‹ La religion naturelle (volume 2)Chapitre 7 sur 45 · Premiere Semaine y (leuxieme Elevation · texte numérisé non relu

Premiere Semaine y (leuxieme Elevation

^0 PHEMlEai!: J^AUTIE.

puisqu'il se suffit, et qu'il n'y a rien dans sa nature qui le rende impossible *. »

En parlant ainsi, Bossuet et Spinoza ne font que reproduire le principe de Targument de Descartes, dont ils negligent, on oserait presque dire dont ils dedaigneni la forme.

Descartes, dont le genie etait essentiellement metaphysique, a volontaireraent onais la demonstration que Ton tire du spectacle de Tunivers, et de la necessite d'une cause parfaite qui en explique Texistence et rharmonie.

Cette demonstration comporte trois parties, ou plut6t elle se divise en trois demonstrations diCferentes.

On etablitd'abord que lamatiere du monde abesoin d'une cause; car pourquoi subsisterait-elle par ellemfeme, puisqu'elle est le plus imparfait, et en quelque sorte le moins reel de tons les fetres? Done Texistence de la matiere prouve la necessile dun createur.

On prouve ensuite que la matiere abandonnee a elle-meme est inerte. Elle subit le mouvement, elle le recoil, elle le transmet, mais elle ne le produit pas. Done tout ce qu'il y a en elle d 'organise et de puissant lui vient d*une cause exterieure. Done il y a un premier moteur de la matiere.

Enfin , on tire un argument de Tharmonie universelle des mouvements et des etres. Non-seulement

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3 Ethiquef I" partie, prop. 11.

la matiere ne saurait exister on se niouvoir par ellememe; mais ses mouvements, s*ils etaient, comme on le suppose, TcBUvrc d'une necessite aveugle, seraient capricieux et desordonnes, au lieu d'etre pleins de beaute, de proportion et de force. II y a done une intelligence qui a concu et qui execute le plan de Tunivers. II y a une Providence.

Cette triple demonstration , ou , si Ton veut , cette demonstration unique, car il ne s'agit au fond que de rapporter Texistence du monde a une cause, est Targument le plus populaire, le plus fr^quemment employe, le plus facilement admis. II comporte toutes les ressources de Tart oratoire , et s'adresse peut-fetre autant a Timagination et au coeur qu'a la raison. II a le merite de nous accoutumer a chercher surtout , dans Tetude des phenom^nes, la loi qui les regit, et a considerer les lois comme les formules diverses d'un seul et unique principe.

Mais le malheur de cet argument, c'est que , s'il prouve invinciblement ce qu'il prouve, il ne prouvo pas tout ce qu'il serait necessaire de prouver, Le Dieu qui a fait le monde est sans doute puissant et intelligent ; mais a-t-il la plenitude de la puissance et de Tintelligence ? Entre un Dieu simplement capable de faire le monde, et un Dieu parfait, il y a un abtme , il y a Tinfini. Nous voyons ici-bas des beautes et des perfections en grand nombre ; nous y voyons aussi du desordre. L'induction qui conclut des grandeurs du monde aux perfections de son auteur ne

nous fournit aucune explication de ce que le monde renferme de mal. Un seul point de la demonstration pourrait nous faire entrevoir la perfection divine; c'est ce qui touche a la creation. Mais c'est un mauvais chemin que le monde pour arriver a la creation, puisque la creation ^'a pas d'analogue.

Cette preuve , ou une preuve toute semblable a et6 longuement de\eloppee par Samuel Clarke dans son Trait6 de V existence de Dieu , objet de I'admiration un peu excessive de Voltaire; Clarke procede avec le meme appareil et la m^me secheresse que Spinoza, dont il n'a pas le genie. II dispose une serie interminable d'axipmes et de syllogismes, tant&t pourprouver que le monde est contingent, tantdt pour etablip qu'il existe necessairement un ^tre infini et eternel. Dans le fond , tout se reduit a soutenir que T^tre parfait ne pent etre la collection de tons les ^tres imparfaits; de telle sorte que, par une voie diflferente, Clarke tombe dans la m6me faute et dans la mfeme erreur que Descartes, et ne fait que repeter cent fois sous la forme du syllogisme la proposition fondamentale des ^coles rationalistes.

