‹ La religion nationale des Tartares orientaux [microform] Mandchous et Mongols, comparée à la religion des anciens Chinois, d'après les textes indigènes, avec le rituel tartare de l'empereur K'ien-LongChapitre 6 sur 76 · Tome XL · texte numérisé non relu

Tome XL

.\kiil(in daihôn.

Je, vreliu. . .

Jorgon junggi.

Juru-Juklehen.

yaihôn hiyancu liaiinnn janggin Naclan Weihuri Adu monggolo.

Kotitn Notjan .

NiolwH Taiji .

Gii-i S'omjkuit Soiilia fisun .

Sept (auxquels on sacrifie?) '.

(luuple d'aulels.

Hiyaiicu mystérieux, iiivisil)lc.

Général B.

SepI vivants (?). (Maiiloau, collier).

.Nom mongol (Noyau, chef leucialaiii).

— ('l'aiji, prince feutlalairc).

Aigie de rubis ou Jade (?).

Fisun, invité au saci'ilice.

Bitchurinskji, le seul qui ait dit un mot de ces noms, en fait sans hésiter des Ongot (dieux, fétiches en mongol), en compte quatorze et range parmi eux Knan-ti, Sâkyamiini (Fucihi) et Bodhisativa {l^ou^'à). Ce sont malheureusement autant d'erreurs. D'abord il y en a plus de quatorze, en outre, Kuanti (héros chinois canonisé sous les Hans) n'y est point 2, et les deux Bouddhas ne font pas partie de la série. De plus les Ongots n'ont rien à faire chez les Mandchous. Si l'on considère que la première prière invoque les noms suivants : Fils du ciel ! Fucihi ! Fusa ! Chef d'armée ! Chef de tribus !... On peut voir dans ces deux derniers mots l'indication générale, le genre des personnages invoqués plus loin. Ceci nous est confirmé par la présence des noms Katun Noyan et Niohon Taiji; les noms finissant par ces deux mots étant très fréquents chez les grands mongols du grand empire.

Nous croyons donc qu'il ne faut pas chercher à analyser des mots qui ne sont que des noms propres, et que ces noms désignent d'anciens héros militaires et chefs de tribus, tant des clans mandchous que tongous ou mongols, et dont le souvenir n'est pas resté dans l'histoire.

' Cp. le mongol laigho, line princier (V),

- L'auteur aura pris Guwan-i beise pour Kuan-ti. Kuan-li serait en )nandchou Guivan di et non heise, el surtout n'aurait pas le / du génitif. Guivan siguilie « demeure, enclos, famille m. On a de même plus haut Guwaii mnfa wcceku.

Ces dilïérentes classes d'esprits sont les seules qui soient les objets des grandes cérémonies, des actes généraux du culte. Mais ils n'étaient pas les seuls honorés par la nation. Dans les prières liturgiques il est fait mention d'autres esprits encore, objets de dévotions particulières, et invoqués comme génies tutélaires pour l'obtention de faveurs ou la préservation de calamités spéciales. Plusieurs nous sont entièrement inconnus et nous ne pourrions en donner que le nom t.. D'autres nous sont indiqués par les dictionnaires mandchous-chinois avec explication de leur nature ; nous réunissons ici les uns et les autres. Ce sont :

1° Onwsi marna '-^, esprit au(iuel on sacrifie pour demander prospérité et richesse;

2" Sure marna '^, que l'on prit; quand on attend la naissance d'un enfant ;

3" Banda Mafa i, qu'invoquent les pécheurs et les chasseurs; ¥ Fiehuu « marna, esprit (|ui hante les forêts et les montagnes et peut y nuire aux voyageurs ou les protéger contre tout danger ;

5" Baiiaji ^, esprit protecteur d'une localité particulière. Le Miroir ajoute à ces noms deux autres dont l'origine est trahie par leur forme môme ou leur nature, à savoir : Jun-ejen, le roi , l'esprit du foyer qui appartient à la démonologie chinoise et dont le nom est purement chinois. Jun est le mot mandchou correspondant au chinois [un, foyer.

llmun han, le roi des enfers, est une création bouddhique sans racine dans la religion tartare. Le bouddhisme chinois en reconnaissait dix, jugeant et punissant les âmes des pécheurs dans divers enfers de plus en plus rigoureux. C'est ainsi que

' Voir plus loin liituel mandchou, liv. 1.

