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rencontr^ des martyrs autour de soi? Les martyrs les plus k plaindre ne sont pas ceux qui meurent tragiquement, et dont I'histoire arrache des pleurs. II y a des infortunes moins visibles, des douleurs de chaque jour, des deceptions sans cesse renouvelees, des amities trahies^ des tendresses refoul^es, des injustices subiesy supplices obscurs et sans nom qui durent soixante and, et n'obtiennent pas m6me cette derni^re des consolations humaines, la piti^l Quand une yie s'est ainsi trainee si longtemps de douleurs en douleurs jusqu'^ la mort^ que lui reserve Dieu pour recompense? Le neant? Lui qui a vu la lutte et la victoire interieure , qui sait la fidelite au devoir^ et qui a mesur^ ce qu'elle a coute , quand il a soixante ans refuse k cette ^e blessee un bonheur, un repit, une lueur dans ces t^nebres, n'a-t-il rien a lui dire au moment oil la force lui manque pour souffrir plus longtemps, et ou le corps epuise va retourner en poussi^re? Que la religion veille sur ce lit de mort; qu'elle murmure k Toreille du mourant des paroles d*immortalite. II a souffert de la faim et de la soif ; il a aime , sans 6tre seulement compris ; il a cree de grandes oeuvres, qu'on a rejet^es avec dedain; le monde n'a youIu , ni de son g^nie , ni de son coeur : repetez-lui qu'un p6re Tattend au dela du tombeau , un pere qui Fa eprouv^, qui maintenant le b^nit, et qui va le recevoir fatigue de la route, brise, torture, a bout de forces , mais renaisdant pour une vie nouvelle. \oi\k des paroles qui le feront sourire au milieu
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de Tagonie. Voila une idee juste, de bonnes promesses ; voila le veritable oreiller pour s'endormir du dernier sommeil. Mais disparattre en Dieu, c'estvraiment mourir. Perdre le souvenir de son identite^ m^me en conservant sa substance , c'est vraiment mourir. On dirait que celte phrase sonore : s'absorber dans le sein de Dieu , est autre chose qu'une metaphore, et une m^taphore qui, quand on la presse , ne rend qu'une contradiction et une absurdite. Est-ce qu'un ^tre fini pent se fondre avec Tinfini de telle sorte que ces deux fetres unis ensemble n'en fassent plus qu'un seul? Est-ce que cette union et cette identification de deux ^tres est possible ^ m^me dans la sphere des 6tres crees? Est-ce que le retour dans le sein de Dieu d'une de ses creatures ajoute quelque chose k I'^tre de Dieu ? Et s'il n'y ajoute rien, quelle difference y a-t-il entre cette absorption et Taneantissement? Si Dieu est la substance unique^ il ne reste rien de moi j apr^s que ma conscience s'est 6teinte; si les ^tres cr6es ont aussi leur substance, quelle plus monstrueuse pensee que de fondre ces substances contingentes dans la substance absolue; et quelle plus triste equivoque que d'appeler cette mort immortalite , ou de proposer ce n6ant du cceur et de la pens6e comme une recompense ! Nous retrouvons ici le paniheisme a la fin de la philosophic, comme nous I'avons trouve au commencement; et nous le retrouvons aussi denue de preuves, aussi contradictoire, et, pour dire le mot vrai , aussi cruel.
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Oui , c'est une cruelle doctrine qui nous dispute egalement le present et Tavenir, qui fait de ce monde un r^ve au lieu d'une realite, et, au moment ou nous nous eveillons, nous detruit.
L'immortalite a laquelle nous croyons n'est done pas cette immortalite derisoire de la substance qui rend Timmortalite inutile, la peine et la recompense impossibles , et qui ne repose que sur des non-sens et des contradictions; c'est Timmortalite de tout ee qui constitue Thomme, de son coaur et de son esprit; en un mot, c'est I'immortalite de la personne, Au moment venu , le trepas jette son ombre sur nous, le monde disparait, et nous nous retrouvons tout entiers de I'auire c6te de la tombe.
