TROISlfeME PARTIE
Tout ce qui est divisible sera divise. Notre ame est-elle une simple faculte de notre corps , eorporelle comme lui? Alors, elle est perissable. Si au contraire, elle est immaterielle , il est bien difificile d'admettre sans preuve et sans analogie que ee principe indivisible soit destine a perir.
Avant d'examiner la nature de Tame et celle du corps, pour montrer qu'elles sont differentes et incompatibles, il sera bon de se poser cette question plus generale : N'y a-t-il que des corps, ou bien existe-t-il une ou plusieurs essences spirituelles?
Nous pourrions mSme transformer cette question de la facon suivante : Y a-t-il un Dieu? s'il y en a un, il ne pent ^tre qu'un esprit.^ Voila un grand pas de fait sans effort : ou il faut que les materialistes soient athees, ou s'ils croient en Dieu, il faut qu'ils renoncent a tons les arguments qu'ils ont coutume de tirer de la pretendue impossibilite de Texistence d'une substance spirituelle.
Du moment que le createur du monde est un esprit, il est difficile de com prendre pourquoi le monde ne contiendrait que des corps.
Que Ton presse les arguments des materialistes, et Ton verra qu'ils reposent tons sur cetaxiome : Texistence d'un esprit est impossible. Pour quiconque reconnait Texistence de Dieu, le materialisme n'a plus de raison d'etre.
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Qu'appelle-t-on un corps? C'est une substance 6tendue, coloree, sapide, odorante, pesante. Tous les corps n'ont pas tous ces caract^res ; mais il y en a un, le premier, qu'ils ont n^cessairement.
Qu'appelle-t-on un esprit? Une substance active, sensible, pensante.
En quoi consiste le materialisme ? A soutenir que toute substance active , sensible et pensante est necessairement 6tendue.
Comment prouve-t-il cette thfese? Par celle-ci : Tout ce qui est reel est n^cessairement 6tendu ; ou par cette autre : Les proprietes de Tetendue sont necessaires k Texercice de la pensee, de la sensibility, de la volenti.
Non , tout ce qui est r6el n'est pas etendu , puisqu'il y a un Dieu.
Non, Tetendue n'est pas necessaire a Texercice de la pensee, puisqu'il y a un Dieu.
Insistons sur cette pretention des materialistes que I'etendue est necessaire a la pensee : personne ne la demontrera ni ne la comprendra jamais. Aucun materialiste, dans aucune 6cole, a aucune epoque de rhistoire, n'est venu a bout de la prouver. II n*y a nuUe analogic entre les fonctions intellectuelles et les qualites de I'etendue. On ne pent imaginer qu'un acte de Tentendement et de la volonte humaine resulte d'un certain mouvementcorporel, d'une forme, d'une couleur de la mati^re cerebrale. On ne pent surtout le prouver. Done , on ne pent etablir scientifiquement la
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these materialiste. Elle n'a pas m^me une apparence vraisemblable. Elle est le plus temeraire et le moins specieux des paradoxes.
II np faut pas prendre le change dans cette question comme on le fait trop souvent , et s'imaginer que les spiritualistes ont a prouver Texistence de respri't. Ce n'est pas cela : ce sont au contraire les materialistes qui ont a prouver la legitimite de leur pretention* lis veulent nous contraindre a confondre deux hatures que nous coneeyons s6parement, qui ont cbacune des attributs differents et sans analogic entre eux. Cette entreprise est certes difficile. Elle Test a tel point , que personne ne Ta jamais executee. On s'en est tenu a des affirmations gratuites. On en a appele au temoignage des sens, comme si tout le monde ne convenait pas que les sens ne peuvent percevoir que les choses sensibles. A coup sfir personne n'a jamais vu ni touche une ame. Mais en revanche, quelqu'un a-t-il jamais vu ou touchy une reflexion? une douleur? une resolution? En conclura-t-on que la douleur n'existe pas? Nous avons une faculty pour connaitre Tetendue, et une autre faculte evidemment tres-differente pour connaitre la douleur. Puisque la douleur et Tetendue n'ont aucune analogic , puisque nous les voyons toujours separement et par des facultes trfes-differentes , et puisque rien n'etablit que Tune ne puisse exister sans I'autre, on pent en conclure qu'il n'y a pas moins d'absurdite a soutenix
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cette thftse : Toute douleur est dans une'6tendue, que celle-ci : Toute etendue est dans une douleur.
Tons ces raisonnements sont bien simples et bien vulgaires : la question est de savoir s'ils sont solides. II serait plaisant de dedaigner une raison parce qu'elle est rebattue, ou parce qu'elle est a la port6e de tout le monde! C'est tant mieux qu'on n ait pas besoin d'autre chose que du sens commun pour refuter le paradoxe des materialistes.
Non-seulement leur paradoxe est invraisemblable et purement gratuit; mais si Ton etait r^duit k prouver I'existence de Tesprit, on ne manquerait pas d'argument. L'esprit est indivisible; le corps 6tendu, c'est-a-dire divisible. Car, qu'est-ce que Tetendue, sinon la divisibility? On porte le defi de concevoir un corps indivisible, ou une ^me divisee. Je suis ce que je suis; je ne puis pas 6tre moi k demi; mais mon corps pent 6tre hache en morceaux. Ainsi mon corps est autre chose que moi. Nous avons Tun et Tautre deux caracteres contradictoires , mon corps d'etre divisible, et moi de ne Tfetre pas. Comment serions-nous une m^me substance?
Les materialistes se font un argument de ce que mon ame meut mon corps. Us en concluent qu'elle est corporelle. Mais ou prennent-ils ce principe qu'un corps ne pent fetre mu que par un autre corps? En
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v6rite, ils Tinvenlent. Ce n'est ni un prineipe Evident, ni une verite d^montree. Nous avons le droit de ne pas faire plus de cas de ce fameux prineipe , que de tout autre axiome qu'il leur plairait d'imaginer gratuitement pour le besoin de leur cause. II est vrai qu'il est difficile de com prendre et d'expliquer comment mon esprit meut mon corps. Mais qu'on explique comment un corps meut un autre corps? Nous croyons comprendre cette transmission du mouvement, et pourtant lious ne la comprenons pas. EUe nous est famili^re, et voila tout. Nous I'avons decrite maintes fois , nous la produisons a chaque minute, et nous en avons determine les lois. Nous pouvons en faire tout autant pour la mise en mouvement d'un corps par une kme. Entre une description et une explication , il y a un abime. Les materialistes pourront se faire une arme de Timpossibilite ou nous sommes d'expliquer Taction de Tame sur le corps, quand ils auront reellement explique Taction d'un corps sur un autre corps.
Voici un fait qu'a notre tour nous leur proposons d'expliquer. Qu'ils nous disent comment un corps pent se mouvoir sans 6tre mu*? N'est-il pas vrai que
1 a Ce n'est pas tant Tentendement qui fait panni les animaux la distinction sp6cifique de Thomme que sa qualit6 d'agent libre. La nature commande k tout animal, et la b^te ob6it. L'homme ^prouve la m4ine impression, mais il se reconnatt libre d'acquiescer pu de resistor; et o'est surtoutdans la conscience de cette liberty que se montre la spirituality de son ^me; car la physique explique en