‹ La religion naturelle (volume 2)Chapitre 16 sur 45 · EUX1£;M£ PART · texte numérisé non relu

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Taction 9 est le premier des hommes; un despote, qui ne songe qu'a soi , en est ie dernier ^

Ainsi la liberty , loin d'etre une cause de desordre dans rhomme 9 est essentiellement un bien. Les inconvenients qu'elle presente sont amplement rachetes par ses avantages. Peut-etre mferae ne faut-il pas borner son r&le sur cette terre, a ce qui concerne rhomme et la societe humaine. La presence, dans Ie monde, de ce spectateur intelligent, de ce cooperateur des forces naturelles, ne pent fetre consideree comme un Episode. Les phenomenes du monde organique et du monde inorganique sont disposes pour fournir un aliment a notre activite; un grand nombre d'entre eux deviendraient inexplicables par Tabsence de Thomme. II semble que si Thomme n'existait pas, le monde ressemblerait a un de ces palais sur lesquels a passe une revolution, et qu'on a ensuite restaures et meubles pour les conserver a Thistoire et aux arts. Tout y est a sa place, la table du conseil , la couronne , le sceptre : il n'y manque que le roi.

Enfin j nous n'avons parle jusqulci que du role terrestre de la liberte. U y a sans doute de solides raisons, m^me pour ceux qui ne croient pas a la vie future, de regarder la liberte comme le plus grand des biens que nous ayons recus ; mais quant a ceux qui, comme nous, croient a la vie a venir, don t la

K • Platon, La R6publiquey livre IX, trad, de M. Cousin, t. X, p. 224.

LA PROVIDENCR. Igj

liberie est a la fois Tinstrument et le gage , ils n'ont pas besoin qu'on leur d^montre la grandeur de la liberty, puisque e'est elle, a leurs yeux, qui fait toute la grandeur de Thomme. Tout change d*aspect et de caractdre dans la vie, quand, au lieu de la considerer comme un but definitif, on ne voit en elle qu'une epreuve.

On raconte que, sous la Terreur, il y avait dans les prisons de Paris des salles de greiTe, ou Ton Taisait entrer les condamn^s a mort, avant de proceder a la toilette. lis y attendaient leur tour. On laissait p^n^trer, dans cette m^me salle , des parents et des d^fenseurs qui venaient voir d'autres prisonniers. Le d^sespoir elait souvent sur tons les visages, et rieo au dehors ne pouvait faire discerner ceux qui sortaient de la pour aller vivre, et ceux qui sortaient pour aller mourir. G'est ainsi que nous differons dans cette vie , quoique semblables en apparence« et que selon nos croyances diverses, cbacune de nos heures nous rapproche ou de Timmortalit^ ou de la mort.

Quand on essaye ainsi de montrer la Providence de Dieu dans ses actes, on est toujours effray^ du peu que Ton dit, en pensant a tout ce qu'il y aurait a dire; mais ce peu suffit pour montrer la solidarite de toutes les grandes doctrines. Ce peu est tout pour une ^me religieuse. Si vous reduisez tout, dans le monde, k la mati^re, et dans rhomme a la satisfaction de ses besoins et de ses plaisirs egoistes , vous pouvez a la

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rigueur vous passer deDieu, I'ignorep, quoique Texistence de ce monde, sans une cause qui le produise et le conserve, soil un probl^me insoluble. Mais si vous savez entendre les harmonies de la nature, si les phenom^nes de Tordre physique ne sent a vos yeux que le developpement regulier et puissant d'un systeme de lois analogues entre elles et parfaitement enchatn^es Vune a Pautre; si dans Thomme vous faites d^pendre toutes les pensees de la pensee de Tinfini , tous les amours de Tamour de Tinfini ; si vous ne voyez dans la liberte que le pOuvoir de glorifier et de sanctifier la vie par le sacrifice; si vous fondez la grandeur de I'homme, non sur ses plaisirs^ mais sur Taust^rite de ses devoirs; si vous avez appris a regarder Thumanite comme une seule famille, a comprendre , a aimer, a pratiquer le dogme de la fraternit6 universelle ; si vous croyez que Thumanite marche sans cesse, par la liberte et par le travail, a des conqufetes scientifiques nouvelles j a des moeurs plus douces et plus pures , a des lois plus conformes an divinid^al qui luit dans la conscience du juste; si vous sentez au-dedans de vous le besoin, la promesse, la preuve de votre immortalite : toutes vos doctrines, tous vos amours , tous vos instincts vous repondent de la Providence. EUe revient, en quelque sorte , a vous par tous les chemins , a tous les moments de votre vie. Vous trouvez le grand ouvrier tout entier dans la plus humble de ses oeuvres.

II ne faut pas se rebuter de ce genre de sp6cu-

lation, parce qu'elle est devenue, preaque d^s Torigine de la philosophie, une sorte de lieu commun. La pri6re est aussi un lieu commun^ et pourtant on ne se lasse pas de piier, L'homme religieux est un amant de la Providence ; il ne pent se rassasier d'6tudier et d'exalter la beaute de ses amours. II adore dans le moindre detail cette puissance et cette sagesse infinie ; mais c'est surtout quand il songe a Tensemble que sa pensee est ravie; c'est quand il compare les lois entre elles pour se convaincre de leur analogic , et pour reconnattre que toutes les classes de TStre, toutes ses formes, tons ses mouvements , ne sont que des traductions di£F6rentes de Tunique Parole, des applications diverses de Tunique Yolonte. Cette simplicite dans cette profusion, cette immobilite dans ce mouvement, cette eternite dans ces flols presses et fuyants, c'est Dieu m^me qui se d^voile, et qui se communique de plus pr^s a Vkme qui le cherche. Gomme on voit le matin un brouillard flotter sur un vaste horizon, et le derober aux yeux, jusqu'a ce que les rayons du soleil le percent et le dissipent , pour nous montrer tout a coup derriere ce voile, un monde enchante , vivant, baigne de lumi^re, la philosophic chasse les vaines apparences , les bruits importuns, les beautes vulgaires et perissables, et nous fait entrevoir la source eternelle d'ou jaillissent sans relacbe la beauts, la force et la vie.

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