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ib. , 2* élévation

3. ■ Pour toute chose on doit pouvoir assigner une"cause ou raison qui explique pourquoi elle existe ou pourquoi elle n’existe pas. Par exemple, si un triangle existe, il faut qu’il y ait une raison, une cause de son existence. S’il n’existe pas, il faut encore qu’il y ait une raison, une cause qui s’oppose à son existence ou qui la détruise. Or cette cause ou raison doit se trouver dans la nature de la chose, ou hors d’elle. Par exemple, la raison pour laquelle un cercle carré n’existe pas est contenue dans la nature même d’une telle chose , puisqu’elle implique contradiction.... Au contraire, fa raison de l’existence d’un cercle ou d’un triangle n’est pas dans la nature de ces objets, mais dans l’ordre de la nature corporelle tout entière car il doit résulter de cet ordre, ou bien que déjà le triangle existe nécessairement, ou

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produire le principe de Targument de Descartes, dont ils négligent,, on oserait presque dire dont ils dédaignent la Ibrme.

Descartes, dont le génie était essentiellement méta- • physique, a volontairement omis la démonstration que Ton tire du spectacle de l’univers et de la nécessité \ d’une cause parfaite qui en explique l’existence et l’harmonie.

Cette démonstration comporte trois parties, ou plutôt elle se divise en trois démonstrations différentes 1

On établit d’abord que la matière du monde a be- . soin d’une cause ; car pourquoi subsisterait-elle par elle-même, puisqu’elle est le plus imparfait, et en ( quelque sorte le moins réel de tous les êtres? Donc l’existence de la matière prouve la nécessité d’un créateur.

On prouve ensuite que la matière abandonnée à , elle-même est inerte. Elle subit le mouvement, elle le ; reçoit, elle le transmet, mais elle ne le produit pas. 1 Donc tout ce qu’il y a en elle d’organisé et de puissant lui vient d’une cause extérieure. Donc il y a un premier moteur d’i la matière. ^

Enfin on tire un argument de l’harmonie universelle \

bien qu’il est impossible qu’il existe encore. Ces principes sont évi« <lents d’eux-mêmes. Or voici ce qu’on peut en concbire : c’est qu’une chose existe nécessairement quand il n’y a aucune cause ou raison qui l’empêche d’exister.... Mais on ne peut trouver hors de la nature divine une cause ou raison qui l’empêche d’exister: et il est absurde d’imaginer une contradiction dans l’être absolument infini et souverainement parfait Concluons donc qu’en Dieu ni hors de Dieu il n’y a aucune cause ou raison qui détruise son existence, et, partant, que Dieu existe nécessairement, » Spinosa, Éthique, V* partie, proposition Il ; traduction de M. Émile Saisset, t, 1, p. 13 et U.

des mouvements et des êtres. Non-seulement la matière ne saurait exister ou se mouvoir par elle-même ; mais ses mouvements, s’ils étaient, comme onje suppose, l’œuvre d’une nécessité aveugle, seraient capricieux et désordonnés, au lieu d’être pleins de beauté, de proportion et de force. Il y a donc une intelligence * qui a conçu et qui exécute le plan de l’univers. Il y a une Providence.

Cette triple démonstration, ou, si l’on veut, cette démonstration unique, car il ne s’agit au fond que de rapporter l’existence du monde à une cause, est l’argument le plus populaire, le plus fréquemment employé, le plus facilement admis. 11 comporte toutes les ressources de l’art oratoire, et s'adresse peut-être autant à l’imagination et au cœur qu’à la raison. Il a le mérite de nous accoutumer à chercher, surtout dans l’étude des phénomènes, la loi qui les régit, et à considérer les lois comme les formules diverses d’un seul et unique principe.

