‹ La religion nouvelleChapitre 4 sur 21 · I. — Qui veut réformer la vieille institution conjugale · texte numérisé non relu

I. — Qui veut réformer la vieille institution conjugale

Oui possède un plan, un programme, un aperçu ? L'heure favorable a sonné et déjà l'émulation se dessine. Les conditions du concours sont les plus larges : n'importe qui, premier venu, dernier venu, a voix consultative et délibérative. Nulle contrainte pour le choix de la méthode ou de la solution. Chacun propose ce qui lui convient, selon sa situation particulière, son tempérament, son goût et son humeur. C'est de cela désormais que dépend la famille ; et l'on a découvert que, en fin de compte, c'est de quoi elle est faite. Dieu n'étant plus là pour régenter hommes et femmes, nulle autorité ne saurait légitimement et réellement les empêcher

de se donner la loi que réclament leurs passions ou de changer la loi au gré de leur désir.

Nous avions le divorce, employé déjà par un bon nombre des prisonniers du mariage ; mais l'issue libératrice est étroite ; la porte qui la commande ne tourne pas facilement sur ses gonds et reste encore munie de verrous. Prenons la hache ; et que le corridor resserré devienne une avenue spacieuse, lumineuse, gazonnée, fleurie.

Par amour du bien, MM. Paul et Victor Margueritte ont, dans un manifeste, demandé que la volonté d'un seul époux fût suffisante pour provoquer le divorce. Le manifeste est devenu roman, mise en œuvre de leur système et lu comme un programme de rénovation sociale. Le roman à thèse s'est continué par une pétition, dont la Chambre s'occupera peut-être assez prochainement ; et voici les réformateurs en rapports suivis avec un groupe parlementaire. M. Naquet favorise ce perfectionnement de ses bienfaits.

L'inévitable concurrence apparaît. A la vérité, elle ne procède pas selon les voies ordinaires, puisque le projet que présente M. Goulon, avocat, est plus restreint que celui des frères romanciers. M. Coulon s'en tient au divorce par consentement mutuel. Dans cette combinaison, il faudrait encore deux volontés pour dissoudre le mariage, comme il en a fallu deux pour le contracter. A moins de prôner carrément la léga-

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lisation du «collage », M. Coulon ne pouvait pas enchérir sur l'idée que MM. Margueritte ont lancée. Mais les adeptes de l'union libre vont sentir leur ardeur croître à cet exemple. Il y aura bientôt entre les réformateurs de la morale un véritable et continuel steeple-chase. La vogue du pari mutuel présageait toute une transformation sociale, qui s'accomplira par le consentement mutuel, en attendant l'heure de l'absolue liberté. Droit au bonheur par des moyens quelconques, cet énorme sophisme possède pleinement une foule d'esprits.

Ceux-ci en raisonnent comme de la seule doctrine certaine et respectable, invoquant avec une sorte d'onction la justice et la dignité, qu'ils croient servir ; la justice surtout, car ils trouvent abominable qu'un seul individu soit victime. Ils ne réfléchissent pas que le salut de quelques particuliers sacrifiera toute la masse, pour laquelle le mariage indissoluble a été une garantie d'ordre et de paix. Ce sont des milliers de victimes qui fourniront la rançon d'une seule. Belle justice ! Beaux sentiments d'humanité ! Voltaire, racontant les grandes secousses du moyen âge, disait, avec un bon sens qui triomphait parfois des pires fureurs : « II résulte de toute l'histoire de ces temps-là que la société avait peu de règles certaines chez les nations occidentales ; que les Etats avaient peu de lois et que TEglise voulait leur en donner ». Par l'énergie des pontifes romains, intrépides à

combattre les emportements des princes, l'Europe a connu quinze siècles de civilisation. Aujourd'hui, ce sont les peuples qui se révoltent contre la loi morale, contre le sacrifice héroïque et contre le renoncement ; et leurs chefs ne savent plus où sont les titres de la véritable autorité. Sous le second empire, de prétentieux philosophes avaient l'habitude de dire que la morale, rendue indépendante de la religion, se soutiendrait toute seule et que la famille ne pouvait subir aucun préjudice. On l'affirmait encore à la Chambre et au Sénat, lors des pre- I mières lois sur l'instruction laïque. Allègre et j souriante, la foule s'avance vers un désastre | bien autrement affreux que celui que MM. Mar- î gueritte ont mis en roman.

