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complete ou tout est marque avec vigueur, a pour initiation le bapteme, c'est-a-dire un sacrement. Ainsi les membres de cette Eglise sont distingu^s du reste des hommes par un caractere essentiel et indelebile y ee qui contribue puissamment a la rendre une et homogene. II s'en faut bien que Tinitiation ait la mSme force et la m^me importance dans les autres religions ; cependant , comme toute Eglise tend a former un corps, on ne peut devenir membre d'une communion sans fetre accepte, consacre, initie. On chercherait vainement dans la religion naturelle un principe qui put y autoriser I'initiation. Fondee uniquement sur Pautorite de la raison individuelle , elle n'a aucuQ pouvoir contraignant d'aucune sorte. Toute sa force est dans la demonstration. Chacun accepte ce qui lui parait prouve, et cela seul. Personne n'a de compte a rendre de sa conduite, si ce n'est a la loi civile. II n'y a d'autre lien entre ceux qu^unit une m^me croyance, que cette croyance mSme, tant qu'elle subsiste. II n'y a point d'autre inegalite entre eux que celle du talent et de la vertu. En un mot^ la religion naturelle n'a ni prfetres, ni eglises ; elle ne comporte pas d'af&liation ; elle n'a pas m^me ce genre d'association qui n'est qu'un contrat entre les associesi et qui suppose une oeuvre commune , un danger commun, tout au moins un secret. Le seul precepte de la religion naturelle est d'etre honnfele et d'adorer Dieu; si par le malheur des temps elle devient un peril , ce peril est de ceux devant lesquels il n'est pas permis
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de reculer m m^me d'hesiter, et que Ton affronte coi^te que coute sans demander ni secours ni conseil; enfin , comme elle est toujours d'accord avec le bon sens, toujours accessible k tous les esprits, elle n'a rien a cacher k personne. II n'y a done en elle ni cause ni pretexte pour une initiation ou pour une consecration particulifere.
Elle n'est pas pour cela absolument destitute de culte exterieur. Independamment de la priftre que tout homme pieux adresse a Dieu dans le secret de son coeur pour toutes les occasions solennelles de la vie , on peut et on doit professer hautement sa croyance , toutes les fois qu'on se trouve en presence d'un incr6dule. Si Ton parle en public, et qu'il soit possible de mfeler a son discours quelques mots de reconnaissance pour Tauteur de tout bien , c'est un devoir de le faire. A plus forte raison, si Ton 6crit, doit-on se montrer attentif k rappeler le plus souvent possible la gran* deur et les bienfaits de Dieu. La naissance, le ma* riage, la mort, que le christianisme consacre par des ceremonies solennelles ^ sont des occasions oil les sentiments religieux d'une ame trouvent a se mani*^ fester. La loi civile , quoique empreinte trop souvent d'un esprit de negation et de positivisme, est pour^ tant contrainte d'invoquer le nom de Dieu, par exemple, lorsqu'elle demande le serment. II est deplorable de voir le serment traite par le grand nombre des citoyena comme une pure formalite. On hesiterait aprfts
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une parole d'honneup, et I'on se croit libre de toute promesse apres un serment pr^te sans contrainte, Don par necessite, mais par ambition ou par amour du lucre. On ne songe pas qu'agir ainsi , c'est faire profession publique d'atheisme. On se justifie a ses propres yeux par les benefices du parjure. On a outrage le nom de Dieu , mais on a sauve un sac d'ecus. Voila ou en sont nos moeurs. Ceux m^mes qui parmi nous respectent les effets du serment semblent en profaner la majeste par leur altitude. Est-il done si difficile de se rappeler la presence de Dieu? Une parole suffit pour cela; il n'y faut ni echarpes officielles, ni accessoires. Dieu est si pres de rhomme, et si prfes mSme du coeur de Tathee, que la piete sincere est toujours comprise a Tinstant. Parmi les convois qui passent dans nos rues, il en est bien qui nous attristent doublement par ce spectacle lugubre, et par Tindifference des assistants. Suivons-les pourtant jusqu'acette tombe, et que la, an moment du dernier adieu, un parent, un ami se decouvre , et d'une voix. emue appelle Dieu a juger cette vie et a consoler les coeurs qui souffrent, il n'y aura plus un seul athee autour de lui^ tantla vue de la mort presente a de force , mfeme sur les plus incre* dules ! Nous n'avons pas besoin de ces grandes circonstances pour rendre a Dieu un hommcige public : tout superieur a le devoir de ramener ce grand nom dans les relations que sa situation lui impose; un roi en parlant a son peuple, un p^re dans Tintimite de la
