‹ La religion nationale des Tartares orientaux [microform] Mandchous et Mongols, comparée à la religion des anciens Chinois, d'après les textes indigènes, avec le rituel tartare de l'empereur K'ien-LongChapitre 9 sur 76 · SI · texte numérisé non relu

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rogènes, on pourrait même dire de trois, si le troisième y jouait un rôle plus considérable et moins isolé. Les noms de Foucihi et Pousa, au milieu de ceux des autres esprits et de ces génies auxquels les invocations sont adressées, font évidemment l'effet de plantes exotiques au milieu d'une végétation toute indigène. C'est le bouddhisme qui s'est insinué au milieu du culte pur et simple des esprits et des ancêtres, c'est l'inde introduite dans la Tartarie.

Jusqu'où le bouddhisme s'est-il étendu, quelle part faut-il lui attribuer dans cette religion? C'est la question qui se présente ici devant nous et qu'il ne sera pas malaisé de résoudre.

Toutes les doctrines qui se manifestent dans ce culte et qui en sont la cause productrice, toutes les pratiques auxquelles ce culte a donné naissance, sont tartares sans presque aucune exception.

Ce qui ne l'est point a été emprunté à la Chine antique et non aux contrées bouddhiques. Il pourrait en être ainsi spécialement des tablettes des esprits. Mais la croyance à ces esprits et la nature qui leur est ici attribuée, les pratiques inventées pour les rendre favorables, les apaiser, le sacerdoce samanique, ses usages et ses instruments : ceintures, grelots, sonnettes, glaives, flèches, tambours, etc.; les prières du Rituel, les règles sacrificielles générales et particulières, l'immolation des porcs, les papiers-monnaie à consumer par la flamme, le double jeu des tambours, les mais avec les vases superposés, les banderolles flottant au cou des chevaux consacrés aux esprits, tout en un mot est tartare et rien que tartare.

Le bouddhisme est venu poser un double nom au milieu de la liste des objets de la vénération populaire, il a fait créer quelques cérémonies en l'honneur du nouveau personnage introduit parmi les êtres surnaturels vénérés dans l'Extrême- Orient, et c'est tout. A cela s'est borné son rôle et son influence.

On voit par là avec quelle vérité on rangeait les Mandchous parmi les nations bouddhistes et l'on grossissait de leur nombre les millions des sectateurs du Bouddha-Çâkyamouni.

C'est avec autant de raison que l'on compte quatre cent millions deChinoisbouddhistes, parce que Bouddha a été introduit parmi les génies auxquels les Chinois demandent la félicité et la délivrance des maux. C'est pour la plupart un nom de plus ajouté à la démonologie, ce n'est point l'auteur d'une religion auquel ils se soumettent.

S'il en est ainsi, ne pouvons-nous pas remonter plus haut encore dans l'histoire de cette religion, et nous faire une idée exacte de ce qu'elle était à l'époque où le bouddhisme n'avait pas encore pénétré dans les hautes régions du Sahaliyan-Oula?

Cela se peut jusqu'à un certain point, du moins quant aux grands principes des croyances. Nous avons pour cela des documents originaux qui nous permettent de remonter cinq et six siècles au delà des temps que représente notre Rituel, à l'époque oi^i les tribus de l'Amour vivaient nomades et indépendantes, puis formèrent le grand empire national qui s'étendit au XIII" siècle jusqu'au centre de la Chine. Ces renseignements nous sont fournis par l'histoire de l'empire des Niu-tchis, dit empire d'Aisin ou d'Or i, écrite en 1646 par ordre des généraux mandchous, oncles du jeune empereur Chun-tchi et régents du royaume. Les renseignements que nous y trouvons s'étendent jusqu'au X« siècle. La religion, il est vrai, n'y est point traitée ex professa; ce n'est que par occasion qu'il est parlé de l'état religieux de ces peuples ; aussi les pratiques du culte et les superstitions y sont à peine mentionnées, mais l'essence des doctrines y est sufiisamment indiquée, et nous pouvons suivre d'une certaine manière les évolutions des croyances.

Nous avons recueilli avec soin tous les traits qui ont rapport à notre sujet, traits épars et bien incomplets, mais néanmoins intéressants et importants à connaître. Nous nous référerons ici à notre traduction, la première qui ait été faite de cet ouvrage ''■^.

' lui chinois, lun.

