‹ La religion naturelle (volume 2)Chapitre 30 sur 45 · TR0ISI£HE PARTIE · texte numérisé non relu

TR0ISI£HE PARTIE

adouci de cette coutume se retrouve encore chez un peuple voisin. Elie peut sembler raisonnable, pourvu qu'oQ la renferme dans certaines limites ; car la punition a un double but : punir le criminel, efTrayer le crime. Le criminel ne peut plus 6tre puni , puis^ qu'il est mort ; mais la sentence peut 6tre prononcee pour I'exemple. Cependant la loi fran^aise^ sous Tinspiration de la philosophie, a sagement decide que la mort du coupable arr^tait tout. U importe sans doute de qualifier les actes pervers ; mais ii importe encore plus de faire penetrer dans tons les esprits le veritable sens , le veritable caract^re de la peine. Or, nous le repetons une seconde fois, pour que la justice ne perde pas son nom , il faut que le coupable comprenne qu'il est puni.

-Nous ferons quelques reflexions analogues sur les recompenses. U y a une grande difference entre donner et r^compenser. Je puis donner a quije veux^ quand je veux^ autant que je veux. Gelui k qui je donne n'a aucun droit a mes bienfaits. J'exerce , en donnant, ma lib^ralite. Je fais un acte de pure bienveillance. Au contraire , je ne puis r^compenser que celui qui a m^rite de TStre. II a un droit formel sur la recompense que je lui donne. Je m'honore sans doute en recompensant genereusement , mais parce qu'on s'honore en rendant justice. Ges principes sent eiementaires. II arrive souvent que, dans TEtat, une institution destin^e a payer le merite, devient Tobjet du trafic des courtisans, et que la faveur prend

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la place de la justice; c'est que toute institution humaine engendre des abus. La distinction aceordee a Tintrigue usurpe le nom de recompense.

EUe devrait changer de nom , si la verite etait connue, et s'appeler fl^trissure. Si quelquefois les distinctions sont h6r6ditaires , c'est qu'on n*a pas trouvfi d'autre moyen de recompenser le pfere. La distinction accordee a la famille est une recompense pour le pfere ; pour le fils elle n'est qu'un bienfait. En un mot, le principe du m^rite et du dem^rite et la notion de punition et de recompense sont n^cessairement inseparables. Nul ne pent Stre puni et recompense sans Tavoir merite, et sans savoir qu'il Ta merite. Cela est vrai, mSme des funerailles illustres que rfitat decerne k un heros. II lui donne la gloire, ne pouvant plus lui donner le bonheur*

Ge caract^re n'est pas particulier aux peines et aux recompenses que distribue la justice humaine. Nous nepouYons admettre que Dieu nous punisse dans une autre vie , si nous n'avons transgresse aucune loi ; ou qu'il nous traite apr^s la mort comme il traitera un homme vertueux , si nous avons vioie nos serments, outrage la majeste divine , et prefere notre interfet k nos devoirs. C'est cette conviction qui ajoute au poids du remords , et qui mfele la peur du supplice a venir au sentiment de la degradation. C'est sans doute trop ravaler la nature humaine que de la croire uniquement menee par la crainte du ch^timent ou I'espoir de la recompense; mais, sans nier la valeur des autres mo-

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biles 4 c6lui-ci est au nomhre des plus puissaats , et quiconque s'est trouve plusieurs fois au chevet d'un mourant sail oe que la pens^e de la yie future m^le de joie ou d'amertume aux douleurs de Tagome. Qu'au moment oil le criminel esl bourrel^ d'inquietudes a la pensee du Dieu qui Tattend , on lui apprenne que la yie future n'est qu*une invention des philosophes et desprfetres, peut-6tre se trouyera-t-il soulage par cet espoir du neant, Mais supposons, au contraire, qu'un partisan de la m^tempsycose s'approche de lui y et lui dise : c< Votre ame ne pent pas p6rir ; elle vivra , et elle viyra malheureuse; mais vous, yous n'en saurez rien. Votre memoire ya s'arr^ter, yotre conscience ya s'eteindre. C'est une nouyelle vie qui va commencer dans votre substance, sans autre communaute avec vous que cette identite d'une substance inerte. » Quelle difference fera le mourant entre de telles paroles et la promesse du n6ant? Sait-il ce que c'est que sa substance quand on en detache sa vie? U ne s'interesse m^me pas a son corps qu'il connait ; et il se prendrait d'amitiepour cette substance qui ne peut fetre vue, ni touchee, ni sentie, et qui, s6paree des facultes qu'elle developpe, n'est plus qu'une vaine et incomprehensible abstraction! Eh I que me fait une soufTranceque j'ignore? Puis-je souffrirsanslesavoir? Quel homme prendra jamais au serieux une menace attach^e a de telles sublilites m^taphysiques ?

De mfemepourles recompenses. Voila Brutus arrive au dernier moment de sa vie. II meurt vaincu, et,

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voyant le triomphe d'Octave,il s'6crie; « Vertu, tu n'es qu'un nom. » G'est une imprecation qui lui^chappe, et que Thistoire a trop aTidementrecueillie : ce seui mot , s'il est reflechi ^ fletrit une vie de devouement et de sacrifice au devoir. U etail digne de Tame de Brutus d aimer la vertu pour elle-m^me, sans espoir de recompense. La vertu qui demande un salaire change de nom et s'appelle de Thabilete ; mSme quand le salaire est eloigne, la vertu n'est qu'une negociation a long terme. Si les mattres de Brutus etaient sorlis de la tombe pour assister a son dernier moment , s'ils avaient paru sous sa tente , celui-ci en habit d'esclave, cet autre avec les instruments de la torture subie, ils auraient renie ce faux stoicien, qui croyait avoir perdu la partie parce que la fortune se rangeait du c6te du vice. Etait-ce pour estimer ainsi la vertu , qu'il avait embrass6 la philosophic stoique? Zenonlui avait-il promisla richesseetla domination? G'etait quand la vertu se montrait a lui avec un cortege de ruines que Brutus devait Tadorer. II devait la reconnattre a cette auguste marque. Sa mort avec une telle parole est indigne de sa vie.

On pouvait demander a Brutus d'aimer la vertu pour elle-mfime : on ne saurait attendre un tel effort des limes vulgaires. Les recompenses de la vie k venir sont un ressort puissant , dont nous devons remercier la bont6 de Dieu. II faut aux hommes cette esperance pour les consoler de la vie et de la mort. Quelle est Tame p^netrante et sympathique qui n'ait

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