Nous ne mentionnerons que pour m^moire un autre argument, particulier a Samuel Clarke, et que Leibnitz a juge digne d'une refutation, Le voici : Le temps infini et Tespace infini ne sont pas des substances; done ce sont des attributs; done il existe un sujet infini du temps et de Tespace

LA NATURE DE DIEU. rj

infini8^ Pour cette fois^ ce ne sont pas seulement les sensualistes qui refusentd'admettreceraisonnemeut; et les rationalistes consequents sont d accord ayec eux pour rejeter ces deux chim^res du temps et de I'espace infinis , dont Clarke veut faire les attributs de Dieu. #

Telles sont les preuves reguliferes de Texistence de Dieu qui meritent d'etre indiquees, et qui , sous diverses formes, remplissent les trait^s de philosbpbie oil Ton a cru devoir faire d6pendre d'un syllogisme cette verite fondamentale , sans laquelle rien ne pent fttre vrai. Fenelon les a toutes resumees, avec beaucoup de force et d'eloquence, dans son TrattS de Veansience de Dieu. Reunies ainsi, pourainsi dire, en corps de doctrine, elles frappent Fesprit comme quelque chose de grave et de considerable. On apercoit bien quelques objections , on passe difficilement sur quelques details; raais on comprend^ en somme^ que la thfese contraire a celle de Tauteur est insoutenable et inadmissible. Le pr^tre, le predicateur se sen tent derri^re le philosophe; Fenelon est an des premiers 6crivains, dans notre langue, qui aient

1. L'origine de cette demonstration de Clarke est dans cette phrase c^I^bre de Newton : a Durat semper, adest ubique , et exisc tendo semper et ubique, durationem et spatium, seternitatem et c infinitatem constituit. j Dieu dure toujours , et est present partout; et, par sa dur^e continue et son omnipresence, il constitue le temps etrespace, reternite et rinfinitude. » Philosophise naturalis priticipta mathematical lib. HI, scbol. gen.

possede le don si rare de passer de ia simplicite la plus familiere a tout ce que le style oratoire a de plus pompeux, et de I'austerite un peu scolaslique du syllogisme aux plus patheliques effusions d'une ame tendre. Son livre, ou il n'a rien mis de lui que son coeur, est un grand et beau livre, ou les ignorants trouvent de la ni6tliode et de la clarte, et tout le monde, savants et ignorants, des emotions nobles. C'est une lecture qui, bien faite, equivaut a une priere,

Notre conclusion est facile a prevoir. On lira Fenelon avec charme; mais on trouvera plutot dans son livre de Fedification que des motifs de croyance. On admirera dans Descartes, dans Leibnitz, et a un moindre degre dans Clarke, de fortes et solides pensees; mais, pour les incredules, leurs preuves seront insuflGsantes, parce qu'elles reposent toutes sur Timpuissance ou nous sommes de nous faire Tidee de Dieu sans Dieu, impuissance que les rationalistes seuls confessent * ; et pour les rationalistes , elles seront inutiles, parce que si Tidee de Dieu est en nous, comme ils le croient, sans que nous Tayons faite, il est clair, avant toute demonstration, que Dieu existe.

1. Descartes savait tres-bien qu'il ne parlait que pour les rationalistes. c J'ai plusieurs fois proteste, 6 chair, que je ne voulais point avoir affaire avec ceux qui ne se veulent servir que de I'iraagination, et non point de I'entendement. » Reponse aux cinquiemes objections.