vie domes tiqiie, un maitre en parlant a ses serviteurs. Nous sommes tous, en un sens, des magistrats; car il y a toujours quelqu'un qui depend de nos paroles et de nosexemples. Dans Tantiquite pa'ienne, chaque maison avait ses dieux lares. Dans TEglise catholique^ on encourage les families a designer un lieu pour la priftre. II n'y a pas de pauvre paysan qui n'ait chez lui une image de saintete, un crucifix^ une madone. Dans un temps rapproche de nous, la priere se faisait chaque soir en commun. Le pfere, au milieu de ses enfants et de ses domestiques, faisait I'office de prfetre, et parlait a Dieu au nom de tous. Quelques families patriarcales, dans plusieurs pays de TEurope, et dans le n&tre mfeme, ont conserve cette pieuse coutume. Ge sont la, pour la plupart, des usages que la religion naturelle pent consacrer. lis ne sont pas dans le sens de nos idees modernes. Nous tendons de plus en plus a supprimer tout ce qui n'a pas un but immediat et materiel. Le pere croit avoir assez •fait en soignant la fortune de ses enfants et en surveillant leur education litt^raire et scientifique. Son premier devoir est de leur enseigner la morale par ses paroles etpar ses exemples; et Tun des moyens les plus efllcaces pour la faire penetrer au fond des coeurs, c'est de rattacher Tidee de la justice a Tidee de Dieu. Le pere qui , parsa conduite, s'est rendu digne de parler a Dieu au milieu de ses enfants rend sa propre autorite a la fois plus douce et plus sacree, par Tin vocation de ce nom; il donne une plus
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grande force au lien de famille; il joint ensemble, dans le coeur de ses enfants, toutes les aCFectioris saintes, et les fortifie Tune par I'autre. Plus la loi civile, par la protection du droit de chacun, tend a rompre I'association naturelle, plus les moeurs doivent reagir, pour que la religion du foyer domestique ne s'eteigne pas. Ce n'est pas trop de toutes les forces du ciel et de la terre pour maintenir le sentiment de la fraternite parmi les hommes.
Depuis des siecles, le christianisme a mis au rang des actes de piete raumone et le service des pauvres malades. De telles oeuvres, bien dirigees, appartiennent a la fois au culte et a Tapostolat. Tout homme a dans les mains le moyen d'adorer Dieu en servant Thumanite. C'est un culte que tout le monde comprehd et que tout le monde b^nit. Donnez plut&t, si celase pent, un instrument de travail qu'une sommed'argent; ouvrez un atelier plutot qu'un hospice. Traitez Thomme comme un homme, Respectez en lui le travail , Tac-tivite, la liberte, Surtout, si yous voulez adorer Dieu et le servir en servant les voies de sa Providence, devouez votre fortune et voire talent a Tenseignement du peuple. Gonqu6rez des hommes a la societe, a Dieu des adorateurs. Eclairez vos freres en combattant les prejuges, en repandant les saines doctrines et les belles connaissances. Si vous entrez dans la salle obscure et nue ou Tinstituteur de village enseigne a lire a des enfants pauvres comme lui , recueil-
lez-vous, car on travaille la pour la liberte, pour la civilisation et pour la religion. Fermer une ecole, abattre un temple, c'est le m^me crime. La plus humble ecole est ausi un sanctuaire.
C'est une question de savoir si Ton peut et si Ton doit se mftler aux exercices d'lin culte positff , quand on n'a pas d'autre croyance que la religion naturelle. D'un c6te la religion naturelle nous enseigne Tutilite et la necessite d'un culte exterieur; de Tautre, il est Evident qu'elle nous laisse bien peu de moyens de rendre temoignage de notre foi, et qu'elle nous met dans une impossibilite presque absolue de nous associer pour prier. Dans cet embarras, ne pouvonsnous, comme les philosophes de Tantiquit^, entrer dans les temples et prendre part aux pri^res sans accepter entierement le dogme? Je vois un temple ouvert; j'y entre sans savoir si c'est une eglise catholique ou un temple protestant. J'y vois une congregation recueillie; j'entends un ministre qui pr6che une morale saine; apres le sermon I'assemblee se Ifeve et chante un cantique. Ne puis-je m'associer a ces exercices , et gouter ainsi la douceur d'a-dorer Dieu publiquement, sans faire par cela seul acte d'adhesion a une doctrine dont les principes me sont d'ailleurs inconnus? II y a, dans la pratique de la religion catholique^ des fonctions qui supposent n^cessairement une foi absolue; par exemple, la recitation du symbole, la confession, la communion,