont des énergies naturelles qui ont besoin d*être gouvernées. Leur discipline n'est point qu'une affaire d'hygiène, bien que Thygiène y doive être prise en considération. Mais l'homme est plus qu'un bel animal, destiné à réaliser la perfection physique de sa race et à devenir un excellent reproducteur. Il a compris et construit sa vie de telle sorte qu'il ne peut pas être que cela, et que même il ne peut, en fait, atteindre à cette plénitude de la vie naturelle sans un certain développement de sa vie spirituelle et de sa culture morale. C'est dès l'enfance que s'apprend la sobriété ; c'est dès l'adolescence que se règle la sensualité. Cette discipline des instincts qui sont en rapport avec la vie naturelle n'est assurée que par le développement des sentiments moraux, d'une sorte de dignité humaine en ce qui regarde le manger et le boire, des affections qui ne sont pas simples passions mais mouvements de l'àme où entrent le dévouement et le respect, c'est-à-dire des sentiments où intervient la religion. 11 existe donc, et nécessairement, une discipline des appétits naturels et des affections de famille, des sentiments sociaux, des sentiments humains. Si bon que soit le cœur du chien, le cœur de l'homme doit être meilleur encore, et le dressage en est plus minutieux. Il est d'ailleurs évident, sans qu'il soit utile d'y insister, que cette discipline ne
saurait s'appuyer uniquement ni même principalement sur des leçons théoriques, si habilement graduées qu'on les suppose pour s'adapter à l'évolution même de la vie dans l'homme grandissant. L'enseignement ne serait rien sans l'influence de ce qu'il est bien permis d'appeler l'atmosphère morale que chacun respire en son milieu. La raison toute seule ne parle pas au cœur; c'est le cœur qui fait valoir au cœur la leçon des sentiments élevés. Normalement les sentiments de la famille s'épanouissent dans les familles qui en ont la tradition vivante; et de même les vertus sociales là où s'en entretient l'habitude. Le milieu domestique et civil façonne ses recrues à son image et ressemblance. Cette influence toutefois n'a rien d'automatique, et, tout comme pour la formation de l'esprit, il importe que les éducateurs, parents ou maîtres, ne prêchent pas seulement d'exemple, mais qu'ils éveillent et instruisent les sentiments élevés et généreux par lesquels seront contenus et dirigés les appétits, inspirés les dévouements que la vie réclame de ceux qui veulent y marcher utilement et dignement.
Cette éducation du sentiment, diront plusieurs, est pour une bonne part l'affaire de la religion. Elle est, en effet, affaire de religion, et il serait à souhaiter que tout le monde le comprît ainsi, se rendant bien compte que ce n'est point chose vulgaire mais la portion la plus sacrée d'une œuvre qui dans son ensemble est véritablement religieuse, Il fau»
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drait comprendre en même temps que telle relîgion donnée n'en a pas le monopole. La religion chrétienne peut être une de celles qui exercent le mieux la vie du sentiment, si même, à certains égards, elle n'y excelle plus que toute autre ; depuis des siècles elle préside à notre éducation morale et elle a inspiré encore celle du plus grand nombre de nos contemporains dans notre pays . Il ne s'ensuit pas qu'elle soit à tout jamais la maîlresse indispensable d'une haute éducation morale. Si les sentiments de famille, de patrie, d'humanité, sont des sentiments religieux, ce ne sont pas pour autant des sentiments que le christianisme seul soit capable d'informer comme il convient ; ce sont des sentiments humains qui peuvent garder leur caractère religieux sans leur couleur spécifiquement chrétienne. Après tout, le christianisme, en aucune de ses formes, n'a réalisé le type absolu de la perfection humaine quant à l'individu, la famille, la nation, la société universelle . il a développé la discipline intérieure de l'âme, mais en la liant à un mysticisme qui est sujet à beaucoup d'écarts, à des croyances que nombre de ceux qui maintenant les acceptent dans leur jeune âge ne peuvent retenir dans Tâge adulte. Ce qu'il a mis surtout en honneur est un certain sens d'humanité que d'ailleurs il n'a pas su faire prévaloir, parce qu'il l'avait encadré dans une eschatologie étroite. A ce qu'il semble, l'évolution des sentiments humains
