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de la commune destinee, en cette vie, de Vkme et du corps, est tr^s-aisement explicable par cette consideration que Vkme ayantete deslinee a vivre momentanement dans un corps et dans le monde des corps, a du necessairement etre mise en communication aveceux. Elle a done des organes corporels , qui servent aux autres corps de messagers pour porter jusqu'a elle les impressions qu'ils sont destines a produire, et qui lui servent a elle-mSme d'organes pour agir sur les corps, les mouvoir et les modifier. II est bien simple que Taction de nos facultes intellectuelles soit dans une certaine dependance de ces instruments. Tout ouvrier depend des instruments qu'il emploie; et Ton ne tirerait pas grand parti des meilleurs yeux du monde , s'ils etaient condamnes a ne voir que par Tinterm^diaire d'une mauvaise lorgnette. Ce ne sont pas les yeux qui voient, mais c'est par les yeux que nous voyons. II est fort naturel qu'etant dans un corps , nous ne puissions voir les corps que par Tintermediaire d'un organe corporel; mai^ aussi il est tres-vraisemblable que si nous n avions pas de corps, nous verrions les objets corporels plus clairement que nous ne les voyons avec les yeux. Tons ces instruments , tons ces organes sont des secours pour notre faiblesse; ils la demontrent en m^me temps qu'ils la soulagent. II est tout a fait plaisant de voir les hommes s'imaginer que les yeux sont necessaires k la vue, parce que, dans leur etat actuel d'emprisonnement, ils ne peuvent voir que par cette lucarne.
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Nous dirons la mdme chose du langage. Mon kme est en quelque sorte cachee derri^re un corps , elle s'en sert pour faire des signaux ; et Vkme a laquelle elle s'adresse est egalement emprisonn6e : ce qui lui est exterieur n'arrive a elle que par ses yeux ou ses oreilles; par consequent le signe corporel est necessaire et pour parler et pour entendre la parole. Si nous supposons que les deux corps soient detruits et que les deux limes subsistent, hypotb^se a tout le moins tres-intelligible, les deux ames pourront entrer en communication sans employer Tintermediaire du signe materiel. On nous dit que le langage est n^cessaire , non-seulement k la transmission , mais a I'^laboration de la pensee. Cela est vrai ; et cela prouve que notre esprit est tr^s-faible et tr^s-imparfait , et qu'il a besoin , pour ne pas perdre de vue ses idees a mesure qu'elles lui arrivent, de les reunir par un mot facile k retenir, et qui les lui rappelle quand il en a besoin ; mais la moindre reflexion sur cet usage interne ^e la parole ne demontre-t-elle pas qu'il tient k la faiblesse et rion a Tessence de la pensee? Supposez un esprit parfait : il n'aura pas besoin de langage. Moins il sera imparfait^ moins il aura besoin du secours des mots. C'est toujours la m^me histoire ; nous prenons pour des titres de gloire les rem^des par lesquels nous combattons nos maladies. Un homme n'est pas redoutable avec ses ongles ; il le devient quand il tient un sabre : il ne le sera jamais autant qu'un lion sans armes.
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II n'est pas plus exact de tirer un argument du caractdre m^taphorique de la plupart des langues , ou , si Ton yeut , de toutes les langues. Gela ne regarde absolument que le signe , et n'a point'^de rapport avec la pens6e. L'idee d'un objet immateriel s'introduit a la suite de ma metaphore dans Tesprit auquel je parle; mais mon propre esprit avait necessairement cette mSme idee avant de chercher cette metaphore. II suffit de cette remarque pour faire justice d'une objection qu'on ne se lasse pas de repeter. Nous pourrions aller plus loin s'il etait necessaire, et dire que certaines idees ont une telle nature que le langage pent les rappeler a un esprit qui les possedaitdeja, et ne saurait les introduire dans un esprit d'ou elles seraient absentes. Telle est, par exemple, rid^e de I'infini. Notre langue fran^aise se sert d un mot materialiste , s'il est permis de parler ainsi ; elle donne une forme negative a celui de tons les mots qui exprime la plus positive de toutes les idees, C'est tout le contraire dans la langue grecque. Mais au fond , qu'importe le signe? Rien de fini ne pent donner Tidee de Tinfini. Ni la parole, ni les sens, ni la conscience , ni aucune operation d'abstraction et de generalisation ayant pour base les donnees des sens et de la conscience, ne pent former Tid^e de Tinfini ou de I'existence parfaite.
