CHAPITRE XII. — Cérémonies du sacrifice mensuel
AU KUN-NING-KONG
Le 3 du premier mois de chaque année, et le 1®'' des autres mois, on prépare d'abord, pour les sacrifices du matin aux esprits i, un rideau de soie blanche, orné d'une bande rouge; on l'attache par une corde formée de fils jaunes tressés; on le suspend au support formé de trois bois vernis rouges, avec une tête de dragon sculptée, au bout, du côté de l'ouest, et garni "^ de papiers d'or; on y suspend et attache les deux cordes. Deux feuilles de papier blanc, pliées en quatre, coupées en monnaies, sont attachées et pendent aux deux bords de la tenture.
Après avoir posé, du côté du sud, le petit tabernacle d'or de Foucihi, orné de papier d'or, avec son piédestal 3, on ouvre la porte du tabernacle, puis on suspend au rideau l'image de Pousa, avec celle de l'esprit de l'ancêtre domestique, et l'on dépose l'une et l'autre sur le grand reposoir tourné vers l'est. Sur le reposoir on met deux grandes tables basses vernies en vermillon, et sur ces tables trois cassolettes à encens, trois verres de vin doux, neuf plats de fruits propres à la saison et des gâteaux ; le tout disposé en carré en dix parties ; on les pose dans neuf vases sur la table ^ et dans un dixième sous la table, du côté gauche, au nord.
Le septième mois, quand on offre les gâteaux miyeku s, on
* Weceku.
2 Voir planche VI, 9.
3 Voir planche IV, 3.
* La tabie-autel (voir pi. II).
s Voir page 45.
fait de même. Au pied du Kuhen J, on offre un vase de vin doux, devant lequel on étend un tapis à fleurs jaunes. Pour consacrer le vin, on pose une table longue et basse et par-dessus deux grands vases de porcelaine, l'un vide, l'autre rempli de vin doux 2. Les ministres des oblations mettent, à la place de la marmite 3 du milieu, deux feuilles de beau et grand papier de Corée, verni. Ils apportent ensuite deux grandes tables vernies rouges et recouvertes de zinc, ils les posent du côté de l'ouest, à droite et à gauche, chacune sur un papier verni. Lorsque le moment est venu, le chef de l'encens allume les parfums, les ministres des oblations font entrer deux porcs et les rangent en dehors de la porte du Kun-ning-kong, la tête tournée contre cette porte, faisant face au nord. Deux ministres des oblations jouant de la guitare et de la mandoline, un de leurs chefs, huit assistants et deux chefs taigiyas, s'avancent dans l'ordre suivant : les joueurs d'instruments d'abord et dix autres marchant en deux rangs; puis ils viennent s'asseoir les jambes croisées et tournés vers le sanctuaire. On joue des instruments, on bat des castagnettes. Puis les Mandchous des oblations, ployant un genou, battent des mains. Le Saman s'avance vers la table sur laquelle le vin se consacre et s'agenouille. Le chef encenseur soulève le vase à vin et le présente au Saman qui le prend et le bénit ^ six fois. Cela fait, il verse le vin bénit dans le vase vide ; puis remplit de nouveau deux verres du vin doux nouveau, déposé dans un vase, et le bénit. Après quoi les servants des oblations murmurent les prières en chœur.
Après les six bénédictions, le Saman remet le vase au chef encenseur, se prosterne, se relève et joint les mains. La musique et les castagnettes se taisent un instant, le chef encenseur remet les deux vases pleins de vin et la table où le vin a été
^ Le balustre placé devant l'aulel (voir pi. ]I). - Voir la disposition, planche 11.
3 Le texte esl assez obscur; mais il semble que cela se place sur le grand four au-dessus du trou du milieu. .
' En le tenant levé vers le ciel.
bénit, aux femmes servant aux parfums, lesquelles les emportent; puis il pose devant le Saman la petite table sur laquelle il se prosterne; après quoi il lui présente le glaive. Le Saman le prend, s'avance, pendant que les mandolines et les castagnettes reprennent, et que l'on bat des mains. Le Saman se prosterne et se relève et les servants aux oblations murmurent les prières en chœur. Le Saman salue trois fois le glaive et chante une conjuration, puis les assistants renouvellent les prières.
Après neuf salutations et trois conjurations semblables, le Saman fléchit le genou, se prosterne et se relève, répète encore trois fois la prière de vénération et rend le glaive à celui qui le lui avait apporté. Les joueurs de mandoline et de castagnettes se lèvent et viennent se mettre debout à ses côtés, un peu en arrière. Le Saman s'agenouille en priant, se prosterne, se relève et joint les mains.
