Fichte. Destination de l'homme, p
éternellement vrai, à n’user de ma liberté que pour exprimer par mes actes les lois de la justice. Si la morale est vraie, comme on n’en peut douter sans folie et sans blasphème, qu’est-ce que le bonheur, sinon l’accomplissement constant et facile de ses lois? Si la faculté d’aimer que j’ai en moi tend sans" cesse dès cette vie vers Dieu qui renferme en soi tout ce qui est beau et aimable, si mon esprit est poussé, comme par une force invincible, vers ce même Dieu, qui est la source de l’être et le soleil des intelligibles, si toute action accomplie en dehors de la justice est une dégradation, une diminution de mon être, tandis que l’accomplissement du devoir m’élève et me fortifie, il faut de toute nécessité qu’une fois affranchi du corps, je ne vive plus que pour aimer Dieu, pour le connaître sans voile, et pour m’unir sans réserve à sa volonté*; mon esprit ne demande rien au delà de cette certitude. 11 se repose mieux dans cette pensée que dans l’espérance de ces perfectionnements successifs qui reculent indéfiniment la possession du seul bien auquel il aspire, ou dans la contemplation de tous ces plaisirs terrestres que les religions païennes accumulent dans leur paradis. Qui sait si ce prétendu besoin de rendre l’idée du ciel plus précise n’est pas le besoin de la rendre plus matérielle ? Pour qui connaît la nature et les besoins de l’intelligence et de l’amour, il n’y a rien de plus précis que cette grande et douceparolé: «Voir Dieu faceàface, et l’aimer de tout son cœur pendant toute l’éternité. »
1 . « La Tie éternelle commencée consiste à connaître par la foi, et la vie éternelle consommée consiste à voir face à face et à découvert. La connaissance dont parle ici Jésus-Christ est une connaissance tendre et afliectueuse qui porte à aimer..,. La connaissance véritable et parfaite est une source d’amour. > Bossuet, Méditations sur l'Évangüe, II* partie, xxxvii* jour.
LÈ CULTE