Mais le malheur de cet argument, c’est que, s’il prouve invinciblement ce qu’il prouve, il ne prouve pas tout ce qu’il serait nécessaire de prouver. Le Dieu qui a fait le monde est sans doute puissant et intelligent ; mais a-t-il la plénitude de la puissance et de l’intelligence ? Entre un Dieu simplement capable de faire le monde, et un Dieu parfait, il y a un abîme, il y a l’infini. Nous voyons ici-bas des beautés et des . perfections en grand nombre ; nous y voyons aussi du désordre. L’induction qui conclut des grandeurs du monde aux perfections de son auteur ne. nous fournit aucune explication de ce que ce monde renferme de mal. Un seul point delà démonstration pourrait nous faire entrevoir la perfection divine ; c’est ce qui touche

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à la création. Mais c’est un mauvais chemin que le monde pour arriver à la création, puisque la création n’a pas d’analogue. . ,

Cette preuve, ou une preuve toute semblable a été longuement développée par Samuel Clarke dans son ^ Traité de l’existence de Dieu, objet de l’admiration un peu excessive de Voltaire. Clarke procède avec le même appareil et la même sécheresse que Spinosa, dont il n’a pas le génie. 11 dispose une série interminable d’axiomes et de syllogismes, tantôt pour prouver que le monde est contingent, tantôt pour établir qu’il existe nécessairement un être infini et éternel. Dans le fond, tout se réduit à soutenir que l’être parfait ne peut être la collection de tous les êtres imparfaits ; de telle sorte que, par une voie différente, Clarke tombe dans la même faute et dans la même erreur que Descartes, et ne fait que répéter cent fois sous la forme du syllogisme la , proposition fondamentale des écoles rationalistes.

Nous ne mentionnerons que pour mémoire un autre argument, particulier à Samuel Clarke, et que Leibnitz a jugé digne d’une réfutation. Le voici : Le temps infini et l’espace infini ne sont pas des substances ; donc ce sont des attributs ; donc il existe un sujet infini du temps et de l’espace infinis *. Pour cette fois, ce ne sont pas seulement les sensualistes qui refusent d’admettre

1. L'origine de cette démonstration de Clarke est dans cette phrase célèbre de Newton : > Durât semper, adest ubique, et existendo sem- « per et ubique, durationem et spatium, æternitatem et iniinitatem « constituit. » — Dieu dure toujours, et est présent partout ; et, par sa durée continue et son omniprésence, il constitue le temps et l’espace, l’éternité et l’infinitude. » Philosophiæ naturalis principia mathematica, lib. III. schol. gen.

ce raisonnement ; et les rationalistes conséquents sont d’accord avec eux pour rejeter ces deux chimères du temps et de l’espace infinis, dont Clarke veut faire les attributs de Dieu.

Enfin, ou a tiré une preuve de l’existence de Dieu, très-belle et très-simple, très-belle parce qu’elle est très-simple, de l’existence des axiomes ou vérités premières. On peut l’exprimer en ces mots : Puisqu’il y a des vérités éternelles, >et que le caractère d’une vérité est d’être entendue, il faut bien qu’il y ait une intelligence éternelle, où ces vérités soient entendues éternellement. Donc Dieu existe ^

Nous ne chercherons même pas si l’on peut supposer une série indéfinie d’intelligences finies, par lesquelles les axiomes seraient étendus dans tous les temps. L’argument qui conclut des idées éternelles à l’existence d’une intelligence éternelle, et conséquemment d’une substance éternelle, nous parait très-convaincaut et très-solide, pour tous ceux qui admettent comme nous la‘'nécessité et l’éternité des axiomes. Nous pensons en général qu’il est très-facile de démontrer l’existence de Dieu aux rationalistes, parce qu’ils ne peuvent se ^passer de Dieu un seul instant; ou plutôt, on ne la démontre pas, puisqu’elle est implicitement contenue dans toutes leurs doctrines. Les rationalistes ne vont

1, « Toutes ces vérités, et toutes celles que j’eu déduis par un raisonnement certain, subsistent indépendamment de tous les temps.... Si je cherche maintenant où et en quel sujet elles subsistent étemelles et immuables comme elles sont, je suis obligé d’avouer un être où la vérité est éternellement subsistante, et où elle est toujours entendue ; ft cet ôtre doit être ht vérité même , et doit être toute vérité. » Bossuet, De la connaissance de Dieu et de soi-même, chap. iv, § 5.