LA NATURE DE DIEU. 2ri

Nous pensons qu'au lieu de s'attacher a des formules toujours discutables, et qui^ quoi qu*on fasse, ne parattront jamais une base suffisante pour asseoir one telle croyance, il faut « entrerdans la philosophie avec cette salutaire pensee, qu'on entre dans le temple de la verity qui se manifeste seulement aux e^rits sinc^res, » et parcourir successivement toutes les parties dont la science se compose, sans se preoccuper de Tinsignifiance des premiers resultats , et sans vouloir arriver du premier coup aux problemes les plus importants et les plus difficiles. Quand on cherche Dieu ainsi, on trouve, pour ainsi dire, sa trace a chaque pas. On comprend d'abord qu'il existe, sans se faire une idee distincte de sa nature et de ses attributs; puis, a mesure que dans le developpement successif de la science on le rencontre toujours com me conclusion necessaire de chaque theorie nouvelle, on rapporte de cette etude des lumiferes inattendues sur celui qui est la cause de toute sub* stance et de toute loi. Nous nous accoutumons a contempler Dieu en Tetudiant d abord dans ses oeuvres , comme ces enfants qui , ne pouvant regarder en face le soleil , en cherchent Timage dans une eau limpide.

Vous voulez savoir s'il y a un Dieu? Etudiez le

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monde; ou, si le monde est trop grand, etudiez Thomme. Tout ce qui est en vous porte temoignage de Texistence et de la grandeur de Dieu.

26 PREMlfi:RE PARTIE.

La puissance humaine est une dans son principe, triple dans ses manifestations. Yivre, c^est penser, sentir , vouloir.

Qu'est-ce que sentir? Est-ce seulement eppouver des sensations de plaisir et de peine? Ge n'est la que le debut de la sensibilite. A ces phenomtoes ephemeres se rattache quelque chose de plus grand et de plus durable v ce sont nos amours. D'ou viennent-ils? Est-ce le monde qui les apporte , ou sortent-ils de notre cceur comme d'un ardent foyer pour se repandre sur ce qui nous entoiire? Si Tamour nous venait du dehors, pourquoi le m^me objet ne serait-il pas partout egalement aimable? D'ou yiendraient ces differences entre les ames froides et les kmes passionn^es? Comment pourrait-on comprendre tant de grandes passions allumees par des objets indignes, ou cette magie de Tamour, qui cr^e dans son objet toutes les beautes qu'il y admire, ou ces limes nees pour Tamour, qui , ne trouvant rien a aimer, p^rissent d'un mal inconnu, victimes de leur propre richesse et de la pauvrete de ce monde? La m6me main qui, dans le germe d'une plante , a depose la force myst6rieuse qui pousse les.racines vers la terre, eleve la tige audessus du sol et la developpe en fleurs et en fruits , a mis au fond de notre lime un amour de Teternelle beaute qui nous fait tendre vers tout ce qui est bon et tout ce qui est beau , par une secrete et puissante analogic. Quel est-il, cet amour du beau et du

bien, sans lequel nous ne saurions aimer? Quelle est cette beauts vers laquelle tout notre cceur s'elance , et que nous adorons sous ses voiles dans les glorieuses creatures qui la manifestent? N'est-ce pas Tinfinie, reternclle et la parfaite Beauts? Et cet amour sans bornes n'est-il pas un des liens qui nous rattaehent a Dieu ?

A cdte de notre faculte de sentir, au-dessus d'elle peut-6tre, rayonne notre intelligence. Penser, pour les ames ordinaires , c'est connaitre la forme , la dimension et le poids des corps ; c'est calculer le degre de force musculaire dont il faut user pour deplacer une masse; c'est pr^voir qu'un besoin natlra sur un point du globe pour y porter au moment precis la marchandise qui va fetre reclam^e; c*est acheter el vendre k propos; c*est mesurer exactement la depense sur le profit qu'elle rapporte; en un mot, c'est concentrer Tintelligence sur cet unique but : conserver et nourrir le corps, N'allons pas plus loin , ne cherchons pas plus haut : m^me pour ce but ainsi restreint, quel est le mecanisme de Tintelligence ? Ne faut-il pas qu'elle conceive des lois, des rapports necessaires entre les choses? Apercoit-elle ces rapports dans les choses m^mes , le necessaire dans le contingent, le droit dans le fait, la loi dans ce qui la subit? S'il est vrai que le monde visible ne eontient pas la loi, voila deja comme une premiere intuition du monde invisible, Mais marchons vers