Un juriste s'en mêle, un magistrat en fonc- i lions. I

Bien qu^il ait vu le jour sur le sol gascon, le 1 « bon juge » est en train de donner à la ville de ! Château-Thierry plus de célébrité qu'elle n'en reçut de La Fontaine. Par M. le président Ma- j gnaud, le tribunal de Château-Thierry s'est j transformé en une institution extraordinaire, I contre laquelle les autres magistrats, le gouvernement et les Chambres elles-mêmes ne savent j plus se garer. C'est une citadelle, un fîef et mieux ! encore, puisque l'ancien ëdit du prêteur s'y déroule en toute circonstance, avec une auda- j cieuse et systématique fantaisie. Droit romain, | droit seigneurial, droit moderne, philosophie i

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libre-penseuse, morale anarchiste, M. le président Magnaud, dans ses opérations judiciaires, emploie tout ce qu'il veut. Prêteur, de par sa volonté, il légifère autant qu'il juge ; et même, pour lui, l'acte de juger consiste principalement à corriger les lois, à en faire de nouvelles, à mettre en pratique celles qui n'existent pas encore.

Toutefois, quand ce président devra prendre le soin vulgaire de justifier sa conduite (caries incidents qui s'accumulent finiront peut-être par rendre inévitable une répression) il pourra dire que l'encouragement à bousculer le droit public lui est venu de haut. M. Combes, ministre, a bien appliqué contre les écoles congréganistes des lois qui n'étaient pas votées. M. Magnaud, qui n'est pas d'ailleurs enclin au scrupule judiciaire, aura la ressource d'invoquer cet exemple.

On se rappelle sa première action d'éclat. Elle protégeait une pauvre femme qui, dans un jour de misère extrême, avait volé un pain. Le magistrat rendit un jugement favorable à l'accusée et le fortifia de « considérants » qui malmenaient certain esprit juridique étroit et impitoyable. L'intention était bonne ; plusieurs des motifs allégués s'appuyaient solidement sur la morale, qui domine le droit écrit ; et M. le président Magnaud s'attira ainsi la dénomination de « bon juge ».

Mais il ne sut point se contenir et prit l'habitude de faire dans ses jugements la critique et

la réforme des lois qu'il est chargé d'appliquer, Désormais tout procès, qu'il s'agisse de mur mitoyen, de bornage ou d'une affaire entre maquignons, pétitoire, possessoire, emphytliéose ou paraphernaux, tout lui sert à refondre la jurisprudence et la législation.

On dit que la cour d'appel d'Amiens, de qui relève M. Magnaud, accueille avec une défiance irritée n'importe quels jugements expédiés de Château-Thierry. On dit que ces hauts magistrats, agacés par les laborieuses fumisteries du président, lui démolissent ses sentences coup sur coup et qu'un plaideur ayant gagné à Château-Thierry affronte la cour d'appel dans des conditions difficiles. Entre les deux pouvoirs la lutte est permanente ; et le droit est passé à l'état de volant que se renvoient de hauts justiciers armés de raquettes.

Où en est, pour le quart d'heure, M. Magnaud ? Très loin. Il a institué le divorce par la volonté cVun seul, lorsque la proposition Margueritte traîne encore à l'état de projet dans les couloirs de la Chambre ; lorsque M. Naquet ose tout au plus se nourrir d'espérance. Le meilleur moyen de préparer une loi c'est de la mettre, non pas en délibération, mais en application.

Aussi M. Magnaud se hâte. Il abolit la séparation de corps, qu'il déclare une solution bâtarde, hypocrite et contre nature :

Attendu que la séparation de corps est une solu-

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lion bâtarde, hypocrite et contre nature, favorisant les unions clandestines d'où sortent ces malheureux êtres sans complet état civil, sans filiation régulière, que, si indignement, notre législation^ subissant le joug des stupides préjugés de la société actuelle, traite en véritables parias ;

Que, quand elle n'est pas imaginée par l'un des époux dans le but de troubler indéfiniment l'existence de l'autre, elle est, dans la plupart des cas, en raison de son caractère conventionnel, imposée /9ar Vinfluence néfaste des personnes vouées au célibat et n'ayant pour tout foyer que celui des autres ;

Attendu que le divorce, au contraire, lequel d'ailleurs renferme la séparation de corps, est une solution large et claire qui, en dégageant franchement deux époux du lien conjugal noué entre eux par erreur^ assure non seulement leur indépendance de corps et d'esprit, mais ouvre la voie à tous leurs espoirs de bonheur futur ;

Qu'entre ces deux solutions, des juges convaincus que, surtout en matière d'ordre si intime, leur mission est au moins aussi sociale que juridique, ne sauraient hésiter à choisir la plus humaine et la plus conforme aux réalités de la vie, c'est-à-dire le divorce... 1.

M. le président Magnaud croit que c'est lui qui donne à des créatures humaines le droit de vivre ensemble conjugalement ! Il arrange la morale et gouverne les consciences comme il règle le bonheur, comme il réforme les lois, comme il fait tout ce qui lui passe par la tête. Il est allé à Rome proclamer la déchéance de la

Papauté et il a présidé une des assemblées des congressistes libres-penseurs internationaux. Ne le défions pas d'organiser l'union libre. Il y a un autre anarchiste qui propose de régulariser le contrat par lequel une femme louerait ses aptitudes amoureuses comme un ouvrier loue la force de ses bras ; et le contrat pourrait être enregistré. Sans doute, M. Magnaud serait capable d'établir cette réforme. Il finira par faire prévaloir encore une autre opinion : c'est que le (( bon juge » est bon à enfermer.