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jamais au delà de la majeure de ces raisonnemeats, parce qu’elle leur suffit ; et les autres philosophes s’y arrêtent également, parce qu’ils la rejettent.

Telles sont les preuves régulières de l’existence de Dieu qui méritent d’être indiquées, et qui, sous diverses formes, remplissent les traités de philosophie où l’on a cru devoir faire dépendre d’un syllogisme cette vérité fondamentale, sans laquelle rien ne peut être vrai. Fénelon les a toutes résumées, avec beaucoup de force et d’éloquence, dans son Traité de l’existence de Dieu. Réunies ainsi, pour ainsi dire, en corps de doctrine, elles frappent l’esprit comme quelque chose de grave et de considérable. On aperçoit bien quelques objections, on passe difficilement sur quelques détails ; mais on comprend, en somme, que la thèse contraire à celle de l’auteur est insoutenable et inadmissible. Le prêtre, le prédicateur se sentent derrière le philosophe ; Fénelon est un des premiers écrivains, dans notre langue, qui ait possédé le don si rare de passer de la simplicité la plus familière à tout ce que le style oratoire a de plus pompeux, et de l’austérité un peu scolastique du syllogisme aux plus pathétiques effusions d’une âme tendre. Son livre, où il n’a rien mis de lui que son cœur, est un grand et beau livre, où les ignorants trouvent de la méthode et de la clarté, et tout le monde, savants et ignorants, des émotions nobles. C’est une lecture qui, bien faite, équivaut à une prière.

Notre conclusion est facile à prévoir. On lira Fénelon , avec charme ; mais on trouvera plutôt dans son livre de l’édification que des motifs de croyance. On admirera dans Descartes, dans Leibnitz, et à un moindre degré dans Clarke, de fortes et solides pensées ; mais,

pour les incrédules, leurs preuves seront insuffisantes, parce qu'elles reposent toutes sur l’impuissance où nous sommes de nous faire l'idée de Dieu sans Dieu, impuissance que les rationalistes seuls confessent*; et pour les rationalistes, elles seront inutiles, parce que si l’idée de Dieu est en nous, comme ils le croient, sans que nous l’ayons faite, il est clair, avant toute démonstration, que Dieu existe.

Nous pensons qu’au lieu de s'attacher à des formules toujours discutables, et qui, quoi qu’on fasse, ne paraîtront jamais une base suffisante pour asseoir une telle croyance, il faut « entrer dans la philosophie avec cette salutaire pensée, qu’on entre dans le temple de la vérité qui se manifeste seulement aux esprits sincères, » et parcourir successivement toutes les parties dont la science se compose, sans se préoccuper de l’insignifiance des premiers résultats, et sans vouloir arriver du premier coup aux problèmes les plus importants et les plus difficiles. Quand on cherche Dieu ainsi, on trouve, pour ainsi dire, sa trace à chaque pas. On comprend d’abord qu’il existe, sans se faire une idée distincte de sa nature et de ses attributs ; puis, à mesure que dans le développement successif de la science on le rencontre toujours comme conclusion nécessaire de chaque théorie nouvelle, on rapporte de cette étude des lumières inattendues sur celui qui est la cause de toute substance et de toute loi. Nous nous accoutumons

1. Descartes savait très-bien qu’il ne parlait que pour les rationalistes. « J’ai plusieurs fois protesté, ô chair, que je ne voulais point avoir affaire avec ceux qui ne se veulent servir que de l’imagination, et non point de l’entendement. » Réponses aux cinquièmes objections.

