‹ La religion nationale des Tartares orientaux [microform] Mandchous et Mongols, comparée à la religion des anciens Chinois, d'après les textes indigènes, avec le rituel tartare de l'empereur K'ien-LongChapitre 5 sur 76 · IS · texte numérisé non relu

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véritablement le dieu du monothéisme, le Maître Souverain du monde, il y a contre cette assimilation une difficulté philologique. Shang-Ti devrait donner en mandchou : Shang-di et non Shangsi, et l'on ne voit pas bien pourquoi il y aurait ici une exception unique à une règle universelle en dehors de ce seul cas. Toutefois il serait bien difficile ou plutôt impossible de trouver une autre origine à ce mot et, faute de mieux, l'on doit bien provisoirement s'en tenir à cette hypothèse. Shangsi occupe dans le culte mandchou une place toute particulière. On l'invoque à part, les cérémonies en son honneur lui sont exclusivement propres, une chapelle spéciale lui est réservée, et l'on ne voit point qu'on en fasse aucune représentation. On trouvera tout ce qui le regarde dans le chapitre VI du livre I du Wecere doro i billie dont nous donnons plus loin la traduction.

M. C. von der Gabelentz n'a pas hésité à traduire Shangsi : (c la divinité suprême » et certainement ce sens est le vrai pour î)eaucoup de livres mandchous. Nous n'oserions affirmer qu'il en soit ici de même, sans avoir non plus de raisons pour établir le contraire.

Foucihi est Bouddha, dont le culte s'introduisit en Mandchourie dès le IX« siècle de l'ère chrétienne. C'est, dit le Miroir, l'idole à laquelle le lama, le bonze et la gutze (bonzesse) sacrifient. On voit qu'il n'est pas là en pays natal et de plus qu'il est représenté par une statue. Cette statue porte un bonnet appelé Lapari. A la définition du mot Foucihi, le Miroir ajoute : c'est un saint homme de l'occident.

Pousa n'est qu'une autre forme du nom de Bouddha, c'est une forme chinoise. Le Miroir nous dit que Pousa est le nom d'honneur de Foucihi. Ces deux noms sembleraient donc s'identifier. Toutefois, dans notre code liturgique, ils sont toujours cités séparément et comme choses distinctes. Foucihi a une statue que l'on pose sur un piédestal, qu'on lave à certain jour ; Pousa n'a, au contraire, qu'une tablette portant son nom et que l'on renferme dans un étui; en outre, il ne jouit pas des mêmes honneurs que son homonyme. 11 y a là

certainement une différence de conception ; Pousa doit être une manifestation inférieure du Bouddha, quelque chose comme AvaloUtêçv ara i, ou tout autre personnage du bouddhisme septentrional, un bodhisatva.

Le Bouddha principal lui-même, ou Foucihi, n'occupe pas dans cette hiérarchie un rang supérieur et ce n'est pas à lui qu'on adresse les supplications, les demandes de faveurs ; ce n'est pas lui qu'on invoque dans le péril ou les calamités.

Guwan mafa est l'ancêtre originaire, le protecteur spécial d'une famille, celui dont le culte est perpétuel et dont l'image reste toujours au temple ancestral, à la salle consacrée aux ancêtres par chaque famille, chaque maison.

Les murigau ivecehi sont les esprits des ancêtres en général, ce qui reste (je n'oserais employer le mot « âme ») des ascendants morts auxquels on doit certain culte pour une double raison que nous indiquerons un peu plus loin.

Il serait difficile de dire si cet usage est originaire chez les Mandchous ou s'il a été adopté à l'imitation des Chinois. Il paraît ici comme essentiel aux grandes cérémonies du Rituel mandchou ; c'est tout ce que nous pouvons en dire pour le moment ; nous reviendrons plus tard à ce point.

Les ninigan-i ivecehi sont les esprits qui sont indiqués ou représentés sur les tablettes ou planches d'un pied de longueur environ, sur lesquelles sont tracés les noms des ancêtres ou des esprits et quelquefois aussi, surtout anciennement, chez les Chinois, leur représentation.

Les Wecelm mongols ne sont jamais désignés que par ce terme général ; ce sont des idoles empruntées aux Mongols, probablement pendant la domination des Khagân sur la Chine et la Mandchourie ; nous en parlerons plus loin. Ce peut

1 Avalokilêçvara (le prince qui regarde au-dessous de lui, en bas) est la personnilication de la miséricorde, le protecteur el sauveur des hommes par sa boiiié. Le Miroir ajoute : on dit aussi Botisalo, c'est-à-dire bodhisatva. Ce serait alors le représentant des saints qui sont presque arrivée à l'étatde Bouddha, mais qui ne l'ont pas encore atteint bien que destinés à y parvenir.

n'être aussi que les esprits de quelques anciens héros ou grands mongols, que les populations de l'Amour avaient appris à vénérfir pendant leur assujettissement à leurs voisins de l'ouest. Nous les retrouverons dans les prières du Rituel.

Shangsi, Foucihi, Pousa, les esprits (célestes), les âmes des ancêtres {Wecehi), les génies mongols, sont les êtres divins qu'on figure et appelle au sacrifice et à qui le culte s'adresse directement. Mais, dans quelques prières récitées .pendant les grandes cérémonies, se trouve une série de noms de personnages dont la natui^e n'est expliquée nulle part. Ils sont invoqués, non dans des formules conjuratoires plus ou moins mystérieuses, mais dans les prières les plus simples pour obtenir les biens de la terre. Ce sont des êtres supraterrestres, sans aucun doute ; mais ù quelle classe particulière appartiennent-ils? Quel est leur rôle spécial? C'est ce qu'il serait difficile de dire. Aucun dictionnaire, aucun livre, quel qu'il soit, n'en fait mention. J'ai interrogé les Chinois de Londres, j'ai écrit en Mandchourie môme : personne n'a pu me donner le moindre renseignement. Leurs noms sont formés de deux mots; quelques mots ont un sens en mandchou, deux ou trois en mongol, le reste échappe à l'analyse, bien qu'ils aient une physionomie mandchoue et que quelques-uns pourraient avoir une signification en celte langue, mais signification impossible en ce lieu. Deux ou trois sont qualifiés iïEnduri, esprit; d'autres noms ont comme premier composant Nadan, sept. Cela désigne-t-il sept personnages? C'est incertain. Ce mot a encore le sens de papier d'or du sacrifice ; mais serait-ce admissible ici? Voici ces noms avec le sens quand il est saisi ssable :

Aliôn-i niijansi ..... Myausi (i(> iio.s aîiios (uïeiix).

Siren-i mijansi — do lu famille.

Niya7isi-Enduri Kspril uiyansi.

Aiicu ayara — c|iii plaiio i?; '.

Miiri mvrihit Ré^-islaiil, foiine.

' Ayn, en îoni^ous, hoii, cxciilciil. ;

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