Les libres-penseurs qui raisonnent contre les vœux en leur opposant l'idée de la famille et du mariage, croient fortifier cette idée. Au contraire, ils ouvrent les chemins par lesquels on lui donnera l'assaut.

Dans les vœux, ils incriminent surtout l'engagement par lequel un homme ou une femme restreint sa liberté de penser et d'agir. Or, le mariage contient un engagement réciproque, un double vœu, qui enchaîne la liberté individuelle, liberté des sens et du cœur.

Est-ce une comparaison forcée ? Non pas. Tout un monde de moralistes émancipés et plusieurs générations de prophètes très laïques ont déblatéré et déblatèrent contre le mariage en employant les arguments mêmes dont on se sert contre les vœux religieux. Par exemple, les héros de George Sand dépensent leur lyrisme à répéter ce refrain : « Le mariage est une des

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plus barbares institutions que la société ait ébauchées. Je ne doute pas qu^il ne soit aboli, si l'espèce humaine fait quelques progrès vers la justice et la raison ; un lien plus humain et non moins sacré remplacera celui-là et saura assurer l'existence des enfants qui naîtront d'un homme et d'une femme, sans enchaîner à jamais la liberté de Van et de Vautre ». La phrase est tirée de Jacques. On la retrouvera maintes fois en puisant au hasard dans les écrits de Georg-e Sand. Et le roman d'aujourd'hui ? C'est un débordant appel à la liberté, opprimée par le mariage. Le roman dénonce la tyrannie que la vieille conception familiale fait peser sur le pauvre et noble cœur humain, sur le sublime esprit humain, sur la chair humaine, innocente, sacrée, divine. Les titres mêmes des volumes sont des plaidoyers. Frémissant d'émulation, le théâtre se donne pour but essentiel de prêcher l'amour libre, aux dépens de la cruelle famille qu'une incroyable incohérence laisse encore subsister.

Argumenter en même temps et par les mêmes raisons contre le mariage indissoluble et contre les vœux religieux, c'est une méthode parfaitement conforme à l'esprit et aux traditions ré~ volutionnaires.

En l'an V (4 pluviôse), le citoyen Darracq la pratiquait devant le conseil des Cinq-Cents. Il citait l'article 15 de la Déclaration des Droits et l'article 352 de la Constitution, lesquels ne re-

connaissent ni vœux religieux ni aucun engagement contraire aux droits naturels de Vhomnie.

Or, s'écriait-il, « quel engagement est plus contraire aux droits naturels de l'homme que celui que nous contracterions d'aimer toujours la même personne, dès qu'il n'est pas plus en notre pouvoir d'aimer que de haïr ou de demeurer indifférent ? »

Outre le motif tiré de la mobilité et de l'incompressibilité de nos sentiments, l'orateur invoquait encore le motif qui avait fait condamner les vœux religieux comme illégaux et antinaturels. Il signalait dans le mariage indissoluble « l'aliénation mutuelle des personnes )>. Admettre cette aliénation, ce serait, disait-il, « nous replonger dans les erreurs sacerdotales dont nous sommes heureusement sortis ».

Assurément, un bon nombre de nos réformateurs qui ont établi le divorce croyaient ne pas affaiblir le mariage et même le protéger contre des révoltes trop brutales.

L'espèrent-ils encore, avec une conviction entière ou simplement suffisante ? Ce serait un bel exemple de foi laïque.

Car le divorce, la prétendue soupape de sûreté, s'est élargie comme s'étend une lézarde et menace de laisser sans aucun appui cette vieille famille que les libres-penseurs un peu raisonnables voudraient tant pouvoir conserver. Ainsi que M. Naquet le constate avec joie (et aussi avec gratitude, car il a Famé bien placée), le

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roman et le théâtre ont fait faire de grands progrès à l'idée du divorce très large, aussi large que possible, tellement large que la famille y disparaîtrait comme un caillou jeté dans un précipice. En général, nos gouvernants, nos philosophes, nos littérateurs et les autres prophètes ne savent plus quel principe ils pourraient bien opposer aux partisans de l'union libre. Puisqu'il s'agit surtout d'émancipation ; puisque les interprètes de la doctrine révolutionnaire croient avoii- rendu un grand service aux Religieux et aux Religieuses en les délivrant d'un lien contre nature, on va continuer d'émanciper. Il n'est pas douteux que le mariage indissoluble n'opprime parfois terriblement les instincts de la personne humaine et que le divorce limité ne leur donne qu'une satisfaction très incomplète et, en somme, dérisoire. Le divorce à la volonté d'un seul époux est réclamé par la logique. D'un pas allègre et impérieux, M. Naquet mène la société vers l'union libre, ayant pris soin d'aplanir la voie : « Il n'est même pas indispensable que la dissolution (du mariage) en soit subordonnée à des formalités coûteuses, rebutantes parfois et à des décisions judiciaires.,. Il suffît que la rupture de l'union soit authentique... » 2.