Quand l'empereur assiste lui-même, le chef encenseur écarte, du côté du nord, la petite table basse sur laquelle le Saman s'agenouille. Puis l'empereur, portant le bonnet, s'avance devant l'esprit et se tient au milieu de la place, le visage tourné vers le sanctuaire. Le Saman s'agenouille le premier, l'empereur le fait après lui, tandis qu'il s'écarte; après cette unique inclination du corps l'empereur se relève et se retire. Le Saman se prosterne, se relève et joint les mains.
Si l'impératrice célèbre avec le souverain, elle fait ces cérémonies du côté du nord, tandis que l'empereur les fait du côté du midi. On fait alors sortir le chef des oblations et ses ministres mâles. Les femmes seules et les eunuques restent. Les jours où l'empereur et l'impératrice ne célèbrent point, le Saman se prosterne, puis le chef encenseur reprend le vin des deux tasses oifertes à Foucihi et Pousa, ferme la porte de la petite chapelle de Foucihi, met de côté l'image de Pousa, la remet dans l'étui de bois verni en jaune. Les assistants aux oblations l'enlèvent avec respect, ainsi que le tabernacle de Foucihi, et prennent les deux soucoupes d'encens du sacrifice, emportent ces objets, vont les poser dans la grande chapelle tfui se trouve dans la partie ouest de la salle du Kun-ning-
kong et posent par devant, en offrande, les deux cassolettes à parfums. Reprenant alors le reposoir du petit tabernacle, ils tirent le rideau et le posent par devant. Cela fait, ils placent au milieu (du temple) la tablette de l'esprit de l'ancêtre originaire (ou des esprits des ancêtres) et y portent en offrande le vin et l'encens déjà offerts; ils recouvrent le vase à vin d'un couvercle bien propre, puis les musiciens reviennent à leur première place avec guitares, mandolines et castagnettes.
Les femmes assistant aux parfums replient en trois le tapis et l'emportent pour aller l'étendre près du Kuhen. Le chef encenseur donne un verre à plateau au Saman, les assistants aux oblations amènent un porc et le font tenir la tête tournée à gauche sous le Kuhen. Un d'eux fléchit un genou et frappe le porc. Le chef des oblations avec un servant, le chef eunuque et tous les musiciens jouent des instruments, des castagnettes, battent des mains. Le Saman alors s'agenouille dans la direction du sud-ouest sur le tapis rouge plié trois fois, soulève la coupe à plateau, récite une invocation, et les assistants aux oblations font les prières en chœur.
Après prières et bénédictions, le Saman verse dans une même coupe le vin contenu dans les deux vases. Un servant tire sur le côté l'oreille du porc, le Saman lui verse du vin dans cette oreille, rend la coupe au chef encenseur et se prosterne. La musique se tait un instant. Le servant saisit la queue du porc, et lui tient la tête tournée vers l'est ; les assistants oblateurs s'avancent, soulèvent le porc et retendent de tout son long sur une table couverte de zinc. Le chef encenseur remet le verre à plateau au Saman, on amène de nouveau un porc, et tandis que la musique et le battement des mains reprennent, le Saman lui verse du vin dans l'oreille en répétant les mêmes prières; puis il se prosterne, se relève et se retire, la musique cesse et tous s'en vont également. On place en travers, sur la grande table à couverture de zinc, les deux têtes des porcs, tournés tîgalement vers l'ouest et on les achève. Deux assistantes aux oblations apportent deux grands vases plats, doublés d'argent, et recueillent le sang. Les femmes assistantes aux encensements
ramassent le tapis, apportent une table longue et haute, vernie en vermillon, et la placent du côté de l'ouest, puis prennent le vase contenant le sang du porc, et le posent sur cette table en offrande.
On retire alors les gâteaux, vins et fruits offerts. Les porcs morts, les servants aux oblations les placent sur le bord droit de la table tom^née vers le nord. On leur arrache la peau, on les découpe en morceaux que Ton cuit dans un grand vase, mais on n'écorche ni la tête, ni les pattes, ni la queue. On rôtit les soies arrachées, puis on met la chair bouillie dans un grand vase. On dépose les intestins sur un vase plat, doublé de zinc; on les emporte pour les laver ailleurs, après quoi on les rapporte. On met à terre le vase à sang.
Un servant aux oblations s'avance et, ployant un genou devant la table haute, verse le sang sur les intestins, met le tout dans une grande marmite et le fait bouillir.
