L'IMMORTALITE
quand aous voyons un mouvement se produire quelque part, nous affirmons qu'il a pour cause quelque autre mouvement? Cependant notre aoie se meut sans fetre mue. Est-ce la une propriete de pen d'importance? Est-elle contestable? Est-elle possed6e sous le ciel par une autre nature? Et si la loi constante des corps est de ne se mouvoir qu'aprfes avoir ete mus , ne faut-il pas dire qu'un 6tre qui echappe a cette loi n'est pas un corps ?
Ce n'est pas seulement a cette loi que Vkme echappe, c'est k toutes les lois du monde physique. EUe a des lois qui lui sont propres , qui s'appliquent a elle seule, et ne pcuvent rien sur le reste du monde. Enfin, derniSre difference, qui n'est pas la moins fondamentale , elle peut echapper a ses propres lois. De quelque c6te qu'.on se tourne , on ne voit que des differences, des incompatibility, nuUe analogic; dans le materialisme une affirmation invraisemblable et purement gratuite, ou fondee sur des axiomes evidemment apocryphes- C'est done une necessite de se refugier dans le dogme de Timmat^rialite de Tame.
II faut yraiment que les mat^rialistes se fassent une
quelque maniere le m^canisme des sens et la formation des id6es, mais dans la puissance de vouloir ou plutot de choisir, et dans le sentiment de cette puissance, on ne trouve que des actes purement spinluels , dont on n'explique rien par les lois de la m^canique. » J. J. Rousseau, Discours sur Vorigine de rinegalite parmi les homwes.
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bien grande idee de celte qualite de la natui'e corporelle qu'on appelle les trois dimensions, ou Tetendue , pour Tintroduire ainsi partout , et pour en faire un appendice necessfiire d'une substance dans les attributs de laquelle I'esprit le plus sagace ne pent rien apercevoir qui ait un rapport m6me eloigne avec la longueur, la largeur et I'epaisseur. L'etendue a-t-elle une vertu particuli^re pour m6riter cet engouement? A-t-elle plus de realite que les autres formes de I'etre? En a-t-elle plus que la pensee? Tant s'en faut; la pensee est quelque chose par ellememe; Tetendue n'est que le resultat d'une comparaison; elle n'est pas un fetre. Faut-il queTespace et le temps, ces consequences de notre neant , usurpent une telle place dans notre esprit , que nous les prenions pour des realites, et pour les realites les plus reelles? Depuis des si^cles, Tetendue, qui n'est pas m6me un ^tre, sert d'idole aux materialistes. Cette chimfere leur bouche la vue, et leur fait voir tout le monde a contre-sens.
A y regarder de pres, ce n'est pas Tesprit qui nous fait obstacle, c'est le corps. Nous comprenons mieux les mouvements et le mecanisme de la pensee.
L'existence du corps, sa nature est pleine de myst^res. Nous n'y prenons pas garde, parce que nous fiommes continuellement en proie aux corps qui nous environnent. lis nous charment, ils nous efTraygnt, ils nous menacent, ils nous remplissent de plaisir ou de douleur; il entrent en nous par les yeux, par les
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oreilles; ils nous poursuivent jusque dans nos songes. Nous iinissons par croire qu'ils sont autre chose qu'une enigme. Nous nous persuadons que Tetendue, qui n'est qu'un rapport, a de la realite; que la couleur est dans les corps colores , tandis que la coloration n'est elle-m^me qu'un rapport; nous nous laissons aller a dire que le feu est chaud, parce qu'il nous brule : comme s'il y avait quelque analogie entre la sensation que nous exprimons par le mot de chaleur et les qualites du corps que nous appelons le feu. Reid remarque avec justesse que nous ne serions pas plus fous^ si nous supposions dans la pointe d'aiguille qui nous a piques, quelque qualite currespondante a la douleur occasionnee par cette piqiire. La metaphysique a cela de bon qu'elle nous delivrede Tobsession du corps , et qu'elle le remet a sa place.* D'abord elle lui prend ce riche ecrin de couleurs qui nous eblouit; ^Ue lui 6te ensuite le froid, le cbaud, le rugueux, le poli. Elle reduit la pesanteur^ la figure, I'etendue a n'exister que par comparaison, a n'etre rien par elles-m§mes. L'espace et le temps deviennent tout simplement un ordre de. coordination et de succession. II ne reste plus de toute cette immensite, de tout ce bruit^ qu'un amas de causes inconnues dont nous connaissoDS leseffets. Ousont-ilseux-m§mes ces effets? En nous. Ce sont nos propres modifications, nos sensations, nos sentiments, nos idees : voila ce que nous connaissons ; hors de la , il n'y a que tenfebres, problemes insolubles. II n'est permis a per-
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Sonne de pretendre que ces causes inconnues d'effets connus , soient mieux comprises et mieux expliquees que les faits de la nature humaine. C'est le conlraire qui est le vrai. II faut partir du moi avec Descartes, Tetudier longtemps en lui-mfeme, se donner le spectacle de toutes ses impressions, et quand on la ainsi examine et approfondi dans cet isolement, arriver au monde ext^rieiir qui se presse sur la frontiere , et s'efforce d'envahir la pensee : Monde^ que me veux-tu? Quel est ton ^tre? Ne serais-tu pas une fantasmagorie sans realite? Un pont est jete entre moi et le monde : Kant pent avoir tort de tant hesiter a le franchir; mais, en verite, des deux rives que ce pont separe, celle oil je suis est la plus reelle. L'autre pent 6tre un mirage si elle veut; mais la verite est ici.
Les materialistes tirent une sorte d'argument de la necessite ou est notre esprit de se ^ervir du corps pour penser. Us supposent que Tesprit humain resterait indefiniment dans I'inaction, si une modification re^ue par le corps , et transmise au cerveau par les nerfs, ne donnait en quelque sorte le branle a nos facultes. Une fois ce mouvement physique imprime k Torgane pensant , il fonctionne d'aprfes des lois qui lui sont particulieres ^ modifie de nouveau a chaque instant par les impressions venues du dehors. Si les organes secondaires, que nous appelons organes des sens , s'oblitfereat ou s'emoussent, si les nerfs perdent de leur vivacite, si le cerveau lui-m6me, siege de la
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pensee, est vici^ par une mafadie, aussitdt la faculty de peDser s'eliole en nous; tantot elle perd de sa force y tant6t elle est privee de quelques-unes de ses applications. Ce double phenom^ne se produit presque constamment dans la vieillesse* On dit proverbialement : all a conserve tout son jugementjusqu'au dernier jour. » Cela prouve que Tesprit vieillit et s'6teint avec le corps. Enfin , le langage est aussi un argument a Tusage des mater ialistes. La pensee et les autres modifications de Tame sont necessairement exprimees par des mots, c'est-a-dire par des caract^res traces, par des gestes ou par des sons, dans tons les cas par des corps. Ces mots , qui ne servent pas uniquement a exprimer la pensee, mais a la conserver dans la memoire et a la deveiopper par la reflexion et le raisonnement, sont d'abord des images ou des onomatopees, et ne representent que des objets materiels. On etend peu a pen leur destination » jusqu'a signifier par leur secours des §tres imaginaires ; mais cette operation qu'on appelle metaphore n'introduit dans Tesprit la notion des choses incorporelles que grace a une convention mutuelle et a Taide d'une abstraction. G'est qu'en effet, ce qui est incorporel n'existe que dans notre pensee, comme les chimeres^ que nous formons par notre faculte d'analyse et de recomposition; mais tout est corps, et il n'y a rien qui ne soit etendu et divisible.
Ce raisonnement n'est que specieux. Ce que Ton dit