Ainsi le veut « l'athéisme scientifique » que M. Naquet se flatte d'avoir toujours « professé ». Nous vivons bien sous le régime de l'athéisme scientifique, n'est-ce pas ?

Gardons-nous des craintes imaginaires. M. Na-

quet ne veut déchaîner aucune précipitation. 11 estime que le mariage, livré à l'influence croissante du divorce complet, subsistera encore longtemps et que nous nous acheminerons sans secousses vers le bel état où le « communisme » permettra de donner enfin à « Pamour )) un « affranchissement total ».

Gomme l'a notifié Victor Hugo, comme le répète M. Naquet, l'œuvre révolutionnaire inaugurée en 89 tend

A mettre en liberté Tamour.

On ne saurait maintenir en servitude l'amour, après avoir délivré la pensée^ après avoir annulé tous les contrats antisociaux et antinatureis par lesquels l'homme et la femme eurent la singulière idée de s'assujettir. Rompre le lien des couvents et des séminaires et laisser subsister les tenailles du mariage^ ce serait la flagrante inconséquence, la banqueroute, le déshonneur. Emancipons ! émancipons ! Le citoyen Darracq a si bien exposé, dès l'an V, les raisons logiques qui condamnent à la fois le vœu religieux et le vœu matrimonial !

Par horreur du vœu religieux, certains librespenseurs prennent leur parti de compromettre plus ou moins la famille, persuadés que l'humanité y gagnera enfin d'effacer la dernière trace de l'esclavage. C'est une erreur complète, dont

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les conséquences jaillissent comme une explosion d'ironie.

En quoi consisterait l'indigne esclavage des moines ? Dans le vœu de chasteté, d'obéissance et de pauvreté ; et, plus encore peut-être, dans le fait même et dans l'idée du vœu, quoique les incrédules admettent qu'un engagement pris en pleine liberté, en connaissance de cause et pour un motif élevé, puisse lier un homme. Voyez le prestige et l'autorité attachés à l'honneur. On en fait une espèce de sacrement laïque, respectable au point de justifier ou même d'imposer les plus grandes privations. Dans le monde librepenseur, on exalte le sacrifice du bien-être, de la tranquillité, de la vie, quand l'honneur est en jeu. Evidemment, l'homme peut se donner tout entier à une cause, à une idée, à une œuvre. Disposer de sa force, de son autorité, de sa volonté, de son existence, le libre-penseur réclame ce droit pour lui. Ce n'est pas, sans doute, une raison d'en priver les autres.

On peut s'engager noblement et même héroïquement. Il y a, dans l'ordre inférieur et dans l'ordre secondairCy une servitude très favorable à la dignité et à la grandeur humaines.

Chaque année, l'Académie glorifie quelque pauvre créature qui, pour nourrir des vieillards ou de jeunes orphelins, a fait le plein abandon de soi, vivant dans les privations, s'interdisant l'amour vulgaire et les joies de la famille dite naturelle, renonçant à toute espérance de profit

terrestre, en somme, abdiquant sa liberté. Voilà une « renonciation totale ou partielle aux droits de la personnalité civile », renonciation qui est punie par la loi Waldeck et qui entraîne la mise hors du droit commun ! Cependant, l'Académie décerne un hommage public à une telle vertu ; et même les gens qui ont l'habitude de narguer la Coupole se croient, dans la circonstance, obligés de faire chorus avec les académiciens. Sans exception, la presse et le public saluent l'héroïne de la bonté, l'esclave volontaire.

Il y a donc un esclavage licite, légitime, sublime.

La libre-pensée confond cet esclavage avec l'existence des nègres. Eux cependant n'avaient pas ou n'ont pas en vue le soulagement d'autrui ; ni une idée générale, ni une cause, ni aucune œuvre d'ordre plus élevé que leurs soucis personnels. Enfin, ils ne choisissaient pas ou ne choisissent pas leur sort.

Comme l'humble servante devenue, par un choix héroïque, esclave volontaire et, à ce titre, admirée des athées et des croyants, beaucoup de Religieux et de Religieuses se sont consacrés aux pauvres, aux malades, aux orphelins. D'autres enseignent, c'est-à-dire remplissent une fonction très utile puisque la libre-pensée lui attribue le premier rang dans l'activité sociale. Tous et toutes ont réfréné l'ambition et l'affection terrestres : et c'est pourquoi ils peuvent se

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donner tout entiers, disposant d'un surcroît d'indépendance qui se tourne en générosité intellectuelle et morale. Le renoncement les a rendus plus riches ; la contrainte, plus libres.

J'ignore si Rousseau comprenait bien ce qu'il voulait dire, quand il demandait : « Est-ce que la liberté ne se maintient qu'à l'abri de la servitude ? )) Mais, en tout cas, sa pensée prenait une bonne direction.