- Hisloire de l'empire de Kvi ou d'Or, liadiiite pour !a première fois. Paris, 1880. G. Leroux.

Le premier point, chose essentielle à noter, c'est ({irau commencement du Xill*= siècle, le bouddhisme n'avait point encore pénétré dans le culte oftîciel. Non point qu'il n'eût encore été importé dans la Mandchourie ; il y avait bien quelques adhérents dès le X"^ siècle. C'est ainsi qu'un prince de la famille Wan-Yan, qui devint souverain de l'empire des Niu-tchis ^, est signalé comme adonné au culte de Bouddha. « Agounai », dit le texte, a frère aîné de Sian-pou — le fondateur de la dynastie impériale niu-tchie — était Fucild de amiircm, attaché à Bouddha », et poui^cela, il resta en Corée, alors que son frère allait s'établir dans le pays de ses ancêtres 2, Plus tard, nous voyons qu'il s'était fondé des bonzeries dans l'empire niutchi, mais elles ne jouissaient pas des faveurs otficielles ; elles étaient simplement tolérées, et leur existence, leur développement, étaient môme contrariés. La loi les tolérait mais n'allait pas plus loin. C'est ainsi que l'empereur Si-tzong, le plus grand prince qu ail produit la dynastie niu-tchie, disait dans un édit adressé à ses ministres :

« A ce que j'apprends, le peuple inintelligent, recherchant la richesse, bâtit des temples à Bouddha. Bien que ce ne soit pas interdit par la loi, on va bien loin au delà de ce qu'elle permet. Défendez-le par une loi nouvelle, et qu'on ne dépense plus ses ressources en pure perte •^. » Une autre fois, le même souverain dit encore à ses ministres rassemblés : « Bien des gens cherchent la fortune en flattant les bonzes et les Tao-sse; je connais leur première erreur (qui les a fait entrer dans des associations trompeuses) et leur ob^tination subséquente (qui les y fait rester). La première était excusable, la seconde est coupable. Le ciel ayant créé le souverain pour gouverner les peuples, si ce prince des hommes s'adonne à son gré au plaisir et à l'indolence, il lui sera bien difficile d'obtenir la prospérité. S'il aime vraiment

* Tribu loiigouse habitaiil les bords de l'Amour qui soumit en son pouvoir touips l(^s tribus voisines el fonda le grand empire d'Or. 2 Voir Histoire de l'empire de Kin ou d'Or, p. 3, c. init. 5 /fcjVy., p. 135.

le peuple, le ciel suprême, secondant ses intentions, lui donnera certainement cette heureuse fortune qu'il désire (il ne l'obtiendra pas par le culte de Bouddha) ^ . »

Plus tard encore, il insiste sur les prétentions des bouddhistes qui veulent faire dépendre le bonheur des hommes, la prospérité des nations, de l'observation des préceptes bouddhiques, il considère que cette prospérité vient de la sage conduite et non des pratiques du bouddhisme "^.

D'autre part, les bonzes cherchaient à gagner la faveur du prince; ainsi nous voyons les Hoshang de Hoei-ning-fou présenter à ïai-tzong un os de Bouddha 3 ^1123). Ce qui n'empêchait point les rois niu-tchis de chercher h diminuer leur nombre par desédits.

Notons encore que l'empire niu-tchi s'étendant sur une grande partie de la Chine, les paroles de Si-tzong citées ci-dessus s'appliquent principalement aux Chinois.

]^e bouddhisme était donc une plante parasite sur la terre niu-tchie. La religion de ce pays était toute différente, et des textes glanés ç'i et là nous permettent d'en reconstituer les grandes lignes. Mais comme ces peuples se laissaient constamment aller à imiter les Chinois, il nous faudra user d'une grande pruilence dans le choix de ces témoignages.

Voici d'abord celui que le roi Si-tzong donne à la religion de ses ancêtres. Il est d'autant plus important que ce prince s'était proposé de restaurer les mœurs originaires de son peuple et d'arrêter l'envahissement des idées chinoises. Un jour qu'il instruisait ses fils et ses ministres de l'utilité de l'étude de l'histoire, il leur dit : « Nos peuples niu-tchis, dès l'origine de l'État, étaient droits et justes. Bien que ne connaissant point les livres, ils savaient sacrifier au ciel et à la ^erre, respecter leurs parents, vénérer les vieillards, exercer l'hospitalité envers les étrangers, être fidèles à leurs amis,

' Hisloirc do l'empire de Km ou d'Or, p. 14;;. - loid., i>. IGo.