tend à déborder le moule chrétien, comme le courant de la pensée humaine tend à submerger la croyance chrétienne. Toutefois ceux qui croient pouvoir et devoir ne recourir point à l'influence éducatrice du christianisme ont à considérer qu'ils sont tenus de faire, non pas moins, mais mieux, et que, pour ce qui est de l'éducation des sentiments, ils ne remplaceront pas la puissante impression de l'idéal chrétien personnifié dans le Christ lui-même et agissant par toute l'économie du culte chrétien, si de leur côté ils ne disposent d'un idéal aussi nettement défini en son principe, aussi vivant, aussi pénétrant, et qui soit mieux adapté aux conditions actuelles de la vie humaine, de la famille, de la société et de l'humanité. S'ils n'ont comme idéal qu'un régime d'intérêts et de plaisirs sagement équilibrés et combinés, ou bien même un système de devoirs froidement raisonnes et légitimés par les avantages qu'en assure la pratique, non un type simple et émouvant d'humanité dont se puisse inspirer toute la vie, ils ne feront qu'une œuvre incomplète, moins féconde en ses résultats que l'éducation chrétienne, quels que puissent être maintenant les inconvénients de celle-ci.
Que la discipline du caractère soit aussi autre chose qu'une instruction donnée touchant les choses à faire ou à éviter çt le zèle qu'il convient de mettre à pratiquer les unes ou à fuir les autres, il est superflu dé le montrer. Répétons seulement que
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rhomme ne naît pas avec la possession de sa volonté libre, mais qu'il devient libre, qu'il a besoin d'apprendre à le devenir, à se rendre maître de luimême, de son vouloir, de son action. Ce qu'il possède est une certaine faculté d'énergie qui a besoin d'être éclairée et de s'accroître par l'usage en se disciplinant, en se gouvernant elle-même. Il n'est de volonté libre qu'avec un jugement sainement formé et une subordination régulière des appétits naturels aux sentiments moraux. La volonté prend conscience de sa force et s'affermit dans le progrès de ce jugement, dans le perfectionnement de cette subordination ; par là elle s'exerce, elle devient ellemême, c'est-à-dire de plus en plus forte et de plus en plus libre, de moins en moins susceptible de se laisser entraîner aux impressions fugitives d'une imagination excitée, ou à la séduction d'une idée fausse, ou à la sollicitation d'un désir, au mouvement d'une passion non contrôlée. Plus la volonté devient ainsi consciente de sa propre force et do son devoir, moins elle est sujette à défaillance. Tant s'en faut qu'elle soit moins libre, bien qu'elle soit de plus en plus orientée, comme nécessairement, vers le bien . Mais le développement normal de la volonté libre est tout autre chose que la faculté de mal faire. Celui qui s'abandonne furieusement à sa passion est moins libre que celui qui sait, quand il le doit, y résister patiemment et fortement. La liberté morale de l'homme se réalise dans le mou-
vement spontané de sa volonté vers le bien, et d'autant plus grande est cette liberté que les appétits et les passions sont mieux disciplinés, c'est-àdire que les chances de défaillance sont plus réduites. La liberté s'est fait jour dans l'humanité à mesure qu'à grandi l'idéal humain ; elle se fait jour et grandit en chaque homme à mesure qu'il prend conscience de cet idéal et qu'il s'en rapproche délibérément. De la liberté morale on peut dire qu'elle grandit avec le sens du devoir, l'une et l'autre étant corrélatifs, et la spontanéité de la volonté vers le bien se développant pour mieux embrasser le devoir. C'est pourquoi l'idée de déterminisme moral est contradictoire en elle-même : le déterminisme existe en dehors de la moralité et dans les défaillances mêmes de la moralité ; mais de l'acte moral, de la moralité humaine et de son progrès la liberté est à lafois le principe et le fruit. La moralité est la mesure de liberté vraie que nous réussissons à introduire dans le gouvernement de notre conduite.
