‹ La religion naturelleChapitre 10 sur 67 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DE’ l’iNCOIJPRÈHEWSIBILITÉ DE ' DIEU.

• Il est de la nature de l'infini que moi, qui suis fini et borné, ne le puisse comprendre. > — Descartes, Cinquième Méditation,

< Il répoene-.i que je comprenne quelque choaeÿ et que ce que je comprends soit infini ; car pour avoir une idée vraie de l’infini, il ne doit en ancune fa;uo.étre compris, d’autant que nncomprèTbensibilité même est contenue dans la raison formelle de l’infini. i . — Deseartes, Ripontei auar. cinquièmes objectiont. Sur la troisième Méditation, J 3.

I iLe ntonde intelleetuel, sans, en exeepter. la géométrie, est plein de vérités incompréhensibles et pourtant incontestables, parce que la raison qni> les démontre existantes ne peut les toucher pour ainsi dire, à travers les bornes qui l’arrêtent, utais seuleraenti les aperetvoir. Tel. est le dogme i de l’existence de Dieu. > — J. J. Eousseau, Ltttre iid^AUmitert ear farticte GEnfivE;

Le premier besoin de la pensée, après avoir cons^ taté que Dieu existe, c’est de chercher quels sont ses attributs.

Dieu est la raison de l’existence du monde ; il est donc une substance éternelle et nécessaire. Il a produit le monde ; donc il l’a connu et voulu : il est une volonté éclairée. Gomme sa substance porte la raison de son existence avec elle, son entendement ne peut dépendre de nul autre, et sa volonté ne peut être gênée ou limitée dans son exercice. Par le même motif, la puissance dont cette volonté dispose est absolue. La puissance va àl’être, la sagesse ou l’entendement au vrai, et la vo-

LA NATURE DE DIEU

lonté au bien ^ Dieu est infini dans sa substance, dans son entendement, dans sa bonté et dans sa puissance, car s’il n’étalt pas infiniment infini, c’est-à-dire parfait, il ne serait pas nécessaire, et par conséquentil ne serait pas. Déplus, il n’y aqu’un Dieu, car un seul Dieu étant nécessaire, il n’y a aussi qu’un seul Dieu de possible. Enfin Dieu possède le bonheur parfait, parce qu’il a en lui-même sa cause et sa fin. A ces attributs que notre raison découvre, se joignent tous ceux, en nombre infini, qui, n’ayant aucune analogie même lointaine avec ce que nous connaissons, restent n écessairement inconnus à notre pensée. Quand nous le considérons dans ses rapports avec le monde, nous disons qu’il en est le créateur, c’est-à-dire que sa volonté suffit pour expliquer l’existence de la substance et des phénomènes du monde ; qu’il enestlî roi, c’est-à-dire qu’il y dispose toutes choses vers le bien avec une puissance absolue, et qu’il en est le père, car se suffisant à lui-même, il ne peut se porter que par amour à produire une créature et à la gouverner*..

Il y a eu de tout temps, mais il y a surtout de nos jours, des philosophes qui croient servir la science en dissimulant ses limites, et qui, après avoir démontré Dieu avec autant d’assurance qu’on en peut mettre à démontrer une proposition de géométrie, entreprennent d’énumérer ses attributs et de les décrire, comme si

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