IV. — Cérémonies
Les cérémonies du Rituel mandchou ne sont pas uniformes ; I! y en a de différentes espèces qui ont leurs noms et leurs règles propres. Les distinctions à établir entre elles ont rapport, soit à certains actes d'un caractère géiiéral qui peuvent être prescrits dans toutes les cérémonies ou dans un grand nombre d'entre elles; soit à certaines cérémonies particulières ayant un but spécial ou propre à certains temps, à des occasions déterminées.
Parmi les actes d'un caractère universel nous devons distin- Quer :
1° Les sacrifices principaux ivecere et metere. Le premier mot, outre une signification générale s'appliquant à tous les sacrifices, s'emploie spécialement pour l'acte du culte le plus solennel, le plus étendu, le grand sacrifice.
Le meteu est pour notre Rituel un sacrifice secondaire de moindre importance, demandant moins de cérémonies et d'offrandes, une seule victime vivante, etc.
Les deux termes réunis indiquent tout le culte dans son ensemble; de là, le titre de notre livre. Le. Miroir ajoute un autre sens à celui-ci ; d'après ce livrer c'est le sacrifice offert au ciel en tuant un animal des troupeaux.
2" Les offrandes qui ont leurs termes propres; on peut placer et arranger les objets offerts devant le siège, le piédestal d'un esprit, c'est doboro; ou bien en une autre place, même en dehors du temple : c'est juUere.
3** Les prières ; elles se disent de différentes manières : ce sont d'abord purement et simplement des paroles, une demande adressée à l'esprit, objet de la cérémonie {jalbariré}. Puis des prières chantées, psalmodiées, murmurées sur un ton autre que celui de la conversation ; elles ont principalement un caractère conjuratoire [jarire). A la fin de l'office du soir, on éteint les lumières et le Saman murmure des prières dans les ténèbres; c'est hiibure. A d'autres moments il se prosterne et cherche ;\
apaiser les esprits et à attirer leur faveur par des paroles flatteuses, dit le Miroir, c'est forobure. En outre, il y a une prière spéciale pour l'offrande du vin ; celle-ci se fait en plaçant le verre de vin sur une crédence, que l'on tient par les pieds et que l'on soulève pour la présenter aux esprits {gingnere).
Toutes ces prières sont dites par le Saman ; une seule est récitée par les assistants : c'est celle qu'on appelle Oroloro et qui consiste en une sorte de mussitatio, faite en chœur et dont les paroles ne nous sont pas données.
Les cérémonies se subdivisent en deux grandes classes, l'une comprenant les cérémonies faites aux lieux publics du culte, pour les besoins généraux du peuple; l'autre, les prières, offrandes et actes divers qui ont lieu à la maison ou autre endroit, pour les besoins des familles et des particuliers.
a) Le Rituel expose longuement les premières; elles sont très nombreuses et diverses.
Ce sont d'abord l'offrande des prémices, les cérémonies du premier jour de l'an, tant au Kun-ning-kong que dans la grande chapelle du Tangse, celles qui ont lieu le premier de chaque mois et le trois du premier — le premier jour de ce mois ayant sa fête particulière ; — les offrandes et sacrifices dans la chapelle de Shangsi le premier jour de chaque mois, les cérémonies en l'honneur des esprits des ancêtres, soit au Tangse le 26 du dernier mois, soit au Gurung où on les amène le 2 du premier mois; le sacrifice mensuel offert au Kun-ning-kong aux mômes jours qu'au Tangse, et qui se prolonge deux jours de suite, les offices de chaque jour au Kun-ning-kong, et les offrandes de choses précieuses aux quatre saisons pour obtenir biens et prospérité, la cérémonie du lavage de l'idole de Foucihi i, le jour anniversaire de la naissance de ce personnage.
Ce sont toutes grandes cérémonies fixées à certains jours de l'année; la plus importante de toutes et dont il n'a pas encore été question, est le grand sacrifice avec mât dressé, qui se
■i lîouddha
célèbre deux fois par an, au printemps et en automne. C'est l'acte le plus solennel du culte ; il demande des cérémonies préparatoires et dure deux jours. Le premier jour a lieu le sacrifice principal, Wecen, et le lendemain le sacrifice secondaire, Meten ^.