Les assistants aux oblations mettent la peau dans un vase plat destiné à la recevoir, puis apportent deux grandes tables couvertes de zinc et de larges papiers vernis. Ils placent, dans un vase de bois verni en vermillon, le foie et les pieds et déposent ce vase au bord, regardant le nord, de la grande table basse placée sur la banquette. Quand la viande est suffisamment cuite, on en coupe en morceaux la partie destinée aux offrandes, on apporte les deux bâtonnets ^ et l'on offre le tout au milieu de la grande table basse '^. On arrange la viande des porcs sur deux plats doublés d'argent, en sorte que les Jambes soient aux côtés, la poitrine en avant, le derrière en arrière, les côtes des deux côtés, la tête par-dessus, la graisse entière et la rate, sur le grouin; et plaçant le tout en face des esprits, sur la grande table haute, on en fait ainsi l'obîation. Le chef encenseur allume l'encens, les femmes étendent un tapis rouge à fleurs jaunes.
' Donl ou se sert aux repas en guise de cuiller et de fourchette (pi. VU, 3). La viande est toujours servie découpée en petits morceaux. * Placée à terre devant le Kuhen (pi. II).
Le chef encenseur apporte un verre plein de vin doux, un autre apporte un verre vide.; ils s'avancent ensemble, puis s'arrêtent. Le premier présente le verre au Saman qui fait quelques pas en avant, fléchit le genou et prie trois fois sur le vin. Pendant ce temps on transvase le vin. On joue des instruments de musique, des castagnettes, on bat des mains comme précédemment, et l'on murmure en chœur, trois fois.
Après la troisième bénédiction, le Saman rend le verre au chef encenseur, se prosterne, se relève et joint les mains.
Si l'empereur et l'impératrice assistent, ils font tous comme il a été dit plus haut. Après la prosternation devant les chairs du sacrifice, on les enlève, on les porte, non au dehors de la porte, mais on les arrange en ordre sur une longue table du côté du sud.
Si l'empereur et l'impératrice participent au sacrifice, ils prennent tous deux de cette viande selon les termes de l'édit. Il en est de même des Wangs. Les jours où l'empereur ne doit pas en prendre, on fait venir les fonctionnaires et gardes de service ce jour-là et on les leur donne à manger.
Quand ils l'ont fait, les ministres des oblations emportent la peau et les os et portent la peau et la graisse à la cuisine. Un chef assistant des oblations prend les os, le foie et les pattes, les porte en un lieu propre, les brûle et les jette dans l'ornière. On écarte le rideau, on met de côté les papiers suspendus. A la fin du mois on les rassemble et les dépose dans un sac. Le dernier jour de l'an, on prend au Tangze les papiers suspendus et le mai et on brûle le tout ensemble.
On enlève les tablettes de l'esprit de l'ancêtre originaire et on les met dans le sihan de bois verni rouge ^ . On prend à leur place le petit tabernacle de Fucihi, le sihan de Pousa et deux coupes d'encens avec les prières d'invitation. On dépose le tabernacle sur son piédestal ordinaire. Quant aux tablettes de Pousa et de l'ancêtre, on les pose avec le sihan contre le mur de l'ouest et
' Étui (voir pi. IV, 5).
on les présente sur un buffet à bords verni en rouge, et peint de fleurs de couleurs différentes.
On expose de même sur la table-buffet, du côté de l'est, trois coupes d'encens.
Quand on doit sacrifier aux esprits, le soir, on suspend d'abord un rideau de soie bleue bordé de soie rouge, à fleurs d'or, sur un suspensoir verni bleu. A gauche des pieds du suspensoir on pose un poteau auquel on attache, par un cuir jaune, sept clochettes, grandes et petites, suspendues en ordre i. On attache les (tablettes) des esprits domestiques, à côté l'une de l'autre, au côté droit du suspensoir. On attache celles des esprits représentées par la peinture 2 au milieu du rideau, on pose celles des weceku mongols sur un piédestal à bords verni bleu, au côté gauche, le tout au-dessus de la banquette du côté du nord, faisant face au sud, et on fait l'offrande aux esprits.
Sur le nagan on pose deux longues tablettes basses, vernies rouges. Puis, de cinq soucoupes d'encens, de cinq verres de vin doux, de neuf plats de fruits de la saison et des gâteaux, on fait dix portions dans dix plats, dont on met neuf sur la table et le dixième par-dessous ; puis on en fait l'oblation. Sous le Kuhen, on pose et offre une coupe de vin doux. Après quoi, et avant d'amener le porc, on invite et prend de leur place Fucihi et Pousa, ainsi que les deux vases de parfums, et on les place dans la grande chapelle du côté du nord où on en fait l'oblation. Mais, auparavant, les taigiyas des offrandes ont dû poser la table et étendre du papier verni, comme au sacrifice du matin.