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lui par un autre chemin. Considerons les objels qui nous entourent, cet horizon etroit oii nous 6touffons. Nous ne touchons que ce qui est lout pres de nous, ce qui est, comme on dit, a notre portee; nous ne voyons distinctement qu'a vingt pas ; a une certaine distance, tout disparait, tout nous echappe. Hatons-nous de fuir cette prison, puisque nous avons le pouvoir de nous deplacer, peniblement et lentement par nos moyens naturels , tres-rapidement par le secours des machines; faisons, pour jouir de Tespace, mille lieues, deux mille lieues, le tour du globe : nous introduirons ainsi dans notre esprit la conception d'espaces considerables que nous ne pouvons voir que successivement, mais que nous concevons par une idee unique. Au fond, nous n'avons pas m^me besoin de nous deplacer pour concevoir toutes ces etendues; rimagination nous suffit, et nous pouvons par son secours nous representer comme dans un rfeve la grandeur de toute la terre. Mais ce n'est rien encore que la terre, quoiqu*une vie d'homme sufiise a peine a en faire le tour; nous savons qu'elle est elle-meme un atome dans rimmensite. Eh bien ! voyageons par la pensee d'etoile en etoile ; figurons-nous ces grands corps , aussi vastes que la terre, separes par des espaces sans fin, et plus nombreux que les sables de la mer ; quand nous aurons ainsi accumule toutes ces grandeurs et tons ces nombres, epuise pour les indiquer les ressources de la langue et les vertus du chiffre, nous

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seutirons encore uue force qui nous pousse en avant, au dela du reel, au dela du possible, au dela de Timaginaire. Qu'en faut-il conclure? Qu'il nous est impossible de conceyqir un espace qui ne soit contenu par un autre, Et d*ou vient cette iinpossibilile? Est-ce 1 etendue bornee que nous concevons qui introduit cette impossibilite dans notre esprit? Est-ce cet atome qui apporte avec lui cette immensite? N'y a-t-il pas la quelque chose qui vient de notre fonds, etqui, loin de resulter de la donnee des sens, la contredit? Si nous quittons Tespace pour la duree , nous trouvons au bout de notre analyse une conclusion identique. Si du temps et de lespace nous passons au mouvement, on a la multiplicile , nous retrouvons le mfime progres a Tinfini , la mfeme necessity de concevoir quelque chose qui d^passe les donnees des sens et les forces de notre imagination. Nous appelons ce quelque chose de differents noras , suivant le chemin qui nous a conduits vers lui : Timmensite, si nous sommes partis de Tespace; ou Teternite, si c'est le temps que nous avons voulu epuiser; ou Timmuable, si nous avons songe au mouvement; ou Tunite, si c'est au, multiple. Mais cette immensite, et cette eternite , et cette immutabilite, ce n'est, sous tant de noms, qu'une idee unique, Tidee de Tinfini. Examinons-la en ellem^me, demandons-lui ce.qu'elle enveloppe; nous la trouverons toujours nicessaire, enti^re, indivisible, landis que le moude est contingent, variable, mo-

bile, enferme de toutes parts dans d'etroiteslimites Comment ne pas etre frapp6 de la constante opposition de ces deux idees? Comment ne pas conclure qu'il y a en efifet une id6e que n*expliquent ni le monde, ni les facultes par lesquelles nous analysons le monde, et que cette idee est Tidee de Tinfini, que Tinfini seul pent produire*?

La liberte humaine, etudiee dans son fond, nous mene droit a la conception de Tinfini. Qu'est-ce que la liberte? Le pouvoir de faire ou de ne pas faire. C'est par elle qu'au lieu d'etre menes , comme le reste du monde , nous sommes maitres et responsables de nos destinees : grand privilege, qui nous soumet le present, et nous repond de Tavenir. Cependant cette liberte peut-elle subsister sans rfegle? La libert6 sans regie ne grandit pas celui qui la possMe : elle le degrade. Seuls dans le monde, nous n'aurions pas de loi : nous ne serious qu'une chose vaine et legere, indifferente a Tordre et au plan de I'univers. La liberte ne nous est pas donnee pour nous soustraire a la loi , mais pour lui obeir en connaissance de cause. Voila sa force et la n6tre. Livree a ellemfeme, elle nous detruit; soumise a une loi et a une loi immuable , elle est Tinstrument et la marque de notre grandeur* Quelle est cette loi? D'ou vient-elle?