b) La seconde catégorie, celle des prières d'un caractère privé, comprend les cérémonies pour demander la prospérité, celles que Ton fait à l'ordo du Tangse pour les chevaux de selle, ou à la salle du sacrifice pour les chevaux en général ; ces dernières durent deux jours; puis des prières à réciter en faisant diverses offrandes : gâteaux, oie, poisson ou faisan, ou pour les enfants à la mamelle et principalement lorsque les boutons de la petite vérole commencent à se montrer, afin qu'ils sortent régulièrement et que la maladie ait son cours naturel. Telles sont les principales cérémonies qui composent le culte mandchou officiel, réglé par le Rituel impérial 2. Il est, en outre, beaucoup d'autres pratiques, estimées comme d'un effet salutaire dans différentes circonstances de la vie, accidents, maladies, phénomènes causant la terreur, etc. Nous en parlerons plus loin. Arrêtons-nous pour le moment au culte officiel. Bien que le Rituel le décrive d'une manière détaillée, il sera cependant nécessaire, pour l'intelligence des faits, d'en donner un tableau général et méthodique,
4. Culte de Shangsi, statues et tablettes, tabernacles et tables d'exposition. — Le culte des Mandchous s'adresse, comme nous l'avons vu, à Shangsi, à Foucihi (Bouddha), à Pousa (Bouddhisatwa), aux esprits des ancêtres et à d'autres esprits innomés. Shangsi n'a point d'image, ni de tablette; tout son culte se borne, dans sa chapelle, à de courtes cérémonies que décrivent les chapitres Vil et VIII du premier livre et qui ont lieu le premier de chaque mois; elles se composent uniquement
' Voir page 5i.
■ Ce llUuel parle aussi d'un saci'ilicii aux st^pl étoiles de lu i^nude Ourse, appelé jukerc ou amusi-bure; mais c'est là une importalioii (:liin()it.o comme on le verra plus loin. Les Mamlehous primidfs ne sàcrifiaieni pas aux astres. Tome XL. 3
d'offrandes et de libations, de prières avec prosternations. Elles ont ceci de particulier que le Saman n'y figure point. Tout est fait par les gardes des Wang, par un Mandchou père de famille, portant au cou un rosaire, et deux ministres inférieurs, servant des oblations. Les prières s'adressent exclusivement à Shangsi ; mais, chose également étonnante! dans l'invocation, le nom de Shangsi est précédé des mots a (ils du ciel ! » (fils étant au pluriel). Ce peut être une simple imitation du chinois ou un reste du culte du ciel, ces mots ayant ici leur sens naturel et non celui que le chinois leur donne en les appliquant aux souverains; ou bien ils se sont glissés ici par erreur.
Bouddha (Foucihi) a une statue ou image peinte, les autres esprits n'ont qu'une tablette portant leur nom. Les personnages inconnus, invoqués dans les prières {Kalim noycm, etc.), n'ont pas même de tablettes.
La statue de Bouddha repose dans une petite chapelle au Tangse, les tablettes dans des étuis i au même endroit. Pour les cérémonies qui les regardent, on les expose, soit dans l'ordo du Tangse, soit dans la salle du sacrifice, ou bien on les porto au Kiin-ning-liong , au Gurung, et même parfois dans les maisons particulières. Avant de les emporter on les invite respectueusement à venir oii l'on veut les transporter. Ce transport se fait au moyen d'une sorte de litière à brancards portée sur les épaules {kùjoo).
5. Descriplion du sacrijlœ. — Les divers actes des cérémonies se constituent des préparatifs, de l'arrangement des locaux (chapelles ou salles), des offrandes, des prières d'impétration récitées et des prières conjuratoires psalmodiées, du jeu des instruments de musique, des prosternations, des libations, de l'immolation d'une ou deux victimes dont on cuit et offre les chairs découpées et arrangées conformément aux rites, de l'emploi du glaive et de la flèche, ainsi que de cordons magiques. Après cela, un des objets les plus importants de cette liturgie, auquel nous devons une mention spéciale, c'est le mât
< Voir planche IV, 6.
ou tronc rfarbrc de différente grandeur, qui est employé dans les diverses cérémonies. Et l'on doit distinguer le mâtprincipai, planté dans un piédestal de pierre, posé ad hoc, pour les actes du culte qui le requièrent, du tronc beaucoup plus petit, qui est attaché à la tablc-ïiutel par devant et sous la planche qui le recouvre (voir pi. II). Ce dernier sert à suspendre, attacher des papiers magiques de différentes espèces et de diverses couleurs .qu'on laisse flottants pendant les cérémonies, que l'on enserre ensuite dans un sachet.
Ces papiers jouent aussi un grand rôle dans ces cérémonies. Ce sont des papiers d'or et d'argent, coupés en forme de monnaie ou de drapeau et servant à différents usages. On les offre aux esprits en les suspendant, soit aux divers troncs d'arbre, soit au suspensoir qui porte le rideau sacré, soit au cordon que l'on tire à travers tout le Tangse, ou l'on en étend sous certains vases; on les brûle, soit à la cérémonie môme, soit à la tin de Tannée, après les avoir conservés dan» le buffet du ïangse.
Par l'oblation et la destruction de ces monnaies fictives, le fidèle fait hommage de sa fortune et attire la protection des , esprits du ciel ou des ancêtres. Les drapeaux servent à témoigner l'exultation de la fête, le respect, ou à éloigner les mauvais génies, les hideux et méchants Ihitm. Il en est un spécialement que Ton plante devant la statue de Bouddha et que l'on appelle Eiiduri girdan, « le drapeau de l'esprit ».
La signification des mats, mais ou troncs d'arbre, n'est pas aussi facile à déterminer.