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à contempler Dieu en l’étudiant d’abord dans ses œuvres, comme ces enfants qui, ne pouvant regarder en | ^ ' face le soleil, en cherchent l’image dans une eau limpide. /

Vous voulez savoir s’il y a un Dieu? Étudiez le monde; ou, si le monde est trop grand, étudiez l’homme. Tout ^ ce qui est en vous porte témoignage de l’existence et de la grandeur de Dieu.

La puissance humaine est une dans son principe, triple dans ses manifestations. Vivre, c’est penser, ^ sentir, vouloir.

Qu’est-ce que sentir ? Est-ce seulement éprouver des sensations de plaisir et de peine ? Ce n’est là que le début de la sensibilité. A ces phénomènes éphémères se rattache quelque chose de plus grand et de plus durable; ce sont nos amours. D’où viennent-ils? Est-ce le monde qui les apporte, ou sortent-ils de notre cœur comme d’un ardent foyer pour se répandre sur ce qui nous entoure? Si l’amour nous venait du dehors, pourquoi le même objet ne serait-il pas partout également aimable ? D’où viendraient ces différences entre les âmes froides et les âmes passionnées ? Comment pourrait- on comprendre tant de grandes passions allumées par des objets indignes, ou cette magie de l’amour, qui crée dans son objet toutes les beautés qu’il y admire, ou ces âmes nées pour l’amour, qui, ne trouvant rien à aimer, périssent d’un mal inconnu, victimes de leur propre richesse et de la pauvreté de ce monde ?

La même main qui, dans le germe d’une plante, a déposé la force mystérieuse qui pousse les racines vers la terre, élève la tige au-dessus du sol et la développe en fleurs et en fruits, a mis au fond de notre âme un amour de l’éternelle beauté qui nous fait

tendre vers tout ce qui est bon et tout ce qui est beau, par une secrète et puissante analogie. Quel est-il, cet amour du beau et du bien, sans lequel nous ne saurions aimer î Quelle est cette beauté vers laquelle tout notre cœur s’élance, et que nous adorons sous ses voiles dans les glorieuses créatures qui la manifestent? N’est-ce pas l’infinie, l’éternelle et la parfaite Beauté? Et cet amour sans bornes n’est-il pas un des liens qui nous rattachent à Dieu ?

A côté de notre faculté de sentir, au-dessus d’elle peut-être, rayonne notre intelligence. Penser, pour les âmes ordinaires, c’est connaître la forme, la dimension et le poids des corps ; c’est calculer le degré de force musculaire dont il faut user pour déplacer une masse ; c’est prévoir qu’un besoin naîtra sur un point du globe pour y porter au moment précis la marchandise qui va être réclamée ; c’est acheter et vendre à propos ; c’est mesurer exactement la dépense sur le profit qu’elle rapporte, en un mot, c’est concentrer l’intelligence sur cet unique but : conserver et nourrir le corps. N’allons pas plus loin, ne cherchons pas plus haut r même pour ce but ainsi restreint, quel est le mécanisme de l’intelligence? Ne faut-il pas qu’elle conçoive des lois, des rapports nécessaires entre les choses ? Aperçoit-elle ces rapports dans les choses mêmes, le nécessaire dans le contingent, le droit dans le fait, la loi dans ce qui la subit? S’il est vrai que le monde visible ne contient pas la loi, voilà déjà comme une première intuition du monde invisible. Mais marchons vers lui par un autre chemin. Considérons les objets qui nous entourent, cet horizon étroit où nous étouffons. Nous ne touchons que ce qui est tout près de nous, ce qui est, comme on dit, a notre portée ; nous ne voyons distinctement