- Liu. : la i^ranil'nière des pelits t'iifaiils. '• Lin. : graiurmère euraiilatit.

* Ce mot n'a de rapport qu'avic le radical hunda, qui indique faliguc, eiTort.

3 Comparez fie-lembi, aller à cheval, voyager; fiekku, rocher, etc. *• A rapport avec ban, eiigt'tutn'r.

ïchen Hsiuen, le commentateur de la Siao Hio i, voulant prouver la fausseté des doctrines bouddhiques, argumente en ces termes : « Ces docteurs prétendent que si l'on ne fait pas d'abondantes aumônes aux bonzes et si l'on ne suit pas leur loi, on ira dans l'enfer où l'on sera coupé, déchiré, scié, brûlé et soumis à toutes sortes de tortures. Mais cela est faux, car depuis l'introduction du bouddhisme dans l'empire du milieu, bien des personnes sont mortes et ont dû, par conséquent, ressusciter, selon les théories bouddhistes; cependant aucune n'a vu ce lieu de torture ni ces dix rois {ilmun han) qui gouvernent les enfers. » Toutefois il est à remarquer que ce terme ilmiin n'est point chinois — le chinois dit : yen (wang) — ; il désigne parfois en mandchou les esprits des défunts, ce qui reste après la mort et va dans un autre monde.

11 est une autre classe d'êtres surnaturels dont le Rituel ne fait pas mention, mais qui appartenaient certainement aux croyances tartares, car les prières de conjuration dont il est parlé dans notre livre les avaient pour objet direct. En outre, la terminologie qui les concerne est très développée et n'est point calquée sur des termes chinois correspondants. Ce sont les [iiihi.

Les IhUii sont les esprits que l'on suppose animés de sentiments peu bienveillants, se plaisant même à nuire à l'homme 2, et que l'on doit chercher par différents moyens à tenir écartés, rendre impuissants ou favorables. Le peuple se les représentait sans doute sous un aspect difforme, car le Miroir de la langue mandchoue, après les avoir définis d'une manière philosophique selon les conceptions chinoises 3, ajoute : « Les images à corps d'hommes, avec têtes d'éléphant ou de cheval qu'on pose dans les temples, ces images s'appellent hutu. »

' Voir ma (radiictioii (le la Siao-flin, p. 208.

- ft Le flulu osl merveilleux do Vin ». Vin osl le principe femelle, passif des choses qui l'orme pniicii)nlemeiil ce qu'il y a d'imparfait dans les êtres. Maiijii ij. b. I). Verbo : flulu.

'• I-em- action nuisible esi exprimée par le verbe clabambi, qui a, du reste, ui) >eiis plus sérierai. On dit aussi (jôwLS'abumbi,[)\as spécial. à ce genre d'idée.

En outre, quand l'apparition d'une forme hideuse ou efirayante fait pousser un cri {ei!) d'horreur ou de crainte, c'est qu'il y a un liulu qui se montre.

Les Hutu sont de différentes espèces. Le Miroir distingue les suivantes :

Ekcin^, hutu d'une laideur et d'une difformité extrêmes. On l'appelle aussi jofo.

Alliôji ■mama'^, hutu femelle; vieille difforme. Biishuku '^, hutu également difforme qui attaque les petits enfants, les bestiaux et les animaux domestiques. Ils ont pour compagnons les Yemji et les Ibagan qui jouent le môme rôle. Fa 'i', hutu qui se plaît à tromper les liommes. Fadambi, verbe dérivé de ce mot, indique les tromperies et les supercheries de ces esprits.

Buceli '>, esprit vital d'un honnne transformé en hutu et hantant les corps vivants.

D'autres ne comportent pas nécessairement une idée de nuisance. Ce sont :

Baljiin ^, butu qui se montre par les feux apparaissant subitement la nuit, sous différentes formes.

