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ont le plus abondamment déraisonné, sollicités en sens contraire par un appétit qu'ils ne sauraient détruire, que beaucoup n'ont pas le courage de régler, et un idéal qui, sous prétexte de hausser rindividu sur l'échelle de la perfection mystique, le soustrait à la société, à Thumanité, à la vraie moralité.
Le christianisme a relevé devant les parents euxmêmes la personnalité de l'enfant. La tendance des sociétés antiques, attestée par leur législation, était à regarder l'enfant comme la chose du père, et il n'était pas rare que celui-ci fût reconnu arbitre absolu de la vie et de la mort du nouveau-né. Pareille licence nous étonne aujourd'hui, et volontiers nous demanderions-nous si ceux qui se l'attribuaient ne se regardaient pas eux-mômes comme des brutes. Ils se regardaient certainement comme des hommes et se croyaient fort avancés en humanité ; mais, comme il arrive toujours, ils ne Tétaient pas autant qu'ils se l'imaginaient. Le christianisme, estimant du point de vue du salut individuel la valeur de l'être humain, fut conséquent avec luimême en imputant valeur humaine à Tenfant qui venait à la vie. Les primitifs, les anciens, du point de vue de la collectivité, l'avaient considéré seulement comme susceptible d'acquérir le droit de vivre, mais comme ne l'ayant pas en vertu du seul fait d'exister. Par un côté, la personnalité apparaît comme la reconnaissance de l'individu parla société.
LA DISCII>LINE HUMAINE
Le christianisme n'a pas voulu que cette reconnaissance fût libre de la part de la société civile représentée parles parents ; et, comme société universelle de salut, il Ta proclamée lui-même en général, faisant de tout enfant appelé à la vie une personnalité ayant le droit de vivre. L'enfant est censé tenir ce droit de Dieu, son créateur, non des parents, intermédiaires de sa procréation. Donné par Dieu aux parents, l'enfant doit être élevé par ceux-ci, conformément aux règles et à la dignité de la profession chrétienne à laquelle il est appelé pour le bien de son immortalité. Quoi que l'on pense du mythe de salut qui l'environne, cette notion de l'homme l'emporte en humanité sur celle des sociétés antiques.
C'est ainsi que, l'esprit et la civilisation des peuples chrétiens y aidant, s'est constituée ce qu'on appelle couramment la famille chrétienne, c'est-àdire le type de famille qui, avec quelques nuances, est réalisé chez les peuples appartenant aux diverses confessions entre lesquelles se partage le christianisme. On vient de voir quelles acquisitions importantes le caractérisent : tellement importantes, que, si l'on a égard aux antécédents, tout en constatant que le christianisme aurait pu et que l'on peut, que l'on doit porter plus haut encore Tidéal humain du mariage et de la famille, on sera moins tenté de faire grief à l'idéal chrétien de ce qui lui manque. Sans le christianisme, les peuples où le christia-
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nisme aujourd'hui commence à languir n'auraient point conçu le type de cette société des époux fondée sur rentière communion des âmes et le respect mutuel, non plus sur la subordination d'un sexe à Fautre et, si on lose dire, sa simple utilisation pour la perpétuité de la race; où sont admises Tégalité et la réciprocité des devoirs ; où les enfants ne sont ni une charge ni un embarras, mais Thonneur et la joie du foyer ; où le souci de leur formation morale, de leur formation complète sous la prédominance de l'élément moral, prime toute considération d'intérêt égoïste ou de fausse tendresse, Mais cet idéal qui s'est formé dans nos sociétés modernes et qui s'impose à elles, si elles ne veulent promptement déchoir, implique une haute conception, une conception religieuse de la famille, du mariage, de Tamour, des rôles de l'époux et de Tépouse, du père et de la mère. Cet idéal aussi se définit en devoir et il ne connaît de droit que dans le devoir. Devant cet idéal les plaidoyers en faveur de l'amour dit libre ne se font pas en faveur de l'humanité mais de l'animalité, ni de la vraie liberté du cœur mais pour la satisfaction de la sensualité. En considération de l'idéal humain, il n'est pas de droit égoïste à l'amour, et l'amour, quoi qu'en ait dit le vieux Corneille, n'est pas qu'un plaisir. Il peut être le plus facile des plaisirs, et c'est précisément contre cette facilité du plaisir de Tamour que depuis le commencement proteste l'idéal humain, demau-
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LA DISCIPLINE HUMAINE
dant que Tamour se réalise dans le devoir, afin de n'être pas qu'une passion mais une force de Thumanité. Une organisation plus ou moins incohérente et défectueuse de la vie sociale, le préjugé, la légèreté, la poussée de l'instinct en des êtres qui n'ont point appris à se gouverner, font que cet idéal est à peine senti d'un très grand nombre, et que la frivolité le prend même volontiers en ridicule. Quoi qu'on pense la frivolité, une forte discipline morale de la famille sera de plus en plus indispensable aux peuples qui auront souci de vivre. Il y aura un haut idéal de la famille, ou la famille ne sera point; or cet idéal de la famille est partie nécessaire d'un haut idéal social, et l'appui faute duquel tous les essais d'amélioration sociale seraient superflus.
