‹ La religion naturelle (volume 2)Chapitre 39 sur 45 · Kant, Critique de la religion, lU* partie^ chap. v · texte numérisé non relu

Kant, Critique de la religion, lU* partie^ chap. v

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et noQ comme prfetre ; il ajoute Tautorite de la philo-

sopbiea celle de la religion; mais il donne ces autres

lumi^res par surcrott ; car la revelation venant direc-

tement de Dieu est, par essence, au-dessus de la

demonstration et de la discussion philosophiques. Le

dogme Mt-il invraisemblable , eAt-il centre lui les

lumi^res de la raison et de la philosophic, ii faut le

croire^ s'il est r^eU, et la raison humaine ne pent en auciin cas s'elever centre la parole de Dieu.

En resume , la religion s'appuie sur Tautorite , et la philosophic sur la raison.

Quiconque refuse d'admettre , purement et simplement, sans restriction ni reserve, tons les dogmes compriB dans la veyelatlon , se place en dehors de la foi religieuse. Au contraire, pqurvu que Ton cherche la Y^rite de bonne foi , on est philosophe j quelle que soit la doctrine a laquelle on se range; car, une fois admise la souverainet^ de notre raison , il u'y a plus d'autre rfegle que d'admettre ce qui lui paratt vrai, d'ajourner ce qui lui paratt douteux , de rejeter ce qui lui paratt faux.

Un prdtre qui admet quelqu'un dans aa communion y sans exiger une adhesion d'enfant a toutes les v^rites revelees , a perdu le sens de sa mission. Ce n'est plus un pr^tre , c'est un philosophe. Un philosophe, qui ne reconnatt pas en autrui les droits imprescriptibles de la liberte, n'est plus un philosophe; c'est un poete, un r^veur^ un illumine, tl est de Tessence d*une religion d'etre intol^rante, et

de Tessence d'une philosophie d'dtfe eompreheii'^ sive.

Si, par impossible, une religion cessait d'etre intolerante, elle ne serait plus une religion; carune religion ne se discute pas^ ne se marchande pas. Elle est tout d'une pi^ce. II faut la prendre eniiere ou la laisser. La moindre h6sitation , la moindre reticence rend la foi inutile ^ la detruit. Dans certaines ecoles philosophiques de Tantiquit^, qui n'avaient pas encore la pleine intelligence du caract^re de la philosophie, et qui affectaient a beaucoup d'^gards la forme religieuse , on professait cet axiome : Le mattre Ta dit. Le maitre, dans une l^glise, c'est Tinfaillible, c'est Dieu m^me.

Ce mot d'intolerance est pris generalement en mauvaise part, parce qu'il pr6te a une equivoque. 11 y a deux intolerances, Tune au dedans, Tautre au dehors, Tintol^rance ecclesiastique et Tintol^rance civile. La premiere decoule du principe m^me sur lequel toute religion positive est fondee ; la seconde est Tabus le plus terrible que les hommes puissent faire du nom de Dieu. Autant il est raisonnable d*exclure de TEglise ceux qui ne croient pas ce que Fl^glise enseigne, autant il est criminel d'employei* la force pour faire entrer dans T^glise ceux qui n'ont pas la foi. L'intolerance ext^rieure , rintol6rance civile , celle qui est criminelle, est tout enti^re dans cet emploi de la force; Hors de la, il n y a que legitime de-

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fense^ discussion ^ apostolat'. Le pr^tre qui discute une doctrine, qui montre en quels points elle s'ecarte de Torthodoxie, qui interdit m^me aux fideles de sa communion I'usage des livres dangereux , celui qui va chercher les incredules pour s'efforcer de les converlir en les persuadant, ce pr6tre-la ne fait que son devoir. II a I'intolerance ecclesiastique ; il n'a pas rintolerance civile*. Si , reunissant le pouvoir temporel au pouvoir spirituel, soit directement, soit par voie d'influence, il persecute ou fait persecuter les incredules; s'il fait, ou s'il inspire des lois qui empSchent la libre manifestation de la pensee , qui d^truisent Tegalite civile et Tegalite politique entre les croyants et les incredules, et qui exigent, m^me des dissidents , la pratique exterieure d'une religion qu'ils repoussent ; si , prive de cette influence directe

1. a Comme il disait cela, un des gardes lui donna un soufflet, disant : c Est-ce ainsi que tu r^ponds au pontife? »

a Jesus lui r^poudit : «c Si j'ai mal dit, convainquez-moi ; si j'ai c bien dit, pourquoi me frappez-vous? » Ev. selon S. Jean, chap. XVIII, vers. 22 et 23.