Bigan-i-ib a g an"', IhàgMi, esprit follet habitant les montagnes, les rives des tleuves, les forêts et les buissons.

Manggiyan, esprit que le Saman fait descendre par ses conjurations et qui vient faire des gambades devant lui 8.

' Ce mot pi'ovic ni de riiitorjeclioii ek! (\m mariiue horreur, dégoul.

- Graiid'nière iiinlauice, couducli'ico ("/).

•'' Génie domesliciue.

^ Ce mot désigue aussi un eucluiiiieme,;t.

•' De buce, inoui'ir.

^ Mol correspoiidani à peu près au latin nionslnim.

' C'esl-à-dire ibagan du deserl, des vastes plaiuos.

** Ou pourrait, à la rigueur, rapporter les sauls au saman lui-même, bien que la phrase du Buleku ne se pi'êle guère à celte interprétation. La phrase mandchoue est ainsi conçue : Mangijnjaa : ibagun-i duwali, i. e. compagnon de l'ibagan. Saman-i fudes'ere de mangQixjaa weceku wasika fekuceme fiubumbi. Lorsque le saman lail les conjurations, l'esprit manggiyau descendu, marche en sautant.

Nous passons ceux qui n'ont aucune importance particulière <'t ne portent que des noms généraux. Bien des fois des hutus apparaissent et exercent leur action funeste sans qu'on puisse constater quel est celui qui s'est montré ou qui a révélé sa présence par quelque signe extérieur; beaucoup sont inconnus et leur présence n'est révélée que par ses effets, lorsque, par exemple, un petit enfant fait subitement des gestes de frayeur, !)Hille avec force ou fait tout autre geste violent, inattendu.

Mais remarquons encore que notre Rituel ne fait aucune mention de ces génies ni de leurs opérations diverses. Nous laisserons donc cette matière, en ce moment, pour y revenir quand nous en aurons fini avec le sujet qui nous occupe. Poursuivons notre exposé.

La religion organisée des Mandchous s'adressait donc aux êtres surnaturels dont nous venons de parler, Shangsi, Foucihi, Pousa, les esprits en général et ceux des ancêtres mandchous et mongols.

Les cérémonies du culte s'accomplissaient dans un ou })lusieurs locaux réservés à cette fin, dont le Rituel, malheureusement, ne nous donne que le plan partiel et ne décrit que très imparfaitement, mais que l'on se figure cependant d'une manière assez exacte.

IL — Temples et autels des Mamlclwus.

Le culte oliiciel des Mandchous se pratiquait dans un lieu fixe, dans une enceinte déterminée qu'on appelle Tangse^. C'est un espace carré, ceint de murs de tous côtés et renfermant plusieurs édifices ou locaux consacrés au culte. Il est orienté de l'est à l'ouest et a sa porte principale à l'orient. Au coin nord-est est une autre enceinte contenant d'abord un espace vide, puis une seconde enceinte formée de murs et percée de deux portes, au milieu de laquelle est la chapelle "^ de Shangsi.

' Voir planche 1.

- Ordo. li (^sl i'en)ar([ualile qu'en mongol ordo, nrdii, sii;niru' palîjis. Kii siKindcliou c'est aussi la maison des chefs féodaux n'avaiil ('u'une srule |)oilo.

Le coin sud-ouest étant le lieu le plus important, le lieu sacré i des demeures, palais ou habitations du peuple, il en résulte que Shangsi était l'objet d'une vénération spéciale et considéré comme au-dessus de tous les autres esprits.

Vers le centre est une chapelle toute semblable à celle de Shangsi, mais construite dans de plus grandes proportions. Contre les murs du nord s'élève une grande salle qu'on appelle « la salle du sacrifice '^ « à raison de son emploi, beaucoup plus grande que les deux chapelles.

Un chemin pavé et cimenté conduit de la grande chapelle à la salle des sacrifices, un autre venant de la porte principale coupe ic premier à angle droit. De chaque coté du premier chemin s'élèvent deux séries de pieux ou poteaux servant à attacher des cordes; entre la grande chapelle et le mur du sud est dressée une pierre haute et large, au milieu de laquelle est pratiqué un trou pour y enfoncer et dresser un mât ou tronc d'arbre qui sert aux cérémonies, comme on verra plus loin. D'autres bois disposés près du mur du sud servent à le soutenir on certaines circonstances déterminées ^ (voir pi. I).