1. a Insinuavit nobis Ghristus animam humanam et mentem rak tionalem non vegetari , non beatificari , non illuminari , nisi ab « ipsa substantia Dei. » Di Augustinus, In Joann,^ tract. 23,

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Du monde, etranger a la liberie ^ mobile^ et soumis lui-m^me k des lois necessaires? Nod , la loi morale ne Yient ni de moi, ni de lasociete^ ni du monde. EUe etait avant moi , et subsistera apres moi. Je puis ]a violer^ non la detruire. La societe humaine a beau la meconnattre, la nier, la detester; ce monde detruit, le monde qui viendrait a naitre obeirait encore a la loi morale. La liberie est mobile , mais la justice est absolue. Nos sentiments , nos actions, nos pensees sont ephem^res ; mais le beau , le bien et le vrai sont eternels.

Ainsi la psychologies la logique, la morale ramenent pariout la pensee de Tinfini. Elles y tendeut sans cesse, par toutes leurs analyses, par toutes leurs theories. Elles se viennent Tune a I'autre en aide pour cette oeuvre commune , qui fait leur unite par Tunite d'origine et de but. On pent presque definir la philosophic dans toutes ses branches, une m6tho{le pour aller a Tinfini par V^tude du fini.

Voila en bref comment on arrive a faire de la philo* Sophie tout enti^re une demonstration philosophique deTexistence de Dieu. II faut reprendre la science a son origine , et d^s le premier mot , sans rel&che , k chaque principe, a chaque observation, montrer rinfini qui se-devoile, qui tantot fait nattre tons les amours de I'amour qu'il nous inspire ^ tantdt donne une r^le a nos jugements, un ideal a Jiotre imagination, une etoile a notre volont^. Qu'on ne se plaigne

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pas de la longueur du chemin , car on n'aurait pas perdu son temps, quand inSme on devrait y consumer toute sa vie. C'est notre carriere; tout le reste n'est qu'episodes. Heureux celui qui croit en Dieu sans tant de raisonnements, comme par une gr^ce naturelle, et qui ne cherche dans la science que la confirmation de sa foi ! Mais pour celui qui doute^ il ne faut pas le renvoyer a deux ou trois syllogismes. On raconte de Diderot qu'il entendit un jour exposer les preuves de Texistence de Dieu dont on se conlente dans TEcole, qu'il en fut ravi, et que, dans la ferveur de son enthousiasme, il chercha partout un philosophe son ami , pour lui faire partager sa foi nouvelle. II le rencontre dans une imprimerie, le met sur Texistence de Dieu , developpe ses raisonnements avec Temportement de zele qui le caracterise en toutes choses, et trouve une kme fermee a la conviction. Diderot insiste, essaye de parler an coeur, la passion s'en mfele; il croit son ami perdu par cet atheisme, il se represente son malheur sous les couleurs les plus vives, et le conjure avec larmes de se convertir. L'autre reste impassible, reprend tons ses raisonnements, les refute, les raille, rend d'abord le sangfroid a Diderot, et finit par detruire tout son feu et toute sa croyance. L'apostolat de Diderot n'avait dure qu une heure. II n'avait pas fallu plus de temps pour detruire sa foi que pour la faire naitre, et il sortit de la plus incrcdule que jamais. Si cetle anecdote est vraie , elle nie prouve pas que ies de-

monstrations de I'Ecole soient mauvaises, mais elle nous apprend a ne pas faire un grand fond sur ces conversions subiles, et a juger ce qu'il faut attendre d'une croyance isolee qui n'a que quelques raisonnements pour 1 utter contre les obscurites et les defaillances de la pensee, contre les mille objections des incredules, contre les difficultes de la vie et les apprehensions de la mort. Celui-la a une croyance veritable, qui s'est accoutume a vivre avec Dieu par le coeur et par la pensee, a le retrouver au bout de toutes ses recherches, a le niettre dan^ toutes ses esperances, N'acceptons qu'une demonstration de Texistence de Dieu tellement forte et tellement rattachee a toutes nos croyances qu'elle ne puisse disparaitre de notre esprit, sans y laisser apres elle la* solitude et le desespoir.

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