La vénération de l'arbre, le culte de l'arbre sacré, est-il le produit d'un écho de la tradition de l'arbre de vie paradisiaque ou celui du naturisme, de l'animisme le plus pur? Est-ce ici pour les Mandchous l'équivalent de l'arbre sacré des Chinois où l'on croyait que le génie des champs venait s'établir près de l'autel, pendant le sacrifice 'i? La chose n'est pas claire. Cependant il me semble difficile d'admettre qu'il y ait ici du
* Voir plus loiu.
pur naturisme. L'arbre planté, d'après le rituel tartare, n'est l'objet d'aucune vénération particulière. La raison donnée par le code chinois exclut également cette origine; l'arbre qui croît auprès de l'autel n'est pas vénérable en lui-môme, mais uniquement en tant qu'habité momentanément par l'esprit des champs. Cette descente et sa momentanéité excluent l'animisme qui demanderait au moins une demeure permanente du céleste habitant.
L'imitation du culte chinois nous paraît exclue par ce seul fait que le rituel mandchou ne suppose nullement la descente d'aucun esprit dans l'arbre, et ne prescrit aucun acte de vénération à l'égard de celui-ci 'i. Il est certainement l'objet d'un certain respect; les prescriptions relatives à sa formation, à son transport 2, indiquent autre chose qu'un tronc vulgaire, mais rien non plus ne trahit l'habitat d'un être surnaturel.
D'autre part, la tradition de Yarbre de vie, répandue dans l'Assyrie et la Babylonie, communiquée aux contrées mazdéennes comme on peut le voir par l'arbre Huâpa de l'Avesta et de la tradition pûrsie ?>, a très bien pu s'étendre dans les pays tourano-tartares avoisinants, et de là plus avant encore dans l'extrôme-orient. Mais ce n'est là qu'une possibilité. Les caractères du mai tartare n'impliquent nullement cotte provenance, sans l'exclure cependant. On peut y voir aussi l'objet d un culte de reconnaissance et d'impétration adressé aux génies producteurs du monde végétal.
L'arbre liturgique est principalement ici le saule {fodo). La raison de ce choix n'est pas claire; du reste, chez les Chinois, l'arbre sacré variait avec les dynasties. La fantaisie d'un chef pouvait déterminer ce changement; ou bien, si cet arbre était, en principe, le plus utile pour le pays, celui qui s'y trouvait en plus grande quantité, le changement de séjour du peuple ou
' il est cependant invoqué dans cerlaines prières. - Vdir Bitai'l, iiv. IV, ciiap. ], c. init.
'• Arbre croissant au milieu de la mer céleste et portant les semonces de lous les végétaux.
du souverain pouvait amener un changement dans l»; symbole du pays.
Le saule, dressé au sacrifice, a, d'après le Miroir, le but de demander aux esprits la prospérité. Au haut de ces mais on attache une sorte de vase dans lequel on dépose de la viande et autres offrandes. Ne serait-ce que pour rapprocher cette, oft'rande de ceux auxquels elle est présentée, de l'élevé)' vers le ciel? C'est encore une supposition admissible, bien que cette superposition du vase ne semble usitée que poui utiliser le mai, qu'elle ait été imaginée après coup; du moins rien n'indique que le mât serve uniquement à cela.
D'autres bois encore ont également un caractère sacré ou du moins liturgique : ce sont le sapin et l'aulne qui servent aussi à former des mais, le cèdre dont on fait des tables, buftéts, armoires, suspensoires, etc., Vanculiiyan dont on fait les bâtons de parfum, et l'oreille-de-souris i, plante qui croît parmi les grains au premier temps; sa feuille ressemble à celle du tabac et elle a un goût amer.
Jetons maintenant un coup d'œil sur l'ensemble de chaque partie de cette liturgie sacrificielle. Nous nous bornerons ici à décrire ce dont il est question dans le Rituel impérial, réservant à une section ultérieure tout ce qui est du domaine des pratiques privées.
6. Sacrifice. — Le sacrifice et les diverses cérémonies officielles s'accomplissent, comme on l'a vu, dans les chapelles ou la grande salle du Tangse, dans le Kun-ning-kong et le Gurung. Parfois on passe de l'un à l'autre de ces locaux et l'acte liturgique se partage entre eux. On invite alors et transporte les esprits.
Préparatifs des cérémonies. — Ils consistent : 1" A disposer le lieu où doit se faire le sacrifice. On a vu qu'il y en avait plusieurs destinés à cet usage : Ordo, Kun-ning-fou, Gurung, etc. Chacun a ses jours déterminés. On y apporte les tapis et coussins qui doivent servir aux prosternations du
' ^ingg<n-iiltan. . ,.
Samaii et Je l'empereur, quand ce dernier figure à la cérémonie, les tables, vases et autres instruments. On suspend à'une espèce de porte-essuie-mains, un rideau à bord brodé, d'étoffe précieuse, qui semble avoir eu pour but originaire de cacher les esprits que le Saman invoquait et qui étaient sensés venir k la cérémonie, 11 ne semble plus guère servir qu'à y attacher des papiers liturgiques, des bandes d'étoffe, etc., mais il joue un grand rôle dans tous les actes solennels du culte.