■■' Ibid., [). .-il.

observer parfaitement les lois de la politesse et de la convenance. Ils faisaient tout cela spontanément, et leurs vertus ne ditféraient en rien de celles, qui sont décrites dans les livres (chinois). Vous devez étudier et pratiquer les mœurs de notre pays de Niu-tchi i. » Je cite ces paroles en entier pour montrer qu'il s'agit bien de la religion niu-tchie avant qu'elle eût subi l'influence des idées chinoises. De son coté Tai-tzou- Agouda, le premier souverain de l'empire, en annonçant la guerre qu'il déclare au roi de Tai-liao, son voisin, qui longtemps avait opprimé les Niu-tchis, termine par cette invocation : « Ciel et terre, regardez (le manque de foi, l'ingratitude du roi de Tai-liao) et protégez-nous. » En 1206, le roi Tchangtzong va annoncer la perfidie des Chinois au ciel, à la terre, au temple des ancêtres et du génie protecteur des champs. Ailleurs il n'est question que du ciel.

Oucoun révolté contre Helibou, chef des Niu-tchis en 1073, se voit arrêté dans sa marche par des pluies torrentielles auxquelles la gelée vient ù succéder subitement de manière à transformer le sol en un parquet de glace. Il s'écrie que le ciel s'oppose à leur dessein. De son côté, Helibou, ayant remporté une brillante victoire, s'exclame à son tour : « Nous avons triomphé aujourd'hui; sans le ciel, nous n'eussions pu remporter une pareille victoire. Il nous a, certes, comblés de biens ^, « Et quelque temps après : « Si le ciel nous assiste, que je sois chef de toutes les tribus. » Il ajoute alors : « Que tous les esprits soient attentifs à ce qui va se passer ^. Un des titres d'honneur des rois niu-tchis, le plus élevé de tous même, était « serviteur du ciel, » « qui honore le ciel » (voir p. 204).

La même idée se perpétue à travers l'histoire de cet empire. En 1116 Tai-tzou voit tomber du ciel une boule rouge et y voit un signe de la protection du ciel. Revenu à sa capitale après de victorieuses campagnes, il va se prosterner devant le ciel,

' Histoire de l'empire de Kin ou d'Or, p. 136.

-^ Ibid., pp. Sel 10.

•■ Ibid.,\->\K 11 el28, § 4.

au pied d'un arbre qu'il perce d'abord d'un trait et répète cette cérémonie le 1^'' et le 5 du cinquième mois, le IS du septième et le 9 du neuvième mois 'i. En 1162, Si-tzong délibè)'e en son conseil sur les règles à suivre dans les sacrifices à offrir au ciel dans les plaines 2. En 1174, il défend par une proclamation de laisser les soldats boire jusqu'à ébriété, les jours des sacrifices au ciel. Enfin, en 1234, nous voyons le dernier roi niu-tchi, Ai-tzong, venir à la cour, le 1^'" du neuvième mois, pour y adorer le ciel, pensant que c'était un jour faste 3.

A ce culte du ciel venait se joindre celui des esprits. La (Toyance aux esprits apparaît dès les premiers temps historiques de la nation niu-tchie. Tai-tzou-Agouda s'était endormi sur une natte au bord d'un fleuve. Pendant son sommeil il aperçoit un personnage mystérieux qui soulève sa tête et se montre quelques instants à lui. Réveillé, le héros s'écrie : « Un esprit brillant nous est apparu; en avant! » Aussitôt on bat le tambour, l'armée s'élance contre l'ennemi et remporte une victoire complète '''■.

Ils reconnaissaient des esprits protecteurs et leur demandaient les biens ou la délivrance des maux. En l'an 1199, une sécheresse persistante avait gravement compromis les récoltes et menaçait le peuple d'une famine prochaine ; le roi Tchangtzong se rendit au grand temple, y pria dévotement et la pluie tomba sans tarder. 11 écrivit aussitôt aux magistrats une lettre royale annonçant ce fait : « C'est que j'ai fait offrir un sacrifice dans le grand temple aux esprits protecteurs, c'est pour cela que la pluie nous a été accordée ». » Mais cette faveur dépassa les désirs du roi, et la pluie inondait des contrées entières; Tchang-tzong ordonna alors aux magistrats de justice d'allei' demander aux esprits la cessation de la pluie. Le même fait

^ His'oire de l'empire de Kin ou d'Or, p. 28. ^ Ibid , p. 1 05 c. med.