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qu’à vingt pas ; à une certaine distance, tout disparaît, tout nous échappe. Hâtons-nous de fuir cette prison, puisque nous avons le pouvoir de nous déplacer, péniblement et lentement par des moyens naturels, trèsrapidement par le secours des machines ; faisons, pour jouir de Tespace, mille lieues, deux mille lieues, le tour du globe : nous introduirons ainsi dans notre esprit la conception d’espaces considérables que nous ne pouvons voir que successivement, mais que noüs concevons par une idée unique. Au fond, nous n’avons pas même besoin de nous déplacer pour concevoir toutes ces étendues ; l’imagination nous suffit, et nous pouvons par son secours nous représenter comme dans un rêve la grandeur de toute la terre. Mais ce n’est rien encore que la terre, quoiqu’une vie d’homme suffise à peine à en faire le tour ; nous savons qu’elle est elle- r même un atome dans l’immensité. Eh bien I voyageons par la pensée d’étoile en étoile, figurons-nous ces grands corps, aussi vastes que la terre, séparés par des espaces sans fin, et plus nombreux que les sables de la mer: quand nous aurons ainsi accumulé toutes ces grandeurs et tous ces nombres, épuisé pour les indiquer les ressources de la langue et les vertus du chiffre, nous sentirons encore une force qui nous pousse en avant, au delà du réel, au delà du possible, au delà de l’imaginaire. Qu’en faut-il conclure? Qu’il nous est impossible de concevoir un ei^ace qui ne soit contenu par un autre. Et d’où vient cette impossibilité ?Ëst-ce l’étendue bornée que nous concevons qui introduit cette impossibilité dans notre esprit? Est-ce cet atome qui apporte avec lui cette immensité? N’y a-t-il pas là quelque chose qui vient de notre fonds, et qui, loin de résulter de la donnée des sens, la contredit? Si nous

quittons l’espace pour la (^rée, nous trouvons au bout de notre analyse une conclusion identique. Si du temps et de l’espace nous passons au mouvement, ou à la multiplicité, nous retrouvons le même progrès à l’infini, la même nécessité de concevoir quelque chose qui dépasse les données des sens et les forces de notre imagination. Nous appelons ce quelque chose de différents noms, suivant le chemin qui nous a conduits vers lui : l’immensité, si nous sommes partis de l’espace ; ou l’éternité, si c’est le temps que nous avons voulu épuiser; ou l’immuable, si nous avons songé au mouvement; ou l’unité, si c’est au multiple. Mais cette immensité, et cette éternité, et cette immutabilité, ce n’est, sous tant de noms, qu’une idée unique, l’idée de l’infini. Exarainons-la en elle-même, demandonslui ce qu’elle enveloppe, nous la trouverons toujours nécessaire, entière, indivisible, tandis que le monde est contingent, variable, mobile, enfermé de toutes parts dans d’étroites limites. Gomment ne pas être frappé de la constante opposition de ces deux idées ? Comment ne pas conclure qu’il y a en effet une idée que n’expliquent ni le monde, ni les facultés par lesquelles nous analysons le monde, et que cette idée est l’idée de l’infini, que l’infini seul peut produire'?

La liberté humaine, étudiée dans son fond, nous mène droit à la conception de l’infini. Qu’est-ce que la liberté? Le pouvoir de faire ou de ne pas faire. C’est par elle qu’au lieu d’être' menés, comme le reste du

1. • Insinuavit nobis Cbristus animam hunianani et mentem ratlo- < nalem non vegetari, non beatiflcari, non illnminari, nisi ab ipsà • substantiâ Del. > D. Augustinus, InJoann., tract. 23.

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monde, nous sommes maîtres et responsables de nos, destinées ; grand privilège, qui nous soumet le présent, et nous répond de l’avenir. Cependant cette liberté / peut-elle subsister sans règle? La liberté sans règle ne ^ grandit pas celui qui la possède : elle le dégrade. Seuls ' dans le monde nous n’aurions pas de loi : nous ne serions qu’une chose vaine et légère, indifférente à l’ordre et au plan de l’univers. La liberté ne nous estpas donnée pour nous soustraire à la loi, mais pour lui obéir en connaissance de cause. Voilà sa force et la nôtre. Livrée à elle-même, elle nous détruit ; soumise à une loi et à une loi immuable, elle ^est l’instrument et la marque de notre grandeur. Quelle est cette loi ? D’où vient-elle? Du monde, étranger à la liberté, mobile, et soumis lui-même à des lois nécessaires? Non, la loi morale ne vient ni de moi ni de la société, ni du monde. Elle était avant moi et subsistera après moi.