2" Apprêter les cassolettes à encens et allumer les bâtonnets de substances parfumées. Ces bâtonnets sont faits avec des feuilles d'arbres odoriférantes. Le principal est Vanculiiyan (chin. Ye-U-hian{j), à la fouille longue et épaisse, qui croît sur la Longue-Montagne-hlandie, en Mandciiourie, au nord de Moukden. On en moud les feuilles, et de la pùte qui provient de cette opération, on fait de petits bâtonnets minces qu'on brûle dans des cassolettes fermées, percées seulement de quelques trous au-dessus. On fait aussi l'encens avec la feuille du Kien Feng, rotin qui vient au bas des rochers et dont le fruit ressemble au raisin sauvage.
3" Distiller le vin destiné aux libations. Comme il est dit à la préface du Rituel, tout ce qui sert au sacrifice doit être fait exclusivement pour cet usage. Ce qu'on appelle ici vin n'est que du jus distillé du millet blanc ou rouge que l'on extrait au moyen d'une presse faite ad hoc. On verra plus loin l'explication du procédé (voir pi. V, 3),
4" Apporter l'eau des libations dans les vases destinés à cet usage, les instruments de musique, le glaive, la flèche, les vêtements du Saman, les papiers découpés en forme de monnaie, en morceaux carrés ou en grande feuille, selon les usages divers indiqués au Rituel ; les pièces d'étoffe, banderoles, cordons simples et tressés à la main, etc.
5<» Préparer les gâteaux et autres objets servant aux offrandes, fruits, poisson, etc.
- Les gâteaux sont de diverses espèces qui varient avec le genre de sacrifice et le jour de l'an ou du mois où il se fait. On en distingue deux genres principaux : le gâteau {efen) ordi-
naire et celui qui est fait à la feuille d'arbre {abdaha efen). Pour faire les seconds on enveloppe la pâte molle et crue dans des feuilles et on la fait cuire ainsi enveloppée. Il y a pour ces pains, différents noms donnés selon 1 arbre dont la feuille a servi à la cuisson, Hoan mou, polo ou sésame.
Les autres gâteaux diffèrent de noms selon la substance cjui en forme la farine : millet, sarrasin, fèves, mélange de ces graines, etc., selon la cuisson à l'eau ou à l'huile, ou bien la forme extérieure du pain. Ainsi le mudan est tiré en long et a deux ou trois courbes comme un serpent (voir les détails plus loin, page 43).
On offre aussi du riz cuit au bain-marie qu'on appelle alors LaUi buda. Ces différentes espèces de gâteaux sont expliquées au Rituel, livre V.
6" Chercher la victime convenable et la tenir proche et prête. Pour les grands sacri lices publics, le Rituel n'admet qu'un seul genre de victime : le porc. Il y en a deux au sacrifice principal {ivecen] et un seul au sacrifice secondaire [meten). On voit toutefois au chapitre II du livre I que la victime officielle peut être un bœuf ou un mouton. Quelquefois cette victime est un jeune verrat; pour les grandes cérémonies ce doit être un ou deux porcs de grande taille.
, Aux sacrifices accessoires, spéciaux à un genre de cérémonies pour intérêt privé, on peut offrir deux carpes, une jeune oie, un ou deux faisans.
Pour les offrandes faites par les particuliers pour leurs besoins domestiques, on peut tout offrir, pourvu que ce soient des objets neufs et intacts; mais non des pains mal séchés ou moisis, du vin aigri, des fruits trop ou pas encore mûrs, des animaux blessés, mutilés, défigurés ou tués depuis plus d'un jour.
7" Apprêter les instruments de musique; ce sont :
a) Une sorte de guitare à long manche, fifan (chin. pipan), (voir pi. YIIÏ, 4);
&) Une espèce de mandoline à caisse bombée et manche beaucoup plus long encore, teuggeri (voir pi. Vllï, 1);
c) Des castagnettes [carki) d'une forme assez grossière, formée de deux planchettes étroites au-dessus, élargies au bout et liées ensemble par trois ou quatre cordons attachés à la tête (voirpl. Vm, 3);
d) Un tambour à deux peaux, attaché par trois côtés au milieu de trois bois formant support droit et tenant ensemble par des traverses placées au bas; ce tambour a deux baguettes (voir pi. VIII, 7);
e) Ces instruments sont fréquemment accompagnés par un battement de mains, cadencé en mesure et fait en frappant, l'une contre l'autre, les deux paumes un peu bombées.
Le son bruyant et varié des castagnettes, du tambour et des battements de main nous est suffisamment connu. Ce que peut être la musique des deux instruments à cordes, c'est ce que nous ne saurions dire, faute de tout renseignement. Mais nous ne craignons pas de calomnier cette musique en supposant qu'elle doit être assez insignifiante et des plus monotones; pas d'harmonie, pas de mélodie, c'est certain. Y a-t-il quelque chose qui puisse rappeler de loin les antiennes et graduels grégoriens? Nous le désirons sans oser l'espérer.