On pourrait fortifier cette reponse par un grand nombre d 'observations qui d6montrent Texistence ind^pendante de Tesprit et la servitude que lui im-
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pose le voisinage du corps. Pour le langage, par exemple , il est sdr que nous nous en servons utilement pour penser; mais il n'est pas d'esprit un peu prompt qui n'ait senti mille fois la pensee devancer la parole. On rend souvent la pens§e plus precise en Texprimant, mais presque toujours moins vive et moins saisissante. II n'est pas douteux qu'il y ait des esprits d 'elite dont la valeur demeurera toujours inconnue, parce que la faculty de Texpression leur manque. On voit de ces d.mes pleines d'id^es , que le Yulgaire dedaigne, et qui passent pour inf^rieures et denuees de sens , quoique les esprits penetrants saisissent quelquefois dans leur langage des traits d'une force incomparable. On se demande, en pensant a elles, si on n'est pas en presence d'un genie enctiante sous une forme qui Temp^che de se manifester dans sa puissance et sa splendeur. Le sentiment surtout, moins susceptible d'analyse, perd plus ^ Texpression qu'il n'y gagne. De tons les langages que . nous employons, le langage proprement dit, c'est-idire le langage articule, est le moins propre a I'expression du sentiment. La musique vaut mieux, plus synthetique, plus spontan6e, nullement abstraite. II est si evident que le langage n*est point une force , mais un heureux et puissant palliatif de notre faiblesse, que Thomme de genie n'a besoin que d'un mot, la ou le vulgaire demande des flots de paroles. Osons en appeler ici k Textase, non comme moyen de d^couvrir la verite, ni surtout de contr6ler les don-
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nees de la raison ; car I'extase , ainsi entendue , n'est plus qu'une erreur et une occasion d'erreur; mais rextase est un fait reel et normal , d'une importance considerable dans la vie^ et qui, sans dtre, comme le veulent certains mystiques, la souveraine de la science, en est la recompense et le couronnement. L'extase fuit les paroles. La pens^e embrasse plus de choses^ Yoit plus loin , jouit mieux d'elle-m^me dans Textase ; et sans le secours des mots. EUe pent les employer, mais comme musique. On con^oit que le dernier effort de la pensee soit de resumer toutes les lois dans une seule loi , et par consequent de rendre le developpement , c'est-a-dire la parole inutile. En Dieu , la plenitude de la pensee fait que la pensee est unique et s'exprime par un seul verbe. On ne parlera pas dans le ciel, parce qu'on y entendra tout.
Mais nous n'avons pas a soutenir ici une th^se en forme contre le mat^rialismej il nous suflftt d'avoir rappele en quelques lignes la faiblesse de ses arguments, n est heureusement vrai de dire que, parmi les personnes qui savent reflechir, il perd tons les jours du terrain , et que Timmense majorite des ^coles philosophiques est franchement spiritualiste. Nous le r6p6tons : d^s qu'on est bien v^ritablement convaincu de Timmaterialite de T&me , on a fait un grand pas pour la demonstration de Timmortalit^. En effet, ce qui est desormais difficile a expliquer, ce n'est pas que Ykme puisse se passer du corps, c'est qu'elle ait
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pu vivre sous cette masse, derri^re cette grossiftre enveloppe. La separation devient non-seulement possible , mais tout a fait vraisemblable ; et Ton ne comprendrait pas pourquoi Thdte de la prison devrait mourir, parce que la prison est abattue. C'est done sous ces heureux auspices qu'il faut se placer, au moment oii on aborde la demonstration de Timmortalite de Vkme. II ne s'agit pas d*un dogme difficile k croire. Au contraire , toutes les probabilites sont pour lui a Tavance. Apffes avoir si longtemps souffert des exigences du corps, de ses besoins, de ses plaisirs, de ses douleurs; apr^s avoir porte le poids de ses infirmit6s, T^me afifranchie voit et sent directementj elle n'est plus enchainee dans un horizon etroit ; elle n'a plus a souffrir que de ses propres fautes et de ses propres vices , et le compagnon qui la detournait du beau et du vrai , pour I'occuper de lui , et par lui la rattacher a la terre, a d6finitivement disparu.