2. La doctrine de J. J. Rousseau, dans la Profession de foi du vicaire Savoyard , est contraire k celle que nous exprimons ici : c La distinction entre la tolerance civile et la tolerance th6ologique, dit-il dans une note, est puerile et vaine. Ces deux tolerances sont inseparables, et Ton ne pent admettre Tune sans Tautre. Des anges m^mes ne vivraient pas en paix avec des hommes qu'ils regarderaient comme des ennemis de Dieu. » L'intol^rance ecclesiastique n'oblige pas les Chretiens k voir des ennemis de Dieu danrs ceux qui ne partagent pas leurs croyances ; elle les oblige seulement k ne pas voir en eux des chr6tiens. La tol6rance telle que Rousseau Tentend ressemble h Tindifference; et c'est ce qui explique la conduits de son vicaire Savoyard, qui dit la messe quoique incredule.

LE GULTE. 393

sur Tautorite temporelle y il emploie les armes spirituelles pour nuire a la liberie, aux droits, aux inter^ts des incredules, en transformant leurs doctrines, en calomniant leurs intentions, en denaturant leurs paroles et leurs acies , ce qui est faire appel a la violence par des voies detournees , alors il est intolerant de cette espfece d'intolerance que la conscience publique fletrit. 11 p^che contre sa religion qu'il rend odieuse, contre la society qu'il scandalise et qu'il divise^ contre les personnes qu'il condamne au malheur de la proscription, ou au malheur plus grand encore de Thypocrisie. II fut un temps ou, par une confusion deplorable i TEglise confondait le droit d'imposer ses doctrines a ceux qui reconnaissent son autorite, avec le droit d'imposer son autorite k ceux qui, dans le fond de I'slnie, refusent de la reconnaitre. Elle etait alors intolerante au dedans et au dehors ; non pas seulementetrang^re k la liberte, mais hostile; elle enseignait par la confiscation, par le glaive etpar le bucher, au lieu d'enseigner par la predication , par la discussion libre et par Texemple. II est impossible de nier ces faifs que Thistoire ^tablit; il est injuste de les attribuer a autre chose qu'aux passions humaines. La seule intolerance qui decoule de Tessence d'une religion , et non de la passion de ses pr^tres , c'est rintolerance ecclesiastique , dont la legitimite et I'innocuite sont au-dessus de la discussion.

En parlant ici de Tintolerance et de ses diverses esp^ces, nous ne prononqons pas le nom de TEglise

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catholique. Ce n'est pas par une vaine affectation. Tout ce que nous disons de Tintolerance religieuse est 6galement vrai dans toutes les religions. L'absurde religion de la Gr^ce etait coupable de la pire intolerance le jour ou elle fit boire le poison a Socrate. Calvin, faisant brtiler Michel Servet k Geneve, ne difffere en rien de Tinquisition condamnant un juif relaps a la torture et au bticher. On parlait, il y a quelques mois, d*un sujet italien condamn^ au bagne pour s'fetre converti au protestantisme ; mais TEurope a appris , il y a un an , que , dans un fitat du nord , la loi frappe de mort le citoyen qui , de lutherien, se fait catholique. Entre les auto-da-f6 d'Espagne et les persecutions recemment infligees a TEglise ruthenienne dans le nord de TEurope, il n'y a d'autre difference que celle qui separe le genie des deux peuples et des deux sifecles. Le dogme n'y fait rien. Quel qu'il soit d'ailleurs, c'est la mfeme passion et la mfeme faute. II est si vrai que rintol6rance civile n'est pas attachee au dogme, et ne decoule pas naturellement du principe religieux , que la philosophic elle-m6me a ete quelquefois intolerante. Elle I'a ete sous Julien , qui condamnait les Chretiens au feu parce qu'ils refusaient d'adorer les dieux de Tempire. Elle I'a ete sous la republique fran<;aise , lorsqu'au nora de la Raison le pouvoir civil a modifie la constitution spirituelle de TEglise et finaiement supprime Texercice du culte et proscrit les prfetres. Elle Test encore tons les jours, lorsque ,

par le souvenir d'anciennes guerres qui devraient dtre oubUees , ou par un vain esprit de represailles , elle reproche aux Eglises de pratiquer l'intx)lerance ecclesiastique , et s'effbrce de mettre obstacle , soit directement par des lois , soit indirectement par un appel a Topinion publique , aux libres manifestations de Tesprit religieux. Cette intolerance dans les philosophes est un contre-sens veritable ; elle ressemble a une abdication. Hs sont dans le monde les theoridensi et les apdtres de la liberte; il est dfeux fois odieux de gfener la liberte dans autrui quand on la revendique pour soi-meme , et qu'on fait profession d'en proclamer la fiecondite et la douceur.