■' Ibid., p. 279.

* Ibid., p. 2o, § 4.

" Ibid., p. t8() in fui

est également mentionné sous le règne de Si-tzong. En 1165, au commencement de l'été, la sécheresse désolait les campagnes. Le roi fit ordonner au président du grand tribunal d'aller sur la montagne du Nord sacrifier, selon les rites, pour demander la pluie; et la pluie tomba abondamment i.

Effrayé par des phénomènes extraordinaires qui se produisaient en l'air et sur les eaux, Wei-shao-wang en informa les esprits protecteurs ^•

Mention spéciale est faite des esprits protecteurs des champs. Le lieu oii est leur temple est spécialement sacré; ses défenseurs jouent dans l'état le rôle le plus noble 3. Shang-tzong alla leur annoncer la rupture du traité faite par l'empire chinois 4. Nous avons cité précédemment l'exclamation de Helibou : « que tous les esprits soient attentifs 3, qu'ils voient et châtient la violation de la foi jurée ».

Tout ceci s'adresse aux esprits en général. 11 y en avait aussi qui recevaient des honneurs particuliers, comme le prouve ce fait do Wan-yan-liang, raconté à la page 89 de notre histoire. Sur la colline de Liaorsi-k'eng s'élevait le temple d'un esprit. \¥an-yan-liang, avantd'ètre roi, passait un jour sur cette colline, devant ce temple; il s'y arrêta et, jetant le sort, dit : « Si je suis destiné par le ciel à être roi, qu'il tombe un présage heureux. » Il tomba un signe de favorable augure. Le prince ajouta alors : « S'il en advient comme tu me le présages, je te serai reconnaissant; sinon, je détruirai ton temple. »

Monté sur le trône, il voulut tenir sa promesse et vint, en 11S3, honorer l'esprit et lui conféra le titre de prince de Ling-lng.

On voit que le sans-façon avec lequel les Chinois de nos jours traitent leurs idoles et leurs dieux ne date pas de ce siècle. A la page précédente, il est parlé de l'esprit Tong-Yo, protecteur

^ Histoire de l'empire de Kin ou d'Or, p. 110 c. /'. 190.

2 Jbid., p. 207 c. init.

5 Op. cit., p. 27-i, \.i.

* Op. cil., p. 192.

^ Voir ci-dessus, page 55.

fie la fidélité conjugale; mais celui-ci est Chinois d'origine.

Les Niu-tchis honoraient également leurs ancêtres et avaient petit à petit adopté les usages chinois relatifs à ce culte. Ils avaient des temples où ils conservaient les tablettes portant les noms de leurs aïeux. On allait y prier pour demander les faveurs du ciel. Remarquons surtout cette notice importante : « Les magistrats avaient averti le roi Si-tzong des ravages que causait la sécheresse. Le monarque se rendit aussitôt au désert du nord, au temple des ancêtres, y pria pour obtenir la pluie et le ciel en fit tomber aussitôt. » On les avertissait des événements pour qu'ils veillassent et fussent à môme de secourir leurs descendants selon leur condition dans l'autre monde. Mais, d'après la relation précédente, leur rôle semble se borner à communiquer l'avertissement au ciel et obtenir de lui son intervention, son secours.

L'immortalité de l'âme était certainement admise chez ces peuples, car nous voyons que la princesse Oulidatze, épouse d'Oulou, petit-fils du roi Taitzou, appelée par le monarque despotique et débauché qui s'appelait Wan-yan-liang pour faire partie de son harem, et craignant de voir le tyran irrité de son refus, donner la mort à son époux, se résolut à se suicider. En quittant sa maison pour exécuter son dessein, elle dit à ses serviteurs réunis : « Vous, anciens serviteurs de celui qui a été et qui sera encore mon prince, pensez à ses bienfaits, ne soyez jamais envers lui ingrats et méchants. Si quelqu'un de vous n'obéit pas à mes injonctions, après ma mort, je verrai ce que vous faites. »

11 n'est pas possible de trouver rien de plus clair et de plus précis que ces paroles. Elle, la princesse malheureuse vouée à la honte ou à la mort, qui ne comptera point parmi ces ancêtres auxquels sera voué un culte de vénération et de confiance, n'en subsistera pas moins après sa mort et verra ce qui se passe sur la terre, capable encore d'infiuer sur le bonheur ou le malheur des survivants; sans quoi sa menace n'eût été qu'une vanterie puérile.