Quel sera, dans ce monde nouveau, le ch^timent des coupables? Et quelle sera Toccupation des justes? En quoi consistera leur felicite? C'est la ce qu'on demande, ce qu'on reproche a la philosophic de ne pas savoir. II semble quelquefois que, si elle ne parvient a decrire T^tat des ames aprfts la mort , on doive lui compter pour rien tout le reste. On oublie qu'il est dans les necessites de notre condition de ne pouvoir decrire et comprendre que ce has monde. C'est beaucoup que Dieu nous ait accorde le gouYoir d'affirmer et de prouver la reaUte invisible. Quand nous ne saurions rien de Dieu, sinon qu'il existe, et de la vie future, sinon qu'elle est assuree, nous devrions nous estimer heureux, et placer ces deux connaissauces au-dessus de toutes les autres. Mais nous
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pouYons aller au dela, quoique dans une tres^humble
mesure.
£!cartoDS d'abord ce qui concerne la punition des coupables. lis seront punis, cela seul nous importe, parce que cela seul importe k la justification de la Providence ; la nature de cette punition nous est in* diflTerente*. Nous savons qu'elle sera proportionnee a lafaute, parce que le juge est infaillible. On doit esperer que, m^lant la misericorde a la justice, Dieu permettra aux coupables de meriler par le repentir un adoucissement. La peine a une double raison d'etre : Texpiation de la faute, Tamelioration du coupable. On demande si la peine durera eternellement? c'esl une question qui ne se serait pas introduite d'elle-mSme dans la philosophic. Cette ^ternite supprime un des deux caract^res de la peine, la purification, Tamelioration ; elle exagfere Tautre au dela du possible; car il n'y a pas de faute temporelle qui appelle une punition eternelle. Aucun principe de la raison ne conduit a Teternite des peines et ne permet de Tadmettre '. Ce dogme de Teternite
1. « Ne me demandez pas si les tourments des m^chants seront 6ternels, et s'il est de la bont6 de Tauteur de leur 6tre de les condamner k souffrir loujours : je Tignore, et n*ai point la vaine curio- 8it6 d'6claircir des questions inutiles. Que m' importe ce que deviendront les m^chants? Je prends peu d'int^r^t k leur sort. Toutefois, j'ai peine a croire qu'ils soient condamn^s k des tourments sans fin. » J. J. Rousseau, Profession de foi du vicaire Savoyard.
2. c A d6faut de la certitude religieuse sur 1 6termt6 des peines et
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des peines est exclusivement du domaine de la revelation; encore ne doit-il pas ^tre separ6 d'autres dogmes r^vel^s qui Tadoucissent , tels que la redemption et la grslce. Mais ^cartons ce qui est Stranger a la philosophie ; et m^me , dans Tordre des speculations accessibles a la raison humaine , ecartons celles qui ne roulent que sur les chatiments, et revenons au bonheur des justes.
Puisque nous ressuscitons tout entiers , T^me des justes conserve apr^s la mort ses trois facultSs essentielles , la sensibility , Tintelligence et la volonte. Mais comme elle est affranchie de tout lien corporel , et que le temps de ses epreuves est passS , elle n*a plus de lutte a soutenir, et toutes ses facultes s'appliquent directement a leur objet, sans 6tre dStournees par les douleurs et les defaillances de la vie mortelle.
Ainsi notre sensibilite, dans ce monde , est partagSe entre les sentiments purs et elevSs que donnent la pensSe de Dieu, celles de la beauts et de la justice, et les sensations plus humbles qui naissent de notre commerce avec le corps, de la necessite de le preserver et de Tentretenir. M6me, chez la plupart des hommes , le corps fait un tel bruit qu'il occupe la
des recompenses, la pbilosophie pr6sente, au moins k titre de conjecture non refutable^ aux bons une esp^rance sans bornes, aux pervers un doute terrible. » Th. Henri Martin, la Vie future, U* partie, cbap. VII, p. 294.
