Manuel de piiti, avis sur la pri^re
inspire I'horreur de Toisivete ; elle glorifie Dieu sans rien cotiter a la dignite de rhomme. Elle ne remplace pas la vertu par de vaines ceremonies. Loin de troubier et de debiliter la raison, elle Teclaire el la vivifie en la ramenant k son origine. Elle est le lien qui rattache rhomme aux autres hommes, et la terre au ciel*.
1. c Dieu a voulu que les hommes s'aimassent , qu'ils v^cussent tous ensemble comme fr^res dans une m^rne famille) et comme enfants d'un mdme p^re. II faut done qu'ils puissent s'Mifier, s'instruire, se corriger, s'exhorter, s'encourager les uns les autres, louer ensemble le P^re commun, et s'enflammer de son amour. « F^nelon, Troisieme Lettre $ur la religion.
GHAPITRE 11.
DU R6lE DE la PHILOSOPHIE RELIGIBUSK DANS LA
SOGliTi MODERNB.
« Une religion pent 6tre nalurelle bien qn'elle ait 6l6 r^y^l^e : il suffit .qae les homines aient pu el dfi y arriferpar le seul usage de leur raison. » Kanl, Critique de la religion, IV* partie, chap. i.
Pour apprecier le r&le de la philosophic religieuse dans la soeiete moderne, et pour en pr6voir Tavenir, ii est indispensable de comparer la religion naturelle avec les religions positives. Nous eviterons ainsi une confusion tr^s-commune , qui consiste a demander a la religion ce qui ne convient qu'a la philosophic, eta la philosophic ce qui ne convient qu'a la religion. Prenons done la chose d'un peu loin, et comparons d'abord les dogmes , pour comparer ensuite les regies et les influences avec plus de precision et d'autorit^.
Une religion positive est un ensemble de dogmes et de preceptes reveles. La religion naturelle est Tensemble des doctrines religieuses et morales que la philosophic pent ^tablir par Tobservation et le raison-
nement. Ainsi, c'est Dieu lui-m6me qui nous enseigne lea v^rites de la religion positive; et c'est rhomme qui cherche, k ses risques et perils, les verites de la religion naturelle*.
La premiere difference qui r^sulte de cette double origine, c'est que la philosophic est obligee de prouvep separement cbacun de ses dogmes, tandis que, dans la religion positive, il s'agit seulement de prouver que la revelation a eu lieu, et que le dogme qu'on propose k croire y est r6ellement contenu.
Par exemple , si un philosophe veut demontrer la Providence , il faut qu'il ^tablisse d'abord que Dieu est bon, intelligent et tout*puissant ; qu'il fasse voir combien il serait indigne de la bont^ de Dieu d'aban<donner les hommes apr^s les avoir cr6es, et qu'il s'efforce d'arriver ainsi par voie d'induction k se persuader a lui-m^me, et a persuader auxautres, que Dieu dirige r^ellement la destin^e du monde et la ndtre.
Mais le pr^tre d'une religion positive n'a que faire de tons ces raisonnements. D^s qu'il aprouv^ I'existence de la r6v6]ation et Fauthenticite des livres qui la renferment, il lui suffit de montrer que la Providence est enseignee dans ces livres. Le texte sacr^ tient lieu de preuve, et tout esprit doit se soumettre. Si , pour faciliter la croyance , le prfitre la d^veloppe , Texplique, la d^montre, il le fait comme philosophe