Pour devenir ainsi libre, toujours plus libre et meilleure, la volonté a besoin d'être cultivée, d'être exercée. Son perfectionnement n'est point achevé avec le temps donné à l'éducation proprement dite. Comme la discipline humaine recouvre tous les siècles de l'humanité, elle s'impose à la durée entière des existences individuelles, elle est l'œuvre de toute la vie. Mais durant la période de première information, de ce que nous appelons l'éducation, il
appartient à ceux qui sont déjà plus avancés dans la conquête du libre et bon vouloir d'y accoutumer les novices, d'exciter et de fortifier en eux le ressort de la volonté. Simple énoncé qui ramène la question religieuse. Comment émouvoir ce ressort de la volonté autrement que par la foi, et n'est-ce pas encore le christianisme qui seul pourra donner à la volonté la discipline qui lui convient, en lui présentant le devoir avec l'autorité d'une volonté supérieure, sage et bonne, la volonté même de Dieu, en assurant au vouloir humain, infirme et combattu, le mystique appui de la foi ou de la grâce divine ? L'efficace du devoir chrétiennement compris n'est point à nier : pour nous décider à faire Is bien il ne suffit pas que notre raison nous en montre les avantages et les motifs ; il faut que le bien nous apparaisse dans un rayonnement d'autorité, de puissance supérieure et indiscutable ; et rien n'est plus sacré que le vouloir divin. Gardonsnous aussi de contester l'infirmité de notre nature, la répugnance de la vie animale et de l'égoïsme aux exigences de la vie morale, et la nécessité d'un secours spirituel pour surmonter cette faiblesse : la foi chrétienne, l'esprit dont la foi anime la prière et les sacrements chrétiens sont aptes à donner cet indispensable secours. Ils n'en sont point toutefois la forme unique et invariablement fixée pour tout l'avenir de notre race. Si la croyance à la révéla- Uon chrétienne nous échappe sans qu'il soit en notro
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pouvoir de la retenir, et si tout le réconfort de la foi chrétienne s'évanouit en même temps pour nous, nous ne sommes pas pour autant privés de toute notion mystique du devoir, de tout secours intime de la foi. Il ne nous est pas possible de réaliser en nous la présence d'un dieu ; mais c'est parce qu'il nous est devenu impossible d'en réaliser l'idée. Ce n'est pas qu'il nous soit impossible de réaliser la présence d'une volonté non moins auguste et d'éprouver l'assistance de son esprit. L'idéal d'humanité que nous concevons est aussi une force impérieuse, qui commande et qui soutient. Il faut le sentir,' comme toute foi, pour qu'il soit opérant ; mais on peut le sentir et en être divinement assisté.
Toutefois cette possibilité ne deviendra une vérité, une réalité sociale ayant toute la vertu d'une religion, que si l'on a le courage de se définir à soimême cet idéal et de le prononcer tout haut, de l'avouer publiquement en dépouillant l'espèce particulière de respect humain par lequel un souffle de scepticisme superficiel compromet l'expression des sentiments généreux. Il faudrait rompre décidément avec le scepticisme moral et la conception matérialiste de la vie humaine ; ne pas se faire un eredo négatif; n'avoir pas honte d'affirmer un idéal très pur et très haut de l'existence, de la famille, de la patrie, de l'humanité ; avoir cet idéal vivanteiî soi ; le communiquer en l'enseignant et le pratiquant. Les forces de la vie spirituelle ne sont point
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canalisées à jamaiel dans les concepts et les rites des religions anciennes ; mais encore faut-il, pour les utiliser et les répandre, s'être pénétré d'abord de leur réalité, vivre de leur vertu et parler sa foi. Cette foi nouvelle, — nouvelle en sa forme et son développement, dans le jaillissement de son espoir, éternelle en son principe, et plongeant par sa racine dans la foi antique, — éclairera les volontés, les excitera et soutiendra leur effort.
