CHAPITRE II. — Règles relatives a l'offrande d'objets
FRAIS ET nouveaux.
Selon notre coutume à nous, Mandchous, tous les objets comestibles que l'on emploie pour les différents genres de sacrifices doivent être entiers et parfaits; on ne peut y faire servir rien qui soit tant soit peu défectueux, incomplet, mutilé. De même, rien de ce qui a servi au sacrifice ne peut rester inemployé 1. Toujours on doit faire les offrandes (dans le temple^ devant les esprits. Le foie et les pieds de la victime seuls doivent être mis sur un plateau et posés sur une table à part.
Lorsque nous étions à notre pays d'origine 2, comme les parcs à gibier étaient proches, on présentait les animaux saisis, tout frais et sains, en récitant les prières prescrites. Comme les parcs sont fort éloignés, depuis que nous sommes venus en cette capitale ^, s'il s'est écoulé plusieurs jours après la capture, soit que l'animal pris ait de nombreuses blessures, soit que ses entrailles et ses reins ne soient plus intacts, on ne peut plus l'offrir aux esprits.
Les magistrats doivent, selon l'édit impérial, y veiller avec grand soin comme cela leur est ordonné.
Les animaux pris par le prince, à Moukden et autres lieux de chasse, et les autres objets venant de là, ne peuvent être envoyés à la capitale pour y être offerts en sacrifice ^K D'après la règle, ils ne peuvent y servir aux offrandes comme cela se pratiquait auparavant. On peut présenter aux esprits tout objet nouveau, fruits et légumes bien frais, et d'après l'ancienne
' Tout (loil èU'e consommé au sacritice même; le manger cht^z soi, le déjeler, sont des acles iiTél-gieux.
2 En Mandcliourie, avant la conquête de la Chine, en 1046.
s Peking, conquis en 1643.
■» Ils doivent èire offerls à Moukden, capitale de la Mandcliourie et lieu originaire de la famille impériale. Arrivés à Peking, ils auraient déjà les chairs altérées.
coutume; les poissons et d'autres animaux encore peuvent être offerts avec les prières prescrites.
Chez les princes et clans les maisons mandchoues on doit invoquer les esprits sur Jes gâteaux, poissons, etc. '. Conséquemment voici ce qui se fera désormais : parmi les animaux, daims, cerfs ou autres pris par le prince dans les chasses proches des parcs à chevreuil, ceux qui n'ont qu'une blessure ou un pied cassé, mais dont les entrailles sont intactes, pourront être offerts selon les termes de l'édit sur les offrandes, avec les prières appropriées, et arrangés conformément aux rites par ceux qui ont charge d'apprêter les victimes. Qu'on mette au contraire hors d'usage pour le culte, ceux qui ont plusieurs blessures ou qui ont été mutilés.
En outre, que les ministres du culte offrent, en priant, les objets reçus, nouvellement pris, tout frais encore, selon le temps de l'année. Ce sera chaque année, au printemps deux gâteaux, en été une jeune oie, en automne un poisson, en hiver deux faisans 2,
La jeune oie doit être donnée par le chef de village commis à cela par le secrétaire de préfecture. Le poisson, les faisans, doivent être livrés par le chasseur ou le pêcheur qui les ont pris en vertu d'une commission donnée par l'administrateur des parcs, eaux, etc. -i L'oie doit être grasse et de bonne qualité; le poisson, les faisans, bons et sans défauts; les uns et les autres, livrés vivants, doivent être examinés par les intendants des rites, convenablement arrangés pour la cérémonie, par le chef assistant des offrandes -^^ et présentés aux esprits avec les prières liturgiques.
< li esl souversnnemeiil inconvenant d'appeler les esprits pour leur olîiir un objet dégradé, de qualité inférieure.
2 Tout cela dut être, à Torigine, réglé par les circoiislaiices de la vie de ces peuples.
s Cette offrande étant faite pour le peuple est un office public. Elle est fournie par un délégué de l'autorité. Cp. page 75, note 3.
■* Amsitn i-jaiiggin.
CllAlMTJîE 111. — UksiimI' des pmtiouks sacuificirllks
DKS MANDCHOUS.