Sans hyperbole et sans rhétorique, on peut qualifier servitude nécessaire la loi qui gouverne notre existence de chaque jour. Pour employer, pour accroître, pour conserver nos forces de tout genre, nous sommes attachés à quelque habitude remplie de contraintes subies ou bien exercées par nous. Un homme dont le travail, le repos, l'alimentation et même le plaisir n'ont aucune règle est bientôt mûr pour être admis à Bicêtre, en vertu d'une contrainte encore. Le mépris de l'hygiène élémentaire amène vite le détraquement. Pour vivre d'une vie raisonnable, il faut nous astreindre à de multiples et continuelles obligations et les faire prédominer sur les caprices anarchiques dont frémissent la chair, le sang et l'esprit. Militia est. Au prix de la guerre, nous établissons, en nous-mêmes et aux alentours, un certain ordre, souvent un minimum variable et confus, le seul état de paix accessible à la généralité des espérances terrestres.

Du demi-impulsif que nous rencontrons quo-

tidiennement, jusqu'à l'homme dont la volonté agissante et souple, c'est-à-dire bien disciplinée, se meut dans le plan d'une harmonique et spacieuse doctrine, jusque-là le chemin est long et les degrés sont innombrables. Sur la hauteur sereine réside la vie religieuse, faite de l'ordre supérieur ; l'anarchie rebelle étant réduite en esclavage, l'homme étant affranchi par le profond accord de sa conscience et de son vouloir, par la prédominance de ses meilleurs instincts.

Mais la libre-pensée refuse de rien devoir à Dieu et elle jure de se constituer en pleine indépendance, ne procédant que d'elle-même et ne s'inclinant que devant le Droit-Humain.

Ici se dévoile une erreur énorme qui pèse sur la France depuis près d'un demi-siècle : l'incroyable illusion du Droit-Humain. (N'oublions pas les majuscules).

Bien qu'il soit encore le palladium de la librepensée, ce Droit-là montre une figure de moins en moins imposante et de moins en moins rassurante. Un jour, M. Floquet ne sachant que dire, selon l'ordinaire, le proclama de nouveau. La Chambre, aussi peu renseignée que son président, trouva opportun de manifester beaucoup d'enthousiasme. Cependant subsistait un embarras mélangé d'inquiétude. Le Droit-Humain, c'est le Droit appliqué aux hommes fait par des hommes avec les seules ressources humaines. Or M. Floquet professait que l'homme ne doit

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pas commander à l'homme î Quelques esprits inquiets exprimaient l'opinion que la nécessité reconnue et la garantie présentée se contredisaient catégoriquement. L'Humanité n'est jamais unanime. Si, par impossible, elle l'était pour établir quelque droit, elle s'abstiendrait de l'établir, puisque le droit est toujours destiné à favoriser un certain nombre d'hommes contre d'autres hommes. Unanime, elle n'aurait plus à légiférer. Divisée, elle a un prétexte pour instituer des droits... à sa guise, bien entendu, puisqu'elle est la source du droit. C'est l'esclavage complet.

En effet, les hommes se trouvant débarrassés de toute autorité entre eux et au-dessus d'eux, les uns décident souverainement du droit des autres. L'homme commande à Vhomme. Donc le vieil esclavage renaît, renforcé par des principes modernes où l'Humanité salue le suprême aboutissement de l'effort humain : l'esclavage du corps et de la pensée.

II. — Dans le monde de l'enseignement féminin, diverses conférencières prêchent l'émancipation aux institutrices pour que celles-ci persuadent les jeunes filles de se débarrasser des vieux scrupules et des vieilles contraintes.

Une de ces prédications a été faite à Lyon avec un apparat qui donnait presque l'idée d'une cérémonie officielle.

On inaugurait plus ou moins une Société

d'édacalion et d'action féministes, fondée d'après un modèle excellent, mais dans un but détestable, une contrefaçon de l'œuvre précieuse que les catholiques et les véritables réformateurs sociaux doivent à M^^' Rochebillard. L'incrédulité et l'immoralisme font à la vaillante chrétienne l'honneur de lui emprunter sa méthode. Ainsi, les statuts de la nouvelle société libre-penseuse sont presque textuellement copiés sur ceux de l'organisation que M^'^ Rochebillard a établie. D'ailleurs, l'idée d'imitation et de contrefaçon est enseignée par un conseiller municipal de Lyon, M. Justin Godart ; et le fait est relevé par le bulletin Le travail de la femme et de la jeune fille. Cet intéressant bulletin dit en effet : « M. Justin Godart... qui détient, au Lyon républicain, la rubrique de la sociologie..., chaque semaine y développe, comme des produits de son cerveau inventif, des idées que, depuis longtemps, nous avons réussi à faire passer dans le domaine pratique ».