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La discipline de la famille est une partie ou un aspect important de la discipline humaine. Ce que nous en avons pourrait bien être le legs le plus précieux que nous aient fait les siècles chrétiens, bien que ce ne soit pas un fruit propre du christianit»me. Les origines de la discipline familiale sont aussi obscures que celles de l'humanité. Un peu partout, au sein des hordes primitives, les rapports des deux sexes ont été plus ou moins réglés, une sorte de séparation dans l'économie de la vie commune a été instituée par une subordination relative ou complète de la femme à l'homme, et la famille ébauchée par l'attribution, de plus en plus exclusive, d'une seule femme, quelquefois de plusieurs»
a un seul homme. Si la polygamie n'est point très rare, exceptionnelle est la polyandrie. Il semble bien que Ton soit arrivé par tâtonnements successifs, étant parti d'une certaine promiscuité à un régime fixe. Un moment décisif dans cette évolution a été celui où naquit l'idée de l'inceste, d'une inconvenance affectant les rapports sexuels entre personnes déterminées, inconvenance qu'ont bientôt sanctionnée les plus sévères interdits. Le caractère originairement social, c'est-à-dire mystico-moral. non utilitaire, de ces interdits, ne paraît pas dou^ teux. Très significative à cet égard est la loi de 1 exogamie, que l'on rencontre chez un grand nombre de non-civilisés, associée ou non à une organisation totémiquede la tribu : c'est, comme on la vu plus haut, la loi qui défend aux hommes d'un clan donné les rapports sexuels avec les personnes de leur groupe et les oblige à chercher femme au dehors. Les interdits de ce genre, d'où résultait assez naturellement, si la femme ne sortait pas de son clan, que les enfants fussent attribués au clan de la mère, ont dû précéder les limitations plus étroites de l'inceste d'après les relations individuelles de parenté. Des explications diverses en ont ete cherchées. La seule qui soit prise dans le fait lui-même est celle du respect, au sens que le mot peut comporter dans son application à ce qu'on appelait jadis l'homme de la nature. D'autre part on ne saurait se dissimuler que la discipline primi-
LA DISCIPLINE HUMAINE
tive en son aspect positif, c'est-à-dire en tant qu'elle attribue une ou plusieurs femmes à un seul homme en excluant les autres, tient en quelque façon par son orio-ine au droit de propriété. Mais tant s'en faut que de ce chef elle soit dépourvue de caractère social et religieux ; tout comme la femme du clan a été sacrée pour les hommes du clan, parce qu'elle en était, la femme d'un individu a été sacrée pour les autres hommes parce qu'elle lui appartenait ; c'est comme bien de son mari qu'elle est interdite à d'autres, et certaines coutumes de non-civilisés, sur lesquelles il est inutile d'insister, témoignent que la notion d'adultère est en rapport direct avec ce droit de propriété. Le droit du chef do famille, époux et père, s'est développé à partir de cette notion primitive de la propriété de l'homme sur la femme et sur les enfants qu'elle lui donne; et la notion de ce droit personnel paraît postérieure à celle de Tincesle. Quoi qu'il en soit, c'est sur ces deux notions, la notion négative, la prohibition de l'inceste, qui apparaît dans les sociétés les plus primitives, et la notion positive, le droit marital et paternel qui grandit dans les sociétés montant vers la civilisation, que s'est, moyennantdes applications diverses, constitué le régime de la famille dans les différentes branches de l'humanité. 11 s'y remarque dès le début uq rudiment de religion et de moralité, mais d'une religion plutôt extérieure et d'une moralité peu profonde, avec une médiocre considération
de la personnalité humaine dans la femme et l'enfant. Telle quelle, cette discipline place l'homme fort au-dessus des animaux, et elle élève ainsi l'homme, parce qu'elle introduit, de nécessité sociale, la propagation de l'espèce dans le sphère de la moralité. Démarche décisive autant qu'indispensable, mais qui a dû coûter, qui n'a pas cessé de coûter beaucoup à l'homme animal. Nulle part peutêtre n'apparaît plus sensiblement la nécessité de la discipline sociale, du frein religieux et moral, pour élever notre espèce de l'animalité à l'humanité.