Le culte consistait, comme on l'a vu par ce qui précède", à

élever des temples, à prier sur les hauteurs ou dans les plaines ' ^ à faire des libations 2 et à immoler des victimes. Anciennement, la victime était un bœuf; craignant que de trop fréquentes immolations d'animaux utiles ne nuisît trop à l'agriculture, le roi Si-tzong établit qu'on sacritierait un cerf au lieu d'un bœuf ^. Ce peu de traits, les seuls que l'on puisse recueillir maintenant, suffisent pom' se faire une idée exacte des principes généraux de la religion niu-tchie : Au-dessus de tout est le ciel, protecteur des hommes et de la terre, de qui dépendent les événements, la fortune, la prospérité de ce monde, qui entend les prières des hommes et les exauce.

Au-dessous du ciel sont placés de nondjreux esprits doués aussi d'une puissance surnaturelle, capables aussi de protéger les hommes et qu'il est utile d'honorer et de prier, soit en général, soit en s'adressant à l'un ou à l'autre en particulier. Parmi eux on distingue surtout les esprits protecteurs des champs. A ces êtres surnaturels, l'honmie doit un culte de vénération, de supplication et de sacrifice, comme il vient d'être dit, et ces pratiques attirent leur protection sur ceux qui les servent tidèlement.

Les âmes sont immortelles ; après leur départ de cette terre, elles continuent à être spectatrices du monde et protègent leurs familles. Les ancêtres doivent être l'objet d'un culte de vénération et de prières et peuvent obtenir du ciel protection et secours. Mais, quant à ce culte, l'inHuence de la Chine semble manifeste et il est impossible de dire quelle part revient aux croyances tartares originaires.

Peu à peu cette religion primitive se développe et de nouvelles idées empruntées à la Chine s'y adjoignent. En 1194, le roi Tchang-tzong établit le cuite des esprits du soleil, de la lune, du vent, de la pluie et du tonnerre ''■. Dix ans après, le même souverain prescrivit de sacrifier aux empereurs mythiques et

' Histoire de Vempire de Kin ou d'Or, p. 105.

2 Op. cit., p. 100.

•' IbM., p. 120.

* Op. cit., p. 183 c. med.

légendaires de la Chine ainsi qu'aux plus illustres des principales dynasties chinoises. Hiuen-Tzong, en 1215, envoya faire un sacrifice sur la tombe de Confucius qui se trouvait dans ses États. Il prit cette détermination à la demande des grands du royaume.

Ce court exposé comparé à celui qui a été fait précédemment de la religion mandchoue nous montre que, pour retrouver en celle-ci ce qui appartientenpropreauxpopulationstartares, nous devons en retrancher tout ce qui concerne Shang-si, Foucihi- Bouddha et son homonyme ou pendant, Pousa-Boddhisattva, qui sont restés entièrement détachés du reste et trahissent par cela même leur origine étrangère. Le culte des ancêtres s'est certainement développé sous l'influence chinoise. En outre, le luxe des vases, instruments, draperies, etc., s'est formé à l'imitation de la Chine. Mais cela est trop accessoire pour que nous nous en occupions ici.

Il nous resterait à examiner ce que ces populations tartares entendaient par le ciel, quelle conception se cachait pour eux sous ce mot? Nos textes n'en disent guère plus sur celte question que ce que nous avons rapporté plus haut. Un seul passage explicite est celui où le roi Tai-tzong dit que « nous devons conformer nos pensées a celles du ciel, et que la chose principale pour l'homme doit être d'imiter le ciel par la vertu en témoignant à tous de la bienveillance, en protégeant les petits i. » 11 en est probablement de ces peuples comme des Chinois modernes, qui jusqu'aujourd'hui n'ont donné au mot ciel qu'un sens vague sans préciser dans leur esprit la nature de cet être supérieur à tout, sans chercher à en analyser les qualités essentielles, mais voyant en lui instinctivement et naturellement un être doué de personnalité, de conscience, d'intelligence et de volonté, sachant exercer son action d'une manière supérieure à tout être visible, tout en ignorant complètement et sa vraie nature intime, et le mode de ses opérations.

< Hisloirc de Pemi.iire du Kin ou d'Or, p, Cô c. fin.

HEUIIÈME PARTIE.

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