Les revendications de l'individualisme absolu ne sont pas plus de mise ici qu'ailleurs. L'individu n'a pas de droit contre les conditions élémentaires de la vie sociale dans la société où il vit. Telle question, par exemple, celle du divorce, ne comporte pas, au point de vue de l'idéal moral, qui est celui de l'intérêt social, une solution aussi facile qu'au point de vue, artificiel et superficiel, du droit supposé de l'individu. En principe, le divorce est condamné par l'idéal moderne de la famille aussi rigoureusement qu'il a pu l'être par l'Evangile et par PEglise, plus rigoureusement même, parce que l'idéal humain de la famille n'était pas, tant s'en faut, aussi achevé dans l'i^vangile qu'il l'est main-
tenant pour l'élite de l'humanité. Le contrat matrimonial est de sa nature perpétuel, soit qu'on le considère par rapport aux époux, soit qu'on le considère par rapport aux enfants : la famille que le taariage institue est faite pour durer, et le divorce la détruit. Si donc le divorce est nécessaire dans nos sociétés, ce ne peut être que relativement, et comme un moindre mal. 11 est possible que, par suite de mauvaises habitudes sociales ou de circonstances particulières, un assez grand nombre de mariages se trouvent conclus en des conditions qui les fassent incapables de durer, ou bien par des individus mal préparés aux devoirs de la famille, ou qui se révoltent contre ces devoirs, en sorte que la dissolution de tels mariages ait moins d'inconvénient que leur maintien légal, non seulement pour les individus mal mariés mais pour la société où ils vivent. Encore est-il que le divorce devrait toujours être regardé, au point de vue social comme convenant à des cas exceptionnels, aberrants et anormaux. Que l'honneur des divorcés soit ou non atteint par la sentence qui les sépare, il convient que le divorce en lui-même continue d'être envisagé comme une brèche à la moralité sociale; que l'effort de la législation et de l'opinion tende à le limiter, non à le multiplier ; et que le progrès des mœurs le rende de moins en moins nécessaire.
Une autre question dont on parle beaucoup depuis quelque temps, et qui importe à l'avenir de notre
LA DISCIPLINE HUMAINB
pays, est celle de la diminution constante des naissances, le problème de la dépopulation. Les causes et les conséquences purement économiques du fait ne sont point de notre sujet. Mais la question est aussi d'ordre moral, et le principe essentiel de la solution, si solution il doit y avoir, est à chercher de ce côté. Décevant est l'espoir de ceux qui croient pouvoir remédier efficacement au mal en « favorisant B les familles nombreuses. Le faux individualisme qui a pénétré notre mentalité s'accuse jusque dans la façon de concevoir et de présenter ce remède. Mettre les familles nombreuses en état de subsister honnêtement ne serait point du tout les 0 favoriser » aux dépens des autres, par une violation aussi exceptionnelle qu'avantageuse du principe sacro-saint de l'égalité ; ce serait, au contraire, leur faire socialement la condition qui leur est due pour qu'elles soient sur le même pied que les autres dans l'économie générale de la communauté, c'est-à-dire pour que l'égalité sociale, l'égalité véritable ne soit pas rompue à leur détriment, et que les célibataires, les ménages stériles ou peu féconds ne soient pas favorisés par la législation, ne soient pas favorisés socialement aux dépens de ceux qui par leur fécondité servent mieux qu'eux la société. Une conception absurde et béate de l'égalité réelle des individus, égalité qui n'existe pas et qui ne peut pas exister, nous aveugle sur la véritable nature, les devoirs et les droits, les con-
ditions de la seule égalité réalisable, l'égalité sociale. L'idée de relever la natalité par une prime offerte à la procréation se présente comme un expédient, et l'expédient a toute chance d'étra insuffisant. Ce que Ton conçoit et offre comme une sorte d'avantage extra-légal, le législateur le devrait, en stricte justice sociale, aux ménages féconds, et sans doute doit-il encore plus qu'il n'est jusqu'à présent disposé à offrir ; mais il se ferait beaucoup d'illusion s'il croyait par cette récompense promouvoir grandement la natalité. Jamais, quoi qu'il fasse, sa prime, pour qui se met à ce point de vue, plat et bas, de l'intérêt matériel, ne compensera l'effort demandé . Jamais dégrèvement d'impôt ou subvention directe ne rendront souhaitables, pour le confort et l'agrément, à un couple égoïste, la douzaine ou seulement la demi-douzaine d'enfants, ou même la paire. C'est grande tâche qne le soin d'un enfant pour qui mesure sa peine, et c*est grand souci que la surveillance d'un enfant pour qui est ami de ses aises. A des gens qui n'ont aucun idéal du mariage et de son objet social, de la famille et de sa sainteté ; qui ne savent pas trouver leur bonheur dans le devoir et ne le cherchent que dans le maximum de plaisir avec le minimum de travail ; qui n'apportent pas le sens de l'esprit dans l'œuvre de la chair, la moralité dans l'amour, le dévouement dans la vie commune, le don d'euxmêmes aux enfants qu'ils seraient capables d'appe-
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La discipline humaine
1er à Pexistence, paternité et maternité ont perdu leur signification, leur seul et véritable intérêt. Les économistes peuvent encourager de tels êtres à produire quelques rejetons pour un peu d'argent : ils n'écouteront pas les économistes ; et, dans la mesure où ils les écouteraient, le gain serait encore médiocre par la qualité.