On se sert quelquefois, pour ^tablir Timmortalit^ de r&me, d'un argument dont il ne faudrait pas s'exag^rer la valeur. C'est celuiqui se tire de Tindivisibilite et que Ton peut r^sumer ainsi : il est incontestable que Vkme est indivisible puisqu'elle est immaterielle ; et cette indivisibilite , que T^tude de la conscience 6tablit directement , est m^me une des preuves dont on se sert pour combattre les mat^rialistes. Or, puisqu'il s'agit de savoir si T^me indivisible est sujette k la mort , il faut d'abord se demander ce que
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c'est que la mort. La mort eet-elle raneantissement d'un 6tre indivisible, ou la dispersion des parties dont un 6tre divisible se compose? II est certain que la mort u'est qu'une dissolution. L'experience la plus vulgaire le prouve; la science le cenfirme. Main tenant, pourquoi veut-on que Tame perisse? Parce que tout pent. Mais si tout p^rit par dissolution , et que Vkme soit indivisible et par consequent indissoluble, elle ne pent perir. EUe est done immortelle, par la necessite m^me de sa nature. *
Get argument a une grande force , car il est vrai que la mort est une dissolution, et rien de plus; et il est egalement vrai que c'est une sorte de folie , dans les incredules, que de dire : « Tons les fetres composes se dissolvent, sans que jamais aucune de leurs parties soit an6antie; done T^me qui est simple, indivisible, insoluble, sera aneantie. » On a raison de soutenir contre eux que Taneantissement de T^me est une supposition absolument gratuite et tout a fait inyraisemblable. Seulement il ne faudrait pas aller jusqu'a dire que cet aneantissement est impossible. Certes, il n'est pas impossible a Dieu de rendre au neant ce qu'il lui a pris\ Que les pantheistes, qui ne croient pas a la creation, ne croient pas a la possibilite de Taneantissement, a la bonne heure. L'argument que nous discutons sera invincible pour tout
1. c Comme Dieu a pu former le d^cret de cr^er le moude dans le temps, il a pu et il peut toujours cesser de vouloir que le monde soit. y> Malelnranche , Septieme entreiten stir la mitaphysique ^ % 9.
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panth^iste qui croit k I'immaterialit^ de T^me ; pour nous, il ne comporte qu'une tr6s-grande probability, et ne conslitue pas, k lui seul, une certitude.
II a d'ailleurs un autre vice : c'est d*6tablir Timmortalit^ de la substance , sans garantir rimmortalit^ de la personne. Ma substance pent durer avec des modifications telles que cette dur^e m^me me devienne indifferente. Ainsi je puis perdre la faculty de me souvenir : cela seul suffirait pour rendre Pimmortalite inutile. Deux 6tres qui vivent Tun aprfes Tautre, ou un m§me Hre qui n'a pas conscience de son identite pendant toute sa dur^e, celarevient au m^me pour moi. Cette verity est bien simple, et nous verrons pourtant qu'elle est sou vent meconnue.
Ainsi, rindissolubilit^ de mon fttre me met sur-lecbamp hors de pair, sans toutefois me garantir I'immortalite. Tant que je mettais mon kme sur le m^me rang que le corps , je devais croire qu'elle se dissoudrait, puisque tout compost est condamn^ a se dissoudre. Mais k present, mieux instruit sur la nature des substances spirituelles , j'avoue qu'il ne faudrait rien moins qu'un coup de la toute-puissance pour m'aneantir; car aucune loi ne m'atteint. II semble que ce spit une exception aux lois g6nerales du monde que Taneantissement d'une substance sin^ple; et il n'est certainement pas moins difficile de la detruire que de la creer Cela pourtant ne m'empfechera pas de p6rir avec mon corps , si Dieu le veut , et qu'il ait une raison de le vouloir.
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Mais pourquoi le voudrait-il? II m'a cre6 : son but en me creant etait-il de me faire traverser cette vie pour arriver a la mort? Je vois autour de moi bien des fetres dont Texistence est moins longue que ma vie terrestre, et qui disparaissent sans laisser de traces; mais ils ne sont que des accessoires, des ^tres secondaires , crees pour Tensemble , non pour euxm^mes. Comme ils ne se connaissent pas , ils ne sauraient 6tre un centre d'action. Ma condition est bien differente. Non-seulement ma nature corporelle est incomparablement superieure; mais j'ai conscience de ce que je suis : je sens, pour ainsi dire, la vie; je I'aime, je la desire. Le n^ant me fait horreur. M^me dans Tavenir incertain ou elle se cache ^ la mort est le tourment de ma pensee. Faut-il croire que Dieu m'a donn6 cette lumi^re, cet amour, cette terreur, pour s'en jouer? qu'il lui a plu de m'attacher si 6troitement a une vie qu'il ne me donnait que pour un temps restreint? de me condamner a cette mort qui accable mon esprit? Au milieu de tons ces 6tres endormis, pourquoi m'eveiller, si je suis une proie toute prfete pour le neant? Est-ce un Dieu sage, qui ne me rend si grand que pour me rendre si malheureux? Je puis vivre demain , puisque je vis aujourd'hui. Je ne fais pas obstacle a Dieu. II m'a donne Tfetre gratuitement; mais ce bienfait re§u me confere un droit , puisque Dieu est juste.