Si, en général et pendant longtemps, la femme a peu compté comme valeur sociale à côté de l'homme, la raison, comme il a été dit, doit en être cherchée dans les conditions où se sont formées les premières sociétés et où ont grandi les premières civilisations. Relativement inaptes à la chasse et surtout à la guerre, occupées et fatiguées par la maternité, les femmes ont été comme placées à l'arrière-plan de la vie commune en ce qu'elle avait
de plus actifetde plus intense.Exclues des opérations qui y avaient rapport, elles l'ont été aussi bien des rites mystiques qui y étaient coordonnés. L'espèce d'incapacité religieuse dont elles ont été frappées, la place tout à fait secondaire qui leur est assignée dans le culte et qui même dans certains cultes nationaux rappelle tout à fait leur situation dans les sociétés inférieures où les mystères totémiques et l'initiation n'appartiennent qu'aux hommes, sont
lA BBLKÎtOM
Là discipline humaine
dues à cette cause et s'accordent avec l'espèce de servitude où la femme est tombée à l'égard de l'homme dans la plupart des sociétés antiques et chez les peuples non chrétiens. De cette infériorité le christianisme même ne Ta pas entièrement relevée. La discipline humaine de la famille s'est beaucoup améliorée dans le christianisme, sinon tout à fait par son influence. Il est malaisé de trouver dans l'Evangile un idéal de la vie conjugale à moins qu'on ne Vy apporte. La préoccupation de la fin imminente empêchait toute attention profonde au régime normal de la famille, que Jésus, sauf sur un point, à pris tel qu'il existait en son milieu, annonçant d'ailleurs que les relations de mariage et de parenté ne subsisteraient pas dans le royaume qui allait venir et que même il était expédient, dès maintenant, de tout quitter en vue de cette éventualité. Ainsi compris et pratiqué, l'Évangile n'aurait été qu'une utopie destructive des liens de famille comme de toute économie sociale. Mais il n'est pas possible à un homme vivant de perdre tout contact avec la vie réelle. Jésus s'est prononcé sur une question concernant la discipline du mariage, et dans un sens contraire à la tradition de son peuple : il a nettement condamné le divorce, soit peut-être encore par la considération de la prochaine fin du monde, soit plutôt par un sentiment de justice et de bonté envers la femme, et sous Tinfluence de quelque doctrine particulière ou tradition non juive
dont l'origine nous échappe. En tout cas le précepte du Christ se trouva être d'importance capitale pour l'évolution ultérieure de la morale chrétienne ; car il protégeait surtout la dignité de la femme en accentuant celle du mariage. Cependant cette dignité du mariage ne laissa pas d'être sérieusement compromise par une doctrine que Paul a esquissée et qui, pour le principal, est restée celle de la tradition catholique: le mariage est un remède à la concupiscence innée dans la chair pécheresse ; mieux vaut se marier que se consumer par le désir ; mais il est bien préférable, si on le peut, d'attendre dans le célibat l'avènement du règne de Dieu. Partant de ce principe, l'Église affirma bientôt la valeur mystique de la continence perpétuelle, abstraction faite de l'opportunité que Paul, après Jésus, y avait trouvée par rapport à l'imminence du jugement dernier. Le mariage n'était qu'une forme inférieure de la vie chrétienne, et d'autant plus inférieure que, dans la théorie du péché originel, le mariage ne servait qu'à perpétuer et propager le péché sur la terre en le transmettant par la génération. L'acte même delà génération, sans être absosolument taxé de péché, restait du moins entaché d'impureté : idée qui continuait, sous une forme à peine modifiée, dans le christianisme, une des plus vieilles superstitions de l'âge magique. Ainsi, selon la conception de la théologie catholique, le genre humain ne subsiste que grâce à l'imperfection