Le tout n'est pas qu'il y ait des enfants; il faut aussi qu'on en fasse des hommes. Si la dépopulation est un fléau, l'éducation mauvaise en est un autre, sous les différentes formes qu'elle peut affecter selon les classes de la société. Mieux vaudrait souvent, pour certains parents et pour la société nriême, qu'ils n'eussent point eu d'enfants, que de s'être donné une idole par eux servie en son premier âge et qui les afflige ensuite de sa perverse nullité. Inutile de multiplier les individus si ce n'est pour les élever dans le plein sens du mot. Il est trop évident qu'une bonne discipline morale de la famille est la condition première d'une bonne éducation. Les faits sont là devant lesquels philosophie et science politiques n'ont qu'à s'incliner. On a pu vouloir émanciper de la tutelle de l'Eglise la famille, comme on en a voulu émanciper l'individu, comme on en a émancipé à peu près l'État. Mais il faut bien se dire que cette émancipation relative à l'égard de la discipline traditionnelle ne peut pas être une émancipation à l'égard de toute discipline, que même elle ne se justifie, elle ne peut éviter
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d'être nuisible et elle ne sera utile que si elle marque un progrès dans la discipline humaine. Pour ce qui est spécialement de la famille, on ne serait certes pas fondé à en critiquer Tidéal chrétien, si ce n'était pour le perfectionner dans un idéal humain qui en retienne tout l'acquis positif. Ici comme ailleurs le véritable intérêt de notre humanité n*est pas de détruire le christianisme en ce qu'il a de sainement moral et de socialement bienfaisant, mais de l'accomplir.
La plus antique notion de l'Etat, de la société déjà civilisée oii en voie de civilisation, paraît être celle d'un groupe humain mystiquement représenté en un chef que les puissances supérieures ont investi du pouvoir de gouverner les hommes èti assurant le service des dieux, en défendant avec leur secours le peuple contre ses ennemis, et en maintenant dans la cité l'ordre que les dieux ont établi. L'autorité par laquelle la société subsiste est une institution de droit divin, comme la société même^ que les dieux ont fondée, comme ses lois, qu'ils lui ont données. Toutes les monarchies primitives ont été, en ce sens, des théocraties, bien que d'ailleurs leur intérêt le plus apparent fût celui de leur prospérité knatérielle. Dans les cités hellé-
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n\({{m soHi ébailiph»' co quo Hniis appclnns nu sjàilëhie dé ^ouVernomôht rùtiontiel ^t dt* lîbeHéîi publiques: j^yslèmetrop rationnel sahs douté, et où le goût de la liberté m à'iiccompagnait pas d'un juste SéHs dtts hécéssités politiques^ puisque les pietipleâ hélléniitjues, ëpt^è^ UUti période auSsi courte qUè brillahle de résistance à riRmpire perse, ont âUCCbtnbé; par suite db leurs dissensions intestines et dé \e\iH rivalités, à la monarchie macédonienne, pioûr se dissoudre finalerhent dans l'empire romain. Le dévouëhionl à \k cité ne put survivre longtemps h 6d conception mystîquéi ébranlée avec la foi des dieux ; la liberté jpolitilqUe fût, au* mains de ceux qui en jouissaient, la faculté dé s'employer au bouieversëihfetit de l'État, régime de privilégiés plutôt qu'idéal do justice humaine, et rien de stable ne fut institué. Rome, en se démocratisant, avait mieux gardé le sens rëllgieuic de la Société, qu'elle tâcha d'entretenir quand elle devint un peuplb-roi; après des siècles d'insécurité, le mbride méditerranéen aVàil côtîftu parielle une ère de liberté relative et de paix sous la règle du droit; il est significatif que l'autorité impériale s'imprégna immédiatement de caractère religieux, et que, Sous sa tutelle, un sens d'humanité romaine se forma, inébmplet toutefois, puisqu'il dut Se parfaire et se réaliser en quelque façon dans le christianisme, corn me si Rome n'avait sU créfer que le corps dotit Itt nouvelle foi devait être Tâme. L'histôirfe die l'empire romain marque^
LA DISCIPLINE HUMAINE
dans rhistoire générale du monde méditerranéen, le passage défmitîf des conceptions antiques de monarchies particulières, des théocraties nationales, des humanités distinctes, à celle d'une humanité plus large, d'un empire du monde civilisé, uni dans une même conscience religieuse de cette humanité relativement universelle, avec le double sentiment, assez vif en ses deux aspects, d'une autorité politico-religieuse très forte, et d'une valeur morale, d'une conscience, à respecter en chaque individu, même non investi de droits politiques. Cette évolution toutefois n'était point achevée lorsque tomba l'empire d'Occident, et c'est dans la chrétienté latine du moyen âge qu'elle acquit sa forme dernière, instable et passagère aussi, mais qu'il convient de regarder un instant, parce qu'elle a réalisé la conception de l'Etat chrétien.