8** On doit aussi exposer, sur le piédestal à ce destiné, le tabernacle contenant la statue de Bouddha, les tablettes de Pousa, des esprits et des ancêtres (voir pi. IV, 3, o). On le transporte sur un Kiyoo ou espèce de char sans roue, muni d'un brancard que plusieurs hommes portent sur leurs épaules. Il est recouvert d'une sorte de dais. Le Kiyoo sans dais est appelé iletu kiyoo, Kiyoo ouvert,. apparent au ciel ouvert.
9" On dispose en outre deux poêles ou foyers, l'un en carr»'^ oblong ayant trois fourneaux et trois trous au-dessus pour les vases à cuire; l'autre portatif et composé d'une sorte de chaudière haute, reposant sur un support avec place en dessous pour le bois qui alimente le feu (voir pi. V, 4; Vï, 2).
Tout cela est préparé par les ministres de second ordre. Le Sanian ne vient que pour les cérémonies principales : offrandes, prières conjuratoiresetdéprécaloires, sacrifice de la victime, etc.
Tout étant préparé et mis en ordre, on procédait au grand
acte de la roligion tartare dont nous allons donner une description générale.
Acte du sacrifice. — On attache le rideau à son suspensoir triangulaire, à tête de dragon, et l'on y suspend des papiers d'or. On apporte le tabernacle de Foucihi, on le met dans l'espace du côté du sud, sur son piédestal, et l'on en ouvre la porte pour laisser voir l'idole. On suspend au rideau les images de Pousa et des esprits des ancêtres. Sur le banc latéral proche du rideau et du tabernacle on pose deux tables, et sur ces tables deux cassolettes d'encens .qu'on fait brûler, des verres pleins de vin doux distillé exprès, des fruits et des gâteaux. Devant l'auteltable on étend un tapis, sur ce tapis on met deux tables portant deux vases, l'un plein de vin, l'autre vide. De l'autre côté on pose deux tables couvertes de zinc pour servir à l'immolation de la victime. On amène alors l'animal destiné au service des esprits et on le place en dehors du local du sacrifice la tête tournée corJre la porte. Les musiciens viennent se placer des deux côtés de l'autel; le Saman s'avance et se place devant la table de l'autel, bénit le vin et se prosterne. Puis il reçoit le glaive des mains des ministres, l'agite et le vénère tandis que les musiciens jouent de leurs instruments. Le Saman se prosterne de nouveau et reste prosterné tandis que les servants enlèvent le tabernacle de Bouddha et la tablette de Pousa pour les reporter dans la chapelle ou ils se conservent; là ils posent des cassolettes à parfum fumant sur le piédestal qui les porte et posent par devant un rideau pour cacher les objets de la vénération publique. On place ensuite les tablettes des esprits protecteurs au milieu du temple et on leur olfre encens et vin doux.
Gela fait, on replie le tapis et l'on amène les victimes. Le Saman, après diverses prières et prosternations, fait une libation dans l'oreille du porc; puis on étend la victime sur la table recouverte de zinc où on lui donne le coup de mort. Des femmes assistantes recueillent son sang dans deux vases et vont les poser sur une table; là on l'écorche, on le vide, on découpe les chairs que l'on fait cuire, on en prend une portion pour la table aux oblations, on arrange le reste sur un plat.
Le Saman renouvelle encore lu bénédiction du vin. Après cela on emporte les os et la peau, le foie et les pattes et l'on brûle en lieu propre les os, les pattes et le foie, dont on jette les cendres dans une eau courante. On fait alors venir des employés en nombre suffisant, on leur fait manger les chairs cuites dans le temple même et l'on remet tout en place.
L'empereur assiste à la cérémonie; tout son rôle se borne à quelques révérences et génuflexions. On étend pour lui des tapis et coussins particuliers. Si l'impératrice l'accompagne, on fait sortir tous les ministres mâles autres que les eunuques pendant que la souveraine s'avance cl fait les révérences près-" crites. Tous deux mangent de la viande consacrée par le sacrifice.
7. Jnstriunents du culte. — Terminons ce chapitre par un coup d'œil jeté sur les instruments du culte.
Nous avons vu plus haut les instruments de musique, les ornements du Saman, les objets dont il se sert, les mâts, papiers et tentures qui font les objets principaux des cérémonies; les chapelles, tabernacles de Shangsi et de Foucihi, les fours ou foyers servant à cuire les viandes, etc.; il nous reste ci dire un mot des meubles, vases et gâteaux.
Le local consacré au culte doit être pourvu de buffets, armoires et caisses assez plates, munies de couvercles pour contenir tous les instruments, tablettes, statues, étuis, ornements, etc. (voir pi, VI, 1).