Mais où le désir de l'imitation disparaît, c'est dans l'enseignement répandu au moyen de la nouvelle doctrine féministe. Ici on reconnaît la passion antireligieuse déchaînée, qui va tout de suite jusqu'aux théories du célèbre Robin, de Cempuis.

Empruntons au bulletin Le travail de la femme et de la Jeune fille un intéressant compte rendu où M""^ Léonie Talsans mentionne les principales déclarations faites par la conférencière, M"^^ Nelly Roussel ^.

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Protester contre l'inégalité des sexes et déclamer contre la tyrannie de riiomme, c'est l'habitude des dames qui se produisent dans les assemblées libres-penseuses. M'"^ Nelly Roussel n'y a pas manqué, mais elle a voulu aussi relever les banalités par une prédication qui envoie promener tous les vieux préceptes moraux.

Elle a préconisé, non seulement le système Robinesque de l'éducation commune pour les enfants, filles et garçons, mais aussi pour les jeunes gens et pour les jeunes filles ; et enfin elle a montré l'avenir émancipé dans le pêlemêle qui supprimera le mariage et où la femme sera instruite à se prémunir contre le fardeau de la maternité. Citons le résumé que donne le bulletin Le travail de la femme et de la jeune fille :

Pour assurer cette émancipation, a-t-elle dit, it faut l'entreprendre dès le début, et puisque les deux sexes sont égaux, leur donner non seulement une éducation identique mais une éducation commune. On a jusqu'ici, sous un ridicule et absurde prétexte de convenances, séparé les filles des garçons ; qu'on les élève désormais ensemble, suivant Fadmirable exemple qui en a été donné par M. Robin...

Bien entendu, quand ces enfants sont devenus grands, il ne peut y avoir que des avantages à persévérer dans une telle voie. Ils ont pris l'habitude de vivre les uns avec les autres, en toute liberté et sans contrainte, car toute discipline serait une tyrannie ; il y a toute sorte de bonnes raisons pour qu'ils conti-

nuent. Donc, plus de mariage, cette institution étant un des instruments les plus exécrables qui aient été inventés pour assurer et perpétuer l'assujettissement de la femme. La loi conjugale, ô honte, et ô infamie, oblige la femme à prêter serment d'obéissance à son mari. Conçoit-on qu'elle puisse s'astreindre à une si dure et si effroyable humiliation ?

Ce n'est pas tout. Vous pensez peut-être que, même dans l'union libre, qui est le régime rêvé par ]y[me '^qWj Roussel pour la société de l'avenir, la femme est appelée à une fonction spéciale, qu'elle tient de sa nature et de sa constitution particulières, et que ce sera elle encore qui, comme dans le passé, sera chargée de pourvoir au recrutement des générations futures. On voit bien que les ténèbres de l'erreur obscurcissent toujours vos cerveaux et que vous demeurez fermées à la lumière de la justice et de la vérité. La femme ne sera mère que si elle le veut, que quand elle le jugera convenable et utile. Il y a une ligue qui s'appelle la Ligue de la régénération humaine, dont on distribuait, l'autre jour, les prospectus^ à la porte du palais Saint-Pierre, dont ]\|me Nelly Roussel est l'apôtre, et qui prêche, qui recommande ouvertement le malthusianisme. « On paie les soldats qui poussent la stupidité jusqu'à se faire tuer sur les champs de bataille, s'est écriée la conférencière dans un mouvement d'indignation bien jouée, et on n'a même pas songé à rétribuer celle qui donne des enfants à l'humanité I A ceux qui prétendent que notre repopulation est trop lente, je réponds, moi, qu'elle est trop active ». Et M'^e Nelly Roussel a longuement disserté sur l'urgence qu'il y a à tarir la source des naissances, pour diminuer le nombre des misérables et des déshérités.

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Le bulletin Le travail de la femme et de la jeune fille constate que le nombreux auditoire qui applaudissait cette prédication contenait une majorité déjeunes gens et déjeunes filles.

Le haut enseignement féminin figurait là aussi, représenté par une directrice de lycée de jeunes filles.

Comme le dit l'auteur du compte rendu, M"'^ Talsans, une grande partie de notre peuple vit aujourd'hui dans un habituel état de griserie où la raison semble abolie définitivement. Avec la raison, la morale subit le même préjudice et la même ruine.

On bavarde prodigieusement sur et contre la morale, que d'innombrables improvisateurs ont entrepris de réformer sans s'être demandé de quoi elle se compose. Les femmes s'y mettent à leur tour. Sans doute, c'est surtout des librespenseuses que viendra le châtiment réservé à la libre-pensée ; mais elle coûtera cher l'affreuse leçon de choses^ leçon rendue bientôt inévitable.