Je puis la violer, non la détruire. La société humaine a beau la méconnaître, la nier, la détester; ce monde détruit, le monde qui viendrait à naître obéirait encore à la loi morale. La liberté est immobile, mais lajustice estabsolue.Nossentiments,nos actions, nos penséessont éphémères ; mais le beau, le bien et le vrai sont éternels.

Ainsi la psychologie, la logique, la morale ramènent partout la pensée de l’infini. Elles y tiennent sans cesse, par toutes leurs analyses, par toutes leurs théories. Elles se viennent l’une à l’autre en aide pour cette œuvre commune, qui fait leur unité par l’unité d’origine et de but. On peut presque définir la philosophie dans toutes ses branches, une méthode pour aller à l’infini par l’étude du fini.

Toute la philosophie est pleine de Dieu, et toutes les

sciences sont pleines de philosophie. Vous étudiez les mathématiques ? Qu’est-ce qu’une grandeur? Pensez-y un peu profondément ; la grandeur vous conduira par le contraste à l’idée de la substance simple et une. Tout dans le monde est commensurable ; mais la mesure n’est rien. 11 faut chercher l’être, la réalité, la vérité, et par conséquent la cause, dans ce qui ne se mesure point, dans l’immobile. Vous faites de l’histoire? Pourquoi ces peuples élevés et abaissés tour à tour, ces révolutions, ces catastrophes? N’est-ce qu’un spectacle vain ? Est-ce la réalisation progressive d’une pensée? Vous vous livrez à la science du droit? Ce n’est en apparence qu’une compilation de ce que les hommes ont voulu; mais prenez-y garde ; derrière ces formules souvent bizarres et éphémères de la volonté humaine va vous apparaître un droit nécessaire. Vous verrez, vous sentirez que, si la loi écrite peut varier, il y a une loi immuable, indépendante, éternelle, à la fois condition et sanction de la liberté humaine. Vous êtes médecin? Cherchez dans notre corps le premier mouvement spontané, et dites-nous d’où il vient. Vous avez beau être entouré de matière : ces os, ces fibres, ces tissus sont inertes; ils sont soumis comme tous les corps aux lois de laphysique ; comme tous les corps vivants, aux lois de la physiologie. Où donc est le ressort qui les fait se mouvoir spontanément ? Il échappe à tous vos efforts, à tous vos instruments ; et pourtant il est, ô mystère impénétrable de la vie, ô dernier secret qui se joue de la science, ô force initiale qui atteste la présence du Dieu créateur 1 Physicien, si vousétudiezlaloi du mouvement; chimiste, si vous décomposez les corps, dites-nous ce que c’est que la cause, le mouvement, l’étendue, l’atome, les qualités premières et irréductibles des corps. Vous

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hésitez entre une théorie dynamique et une théorie mécanique; mais, force ou loi, d’où vient la première impulsion? d’où naît la première formule? L’étude delà nature et de chaque règne de la nature ramène Dieu .par l’infîniment petit et par l’infiniment grand. Il est comme cause au début de tout, et comme fondement de l’universelle harmonie, à la fin de tout. La vie ellemême avec ses joies et ses douleurs, est une longue démonstration de l’existence de Dieu. Nous le retrouvons à chaque instant dans nos pensées et dans nos sen- , timents. Ce que nous comprenons de nous -mêmes nous enseigne Dieu, et ce que nous ne comprenons pas nous l’enseigne encore.