Tables. — Les diverses cérémonies demandent des tables de différentes grandeurs et formes. C'est d'abord la grande table longue et haute à quatre pieds avec un tronc de saule ou de sapin, sur le devant, en guise de cinquième et qui sert d'autel (voir pi. II); des tables longues et hautes ou basses, petites et basses pour poser les offrandes, le vin, la victime (pi. III, 1, 4); une petite table très basse servant de prie-dieu au Saman pour les prières récitées à genoux (pi. III, i); de petites crédences ou vases longs et plats, carrés, en bois {(en) (pi. VII, 4, 5); et comme supports dans ces crédences des planches avec quatre petits pieds (/i772î7zf|/fl/i) (pi. VI î, 7).
Vases. — Il y en a de très différentes fornncs. Ce sont d'abord des cassolettes a encens en cuivre jaune, fermées mais percées ' de trous à la surface supérieure (voir pi. Il); puis des vases h couvercle haut et arrondis vers le milieu ijnalu) (pi. IV, 7), des vases de diverses grandeurs en forme de grande jatte, ^ tasse sans anse, coupe [moro, anggara), de plus petits ou jattes moyennes [hontaha] (pi. VI). Ce sont en outre des plats pro- ■ fonds de plusieurs grandeurs [alilw), de grandes soucoupes • {taili), plateaux; des plats pour faire égoutter le riz (pi. VU,' 1, 2, 6-12); des marmites servant au grand four [miicen) et au petit four (nere); un vase percé vers le bas pour laisser couler le vin et un entonnoir à même fin.
Les gâteaux varient avec les cérémonies. Ceux qui sont employés au temple sont : Mudan, fait de farine de sarrasin ou de millet et dejé mêlés qu'on laisse ainsi une nuit entière, puis qu'on tire en long et en forme de serpent et qu'on cuit dans l'huile.
Miijeku, farine de millet cuite dans l'eau, puis égouttée et cuite au bain-marie,
Giose, pâte de millet et de haricot mélangés, tirée en long et cuite dans l'huile ou la graisse.
Feshen, gâteaux faits en versant de la farine de grain dans l'eau bouillante, la laissant se former en pâte épaisse, puis y mêlant de la farine de pois et formant le tout en petits pains ronds.
iMere jempin, farine de sarrasin frais trempée dans l'eau, battue fortement, cuite et présentée au W^cceku pour qu'il en aspire l'odeur.
Toholio, farine trempée, battue, formée en rond et très plate, cuite à l'eau.
Diibise, gâteau de haricot, rond, et dans lequel on enfonce des haricots entiers bien cuits.
Saksan, gâteau en forme de pomme de pin et sur lequel on cuit un autre petit gâteau en forme d'oiseau adhérent au premier.
Beibim, gâteaux laissés en offrande devant les esprits après' qu'on a enlevé la viande et les gâteaux pour les manger.
Sesi, gâteau de farine de millet et de froment mêlés, arrondis et cuits dans l'huile.
Lala buda, riz cuit au bain-marie et laissé sur le plat.
En ce qui concerne la viande, on distingue : sort yali, viande assaisonnée et coupée en fines tranches; sefere yali, douze morceaux de viandes mis en offrande l'un sur l'autre; amha yali, la viande du sacrifice que l'on donne à manger; ammn i yali, la viande découpée, cuite avec une sauce et présenter aux esprits.
Toutes les cérémonies décrites jusqu'ici constituent le culte public et officiel, mais il y en a encore une foule d'autres et de pratiques qui ont pour but les intérêts particuliers, des circonstances particulières, dont quelques-unes sont mentionnées dans le Uitucl et le reste ne se trouve qu'épars, çà et là, dans les dictionnaires, livres de récits, etc. La plupart constituent à nos yeux des superstitions puériles. Nous en énumérerons un certain nombre, sans viser aucunement à être complet. Qui pourrait dire toutes les pratiques superstitieuses de nos campagnes et aussi de nos villes européennes? Il suffit d'en avoir donné quelques exemples.
Celles dont le Rituel fait mention ont pour but de prévenir les calamités, de s'attirer la protection des esprits quand on doit séjourner ([uelque temps hors de chez soi, à la campagne, ou (pi'on en revient, d'obtenir une heureuse croissance des grains, ou la conservation des moissons emmagasinées. Les fêtes domestiques, les mariages, occasionnent aussi certains actes liturgiques.
Pour prévenir les calamités, on offre un jeune verrat hors de la porte, le soir, lorsqu'il fait complètement obscur; pour s'assurer un séjour ou un retour heureux, on suspend un rideau ou des vêtements en forme de rideau, on offre du vin et des gâteaux, on sacrifie un porc. Pour la croissance des grains, on suspend des papiers à un arbre dans la campagne, et l'on y offre des boulettes de riz; pour la préservation de la récolte, on offre des gâteaux déposés sur un arbre, sur un sapin principalement. Pour les fêtes domestiques et les mariages, on offre
des objets précieux i ; au second cas, on les prend parmi les présents obligatoires de la famille du fiancé 2.