Quand cet argument se produit devant un incredule , il ne manque pas de dire que nous croyons a la
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vie future, par cet unique motif que nous la d^sirons. Mais ce d^sir n'est pas en nous notre oeuvre propre; il est commun a tons les hommes; il fait partie de notre 6tre; c'est Dieu qui nous I'a donne. Nous avons done le droit de demander si Dieu nous a faits k la fois pour aimer la vie, et pour la perdre. Nous ramassons toutes ces probabilit^s sans nous faire aucune illusion sur leur valeur, et sans les dedaigner. Nous formons sans doute beaucoup de d^sirs qui ne seront jamais assouvis ; mais il y a loin d'un vcBU tout personnel k un penchant inn6 de la nature humaine.
Dieu ne fait rien en vain. Non-seulement il ne cr6e aucun ^tre qui ne concoure a Tharmonie de Tunivers, et qui ne soit parfaitement approprie k sa propre fin; mais il ne donne k cbacune de ses creatures que le degr6 de force et les aptitudes dont elle a besoin. M anquer de force , perdre une force , ce sont deux signes d'impuissance. Nous-memes, dans notre humble sphere J nous ne savons qui nous meprisons le plus , de celui qui veut atteindre un but trop 6lev6, ou de celui qui fait de grands efforts pour atteindre un but qu'il avait sous la main. Si la France veut faire la guerre k la Russie , elle assemblera trois cent mille bommes , et ce sera bien ; que dirait- on d'un gouvernemcnt qui mettrait trois cent mille hommes sur pied pour aller prendre unebicoque? Non-seulement , c'est un d6faut d'intelligence que de d^penser de la
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force en pure perte, mais c'est le plus siir moyen de mal faire. L'habile ouvrier se reconnatt k Texacte proportion de la force employee et de la force vaincue. Si nous appliquons ces principes k Tauteur de Tunivers, nous devrons reconnattre que sa volont6 a dfl r^gler d*avance les facultes de chaque fetre sur la destin6e qu'il lui assignait ; et c'est ce que confirme avee eclat le spectacle de rnnivers, partout oil nous portons nos regards. II est impossible de n'en pas tirer cette conclusion, que T^tude des facultes humaines doit nous eclair er sur Tavenir de I'homme. Un 6tre destine a vivre 6ternellement dans le ciel , ou un fetre destine a veg6ter quarante ans sur la terre , ne peuvent pas avoir ete tallies sur le mfeme patron, si Dieu est grand.
Partons de la ; et , puisque nous avons besoin de savoir si Thomme est immortel , demandons-le k rhomme lui-m^me.
Interrogeons d'abord son coeur. Ne regardons pas la tie , comme on le fail tr^-souvent » dans son tissu exterieur ; penetrons au fond : c'est le cceur qui est le fond de la vie. Non-seulement il nous arrive de ne rien comprendre a la vie des autres ; mais beaucoup d'bommes , faute d'observation et de penetration, ne comprennent rien a leur propre vie , et savent a peine la cause de leur bonheur ou de leur tristesse, le motif de leurs actes. lis ressemblent k ces historiens qui accumulent evenements sur evenenjents , qui racontent les batailles et les revolutions , sans jamais dire
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un mot de T^tat des kmes. A peine commen^ons-nous a nous sentir nous-memes, que nous commenQons a aimer, et quelquefois a hair. Get amour pent se con* centrer sur nous ou se porter au dehors; presque toujours il s'attache a quelque autre ^me : un p^re , une femme, un enfant, un ami. Dans certaines natures, Tamour prend pour objet principal la gloire, ou la vanite, ou la fortune. Quelquefois aussi, oe que nous aimons, c'est la patrie, ou Tart, ou Thu* manite. Si cet amour d^passe la mesure commune, il prend dans la langue vulgaire le nom de passion; mais les ^mes les moins passionnees sont agitees et gouvernees par I'amour. Qui nous donne cet amour? L'objet que nous aimons? Non vraiment, il n'en est que le pretexte. Ge qui est aimable pour moi, Test peut-6tre pour moi seul. Un objet aimable ne cree pas un coeur aimant; mais la ou palpite un coeur fait pour aimer t I'amour naitra, dilt-il se prendre a un indigne objet. L'amant tire de son coeur les tresors dont il pare Tobjet aim^. Rien ne montre mieux que nous sommes quelque chose par nous-m^mes, et que nous ne dependons pas enti^rement de nos sens et du monde. Beethoven, devenu sourd, ecrivait de la musique sublime. Quel monde enchants, que celui qui ^talait ses splendeurs dans Timagination de Milton aveugle! Si je voulais faire le pofime de I'amour, je ne prendrais pas deux amants parfaits : je prendrais un de ces cceurs qui se sont donnes pour ainsi dire en d^pit de tout , mais donnes sans arriire-