Nous concluons des reflexions qui precMent :

Que Tintolerance civile, celle qui emploie la violence pour contraindre les homraes a faire profession elPterieure d'une doctrine a laquelle ils ne croient pas , n'est jamais que le crime d'un homme ou d'une cor^^ poration , et que rien , dans la nature des religions positives , ne pent ni Texpliquer, ni Texcuser;

Qu'au contraire le principe mfeme des religions positives , qui est de reposer sur une revelation directe, les oblige k Tintolerance ecclesiastique, c'esta-dire k cette espdce d 'intolerance qui consiste a retrancher tout dissident de la communion des fideles ;

Et qu'enfin la philosophic etant fondee sur la raison, et consequemment sur la liberte, elle ne doit ni ne pent pratiquer aucune sorte d' intolerance.

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Poursuivons maintenant notre parall^le en comparant 9 non plus les origines^ mais les dogmes, et demandons-nous successivement quels sont les problemes propres aux religions positives et a la religion naturelle^ et de quelle fa^on ces problftmes doivent gtre r^solus dans I'Eglise et dans Tecole.

Les religions positives et la religion naturelle repondant aux memes besoins ont les monies questions a resoudre. Pour toute religion, il s'agit toujours de savoir quelle est Torigine de rhomme, quelle est la rfegle , quel est le but de sa vie , et quel avenir il doit esperer apr^s la mort. Seulement, les religions positives, et en cela une religion vraie ne differerait point d'une religion fausse, doivent a chacun de ces probl^mes une solution claire, precise, detail- I6e. La religion naturelle , qui n*est au fond qu'une partie de la philosophie , ne donne que ce qu*elle pent donner. Ses obligations ne se mesurent pas aux besoins de la societe, mais k la force de I'esprit humain.

Ainsi , par exemple , il est de la nature d'une religion positive , qui parle au nom de Dieu lors m^me que Dieu ne Tinspire pas, de donner des regies precises et indiscutables pour toutes les actions un peu importantes, de dire de quelle facon, par quels actes, par quelles paroles Dieu veut fetre honore , de delerininer la condition du salut et le caract^re de la vie future. La religion naturelle, en ce qui concerne les

LE CULTK. 397

regies 9 doit faire une plus large part a la liberte ; elle ne peut imposer un culte uDiforme a des kmes dont la capacity, les besoins et les ressources different ; elle n'a parfois que des esp^rances a donner au lieu d'une certitude. Elle manque de criterium pour determiner avec infaillibilite les conditions indispensables du salut. Elle guide la raison en la respectant, tandis qu'une religion positive dedaigne la raison et la remplace.

Pour les solutions, il va sans dire que la difference est grande entre les di verses religions positives. EUes difC^rent entre elles comme les ecoles de philosophic, ni plus ni moins ; et la raison en est qu'en les supposant humaines , supposition qui ne peut , dans tons les cas , ^tre fausse que pour une seule d'entre elles, elles sortent de la m6me source que les philosophies. Ainsi, il y a des religions pantheistes, materialistes, fatalistes. Dans quelques-unes , le dogme uifime de la vie future manque. Au milieu de cette diversite, I'histoire permet pourtant d'indiquer des tendances plus generales ; et Ton peut dire , par exemple , que la plupart des religions admettent Tintervention directe de la Divinite dans les affaires humaines , refficacite des pratiques religieuses, principalement pour le salut, et un avenir de peines et de recompenses.

En r^flechissant sur les conditions d'une religion positive, on trouve en effet qu'elle n'est bien dans

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soQ rdle , qu elle ne repcmd bien a aa definiiioii qu'a ceite triple <;oDdition. Les neligions paatbeialies , ou disons pour plus de generalite les ireligious fataUstes, n'ont pas , pour ainsi dire , le droit de prescrire mx culte, puisque le <culte sous un Dieu iinlilfereiit devient inutile. Plus la Divinite interviendra dans les aCTaires humaines , plus il sera utile e.t Hiocessaire de lui adresser des prieres, et du m^me coup, plus il deviendra necessaire d'etablir un corps sacerdotal. Les prfetres sont , a proprement parler, les ministres de la Providence , interpretes tour a tour de ses volontes vis-a-vis de nous et de nos desirs aupres d'elle. II est naturel qu'ils s'efforcent d'avoar seuls le droit d'eiiseigner et de commenter le dogme, et qu'ils fondent des ceremonies propitiatoires et s'en attribuent la direction, a a pen prds comme dans une cour les ministres et les familiers du prince multiplient les formalites de ^etiquette^ » EnQn, le dogme de la Providence et 1' usage des ceremonies propitiatoires impliquent la croyance a la vie future , car ni les menaces , ni les promesses ne s'accomplissent ici-bas.

Non-seulement il y a solidarite entre le dogme de

la Providence, Tetablissement d'une Eglise, et le dogme de la vie future; mais eet etablissement et ces deux dogmes decoulent naturellement du principe de la r6v61ation, Pourquoi Dieu se rev^le-t-il? Farce

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