Cette conception trahit sa caducité dans le temps même où elle achevait de se définir, puisque c'est le pape Boniface VIII qui en donna la formule la plus nette, et que, depuis lors, la papauté, t[ui pourtant n'a jamais abandonné son idéal, s'est montrée de plus en plus impuissante à en maintenir l'application. Une république chrétienne aurait existé, faite de tous les États chrétiens, ayant à sa tête le pape, comme chef suprême, chef spirituel, mais avec la direction du temporel, qu'auraient administré sous lui les princes, parmi lesquels l'empereur aurait été son vicaire général. C'est la théorie des
deux glaives, dont l'un, le spirituel, appartient au pontife romain, l'autre, le temporel, au souverain laïque, mais pour être manié au gré du pontife. Le système, avec beaucoup de heurts et d'accrocs, ne fonctionna guère que pendant deux siècles. Le droit divin des princes y est marqué, mais en subordmation à l'autorité du pape, seule absolue. Le pape est arbitre et protecteur du droit, de tout droit, du droit des peuples, du droit des rois, du droit des individus. Il est le guide et, à l'occasion, le défenseur de toutes les consciences. La grandeur de ce rôle, qui eut sa raison d'être en son temps, n'est point contestable. Les inconvénients du système ne sont pas moins évidents : il existe un droit de l'humanité chrétienne et catholique, mais qui est pour la protection de cette humanité contre les autres, auxquelles en principe n'est reconnu aucun droit; à l'intérieur, le despotisme de Torthodoxie crée sa police, l'inquisition; la curie romaine, non contrôlée, exploite les peuples et se corrompt. Il apparaît que la tâche assumée par le pape, vicaire de Dieu, est au-dessus des forces humaines, et le pontificat s'affaisse peu à peu sous son propre poids. Ce n'en avait pas moins été un puissant essai d'organisation de l'humanité dans le droit, sinon dans la liberté. L'émancipation progressive des Etats chrétiens produisit des monarchies de droit divin où le prince, indépendant en fait à l'égard du pape dans l'ordre temporel, partageait de plus avec
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\\k\ l'autorité effective dans l'ordre spirituel. Là où préyalut la réforme protestante, il y ei^t soit des mqparpjiies de droit divin, soit des statuts religi .ux de l'État qui prétendaient fonder la société en drqil clirétien. Ainsi los sociétés modernes se fornaaien^ avec les débris de l'idéal que s'était donné le plifisti^nisme romain. L'aulorité de la loi, de toqtes le^ lois, y demeure très forte, parce que cel^e autorité^ en dernière analyse, est censée procéder de la révélation (le Pieu dans la Bible et daiis le Christ, de l'aissist^^ce de son Esprit aux dirigeants et î^ux communautés. Finalement, les querelles reljgieqse^ apf^ès î*YQir troublé la sécqrilé intérieure des États, avaient accunlué les divisions des peuples.
Cepeudant une conception rationnelle de TÉlat, Fenouyelée des Grecs, s'étaitfait jour depuis la renai^r Si^nce ; elle trouva des tliporiciens chez les philor sophes dq xviM* siècle, plie a paru se féaliser dura^it quelques années de la Révolution française; elle ^ dep^is péi^^tré un peii partout, môrpe }à qù subsistent les institutions des siècles antérieurs fondées sur d'autres prjncjpps ; enfin elle ^'est aiï^f mée chez noui^ l^autef^eut, se flattant de construire seJQn |a r^i^O^) dans le droit et la liberté,en dehors çle toute consiçJéi:^- X\^^ religieuse, un État démocratique. Prpjet hasaï^r deux, jrréi^lisable peut-être daqs son idée, qui pqurr Fait implique?: une contradiction. Autant que riq^s Gi^ pqvivgqs apti^ellejnent juger, il ne çjpit p^^s être l^lus facile 4^ construire une société vivante, de faire
LA DISCIPLINE HUMAINE
subsister uu grand peuple, sans idéal religieux, que de fabriquer par simple combinaison chimique un animal vivant. N'aurait-on pas cru pouvoir se passer de religion parce que l'on croyait devoir se dégager d'une ancienne religion ?