Parmi les cérémonies privées d'un caractère superstitieux, nous citerons seulement les suivantes, en usage chez les Mandchous :
1° Les principaux moyens d'attirer l'attention des esprits et de s'assurer leur protection, sont de poser quelque part en oblation des gâteaux ou d'autres comestibles, que le fidèle mange respectueusement pour que ces objets consacrés ne soient point profanés; de répandre en l'honneur des esprits du riz, du grain, des fèves ou autres objets de même nature; de suspendre des rideaux ou habits, ou des morceaux de papier taillés de différentes manières, selon l'occasion ; de planter une perche, un mai, soit en terre, soit dans un support, et d'attacher à son extrémité supérieure une botte d'herbe ou un vase sur lequel on pose un morceau de viande ou un autre aliment en oblation.
â'' Quand quelqu'un est malade et que l'on craint pour ses jours, on coupe des papiers en formes de monnaie ou d'hommes, on les brûle et l'on répand du riz et de l'eau. Ceci se fait pour obtenir des esprits la guérison du malade [Biiceli benere).
3° Si le mal continue, on appelle un Saman, qui coupe des papiers de cinq couleurs, en nombre égal de chacune, et les attache à un bois de saule planté droit, puis bat avec force du tambourin magique 3, pour chasser les Hutu qui assiègent le malade.
4° On appelle également le Saman quand le bétail n'est pas en santé florissante pour chasser de môme les mauvais génies, auteurs de ce mal.
5" Une autre manière d'écarter les maladies et leur cause
' Comparer la Cérémonie offioielle, liv. IV.
- Chacune de ces pratiquas a son nom particulier que, nous ne croyons pas utile de mentionner ici. Ils se trouvent en partie dans le Manjngisun i bulcJai ; en partie dans le l'sing wen wei ahu.
^ Untiin, imcin.
surnaturelle, c'est de faire vœu d'immoler un porc; puis, quand la bête est tuée, d'en prendre le crâne, de le mettre au bout d'une perche haute plantée en terre et de le présenter ainsi aux esprits.
6" Lorsque, dans un cas semblable, on a fait vœu de sacrifier un aninral quelconque, pour s'assurer l'effet du vœu avant d'avoir pu l'accomplir, pour que le malade ne succombe pas avant cela, on met un morceau de viande au bout d'un bâton que l'on dresse sur le plancher ou le sol de la maison {oyo
7» Pendant les épidémies, c'est â Vesprit des tigres qu'on s'adresse. On lui fait des offrandes, on bat du tambourin, etc. {fu(les'embi).
8° Lorsque quelqu'un est censé possédé d'un Hutu, ce qui arrive fréquemment chez les Tartares, on appelle un Saman, qui se met avec les enfants de la maison à crier si fort que h; mauvais esprit s'enfuit épouvanté.
9" Ln enchantement très efficace pour obtenir la richesse et la prospérité consiste à couper des bandes de papier de plusieurs couleurs et de les attacher au mur ou au mai par une corde, puis de couper des bandes d'éioffe des mêmes couleurs et de les faire pendre au-dessus de ces papiers, toutes du même côté, les assujettissant de l'autre à une table sur laquelle on a déposé les restes du sacrifice. Si ce charme reste ainsi quelque temps, son efficacité est infaillible {Siren futa).
D'autres fois on se contente d'attacher une longue feuille de papier à une pièce de bois et de la tenir ainsi suspendue en la balançant pendant que l'on récite les prières de conjuration [Shini algara de jafara).
Rien aussi de plus puissant que de découper des hommes de papier et de les suspendre au lieu du sacrifice {lurje faitambi).
10" Pour obtenir la prospérité, on fait un sacrifice [wecen) et l'on tresse à la main des cordons de différentes couleurs que l'on met au cou des enfants pendant la cérémonie {sorol'O futa).
On coupe aussi de petites pièces carrées d'étoffe {targa), et on
les attache au dos des enfants, pour leur obtenir la protection des esprits et le bonheur.
11° Quand des enfants au lit sont pris de peur, on pend audessus de leur berceau l'os supérieur du crâne d'un porc, qu'on laisse balancer [onggoro). Quand une apparition subite leur cause une frayeur violente, on appelle un Saman et l'on se met avec lui à pousser de grands cris du côté où l'apparition s'est faite.
12° Pour assurer le bonheur d'un enfant, on le voue à un esprit pour qu'il le protège. Cela se fait de la manière suivante : on roule ensemble un cordon de soie et une bande de papier très étroite et on les lui met au cou; puis on prend des gâteaux ronds, on en range neuf, l'un sur l'autre, dans deux plats que l'on met dans les mains de l'enfant pour qu'il les présente à l'esprit; après quoi l'on mange les gâteaux {sori sahambi).