Un corps de garde et dos magasins placés en un lieu clos en dehors de la grande enceinte, mais contigu à celle-ci au coin nord-est, complètent les bâtiments principaux. Toutefois, le magasin qui renferme les papiers et cordons destinés au culte se trouve à l'intérieur au coin nord-est.

Le premier Tangse régulier avait été élevé à Moukden, en Mandchourie. Établis à Péking, les Mandchous en firent un semblable dans leur nouvelle capitale (voir Rituel, 1, 3); mais il y avait de moindres temples en divers endroits.

Outre le Tangse, les cérémonies religieuses ont encore deux locaux particuliers, dont malheureusement le l^ituel n'indique

* Lfi porte (les anciennes maisons clùnoises éiani à Pesi, le coin sud-ouesi élail la partie la plus reculée, la moins accessible, partant la plus mystérieuse et la plus vénérée de la demeure.

2 Wecere deijeri.

^ Voir le Bituel mandchou.

ni la position ni l'usage en dehors de certains sacrifices faits à des moments spécialement déterminés. Ce sont le Kun-ning-kong et le Giirung. Le nom du premier, du chinois le plus pur, indique par lui-même sa provenance. Langlès le définit ' comme le temple particulier de Bouddha. Il me paraît évident qu'il se trompe. Le nom chinois indique un lieu sacré de repos, et l'usage qui en est fait, d'après le Rituel, indique suffisamment qu'il n'est point consacré spécialement au saint indou. Pour l'un et l'autre motif nous y voyons plutôt un temple dédié aux esprits des morts, des ancêtres, ou bien aux esprits en général. Car quand on y porte les esprits pour le sacrifice, c'est tous réunis qu'ils y viennent, c'est à tous que s'adresse le culte. Toutefois, dans le coin ouest du l(.un-ning-kong, il y a une grande chapelle consacrée à Bouddha.

Le Guning est plus difficile encore à déterminer. Le mot signifie proprement « palais «, mais a aussi le sens de chapelle. Il est, ce semble, en dehors du Tangse, car au chapitre IX, livre I, on voit que l'on amène les Weceku du Tangse au Gurung et que l'empereur, quittant le premier, monte au second (1, 17). il n'est pas non plus dans le Kun-ning-kong, puisque à certaines cérémonies décrites au chapitre V, livre lil, d'un côté on pose le palanquin de Bouddha devant la porte du Kun-ning-kong, et de l'autre les officiers et les ministres, désignés à cet effet, s'avancent du Gurung vers le reposoir pour entrer avec ses porteurs au « palais du repos ».

Certains princes impériaux demeurant au Gurung 2, on croirait qu'il faisait partie du palais impérial. C'est ce qui ressort également de ce qui en est dit au Rituel, livre 1, chapitre 111, q. vid.

Les chapelles et la salle du sacrifice ont une sorte d'autel, requis pour les cérémonies qui s'y font et variant de grandeur avec le local. Nous en avons deux représentations, l'une de l'autel de la grande salle des sacrifices, l'autre de l'ordo de

' Dans sa iraduction des eu-tôles des chapitres. ■^ Gurung de telie agese.

Shangsi. C'est en somme la même disposition pour toutes deux : une table portant au fond une ou plusieurs cassolettes à encens; sur le devant, des vases plus ou moins nombreux, destinés à recevoir les offrandes. Quatre grandes lanternes à pieds très élevés ornent les quatre coins de la salle; devant l'autel est placée une table sur laquelle on pose deux vases des libations; deux autres sont placés ù terre, à droite et Il gauche (voir pi. II).

