‹ La religion naturelle (volume 2)Chapitre 22 sur 45 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DIBO GOOVSRNB LB MONDE PAR DBS LOIS G^NiRALBS.

a Voire pire Bait de quoi youb avez besoin avant que voufl le lui demandiei. »

£v. selon S. Matthieu, chap, ti, vers. 8.

« Dieu n'agit pas comme les hommes , comme les causes particuli^res et comme les intelligeaces bom^es. La raison de son cholx vient de la sagesse de ses lols , et la sagesse de ses lois du rapport qu'elles out avec ses attributs , de leur simplicity , de leur fdcondit^ , en un mot de leur divinity. » — Malebranche, NeuiHtne entre^ tien sur la nUtaphjrnque^ $ 42.

II faut examiner maintenant si la Providence gouverne tout par des lois gen6rales sans se soucier des details J on si Dieu est attentif k tons les ev^nements et intervient directement dans les affaires humaines.

Dans le systfeme de Tintervention directe et constante de la Providence, la Providence embrasse tout. EUe gouverne le monde moral comme le monde physique; elle connatt tons les sentiments de nos coeurs, toutes les resolutions de nos volontes. Nonseulement elle les connait , mais elle les produit , ou du moins elle contribue a les produire. Elle dispose

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les fails au dehors avec une pleine puissance pour les accommoder k nos besoins, pour nous recompenser ou pour nous punir.

Cette doctrine a un inconvenient : c'est de rendre difficile I'existence de la liberie. En ePfet, si Dieu connait d'avance nos resolutions, pourquoi deliberons-nous? S'il produit nos actes, pourquoi voulonsnous?

El elle a un avantage : c'est de rendre le culle possible. Car, pour que nous puissions prior Dieu, il faut qu'il nous ecoute et qu'il nous exauce.

Voici comment on raisonne pour ^tablir que Dieu s'occupe des details.

Est-il possible qu'une chose ail ete , soil , ou doive etre, sans que Dieu le sache?

Non; car il y aurait une limite a son omniscience.

II sail done des k present ce que je voudrai tout a rheure, ce que je voudrai demain, ce que je sentirai , ce que je penserai.

Et est-il possible qu'un mouvement soil accompU sans la cooperation, ou tout au moins sans la permission de Dieu ?

Non, car sa toute-puissance ne seraitplus entidre. II est absurde que la volonte de Dieu soil absente de quelque lieu de Tespace et de quelque moment de la duree; et , si elle est pr^sente, il est absurde qu'elle ne soil pas efficace.

LA PROVIDENCE. SSI

Taute rargumentation est daos ce peu de mots, et, a la considerer en elle-mdme, on n'en peut nier la force. II semble que tout oe que Too retraachera k la science et a Taction de Dieu sera retranch6 a son infinitude. II sait done tout, dans les plus infimes details , et il fait, ou du moins il permet de faire, en toute connaissance de cause ^ le mouvement en apparence le plus indifferent.

L'objeetion qui saute aux yeux , c'est la liberte de rbomme. Examinons d'abord si la liberte peut Hre conciliee avec romniscience de Dieu; et ensuite, si elle peut ^tre conciliee avec cette intervention directe et particuU^re de Dieu dans les resolutions et les affaires humaines.

D'abord, la liberte de Tbomme aemble en contra* diction avec Toniniscience de Dieu. Tout savoir, ce n'est pas savoir chaque cbose a mesure qu'elle se produit; car cette science du present, qui n'embrasse pas Tavenir, est limitee par Tavenir; elle est done incomplete. II faut, pour que romniscience existe^ que Dieu sache la fin en m^me temps que Torigine, et que la nuit des temps n'existe pas pour sa pens^. Nous comprenons qu'il en soit ainsi dans la nature physique y soumise a d'invariables lois que rien ne derange. L'auteur de ces lois les connatt parfaitement^ et en les connaissant, il connail toutes leurs applications, dans leur ordre, jusqu'a la derniere.

2h2 DEUXifiME PARTIE.

Nous comprenons de m^me la plenilade de la pensee divine dans tout ce qui est pour nous mati^re de raisonnement. Gar raisonner, qu'est-ce autre chose que de diviser Tbbjet de la pens6e poiir raccommoder a la faibliesse de notre vue? L'intelligence parfaite Yoit immediatement dans un principe sa consequence derni^re, et n'a pas besoin, comme nous, du secours des interm^diaires. Mais quahd il ne s'agit ni de tirer la consequence d'un principe , ni, ce qui revient au m^me, de voir Teffet dans la cause , et tous les effets dans la premiere cause; quand il s'agit dune cause libre^ mattresse d'elle-mfime , qui a regu de Dieu le privilege de choisir entre deux voies , a son gre , se peut-il que la determination d'une telle cause soit reellement libre, et que pourtant^ mdme avant d'etre prise, elle soit infailliblement connue par la prescience de Dieu? Quand je veux me prouver a moi-mfeme ma liberte, je Tanalyse , je Tobserve, je constate qu 'avant de me determiner mon esprit delibere; deliberation souvent anxieuse, occupation principale et tourment de ma vie. Pendant que je me livre a cette recherche pour savoir ce qui est bien , ce qui est utile, je retiens pour ainsi dire ma liberte; je Tempfechft d'agir, je gagne sur moi de resister a son impatience ; je Tajourne pour lui donner une direction plus sage et plus reflechie ; mais en m^me temps puis-je douter de son existence , et, par consequent, de ma responsabilite ? Gependant Dieu sait deja, pendant que je soufihre de Teffort de ma pensee , il sait la

resolution qiie je prendrai tout a Theure. Et moi , j^aboutis enfin , je me r^sous, je lance ma force dans une direction determinee, avec la pleine, enti^re et parfaite conscience d'avoir pu Temployer autrement, de pouvoir a Theure qu'il est la retenir, la mesurer, la precipiter. Mais quoi? dans le moment ou je m*attribue cette puissance , toutes les consequences physiques et morales de mon acte sont deja connues , arr^tees , ordonnees ; bien plus , elles Tetaient de toute eternite, car rien n'est adventice dans Tesprit de Dieu. Dans les moments solennels de Thistoire, il y a un homme, heros ou criminel, sou vent Tun et Tautre^ qui croit porter dans sa main la destinee de Thinnanit^y parce qu'il detruit un empire. Mais Dieu savait a quelle minute , par quelle main , cet empire serait detruit, k quelle minute tomberait la puissance nouvelle. Qu'est-ce done que la liberie a ce compte? Une illusion , un jouet que Dieu nous laisse.

Ge n est pas la une de ces objections qu'on refute sans en laisser rien subsister. Au contraire, apr^s les refutations les plus specieuses , Tesprit se sent toujours obsede de cette dilliculte; un homme qui vent librement, un Dieu qui prevoit infailliblement. • Quelquefois oh a eu recours a des comparaisons. II y a, dit-on, des degres dans la prevoyance humaine. Tel, en lisant Thistoire, n'y voit que des ^venements qui se succ^dent sans aucun lien ; tel autre ram^ne toute la serie des evenements a des formules precises qui expliquent et enchainent tout. De m^me dans le

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