DEUX1£;MG PARTIE
de la destinee de I'homme et des lois de la creation, lis tombent dans la premiere erreur, pour avoir dit, apr^s Malebranche et presque toutes les ecoles mystiques^ que Dieu s'est abaisse en se faisant createur ; comme s'ils ne voyaient pas qu'on ne peut sortir de Tabsolue perfection sans dechoir, tandis qu'un 6tre imparfait, qui se condamnerait k Timmobilite J se condamnerait a Timperfection sans progr^s. lis tombent dans la seconde erreur en croyant que toute la mission de Thomme est de ne pas transgresser, C'est offenser Dieu que de nous reduire a ce rdle. Si tons nos soins devaient tendre a ne pas nuire, Dieu aurait fait une creature inutile et pernicieuse. II n'y a pas dans le monde d'etre absolument passif. Tout est action j et c'est pour cela que tout est grandeur ; et nous dont Taction est libre ^ nous sommes a cause de cela la premiere des creatures. Contempier, prier, ne pas agir, c'est manquer a la vocation de I'homme. La contemplation et la pri^re que Dieu veut , sont celles qui , par la decouverte des perfections divines, deviennent operatives. Mais il n'a place nuUe part une force , pour qu'elle se laisse annihiler par rinaction.
On peut regarder par deux c&t^s differents toute action humaine : dans son but imm^diat, dans son rapport avec le devoir. Prenez-la dans son but immediat^ dans sa fin prochaine; tout se rapetissoi tout se met a la taille de nos humbles besoins , de nos passions ^ de nos preoccupations de chaque jour, et
rhomme n'est plus rien, qu'un homme. Prenez-la dans son rapport avec le devoir : la plus modeste fonction, la plus obscure, la plus d^daigu^e, a quelque chose de divin ; elle participe de la meditation et de la pri^re. Elle est comme un culte rendu a celui dont nous tenons la liberie , et dont nous tenons aussi la justice, carce don-la n'est pas moins grand que Tautre, et Dieu n'est pas moins notre bienfaiteur pour nous avoir impos6 des devoirs que pour nous avoir donn6 le moyen de les rcmplir.
G'est une des plus belles pens^es d'Aristote , que la dignite d'un 6tre augmente avec ses devoirs, et se mesure k la grandeur de sa t^che. « Les senateurs sont assembles depuis le matin, dit Senfeque * ; ils travaillent sans rel^che au bonbeur commun , tandis que la populace s'enivre au cabaret ou se promfene sur le champ de Mars. » C'est Taction, c'est le devoir rempli qui seul pent 61ever Thomme au-dessus de Thomme. Le malheur m6me est une dignite , quand on le supporte noblement, parce qu'il prouve la force. Celui dont la vie est toujours heureuse ressemble a un combattant qui traverse Tarftne , sans qu*un adversaire daigne s'occuper de lui. Souffrir, agir, voild. vivre, voila 6tre homme. Le chef d'un peuple, dont tous les moments s'ecoulent dans la responsabilite et
1. «: Labor optimos citat. Senatus per totumdiem saepe consulitur, <r quum illo tempore vilissimus quisquc , aut in campo otium suum « oblectet) aut in popina lateat, aut tempus in aliquo circulo terat. > S^n^que, de Providential 5.