Le régime concordataire sous lequel nous avons vécu durant tout le xix« siècle avait certainement quelque chose d'artificiel et ressemblait fort à un mensonge politique : demi-profession officielle do catholicisme par un État et une nation qui étaient à moitié sinon plus d'à moitié réfractaires à cette religion. Il n'est pas étonnant que cette combinaison bâtarde ait disparu après les fragiles monarchies qui successivement l'avaient soutenue : elle était accommodée à leur caractère de demi-droit divin, de demi-libéralisme, de demi-démocratie. Mais de ce que l'Etatçessait d'être confessionnel, il ne résultait pas qu'il dût être anticonfessionnel ni étranger à toute idée, à tout sentiment de religion; la neutralité dont il faisait profession à l'égard des confessions religieuses n'impliquait pas nécessairement la neutralité,c'est-à-direrindifférenceenversla religion même en tant que représentée dans ces confessions. La neutralité confessionnelle existe aux États-Unis avec une notion religieuse et un idéal religieux de la société, avec une égale bienveillance du pouvoir pour toutes les confessions religieuses, où l'on aime à reconnaître, non sans raison, des institutions Jium^nitaires,
LÀ nSLIGION
Une démocratie ne peut subsister sans un haut idéal de moralité, et il n'est point de haut idéal de moralité qui ne soit religieux, essentiellement religieux. L'histoire le prouve et Tévidence le montre. On ne fait du dévouement qu'avec de la foi. La liberté politique, toutes les libertés publiques ne seront que fausses libertés et instruments de ruine, si elles ne servent à réaliser le maximum de justice, non seulement de justice sociale, — car la justice sociale ne peut aller seule, et ceux-là se feraient grande illusion qui croiraient pouvoir y atteindre sans un haut idéal d'humaine moralité, — mais de justice humaine, de pure et noble humanité. Pour constituer ainsi dans la justice une société libre, il ne suffit pas de décréter et de pratiquer vaille que vaille le suffrage universel, — quand même on donnerait à ce suffrage un caractère vraiment universel en ajoutant au suffrage des hommes celui des femmes. — Un régime de liberté n'est réel et viable qu'avec des hommes capables de se conduire, de se porter d'eux-mêmes, non seulement vers l'utile, mais vers le vrai, le juste et le bien. Sinon c'est la porte ouverte à tous les désordres et à tous les abus, parce que d'insatiables et basses ambitions se feront un jeu d*y exploiter d'insatiables et basses passions. Au lieu du plus beau type de société humaine, ce sera le spectacle d'une humanité en décomposition. L'homme n'est pas si éloigné encore de Panimalité que la régres-
LA DISCIPLINE HUMAINfi
sion n'y puisse être facile et prompte. Une société où l'on ne poursuivrait que la richesse et le bienêtre, le plus possible de bien-être par le moins possible de travail, sans autre souci de la dignité humaine dans l'individu, dans la famille, dans les mœurs publiques, deviendrait à bref délai une Sodome ou un enfer, ou bien les deux à la fois. Le programme démocratique et socialiste n'est vraiment réalisable que moyennant un idéal d'humanité plus parfait, plus compréhensif, plus intimement et strictement obligatoire, — c'est le point à considérer par tous les intéressés, — que celui des anciennes religions. Car, dans ce nouvel ordre de la société, où la masse n'est plus en tutelle, chacun doit apporter beaucoup plus du sien, plus d'activité dévouée, dans plus de liberté, pour plus de bonheur. L'idée qui soutiendra ce dévouement, l'idée de l'homme et de l'humanité, de la famille* de la patrie, de la fraternité des peuples et de la justice à établir entre eux comme entre les individus au sein d'une même nation, cette idée que nous commençons seulement à entrevoir et à embrasser, cette idée qui impose, au fond, de plus grands devoirs que l'idéal chrétien, est plus religieuse, elle est une plus grande foi que le christianisme luimême, puisqu'elle entend réaliser dans l'humanité vivante la perfection de bonheur dans la justice, que le christianisme renvoyait, par une sorte de désespoir, à l'éternité invisible et à l'éventualité
1$. REIJGIOX
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d'un renouvellernent cosmique. Il faut oser ]a (jjre, et il convient que tpus en soient avertis: cet idéal humain est la plus exigeante des religions qui ait été jamais copçue par les hommes. C'est pourquoi elle réclame une sorte de discipline humaine, rigoureuse et profonde, qui n'a pas encore été appliquée ni seulement rêvée dans l'humanité. Touchons-en quelques points des plus importants ou des plu^ actuels.
^ Dan^ les anciennes organisations politiques, rautqrité royale étant sacrée par la vertu de son institution divine, rinsuffisance ou les vices du monarque étaient, dans une très large mesure, couverts par le prestige de la fonction ; le pouvoir restait lipnoré en un médiocre sujet. Pans une démocratie, l'idéal seul est sacré, avec les lois qui tendent à le promouvoir, et dans la mesure où elle^ y répondent ; le représentant de la nation, adminis-: trateur pu législateur, n'est recommandé, sacré, que par sa propre vertu, entendons par ses capacités, ses mérites personnels et sa valeur morale. Même le principe, au lieu de couvrir ici les défauts de rUomine, les fait plutôt ressortir, pour disqualifier sa personnalité devant l'idéal qu'il trahit. L'ambition de ceux qui recherchent le pouvoir pour eux-mênf^es, par souci de vanité, d'influence ou d'argent, les empêche de voir que la confiance du peuple, si elle peut être surprise, ne demeure fînar lement (ju'à ceux qui en sont dignes, et que, sur:
LA OfSÇipLlNp HpMAINE
tout, quelle que soit encqre la facilité de la masse à se laisser tromper, une démocratie ne peut subsister que dans l'intégrité des mœurs, ceux qui gouvernent devant présider, en tput désintéressement, à une économie de justice. Que ceux qui aspirent aux premières places examinent donc leur puissance de dévouement, parce que, s'oflrant au gouvernement de la communauté, ijs annoncentrin? tention de se sacrifier eux-mêmes au bien de tous Li'ppinion publique, il est vrai, peut être abusée si son éducation est mal faite. Le journalisme, qui semblerait ^vpir ppur mission de l'instruire, peut servir à la Irpmppr. De la liberté de la-presse pn peut dire, comme de tpute liberté, qu'elle est un moyen pour une (in, et qui vaut uniquement par l'usage qu'pn en fait. Dans une démocratie éclairée, l'intérêt cpmmun exige qu'il y ait libre discussion de cet intérêt niênie, en ses divers éléments, devant le public intéressé. Mais la liberté de la presse n'est pas, ne dpit pas être prise pour le droit de soutenir n'importe quoi dans l'intérêt de n'iniporte qui. Nul n'a, en conscience, le droit de soutenir que les opinjqn^ jugées par Jui vraies et équitables touchant les intérêts légitimes tant des particuliers que de la communauté. Tous les procédés de polémique ne sont pas permis contre une ppinion adverse, lpyalenl^nt proposée et soutenue, ni contre ceux qui la défendent. Une discussion faussée par le parti pris, le nianque de sincérité, la pajpmnie, fonaent^
tté.-*.