Un ancien député radical, illustre pour avoir prêché la croisade antireligieuse, M. Gallot, de TYonne, laisse sa fille se marier à l'église. "L'Action fulmine^*. M. Gallot s'étonne et se plaint qu'on ne lui permette pas de faire ce qui lui plaît. Il croyait, depuis le temps qu'il se dépense à dépouiller les catholiques de leurs droits, avoir acquis ce droit et pouvoir bénéfî-

cier d'une protection solide et de la paix complète, privilèges attachés à l'œuvre libre-penseuse. Pourquoi troubler ce libéral qui a si bien tracassé autrui ?

M. Jaurès, lui, savoure la joie de voir un librepenseur militant houspillé comme il le fut, pour des raisons analogues. Elle restera célèbre l'avanie qui lui fut faite parce qu'il n'avait pas introduit de force la libre -pensée dans son ménage ; mais enfin il y a des compensations à toutes les épreuves ; et précisément l'amertume dont souffre M. Gallot devient un baume à l'usage de M. Jaurès. Ainsi l'on se console dans le monde révolutionnaire, oi^i le bonheur ne consiste pas à voir les autres heureux autant et plus qu'on l'est soi-même, mais à contempler le prochain en butte aux ennuis qu'on a endurés. Ici la liberté générale se réalise par l'infortune des particuliers. Plus il y a d'individus dénoncés et persécutés, plus le régime libéral se développe et, de même, mieux la paix et la joie sont garanties. « 0 Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! » gémissait M™^ Roland, amenée devant l'échafaud pour y mourir. Avec un à-propos égal, la prêtresse révolutionnaire aurait pu déplorer aussi le débordement de sottise qui accompagnait l'explosion de fureur. D'ordinaire ces deux fléaux se suivent. Les têtes ne tombent pas encore ; mais elles tournent.

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III. — « U enfant appartient à la société ». M. Buisson a dit cela, du haut de la tribune.

Puis, ailleurs, il a produit une explication par laquelle il a essayé d'atténuer ses paroles, en les confirmant de biais et à dessein.

Tout d'abord, le Temps avait conclu que le pédagogue considère l'enfant comme le bien de l'Etat. M. Buisson a protesté ; et il a envoyé au Temps ce passage du discours critiqué :

L'enfant n'est pas une chose qui appartient à quelqu'un, il est une personne que nul n'a le droit de traiter comme sa chose, ni les parents, ni l'Etat, ni l'Eglise, ni des éducateurs quelconques... L'Etat a le droit de protéger la personne en formation contre tout abus d'autorité de la part des personnes adultes qui en ont charge...

Môme en acceptant le raisonnement, dans les termes qui l'expriment et suivant l'esprit qui l'a dicté, on aurait encore le droit de soutenir l'accusation formulée par le Temps.

Car d'après V Officiel... Mais M. Buisson, qui invoque VOfficiel, ne le cite pas. Il a pris la peine de faire une analyse juste aussi longue que le passage analysé. D'ordinaire, un orateur qui se plaint d'avoir été mal compris cite ses paroles textuelles. En deux coups de ciseaux, M. Buisson pouvait détacher du compte rendu officiel les quinze lignes nécessaires à l'explication de sa pensée. Au lieu de ce procédé simple, normal et concluant, il s'est appliqué à s'analyser lui-même, en quinze lignes.

Pourquoi donc ? Il a préféré, tout en réclamant, ne pas mettre dans une lumière trop crue la doctrine indiquée par lui et qu'il ne veut pas abandonner.

Oui, il a dit que ni les parents, ni l'Etat, ni l'Eglise n'ont le droit de confisquer l'enfant ; mais il a dit encore ceci : « L'enfant s'appartient à lui-même ; il appartient à la société ».

La phrase se trouve à VOfficiel ^, page 1201, première colonne, lignes 16, 17, 18.

Société, société, tout le monde sait très bien que, du droit de la société au droit de l'Etat, la distance est courte et que très souvent, surtout de nos jours, on la franchit sans s'en apercevoir.:

M. Buisson ne réclamait que pour ménager de vagues apparences et aussi, sans doute, pour le plaisir de falsifier la logique. Lui et les autres maniaques d'autoritarisme sont impatients de voir leur Etat, leur société, c'est-à-dire lear autorité, organiser au sein de la famille la surveillance et la répression. Ils entreprennent de protéger, c'est-à-dire de former et de triturer la conscience de l'enfant. Ils se chargent d'elle, puisque, M. Buisson l'a dit, « l'enfant appartient à la société ». Or, la société c'est eux.

Bientôt, nous les verrons faire du baptême un acte soumis à la législation civile et à la juridiction pénale. Des textes seront proposés, et sans doute votés, qui auront pour but d'inter- j dire que le baptême soit administré aux nouveau- | nés. L'âge dit de raison ne suffira pas pour per-

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mettre la réception des sacrements. Seuls les électeurs auront le droit de devenir chrétiens ; et l'on compte que le régime obligatoire auquel ils auront été soumis jusque-là les aura détournés de toute influence religieuse. Enfin, la nation ne pratiquera plus et ne croira plus : mais elle pensera comme le Bloc.