Voilà, en bref, une indication de la manière dont il faut conduire la philosophie, pour que la science tout entière concoure à rendre irréfragable le dogme de l’existence de Dieu. Ce n’est pas, à coup sûr, une démonstration nouvelle ; qui pourrait songer à faire une nouvelle démonstration de l’existence de Dieu? Ce n’est pas non plus, tant s’en faut, une forme nouvelle de démonstration ; au contraire, c’est la forme la plus ancienne, la plus simple, la plus familière, et, à cause de cela, la meilleure. C’est la méditation substituée au r^sonnement. Le syllogisme est bon, comme résumé, ou dans la discussion, quand il s’agit d’arrêter court un adversaire ; mais ne démontrons pas si vite l’existence de Dieu ; donnons-nous le temps d’y penser, de nous en pénétrer; choisissons tout exprès les plus longs chemins. Au fond. Dieu ne se conclut de rien, j, mais il s’aperçoit partout. Il ne s’agit que de savoir regarder. La réflexion bien conduite nous donnera tant de lumières, que la présence de Dieu éclatera

PREMIl'RE PARTIE.

pour nous dans tous nos actes, dans tous nos sentiments, dans toutes nos pensées. Il faut donc reprendre la science à son origine, et dès le premier mot, sans relâche, à chaque principe, à chaque observation, montrer l’infini qui se dévoile, qui tantôt fait naître tous les amours de l’amour qu’il nous inspire, tantôt donne une règle à nos jugements, un idéal à notre imagination, une étoile à notre volonté. Dieu est la pierre angulaire, qui ne peut être ébranlée sans entraîner l’édifice, et dont, par une conséquence nécessaire, la solidité de l’édifice fonde et prouve l’inébranlable et suprême, solidité. Qu’on ne se plaigne pas de la longueur du chemin, car on n’aurait pas perdu son temps quand même on devrait y consumer toute sa vie. C’est notre carrière ; tout le reste n’est qu’épisodes. Heureux celui qui croit en Dieu sans tant de raisonnements, comme par une grâce naturelle, et qui ne cherche dans la science que la confirmation de sa foi! Mais pour celui qui doute, il ne faut pas le renvoyer à deux ou trois syllogismes. On raconte de Diderot qu’il entendit un jour exposer les preuves de l'existence de Dieu dont on se contente dans l’École, qu’il en fut ravi, et que dans la ferveur de son enthousiasme, il chercha partout un philosophe son ami, pour lui faire partager sa foi nouvelle. Il le rencontre dans une imprimerie, le met sur l’existence de Dieu, développe ses raisonne- > ments avec l’emportement de zèle qui le caractérise en toutes choses, et trouve une âme fermée à la conviction. Diderot insiste, essaye de parler au cœur, la passion s’en mêle ; il croit son ami perdu par cet athéisme, il se représente son malheur sous les couleurs les plus vives, et le conjure avec larmes de se convertir. L’autre reste impassible, reprend tous ses raisonnements,

LA NATURE DE DIEU. 33

les réfute, les raille, rend d’abord le sang-froid à Diderot, et finit par détruire tout son feu et toute sa croyance. L/apostolat de Diderot n’avait duré qu’une heure. Il n’avait pas fallu plus de temps pour anéantir sa foi que pour la faire naître, et il sortit de là plus incrédule que jamais. Si cette anecdote est vraie, elle ne prouve pas que les démonstrations de l’École soient mauvaises, mais elle nous apprend à ne pas faire un grand fond sur ces conversions subites, et à juger ce qu’il faut attendre d’une croyance isolée qui n’a que quelques raisonnements pour lutter contre les obscurités et les défaillances de la pçnsée, contre les mille objections des incrédules, contre les difficultés de la vie et les appréhensions de la mort. Celui-là a une croyance véritable, qui s’est accoutumé à vivre avec Dieu par le cœur et par la pensée, à le retrouver au bout de toutes ses recherches, à le mettre dans toutes ses espérances. N’acceptons qu’une démonstration de l’existence de Dieu tellement forte et tellement rattachée à toutes nos croyances qu’elle ne puisse disparaître de notre esprit, sans y laisser après elle la solitude et le \ désespoir.

PREMIÈRE PARTlü.

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