LA RBLIGION
la division au lieu de ménager Tentente. Il est ceptam que a presse est en position d'éclairer et d assainir Topinion publique ; mais elle est aussi en position de Paveugler et de Tempoisonner. Dans ce dernier cas, la liberté de la presse, au lieu d'être un bien, au lieu d'être un droit, ne serait pas autre chose qu un fléau. La liberté n'est pas donnée à la presse pour tromper la crédulité, souffler la haine et exploiter les bas instincts de notre nature. La presse est devenue une grande influence morale • elle manque à son devoir si elle ne sert pas un haut idéal de moralité. Elle exerce une façon de ministère permanent d'instruction publique, et sans doute le remphrait-elle avec plus de scrupule, si une clientèle plus exigeante lui était préparée ; mais ce n est pas aux défauts de cette clientèle qu'il lui faudrait s'adapter, si ce n'est pour y remédier.
C'est dans les écoles que s'instruit d'abord le citoyen. Le système de notre enseignement public est fonde, ou paraît fondé, comme le régime de la presse, sur le principe de la liberté. Pas plus sur ce terrain qu'ailleurs la liberté n'est un principe absolu: ce n'est qu'une faculté d'action dont l'usage est a justifier par ses fruits ; et chez nous, pratiquement, elle se présente comme une sorte de compromis entre l'Etat et l'Église catholique. Nul ne pense que le droit de donner un enseignement qui serait subversif de la société existe pour personne. Ce que nous avons accoutumé d'appeler liberté
LA DISCIPLINE HUMAINE
d'enseignement est le pouvoir de fonder des éta- ■ blissements d'enseignement public, primaire secondaire et supérieur, en dehors de l'organisme officiel que dirige et entretient l'État. Liberté toute relative, et de signification politique. En soi et au point de vue moral, la liberté d'enseigner serait pour le maître la faculté de dire ce qu'il sait ou ce qu'il croit être la vérité. En fait, étant donné que les établissements dits libres sont surtout des établissements catholiques, soumis à la direction de FEglise, la liberté qui y règne consiste en ce que l'Eglise a pouvoir d'y former à son gré la jeunesse en faisant prédominer son dogme traditionnel et son esprit sur les idées modernes, scientifiques et autres, et sur l'esprit moderne, tout en s'y accommodant quelque peu. L'enseignement officiel a aussi sa liberté, qui consiste dans une entière indépendance à l'égard des doctrines religieuses confessionnelles, envers lesquelles il doit pratiquer la neutralité, la liberté de la recherche scientifique étant d'ailleurs garantie maintenant par l'esprit public encore plus que par la législation. Du reste, la reconnaissance légale d'un enseignement non officiel n'est pas à regarder seulement comme une concession politiquement opportune. L'éducation des établissements confessionnels, coopérant à ce qui subsiste d'esprit chrétien dans les familles et à l'action générale de l'Église, constitue un système de discipline humaine qui peut être à certains égards
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La rtbUrtmK
défpctnbiit. oi rpii oc;t ptpdsé à Ir» pnt^nîlro dnjour eii jour davanta^o, mais qui, au point de vue morali a l'avantage d'être bien défini, équilibré dahs sbti ensemble, d'avtiir fait ses preuves et de dottner encore des résullîits faciles A constater. Tant que cet enseignement reste dévoué à l'intérêt national» il n*est pas à considérer, tant s'en faut, comme un ennemi à extirper dans la mesure du possible, mais comme uti témoin dont l'expérience séculaire est à interroger Jiar ceux qui ont l'ambition de mieux fairfe pour les progrès de l'éducation nationale et de l'humanité. On ne fera mieux qu'avec un idéal plus laf ge et plus vrai ; on ne fera mieux qù^àvec un dévouement aussi complet, aussi actif, aussi persévérant ; on ne fera mieux qu'avec un sentiment encore plus profondément religieux et moral de Téducàtion humaine, de la tie humaine, de la famille, de la patrie et de la solidarité à établir, de la fraternité à réaliser entre tous les hommes et toutes les patries.