En outre, dans la grande salle, il y a devant l'autel une sorte de balustre appelé Kuhen i, qui le sépare de la table aux libations et s'élève de beaucoup au-dessus de celle-ci. Deux suspensoirs à gauche supportent divers objets. Du même côté une longue table latérale, appelée nagan, sert à poser divers objets sacrificiels. Foucihi (Bouddha) a, en outre, un petit tabernacle, posé sur un piédestal mobile, et dans lequel on place sa statue (voir pi. IV, 3). Les autres Weceku n'ont que des tablettes portant leur nom (ou leur représentation), que l'on renferme dans des étuis ronds, déposés dans la salle du sacrifice.

Outre ces locaux publics du culte, qui sont en même temps propres au souverain, les Wangs et les Kongs doivent avoir une chapelle avec piédestal, semblable à celle de Foucihi, mais beaucoup plus grande, placée à demeure fixe sous l'auvent du toit de leur demeure 2. Les Mandchous de rang inférieur aux Kongs 3 n'y ont qu'une sorte de crédence, supportée par des pieds (voir pi. V, 6). Toutes deux servent à y déposer les offrandes faites aux Enduri et Weceku.

' Les colonnes qui li; perlent des deux côtés sonl enveloppées d'élotïe précieuse.

2 Les "Wang, Beile, IJeise et Kong (voir liv. 1, cliap. Itl, c. init.) sacrifient tous les mois. Les chefs de famille, inférieurs à ceux-ci, font les offrandes domestiques quatre, deux ou une fois par an (voir Rilxiel, 1 , 5), le loul dans la salle du midi; les offrandes ordinaires se font à ces chapelles et consoles extérieures (voir p], 111, 3).

' Le texte mandchou porte : Wang Kongaa-i boode, dans les maisons des Wangs et Kongs, des rois et princes (titres féodaux honorifiques). Langlès a traduit ces mois : « Les grands décores du Kong. »

Chaque classe de la société a donc son temple ou autel spécial : à la cour, le Gurung; aux grands des rangs les plus élevés (Wangs et Kongs), Vordo ou chapelle fermée, posée sur un piédestal, tous deux d'un style élégant et riche. Aux petits, le Sende/ien ou autel-crédence ; chapelle et autel domestique, placés contre le mur de la maison, du palais. Tous doivent avoir au moins le petit autel-table, car le texte mandchou porte : (jemti manjusa-i boode, « dans la demeure de tous les Mandchous «.

m. — Ministres du mile.

A. Le prêtre qui préside aux cérémonies selon le manjusa-i wecere doro est bien le Saman; mais ce n'est nullement ce charlatan grossier et maniaque dont parle M. A. Reville au passage cité plus haut de son livre : La religion des peuples non civilisés. Ce n'est pas non plus cet enchanteur errant « dont on entend, dans les steppes, pendant la nuit, le tambourin magique retentissant pour appeler ou chasser les esprits. » C'est un ministre du culte, au caractère grave, au maintien solennel, accomplissant dans un lemplum, dans une chapelle, des cérémonies réglées dans tous leurs détails.

Son costume, qui ne manque pas de majesté, consiste en un long manteau de soie, un bonnet de peau garni de plumes 1 et une ceinture, ou plutôt une sorte de jupe d'étoffe précieuse, entièrement ouverte par derrière et attachée aux hanches par un large cordon (voir pi. VIII, 8). Par moment il pose par-dessus la première une deuxième ceinture d'un pied 6 pouces de hauteur et garnie de longues clochettes ou de longs grelots, ou même de morceaux de fer allongés et travaillés (voir pi. VïII, o). Une bande ornée de broderies, haute de

' D'après le Miroir, le boniiel ilii Saman est l'ormé d'une pièce de soie et d'une plaque de ier-blaiic, lerniinanl |)ai' deux poinles en guise de cornes, ou même d'une caloUe de fer-blanc à laquelle on atlaelie une longue pièci' de soie bariolée. 11 s'agil du Saman ciTanl.