13" Quand on cherche la solution d'une question, le meilleur parti à prendre est d'employer pour la trouver le procédé magique que voici : on fait trois ronds et l'on trace sept lignes à travers ces ronds. Puis l'on détermine un nombre qui devra désigner celui des deux partis que l'on doit prendre, la solution la meilleure; on compte sur les lignes et l'on se décide selon qu'on tombe sur le nombre fixé ou sur un autre nombre, soit supérieur, soit inférieur. Mais pour s'assurer l'intervention des esprits dans la solution, on a dû d'abord attacher un cordon en offrande à une branche de saule. Cela s'appelle foyo faitcimbi et foyo faitame tmoamhi.
14" Un autre moyen de guérison des maladies est de lier des hommes de papier aux bras d'un homme alité, en prononçant les formules convenables, puis de couper les fils qui tiennent ces mannequins, en récitant de nouvelles formules. L'esprit alors coupe, à son tour, les liens qui attachaient la maladie au corps du patient {siren faitamhi).
IS" Un moyen infaillible de se prémunir contre tout danger, quand on traverse une forêt ou qu'on gravit des montagnes désertes, c'est d'offrir un sacrifice à l'esprit des chemins
{Fiehu marna) et ce sacrifice consiste à suspendre par-ci par-là, aux branches des arbres que l'on rencontre, de petits hommes de papier. C'est comme un pacte fait avec l'esprit et sa protection est, par cela seul, assurée.
16" Pour que tous les objets d'alimentation que l'on apporte dans une maison se conservent quelque temps et tournent au bien des habitants de cette demeure, on doit suspendre derrière la porte intérieure une pièce d'étofte attachée à un long cordon {wali marna) et chaque objet qui entre dans le vestibule doit être tenu un instant devant cet étendard.
17° Pour expulser les mauvais esprits du logis, les femmes y battent du tambourin à toutes forces.
18° Pour attirer la protection des esprits sur de nouveaux mariés, on doit, avant le repas de noces, cuire de la viande, la couper en morceaux et jeter ceux-ci épars sur le sol, puis répandre de même du vin jeté au loin.
, 8. Culte des morts. — La mort est naturellement l'événement qui donne lieu au plus grand nombre de pratiques religieuses, chez les Mandchous comme parmi les autres peuples. En voici quelques-unes :
a) Aussitôt après la mort, on met le cadavre en ordre dans le lit, on le lave et le nettoie et le dispose convenablement [derilemhi, jafamhi). Trois ou cinq jours après, on refait la môme opération {tomsombi), puis on le met au cercueil {tehumbij. Avant cela on place une crédence devant le cadavre, on y dépose des offrandes, on y brûle des petits papiers et l'on dresse un drapeau {waUyara iiadaiï). Le lendemain on fait la môme cérémonie, sans drapeau {siseiidumbi).
On répand du vin et de l'eau-dc-vie pour le mort {hisalambi) et les parents viennent deux à deux faire la même chose igilambi).
Quand on conduit le cadavre en terre, on répand des papiers sur le chemin, devant le convoi.
A la tombe môme, on plante un tronc de saule {fodo) dans . un bois creux et l'on y attache des papiers de différentes couleurs, coupés en forme de monnaies.
D'autres pratiques demandent certaines dépenses que tout le monde ne peut pas se permettre ; par exemple :
Oren teibiire. C'est, à la cérémonie indiquée ci -dessus {waliyara), placer en ordre sur un lit, comme sur le corps du vivant, son bonnet et son habit, présenter des offrandes, puis prendre des papiers et les brûler.
Koyorhombi. C'est tuer un cheval d'attelage, l'écorcher complètement, avec soin, de manière que la peau reste entière et intacte, bourrer celle-ci bien pleine, mettre dessus la selle, faire des offrandes et libations, puis prendre la peau et la selle, les brûler avec des papiers-monnaie. On reconnaît là un peuple de cavaliers.
Les esprits des morts ne sont pas toujours bienveillants ; parfois ils tourmentent un malheureux vivant; il faut alors, pour les apaiser, offrir de l'eau de riz, brûler des papiers, etc., \puceli-henemhi).
Quelquefois, l'esprit d'un mort entre dans le corps d'un vivant et parle par sa bouche. Il faut lui faire des offrandes et jouer du tambourin pour le chasser.
Toutes les pratiques que nous venons d'énumérer ont un caractère purement religieux; rien ne s'en fait dans un but d'honneurs de ce monde. Les nations orientales n'ont jamais pensé à scinder l'homme en deux parties, accordant l'une à la terre, l'autre au monde ultérieur. Pour eux, la religion fait partie essentielle de la vie. D'autre part, il ne s'agit nullement d'un culte rendu aux morts. Les offrandes ont pour but de nourrir et de réjouir les mânes; les mais, les papiers, les bannières, servent à honorer les esprits, à gagner leur bienveillance.
Le sens de ces pratiques n'est pas toujours facile à saisir. Le saule, dit le Miroir, représente l'esprit du mort; on ne comprend pas bien pourquoi. Croyait-on peut-être qu'il y réside? Les papiers brûlés représentent l'immolation, le sacrifice de biens en l'honneur des êtres surnaturels, supérieurs -A l'homme. C'est là du moins l'explication la plus probable.