De plus grande portée, en effets que les divisions politico-religieuses sont le problème social et le problème international. Le premier, partout pbsé; de plus en plus aigu, serait à envisager d'un poiht de vue moral, c'est à-dire vraiment social et humain, et non seulement par son côté, d'ailleurs le plus poignant, celui de la subsistance, ou bien au point de vue d'une certaine égalité naturelle des hommeis. — Point de vue décevant, parce que rien n'est pluà
LA DlSClPtjX»^ HtlAlAIXE
inégal que la constitution naturelle des individus, conséquemnient que leurs aptitudcis aux fonctions qui sont à remplir dans la société ; il ne peui y avoir d'égalité entre les hommes qu'au point de vue tout moral et tout religieux d'une humanité dont tous les membres sont solidaires les Uns des autres chacun ayant droit à la considération et à la protection de tous, pourvu que lui-même, de son côté* soit dévoué à tous ; mais il est trop évident que! pratiquement, ce droit et ce devoir ne sauraient se mesurer par quantités égales et uniformes des mêmes avantages et des mêmes obligations ; de ce chef il n'y aura qu'une certaine égalité de proportion, de plus grands devoirs, une plus grande abnégation de soi, incombant aux plus iiistruits et aux plue haut placés. — Justice et solidarité sont les bases d'un ordre social parfait. Mais justice et solidarité sont un corps sans âme si on ne lès considère que par rapport aux conditions matérielles de l'existence, —conditions qui ne sont point à négliger^ qui sont essentielles à leur manière et dans leur ordre, mais qui ne sont pas tout l'essentiel ni le plus essentiel de la vie sociale. — Il n'est ni justice ni solidarité vraies et vivantes sans une haute coticëption morale de l'existence, sans un idéal de fraternité plus profonde que la commiitie participation aux biens de la terre, sans utie religion du devoir primant la reviendication du droit. Si Ton h'ouvbe devant les hommes qu'une perspective dé bleh-êli-ej
on n'excitera que des appétits, et le bien-être deviendra irréalisable, parce que l'appétit se rendra insatiable, et que l'on sera fort empêché de marquer une limite au droit de jouir, si on ne le conditionne par le devoir. Le travail est plus noble que la simple jouissance : c'est de quoi il importerait que chacun fût pénétré, afin de pouvoir mettre au premier rang des plaisirs la jouissance morale du devoir accompli. Certes, dans une société équilibrée selon la justice, il ne saurait y avoir des gens dont la vocation soit de jouir, — au sens vulgaire du mot, — pendant que les autres peinent, — au sens réel de la chose. — Mais, du haut en bas de l'échelle sociale, — car il y aura toujours, quoi qu'on fasse, une sorte d'échelle sociale, par la diversité des fonctions et de l'action, — doit se constituer une hiérarchie des devoirs et des droits qui y correspondent, nul devoir n'étant sans droit, mais nul droit n'existant sans devoir qui le fonde. N'a droit à rien qui ne sert de rien. La meilleure récompense du devoir sera toujours dans la satisfaction du devoir bien rempli, du service rendu. Ainsi justice et solidarité seront de vains mots si elles ne sont une chose morale, la réalisation de cette conception religieuse qu'est l'humaine fraternité, l'accomplissement d'un très noble et très haut idéal d'humanité. Autrement k question sociale se tournera en lutte d'appétits, pour finir dans l'abrutisseroent de tous. Si le socialisme ne se donnait pas un
LA DISCIPLINE HUMAINE
grand idéal moral, au lieu d'apporter le salut à la société contemporaine dans la réconciliation de toutes les classes et de tous les peuples il précipiterait la décadence universelle.
Notre idéal humain doit dépasser les limites de la nationalité. Il convient que notre discipline s'adapte à notre idéal. C'est dans la patrie que nous servons l'humanité, comme c'est en grande partie dans la famille que, le plus souvent,nous servons la patrie ; c'est par les ressources de notre tempérament national et par ses richesses spirituelles que nous contribuons au progrès humain.Mais nous nedevons pas nous enfermer dans l'admiration exclusive et béate denotre passé,nousbarricader dans un patriotisme étroit et orgueilleux,comme si nous enfermions en nous l'humanité entière ou que nous fussions une humanité supérieure devant laquelle les autres ne compteraient pas : attitude et mentalité de primitifs, qui paraîtront de plus en plus monstrueuses à mesure qu'on s'éloignera de ce temps où en aura paru la plus redoutable et — espérons le — la dernière manifestation. L'évolution de l'histoire n'est pas orientée dans le sens de cette folie. Nous savons comment s'est préparée l'unité relative de l'humanité méditerranéenne dans.l'empire romain et le christianisme du moyen âge. A présent nous voyons comment une humanité nouvelle, plus large, vraiment universelle, se prépare, et si loin qu'elle soit encore d'être réalisée, nous percevons et connais-
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LA nBLfClO?^
LA DISCIPLINE ItCMAINE
sons la loi qui dès maîntenanl travaille à sa formation. La fraternité des nations s'annonce dans le respect mutuel de leur droit à l'existence, pour Taccomplissement d'un idéal commun de civilisation humaine. Fédération de peuples libres, dans la réciprocité des devoirs et des droits. Là est le terme, lointain encore, où la dure loi de la nécessité, par la terrible leçon qu'elle leur donne aujourd'hui, conduit les nations civilisées. Pas n'est besoin de prouver que ce but ne saurait être atteint par de simples arrangements internationaux, si tous les contractants ne sont pas pénétrés d'un unique et grand idéal d'humanité. Ces conventions pratiques seront indispensables ; elles n'auront efficace et durée que par l'esprit de justice et un certain désintéressement, — il faut bien employer le mot pour signifier le détachement à l'égard de l'intérêt étroit et immédiat, en vue d'un intérêt supérieur, puisque là est le correctif indispensable de l'ambition aveugle à laquelle sont enclins les égoïsmes nationaux, — c'est-à-dire par un esprit de véritable et sincère humanité.