I) pouces, la maintient à la taille. On verra dans le Hituel même l'usage de ces vêtements,

i.es instruments dont le vSaman se sert dans les cérémonies générales et particulières sont ;

Un tambourin magique, espèce de tambour de basque, sans grelot, formé d'une seule peau plate attachée à un rond de fer ou de bois, haut de 4 à 5 pouces, avec une baguette de fer (voir pi. VI !I, 9), une petite sonnette et une plus grosse qu'il fait sonner parfois pendant les cérémonies, puis une série de sept clochettes attachées par un cuir à un bâton (voir pi. IV, 2);

lue llèche, au pied, de laquelle est attaché un long cordon et qu'il tend en l'air vers les esprits pour les attirer ou conjurer (voir pi. IV, i);

\ji\ glaive de fer courbé, long de 3 pieds 3 pouces et demi, large d'un peu plus de 2 pouces, muni d'une poignée et garni de petites chaînettes d'anneaux ronds pendant au commencement de la lame, à sa courbure et à sa poignée (voir pi. VIll, 6).

Tout cela ressend3le extrêmement à l'appareil des Samans vagabonds. I^e Saman du Uituel agite et bat du tamboui'in, fuit retentir les sonnettes ou grelots de la ceinture en marchant comme son confrère des steppes, mais il y a d'un des deux usages à l'autre la distance qui sépare l'état barbare de la civilisation.

Quant au glaive, le Saman le tient droit devant lui et s'incline plusieurs fois vers sa lame ou fait des évolutions; la llèche, il la tient du bras étendu, devant soi, en récitant des prières. l^e but de i'(Mnploi de ces deux armes est certainement d'expulser les mauvais esprits ou, du moins, l'a été ; car dans la description des cérémonies il n'en est nullement question, el l'on ne pourrait pas se rendre compte de la raison véritable de cet usage si l'on n'avait que le code liturgique à consulter. >hiis les pratiques générales des Samans indépendants nous en font connaître la nature véritable.

Les Samans n'appartiennent pas tous au sexe masculin, il y a aussi des Samanes qui remplissent certaines fonctions liturgiques et peuvent, dans une certaine mesure, suppléer le

Saman. Ce sont, pour la plupart, des femmes de grands officiers du palais. C'est par erreur que le religieux russe, P. Hyacinthe Bitchurinskji, dit dans son ouvrage sur les mœurs et coutumes civiles et politiques de la Chine, cité par Schott, que les femmes samanes seules accomplissent les rites du sacrifice au temple impérial, à cause de la présence de l'impératrice. Le Rituel nous apprend que la participation de l'impératrice à ces rites ne dure que peu d'instants, et que c'est seulement pendant ce court espace de temps que l'on écarte les hommes autres que les eunuques.

Le sens et l'origine du mot Saman sont encore obscurs. Quelques-uns ont pensé devoir le faire dériver du pâli sanuina, représentant du sanskrit çramana, ascète. Schott, dans sa remarquable petite brochure intitulée : Ueber den Doppelsinu des Wortes Scliamane und ûher den tungnsisclien Samanencultus am Uofe der Mandju-Kaiser, a rejeté avec raison cette explication. 11 n'est guère probable, en effet, que l'on ait appliqué le nom des ascètes brahmaniques ou des pénitents bouddhistes aux enchanteurs du désert; leurs professions, leurs genres de vie sont trop difï'érents pour cela. En outre, le mot Saman n'est employé qu'à l'extrême orient de la Tartarie; s'il fût venu de l'Inde, il se fût d'abord acclimaté dans l'Asie centrale et eût passé de là au delà des monts. Les tribus tongou-mandchoues n'ont point eu de relation directe avec l'Inde, et les Chinois, qui leur ont communiqué quelque chose du bouddhisme, n'avaient point adopté ce terme pour désigner les religieux bouddhiques '. Et si parfois ils emploient le terme composé Sha-men, ils le distinguent parfaitement du Saman mandchou, car ils expliquent le premier par K'in-lao, l'ascète, le pénitent, et le second par Tclm-slien-jin, celui qui conjure les esprits. Le Tsing-wen-wei-slm le définit d'une manière équivalente.

Remarquons que les prières conjuratoires des Samans mandchous n'ont rien de mystérieux; point de paroles ma-

> En chinois on les appelle Ho-shang. Shamaii, souvent employé, est inexaci, c'est 5ama«; Shaman est une allération due à récrilure chinoise.

giques, ce ne sont que des invocations et prières des plus simples (voir, par exemple, livre I, 11 ss.).