Lorsque le moment est venu, ils amènent le porc et le conduisent au lieu ordinaire. Le chef encenseur allume les parfums. Les femmes posent le siège verni bleu, où s'assied le Saman, devant l'esprit, pendant que celui-ci bat le tambourin magique. Un ministre des offrandes vient placer le tambour, avec son support, près de ce siège. Le Saman remet le vêtement
' Voir planche IV, 2.
2 Nirugan-i xoeceku, lilt. : espriis de lablelte. Chacun avail les siens.
liturgique de dessous ', se ceint de la ceinture aux sonnettes -. 11 prend la baguette et le tambourin, s'avance vers l'esprit, tandis que deux ministres des offrandes viennent se mettre debout en face de l'occident. Un des ministres bat le gros tambour, l'autre joue des castagnettes. Le Saman, se tournant vers l'esprit, s'assied sur le siège, bat du tambourin et prie pour inviter l'esprit. Un assistant frappe alors d'une main sur son tambour pour répondre au tambourin. Le Saman se lève, recule une première fois, agite et bat le tambourin, l'assistant lui répond en frappant des deux mains, sur son tambour, par trois fois. Le Saman s'avance, en agitant et battant le petit tambourin. L'assistant lui répond, en frappant des deux mains et battant cinq fois du tambour. Quand le Saman se lève et chante les prières conjuratoires, la première fois, le ministre bat du tambour cinq fois, avec trois coups de castagnettes. A la seconde fois, on bat sept fois du tambour. Le Saman se lève et prie en psalmodiant, tandis que les autres battent cinq fois du tambour et trois fois des castagnettes. A la troisième fois que le Saman bat du tambour magique, on bat onze fois du gros tambour, puis quatre fois encore pendant que le Saman prie debout. On bat enfin trois fois de deux baguettes, à quoi on répond par trois coups de castagnettes. Après la troisième récitation des conjurations, le Saman bat quelques coups de tambourin magique.
On donne, quatre fois, trois roulements du gros tambour, puis le jeu cesse et les musiciens se retirent. Le Saman remet le tambourin avec la baguette aux femmes assistantes et détache la ceinture aux sonnettes, ainsi que la jupe. Les femmes étendent le tapis rouge à fleurs jaunes.
Quand l'empereur officie lui-même, les assistantes aux encensements posent, du côté de l'ouest, la petite table basse sur laquelle le Saman s'incline. L'empereur, ôtant son bonnet, s'avance vers l'autel et s'arrête debout au milieu du temple,
' La grande ceinture (voir p. 26 et pi. V'II, 8).
2 La petite ceinture à sonneltes oh grelots (voir pi. Vlil, 2).
tourné vers le sanctuaire. Le Saman s'agenouille et prie i„ Que ce soit le soir ou le matin, l'empereur fait les mêmes cérémonies.
Si l'impératrice l'accompagne, elle se tient à l'ouest, et l'empereur à l'est. Les jours où ni l'un ni l'autre n'assistent, le Saman se prosterne, puis couvre le vase à vin d'un couvercle (linge) bien propre. Les assistantes aux encensements replient le tapis en trois et le mettent de côté, près du reposoir. Sur celui-ci, elles déposent une coupe de vin doux et un verre.
Les ministres des oblations amènent un porc et vont le mettre devant le Kuhen, la tête tournée vers le nord; un Mandchou des oblations fléchit un genou et frappe le porc. Le Saman s'agenouille sur le tapis plié en trois, dans la direction du nord-est, et verse du vin doux de la coupe dans le verre, soulève celui-ci et prie. Le mandchou écarte l'oreille du porc et le Saman y verse du vin, dépose le verre et se prosterne. L'assistant saisit la queue de la victime et lui fait tourner la tête vers le sud ; des ministres des oblations s'avancent alors, soulèvent l'animal et retendent de tout son long sur une grande table couverte de zinc. Le Saman s'agenouille et verse de nouveau du vin, de la coupe dans le verre. On amène de nouveau un porc, et prières, conjurations, chant, vin versé dans l'oreille, tout se renouvelle ; puis, s' étant prosterné, le Saman se lève et se retire. On pose les porcs sur une grande table recouverte de zinc, on les met aussi tous deux tournés vers l'ouest et on les achève. Deux assistantes, tenant dessous un vase plat, doublé d'argent, recueillent le sang. Les assistantes aux encensements ramiassent le tapis, apportent une table longue et haute, vernie en rouge, et la placent du côté du nord, devant le nagan '^. Elles y mettent alors le vase contenant le sang pour en faire oblation; sur le bord de la grande table basse, du côté de l'ouest, elles laissent un plat de
' Forobumbi (voii- p. Ole./".) - Banqueite latérale.
gâteaux beibun ^ et emportent les autres gâteaux, le vin et les fruits offerts.