Alors seulement, — quand il n'y aura plus de barbares parmi les peuples dits civilisés, — alors enfin le pacifisme cessera d'être une utopie, et la guerre apparaîtra comme une chose absurde, la folie et le crime des siècles passés, le forfait de l'humanité organisée contre elle-même et acharnée à se détruire. On sera tenté d'y voir une ruée d'animaux
rapaces et malfaisants : ce qu'elle n'aura pas été tout à fait, et tant s'en faut ; car elle aura été pendant des siècles et des siècles une grande école de vertu. Elle aura eu sa place, considérable, essentielle même, dans l'effort de l'humanité pour surmonter l'animalité. La malheureuse bête humaine aura eu besoin d'être corrigée de ses appétits violents par la violence même. Ce n'est pas toutefois la violence qui la dégoûtera définitivement de la violence ; ce seront les leçons d'une sévère expérience, les réclamations d'une intelligence plus éclairée, d une âme plus généreuse, d'une conscience plus humaine dans sa perception du devoir et du droit ; ce sera le respect religieux, la considération morale de 1 humanité dans toutes les humanités, dans tous les peuples et dans tous les hommes.
Car il est très remarquable que l'homme a senti de bonne heure l'odieux du meurtre commis sur son semblable ; mais le semblable dont il pensait devoir respecter la vie était le membre de sa petite humanité, l'homme de son groupe, celui de rhumanité voisine étant comme d'une autre espèce L'abomination du meurtre collectif, de peuple à peuple, n'existe que par rapport à un sens d'humanité auquel on peut dire que nous atteignons à peine, et qui est encore à créer pour qu'une guerre entre peuples civilisés devienne moralement impossible. Du moins est-il déjà évident que la civilisation humaine sera indigne de son nom tant qu'elle
LA RBLIGION
n'aura pas obtenu ce résultat. Toutes précautions et mesures vraiment pratiques seront à prendre pour y arriver , elles contribueront à la formation de la fraternité internationale, à Téducation de Thumanité ; mais elles ne seront opérantes que par Tesprit d'humanité ; et c'est cet esprit d'humanité qu'il importe aussi bien de développer. Le christianisme n'y a pas réussi autant qu'il le prétend. Il y visait ; mais son eschatologie, sa distinction des bons et des méchants d'après un critérium qui les transposait facilement en chrétiens et non-chrétiens, les divisions de ses sectes, le caractère de plus en plus politique de la papauté romaine ont perpétué la pluralité des humanités au lieu d'en réaliser Tunité. Cette unité, le poids de sa tradition ne lui permettra de la réaliser dans aucune des confessions existantes, pas plus qu elle n*est réalisable dans aucune des religions actuellement connues. Mais une humanité nouvelle se fait quand même avec le christianisme et en dehors de lui. Seule la conscience de cette humanité nouvelle, une et universelle, pourra, quand elle se sera bien instruite et affermie, donner force durable aux institutions de paix. La simple considération et l'expérience des avantages matériels que présenterait cette économie des rapports internationaux n'y suffirait pas plus que la connaissance des avantages temporels de la vertu ne suffit à faire Phomme vertueux, ni celle de la prospérité que le bon accord assure aux familles
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ne suffît à le procurer, ni celle de l'intérêt qu'a une nation à équilibrer son régime intérieur dans l'intégrité des mœurs et la justice sociale ne suffit à créer cet équilibre. Rien de tout cela ne tient si Ton n'en fait une religion.
D'où il suit qu'une discipline humaine de plus en plus parfaite est l'indispensable condition du bonheur humain. La félicité ne nous arrivera jamais sans travail,sans effort moral surtoui.Comme elle estpartie, l'humanité s'est engagée à ne pouvoir devenir plus heureuse qu'en devenant meilleure. Telle est l'honorable loi de son développement. Ceux qui parfois lui ont donné pour règle de suivre sa nature n'avaient pas fait attention que cette nature n'est pas faite, qu'elle se fait et qu'elle grandit ; que,par l'effet de son évolution, elle est double, animale et spirituelle, faite d'un passé inférieur et d'aspiration vers un meilleur idéal ; que, si on lâche inconsidérément la bride aux appétits de la nature animale, on contrevient au besoin de la nature spirituelle, et, si l'on ne veut pas que Thomme réalise une félicité supérieure en se disciplinant dans le devoir, on le voue au malheur. Car l'homme ne réussira plus jamais à être un tranquille animal ; par la liberté qu'on prétendrait lui en donner, on ne le conduirait qu'à une servitude insupportable. L'unique voie de salut pour lui est l'ascension dans la vie par une discipline qui développe, non seulement son être inférieur,mais ses plus hautes facultés et ses meilleures
aspirations, vers la liberté vraie dans le service du bien. Le vrai bonheur de l'homme n'est pas dans la satisfaction de Tégoïsme individuel, familial, social, national, mais dans la conscience d'humanité qui, par son activité dévouée, dans la famille et dans la société, dans la communauté des peuples, lui fait réaliser sa félicité avec et par celle d*autrui. Sorte de félicité surnaturelle, eu égard aux instincts facilement égoïstes de sa nature inférieure, mais félicité proprement humaine et, qui s'obstient, qui s'obtiendra de plus en plus par une discipline d'humanité.