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sensibility presque tout enti^re. Dds qu'il s'^veille, les images entrent a profusion par les yeux; les oreilles sont assaillies de mille bruits confus ^ mille parfums soUicitent Todorat , tons les corps autour de nous nous pressent, nous menacent, nous apportant tour a tour du plaisir et de la douleur ; au dedans la faim se fait sentir, et va croissant jusqu'a ce qu*elle nous oblige de consacrer une heure du jour a Tapaiser ; a peine a-t-elie disparu que les aliments introduits dans notre estomac attirent notre attention. Le froid et le chaud surviennent aussi , et la necessite d'un travail m^canique. Au milieu de tout cela, que nous reste-t-il pour sentir ce qui est eternel, pour 6prouver les delices de Tamour de Dieu? Tout notre temps est pris par les besognes de notre destinee mortelle ; et c'est ainsi que le corps nous domine ^ nous abaisse, et^ de mattres que nous sommes par I'excellence de notre nature ^ nous transforme en serriteurs. II en est de m^me de notre intelligence. Son objet est le vrai; sa destinee est de le chercher; son bonheur, sa grandeur, de le connaitre; mais quand elle voudrait se diriger vers le vrai, vers Tuniversel, le corps Toblige a se detoumer pour gagner, par quelque indigne besogne, les aliments dont il a besoin. II faut quitter la philosophic pour le commerce. On se met Tesprit a la torture pour concilier TinterSt de Pierre avec celui de Paul; on etudie les plantes, non pour admirer la sagesse du Createur, mais pour savoir si elles contiennent de la substance nutritive.
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Car 11 faut beaucoup de choses a ce corps : il lui faut de la nourriture et de la boisson, des couvertures, du feuy ua abriy des remedes. Si tout cela De lui est pas fourni a propos, il s'emporte, il se livre a des excfes dont Vkme est toute troublee. Meme quand elle vient a bout de se recueillir pour vaquer a Toeuvre qui lui est propre, c'est-a-dire a la science, le corps s'impose comme auxiliaire. Elle ne peut guere penser que sur son rapport. Aussit&t qu'elle yeut connaitre Dieu dans ses oeuvres , il faut qu'elle en croie le temoignage de ses yeux et de ses oreilles. Elle subit tons les inconvenients de Textr^me petitesse de ce corps, dont rhorizon est necessairement borne, de la faiblesse , de Tinexactitude des organes que le moindre travail fatigue , que la moindre maladie detraque, et qui^ mSme dans Tetat normal, n'apportent que des renseignements que nous sommes hors d'etat de controler. Enfin notre volonte s'epuise a quelque travail mecanique^ et ne se determine en general que sur des affaires mal etudiees. II y a, en grand nombre, des creatures faites a Timage de Dieu , capables de ressentir tons les charmes de la poesie, et de comprendre les plus hautes verites de la science , qui pendant leur vie entiere sont occupees depuis le matin jusqu'au soir a scier en long une poutre, ou a piquer sans discontinuer un moellon avec un marteau de fer. A quoi leur sert, pour ce metier, leur intelligence? Elle leur nuit. Un automate ferait mieux qu'eux, plus vite, plus uniformement, la mfeme besogne. Dans les
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actions ou la morale estioteressee, le corps iutervient toujours avec ses passions pour nous tirer du cdt^ du mal. C'est proprement lui qui s'appelle Tinterfit. Tous nos vices viennent de cette source. C'est lui qui nous rend injustes, ingrats, personnels, luxurieux; qui nous occupe a la bagatelle, et nous fatigue a accomplir des actions dont il ne reste rien, des actions de n^ant qui ne fortifient pas celui qui les fait , et ne ^ concourent pas a la perfection du syst^me dont nous faisons par tie.
Otez le corps, tout change. Les sensations du plaisir et de la douleur physique disparaissent, et laissent notre ame libre pour I'amour de Celui qui est la Beaute par essence. Nous n'avons plus besoin desormais de trouver la beaute dans les images terrestres; elle agit directement sur nous, pour nous remplir de sa douce et pure ivresse. Notre intelligence n'est plus soUicitee par les impressions sensibles qui TempSchaient de se retrouver elle-m6me , et de retrouver Dieu, qui est son etoile; elle est tout entiere a la contemplation de Tabsolu. Ici-bas, notre esprit est sans cesse 6cart6 de sa route ; pour qu'il puisse s'appliquer a Tobjet propre de la connaissance , c'est-a-dire a la v6rite eternelle, il faut que par un energique effort il baunisse de sa pensee toutes les images et tous les bruits de ce monde^ qu'il etudie les faits , non pour les connaitrei mais pour apercevoir les lois qui les dirigent , qu'il entre , par la conception de ces lois , dans la sphere des r^alites invisibles , qui sont les