Quand les porcs sont morts, on les pose sur le bord droit de la table, du côté du midi , on les écorche, les coupe en morceaux ; on recueille le sang et le verse sur les intestins, on cuit les chairs, on offre les papiers vernis et tout le reste, comme au sacrifice du matin, à cela près que l'on jette dans le four et brûle le foie et les sabots. La viande étant cuite, on la découpe et on met la part des offrandes, sur cinq plats, avec deux bâtonnets pour tous, et on l'offre sur les grandes tables basses. Après quoi, on remet en ordre les chairs des deux porcs sur deux grands vases plats, doublés d'argent (comme aux oblations du matin), et on dépose ceux-ci sur une longue table haute, devant l'autel des esprits; puis les chefs encenseurs allument l'encens. Les assistantes étendent un tapis rouge à fleurs jaunes. Le Saman s'avance et s'agenouille, se prosterne en priant et joint les mains. Après quoi, les assistantes relèvent le tapis, apportent au Saman son siège qu'elles posent à l'endroit propre au sacrifice du soir et une petite table, puis mettent une petite soniiette sur la table et à côté une plus grosse [honggon], au côté est de la table. Elles emportent le feu de l'encensoir et les lanternes 2, recouvrent le feu du foyer en étendant une tenture de soie bleue, puis elles sortent et ferment la porte. Un assistant tambourineur apporte le tambour près du voile, le Saman s'assied et prie une première fois, en l'annonçant d'un coup de grosse sonnette (clochette). On bat quatre fois du tambour, des deux baguettes réunies et les castagnettes répondent trois fois. Le Saman prend ensuite le manche de la clochette et sonne en priant. On bat cinq fois du tambour, les castagnettes répondent trois fois.
Le Saman dépose la sonnette, récite des prières et conjurations en les annonçant d'un coup de sonnette. Le tambour répond par cinq coups et les castagnettes par trois. Quand il prie, en agitant la sonnette, on y répond de la même façon.
^ Voir pase 45.
- Ici commence la cérémonie mystique dans les ténèbres, c'est pourquoi les femmes doivent sortir.
La prière finie, on bat encore trois fois du tambour et une ibis des castagnettes, puis on s'arrête. On met de côté la tepture qui couvre le feu, on ouvre la porte et on apporte la lanterne; on emporte les chairs du sacrifice du soir et on les porte à la cuisine.
Quand tout cela est achevé, on apporte dans la nef de l'ouest les deux vases à encens, ainsi que les esprits deFoucihi et de Pousa; on les place sur le trône habituel et les deux vases en leur place ordinaire, on enlève le rideau.
Le soir on enlève également les tablettes des esprits, les Weceku mongols, les Murigan ^ ; on les met dans une caisse vernie rouge et on pose le tout dans un buffet verni bleu, orné de fleurs de différentes couleurs, appuyé contre le mur, au nord. On place en offrande sur cette table, au nord, regardant le sud, cinq vases à parfum.
Les jours où l'on sacrifie pour les princes royaux (impériaux), si c'est au temps où les princes se prosternent 2, le Saman prie pendant qu'ils le font. Si c'est un autre jour, le Saman se prosterne et prie (à leur place).
Lorsque les princes qui n'ont point encore reçu leur part de fortune, viennent à s'établir dans une demeure à part, ils y constituent, chacun, un oratoire particulier pour les esprits. Au sacrifice du matin, on y suspend le rideau, on y consacre le tabernacle, le piédestal de Foucihi. Au sacrifice du soir, on attache le rideau au support, on expose le reposoir à bord et l'on offre le sacrifice.
Le matin, avant d'amener le porc, on emporte les vases d'encens, on les dépose en offrande sur le tabernacle placé sous la galerie qui borde le mur de l'ouest en dehors du temple. Quand on a emporté la peau et les os (selon ce qui a été dit plus haut) 3, on introduit également tout ce qui a été indiqué. Le matin on sacrifie aux esprits, sur la grande table aux offrandes; le soir on fait tout comme au sacrifice de Kun-ning-
' Génies domestiques, esprits des ancêtres.
2 OU ils viennent faire les cérémonies dans le lemple ou le Kun-ning-kong.
5 Voir page 89, 1.21.
kong, si n'est qu'on laisse les vases à parfum à l'intérieur. Tous les Wang, Belle, Beise et Kong, tous les Gioro des deux lignes 1, tous les Mandchous de la famille de Gioro sacrifient de la même manière.