‹ La religion naturelleChapitre 11 sur 67 · Leibnitz, Essais sur la bonté de Dieu, part · texte numérisé non relu

Leibnitz, Essais sur la bonté de Dieu, part

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TÜ^ffta aOrÿ. i II était) bon, et celui qui est bon n’a aucune espèce d’envie. Exempt d’envie, il a voulu que toutes choses fussent autant que possible semblables à lui-même. > Platon, le Timée; traduction de M.' Cousin^ t. Xn, p. 117«

l’homme pouvait avoir une connaissance claire et complète de la nature divine.

Notre philosophie n’est pas si hautaine. Plus humiliés de ce qui nous manque qu’enivrés de ce qu’il nous est permis d’entrevoir, le premier mot que nous voulons prononcer en parlant de Dieü est celui d’incompréhensibilité.

Ce mot répugne à l’orgueil humain, et, s’il faut le dire aussi, à l’orgueil philosophique. On veut bien qu’une religion parle de l’incompréhensibilité de Dieu, et tout le monde sait que la religion catholique proclame un Dieu caché, un Dieu incompréhensible ; mais il semble que la philosophie a précisément pour but d’expliquertous les mystères, de rendre toutes les idées précises, de porter partout les lumières de la raison, et d'accoutumer l’esprit à ne croire que ce qu’il peut prouver et comprendre. On dirait que cette parole de Bayle: .« Le comprendre est la mesure du croire, » est la devise même de la philosophie. Croire sans preuve, ou croire sans comprendre, paraissent tout au plus pour la raison humaine deux différentes manières d’abdiquer.

Ces lieux communs ne résistent pas à l’examen. Il ne s’agit pas, dans la science, d’atteindre où nous voulons, mais d’atteindre où nous pouvons. Il est sans doute de l’essence de la philosophie de ne rien croire sans preuve; mais quand une fois l’existence d’un être est prouvée, renoncerons-nous à croire à cette existence, sous le prétexte que la nature de cet être nous est incompréhensible ? Si, après avoir démontré Dieu, nous pouvions arriver à le comprendre, nous dirions que nous savons que Dieu est, et que nous savons quel il est. Si, au contraire, après l’avoir démontré, nous reconnaissons

LA NATURE DE DIEU

que nous ne pouvons pas le comprendre, nous devons , dire que nous savons qu’il existe, et que nous ne savons pas quelle est sa nature *.Ges données sont si simples et si naturelles, qu’en y réfléchissant on a peine à s’expliquer ces prétentions d’omniscience affichées par certaines écoles ^ Nous disons avec Locke et avec Leibnitz, que vouloir borner ce que Dieu peut faire à ce que nous pouvons comprendre, c’est donner une étendue infinie à notre compréhension, ou faire Dieu luimême fini

Il faut d’ailleurs se rendre clairement compte de ce qu’on doit entendre par ces mots : l’incompréh'ensibilité divine. On ne veut pas dire par là qu’il y ait quelque chose dans la nature de Dieu de contraire à la raison; on ne veut pas dire, ûon plus, qu’il n’y ait absolument rien dans la nature fie Dieu que la raison puisse connaître*. « Je puis toucher une montagne, dit Descartes, quoique je ne puisse l’embrasser. »

Dieu n’est pas contraire à la raison : il lui est supérieur. Il est incompréhensible à la raison, il ne lui est i,. pas entièrement inaccessible.

Comprendre qu’une chose est contraire à la raison, • et cependant l’admettre, c’est renonceràla raison età

1. € On peut bien connaître l’existence d’une chose sans connaître ^ sa nature. » Pascal, Pensées, édit, de M. Havet, p. 145.

2. > C'est une chose étrange, qu’ils ont voulu comprendre les principes des choses, et de là arriver à connaître tout, par une présomption aussi infinie que leur objet. > Pascal, Pensées, édit, de M. Havet, p. 8.

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