Notre empire mandcliou i, dès son origine, a vénéré le ciel, Foiicihi et les esprits. C'est pourquoi <\ Moukden, fondement de notre puissance 2, on établit un Tangze pour sacrifier au ciel, on a dressé un autel des Weceku dans la salle du midi du Gouroung 3 pour sacrifier à Foucihi, à Pousa, aux esprits et ;\ux ancêtres. Bien que par la suite on ait fait des autels de terre et autres, des lieux d'otîrande et de sacrifice au ciel, à Foucihi et aux esprits, et qu'on ait offert à chacun d'eux les oidations convenables et particulières, on n'a point changé les anciens rites; mais on a, au contraire, fait pratiquer partout tous les rites habituels des sacrifices.
Les précédents et saints empereurs, ayant fondé l'empire du Milieu -i, s'établirent à sa capitale et continuèrent le culte et ies sacrifices de leurs ancêtres pendant de longues années. Ces grands princes, comme tous les fils de la race mandchoue, ont toujours considéré le culte comme chose essentielle.
Bien que les sacrifices fussent offerts en différents endroits ni qu'il se fût introduit quelque diversité dans la pratique, ces différences n'étaient guère étendues. La cour, les Wang, les Heile, les Beise s et les Kong sacrifient 6 au Tangze, en se tenant tournés vers le sud. Les particuliers offrent le petit sacrifice '^
' Il s'agit de IViiipire fondé en Mandclioiirie même, au XVI« cl au XVI|f siècle.
- Voir la noie 2 ci-dessus, page 66.
^ Le palais. La forme Gurung est le mot chinois transcrit.
■* C'esl-à-dire le conquirent et fondèrent une nouvelle puissance niandclioui'Innoise qui existe encore. Celle capitale est Peking.
.s Chefs féodaux de premier, second el troisième ordre. Le mol wang désignait d'abord un roi indépendant.
^ ]| s'agit du grand sacrifice, wecen.
î Melen. Voir page 51.
dans l'enceinte du lieu réserve au cullc i, le visage Unirné vers la même direction 2.
Ceux qui sacrifient le t'ont en dressant un mai ; tous sacrifient au ciel. En outre, le matin, ils font des offrandes aux esprits, ù Foucihi, à Pousa, aux âmes des ancêtres domestiques. Au soir chaque famille offre h ses ancêtres et esprits, chacune à sa manière.
On a recherché l'origine de ce culte; après un an d'étude, les vieillards n'ont point osé se prononcer catégoriquement: aussi n'a-l-on pu le savoir d'une manière claire et complète.
Peut-être a-t-on honoré, chacun, ses ancêtres; en outre les esprits de la terre, des montagnes et des fleuves, soit en raison d'une protection extérieurement évidente, obtenue, à un moment donné, par ce culte, soit à cause du secours obtenu antérieurement.
A la cour, on fait les cérémonies du sacrifice principal {wecen dans le ïangze, deux fois par an, au printemps et à l'automne; on dresse d'abord un mai devant l'ordo; puis, après les préparations convenables, on fait le grand sacrifice-^ dans le Gouroung, On sacrifie {wecere) chaque jour, à l'exception de ceux où l'on jeûne, où l'on ne peut conséquemment tuer aucun être vivant *. Chaque mois, aux deux premiers jours, on fait le sacrifice secondaire [metere) ^. Aux quatre saisons, on tait l'offrande des objets précieux G. Les princes impériaux qui ont une maison à eux et ceux qui sont établis au Gouroung, doivent chaque mois, quand ils sacrifient au Kun-ning-kong, selon l'édit, faire les sacrifices et offrandes pour l'empereur. Après
' Wecen boo; ce n'est point la salle du Tangue, appelée irecire deyen.
2 Le sud est la partie du ciel vers laquelle on se tourne pour compter les points cardinaux; il avait un caraclèie plus ou moins sacré. La grande chapeili du Tangze est au sud de la grande enceinte (voir pi. I).
5 Ambaranie wecen, le sacrifice en grand. Voir ci-dessous, liv. 111. chap. Il) VOrdo est la grande chapelle.
* Pour le sacritice. Ces jeûnes, comme la défense de tuer un être vivant, appartiennent au bouddhisme, ou tout au moins à la Ch'ne.
^ Voir plus loin. liv. IJl, chap. Vil.
fi Voir liv II, chap. III.