Cette mainmise sur les consciences, si souvent et aujourd'hui encore condamnée et flétrie par la libre-pensée, c'est ce que la libre-pensée ambitionne surtout. Le jacobin ne dédaigne ni les places ni l'argent, mais il veut les âmes.

La neutralité scolaire, qui aboutit à la destruction des écoles congréganistes, prépare la police du culte et de renseignement familial.

Insurgés contre la doctrine, ces gens fabriquent une doctrine au fond de laquelle on ne trouve que l'instinct de domination. Ils professent qu'ils tiennent lieu de tout et que le peuple doit penser et respirer à leur manière.

Les couvents dépeuplés ; les moines dispersés, emprisonnés ou bannis ; de saintes femmes jetées dans la rue, traquées comme un gibier de tribunal correctionnel ; les écoles libres saccadées en vertu d\ine loi qui, (Waldeck-Rousseau l'a dit et répété du haut de la tribune), ne devait pas toucher à l'enseignement, tout cela a'est qu'un prologue. D'autres conquêtes du même genre se préparent, d'autres atteintes, d'autres dévastations, dont le programme se déroule selon un plan tracé d'avance.

Après les couvents, la famille. Après l'enseignement distribué par des Religieux et par des Religieuses, l'enseignement donné par le père ! et par la mère.

Des conférenciers annoncent la nouvelle et y j préparent les esprits. Un dreyfusard militant, un | professeur, M. Louis Havet, colporte des dis-: cours dans lesquels il dit aux parents : \

Votre devoir d'éducateurs, c'est d'écarter de votre fils ou de votre fille ce curé, môme excellent, qui dépend de Rome ; ce vicaire, qui dépend de Rome ; ■ à plus forte raison. Ce moine, fût-il un saint, qui obéit à Rome d'une façon plus étroite encore. Si ; vous êtes vraiment Français, votre enfant ne fré- j queutera pas les cérémonies de l'Eglise étrangère ; | il ne recevra aucun enseignement de l'Eglise étran- j gère ; il ne sera pas reçu, par la première commu- ' nion, membre elï'ectif et conscient de l'Eglise étrangère 6.

M. Havet ne propose pas encore d'obligation ou d'interdiction légale sur ce sujet ; pour le moment il se contente de persuader. Mais on , voit très bien la conséquence pratique, sans doute , voulue, qui, certain jour, sera formulée par uni autre jacobin. Ce qu'est devenue la neutralité' scolaire annonce ce que deviendra la neutralité; familiale.

M. le professeur Havet se moque si bien de la logique qu'on le réfute en le citant. Il condamne j Tautorité du Pape au nom du patriotisme, parce !

CIIAP. IV. — LA FAMILLE. LE MARIAGE. l'eNFANT 141

que le Pape est un « ëtranger ». Mais le patriotisme de M. Havet s'accommode volontiers de la disparition des patries. Le môme conférencier a prophétisé (et il s'en vante) « la fusion totale des races..,, l'unité de législation, l'unité de langage..., l'abdication sublime des diverses pairies, qui se sacrifieront volontairement à un idéal plus élevé qu'elles » '^.

Gomment cet apôtre de la religion dreyfusienne, si désireux de voir « la communion de l'espèce humaine dans la possibilité d'une même pensée collective », comment peut-il imaginer de mettre hors le droit commun l'autorité universelle, l'autorité catholique, au nom même de l'idée exprimée par le mot catholicisme ? Le motif est absurde : il a donc des chances d'être approuvé.

Il y a dans le culte laïque bien d'autres absurdités. Ainsi, selon M. le pontife Havet :

Tout petit, l'enfant doit savoir que son père est électeur et que les petits garçons sont destinés à le devenir. Tout petit, il doit lui être expliqué que son père, qui a des droits politiques, et sa mère, à qui la loi actuelle les refuse, font tous deux partie d'une association ayant en vue l'intérêt public ; que son père et sa mère, par exemple, se sont fait inscrire à la Ligue des Droits de r homme f ! !

D'autres propos, non moins ridicules au fond, traduisent mieux l'instinct qui grandit parmi les sectaires :

La vérité, c'est qu'il n'y a pas de « droit » du père de famille, ni de la mère de famille. Il y a, ce qui n'est pas la même chose, une concession forcée que leur fait la société.., ^.

La société (l'ensemble des Havet) veut former les consciences et les détourner de la foi. L'intervention légale et pénale n'est pas loin.

Elle se dessine à l'horizon.

La future réglementation de l'enseignement permettra aux agents de la société civile d'envahir le foyer familial et d'y surveiller encore les pratiques religieuses, puisque celles-ci constituent un enseignement et que tout enseignement relève, plus ou moins, de l'Etat libre-penseur.

Ces mesures insensées, au premier abord jugées impossibles, on en a parlé déjà et on les prépare.

N'oublions pas que la folie a sa logique et sa séduction.

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