Pour expliquer le mot Sainan, Schott le rapproche du mandchou sa, savoir, voir, tout en reconnaissant avec justesse que le mandchou n'a point de suffixe man; je le rapprocherais plutôt de samdambi, battre du tambourin magique et admettrais un Saman primitif désignant ce tambourin. Le Saman n'était pas seulement officiant, il était aussi docteur et enseignait, car le Mi7Wr mandchou l'indique au mot alhamhi qu'il explique ainsi : c'est quand le Saman enseigne [tacire] et que tous l'accompagnent en acclamant. Mais ce mot tacire semble avoir ici un sens extraordinaire, car le texe ajoute qu'ainsi l'on amène les esprits.

Nous ne savons pas exactement comment on arrivait à la profession de Saman. Le Rituel parle de maisons de Samans '^ ce qui semblerait indiquer ({u'il y en avait qui vivaient en commun. Probablement fallait-il faire son apprentissage chez d'anciens Samans et recevoir d'eux l'investiture des pouvoirs religieux et magiques. Un passage du chapitre III du livre ï du Rituel semble indiquer que les familles pouvaient choisir et créer un Saman à leur service spécial. Il est également parlé du choix des Samanes ou ministres du sexe féminin. Ce sont en général des femmes de ministres, officiers, hauts fonctionnaires du palais. Elles sacrifient dans leurs maisons.

B. Le Saman n'est point le seul ministre du culte mandchou; il en est bien le principal, c'est lui qui fait les cérémonies et offrandes les plus importantes, mais il a sous lui des ministres inférieurs qui l'aident dans l'accomplissement de ses fonctions. Ils se divisent en deux catégories principales, les ministres des encensements et ceux des oblations.

Les premiers comptent trois degrés. Le chef des encensements [hiya-i da), son assistant {hiya-ijanggin), et les servants {hiya-i niyalma), en outre des assistantes ou. ministres femelles la-i hehesi). Celles-ci n'ont que des fonctions secondaires :

' Voii- liv. 1, cl»;\p. 111.

apprêter les vases, étendre les tapis, coussins et les remettre en place, etc.

Les ministres des oblations ont un plus grand nombn; de degrés. On distingue parmi eux le chef {(la), son assistant [jauggin], des servants {urse), d'autres servants néeessaircîment mandchous [amsim-i manj II), ûes taigiija ou eunuques, puis des servants femelles [amsun-i lielwsi).

Le mot taigiya ^ peut aussi signifier « intendant, préposé à une fonction, direction, etc. »; mais ici le sens est bien ce eunuque » puisque dans les moments où l'impératrice assiste aux cérémonies, tous les hommes doivent se retirer à l'exception des taigiyas.

Les taigiyas du temple portent une robe de soie jaune.

{^'empereur et l'impératrice prennent aussi une certaine, part aux actes du (îulte, mais tout se borne pour eux à faire des prostei'uations, révérences ou prières, à tendre la tlèclie et à manger de la viande offerte en oblation.

J^es princes impériaux, AVangs, Kongs et autres chefs politiques, ont aussi certaines charges déterminées par la lilnrgie '^. Le texte distingue parfois le JaMn i iiba de dosila Ko)uj, titre correspondant au pa [en Kong chinois et désignant les degrés inférieurs au premier.

Les pères de famille ne sont pas non plus sans obligations religieuses, comme on le verra aux chapitre IV du livre I, dans les cérémonies à la chapelle de Shangsi, dans celles du livre 111, chapitre IV, pour la coupe du mat qui sert au sacrifice; pour le don des offrandes et des rubans nécessaires aux cérémonies du grand sacrifice [amharame wecere) que décrit le chapitre IV {initia) du livre III, seconde partie, etc.

' ForiiK' (lu chinois Tai-kia.

' Voir l(' Rituel, I , 3. Jls officient eux-mêmes aux temps piesciils, ils le foni loujoiirs chez eux; parfois ils accompa.yneriL l'emperi'iir. Leurs {gardes el celle tlii palais ont aussi quelque pari aux cérémonies.

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