CHANT TROISIÈME
Cette ville auti‘efois. maîtresse de la terre , •
Rome ,• qui par le fer et le droit de la guerre Domina si long-temps sur toute nation ,
Rome domine encor par la religion.
Avec plus de douceui' et non moins d’ étendue,
Son empire établi frappe d’abord ma vue.
XLes peuples que l’erreur rendit ses ennemis ,
Contre elle révoltés , à son Dieu sont soumis.
'Èout le Nord est chrétien ; tout l’Orient encore Est, semé de mortels que ce grand titre honore.
.)e vois , le fer en main , le superbe Ottoman Opposer à ce nom celui de Musulman.
Il me semble d’abord que l’un et l’autre en guerre, -Mahomet et le Christ m disputent la terre.
Mais de la Mecque en vain le fameux fygitif Sous ses bizarres lois tient l’Orient captif :
• Ces peuples , ètc. Comme danscet ouvrage il ne s’agit pas (le la catholicité de l’Eglise , mais de la vérité de la religion chrélieime , toutes les sectes chrétiennes sont également pour moi. A la fm dû sixième chaftt, je parlerai de celles qui ont le malheur d’ètrc séparées de nouj.
'Mais de la Mecque, etc. Ou prétend que Mahomet, indigné contre la Mecque , lieu de sa naissance , dont il a\%it été obligé de s’enfuir , voulut que Médine fût le lieu de sa sépulture. C’est à Médine que son fameux tombeau al tire les Musulmans qui doivent faire ce pèlerinage une tels en leur vie.
CHANT III; 5i
En yam , près du tom^au dont Médine est si fîère , , Turc , Arabe , Persan , tout baise la poussière ; '‘J • '
Le livre .dont l’aspect- fajt trembler ,1e turban ,
Et qui rend le muphti respectable au sultan,,
Que dicta , nous dit-on , la éolombe au prophète , M’apprend qu’il n’est du Ciel qu’un second interprète; Que le Christ, avant lui , premier arnbassadeur , ' Vint de l’homme tombé relever la grandeur.
Oui , le rival du Dieu que les >cbrétiens- m’annoncent Rend hommage lui-méme à ce nom qu’ils prononcent.
O chrétien ! je t’admire , et jaireviens à toi ;
L'un et l’autre hémisphère est rempli de ta loi.
Des oracles du Ciel es-tu dépositaire ?
De ta religion quel est le caractère ?
Si tu veux, répond-il, chercher sa vérité ,
Remonte seulement à sou antiquité.. *
L’histoire t’apprendrait sa naissance et son âge ,
Si de l'homme en effet sa gloire était l’ouvrage.
Mais avec l’univers son âge prend son cours f Elle naquit le jour que naquirent les jours.
A peine du néant l’homme venait d’éclore , .
, Que dicta , nous dit-on , etc. On a dit que 'Mahomet se mettait du grain dans l’oreille , et avait dressé un pigeon à l’y venir prendre , pour faire croire qu’une colombe venait lui parler par l’ordre du Cjlel. Il est vrai que Re- )|pd , dans son traité de la religion mahométane , nie.’Ce tait avancé par Grotius. Cependant , suivant un passage Je deux Maronites , cité par Bayle , art. Mahçmet , on trouve dans le territoire de la Mecque des pigeons qu’on respecte comme sacrés , ' parce qu’on crait qu’ils desêendént de celui qui parlait à Mahomet. Si ce second fait est véritable , il prouve le. premier. ,• ^4
J peine du néant , etc. Saint Jean , Apoc. c/m/». XIII, dit
5a LA RELIGION ,
D^jà coulait pour lui le pur sang que. j’âdoré’}
Et mes premiers -écrits , annales des humains ,
Des mains du premier peuple ont passé dans mes mains ' Quand le Ciel ^ut permis qii’à la race mortelle Un livre conservât sa parole étemelle ,
, Aux neveux d’Israël ( Dieu les aimait alors )
Moïse confia le plus grand des trésors.
Son histoire est la leur. Elle ne leur présente Que traits dont la mémoire était alors récente ;
Et leur historien ne leur déguise pas Qu’ils sont murmurateurs , séditieux , ingrats.
Son livre cependant fut le précieux gage Qu’un père à ses enfans laissait pour héritage.
Dans ce livre , par eux de tout temps révéré ,
que l’a^eau a été immolé dès la création du monde ; Qui ( jignus ) occisus est ab origine mundi. Ce qui est vrai en plusieurs manières, i.** parce que Dieu avait formé le décret éternel de la mort et de la passion de J, C. ; 2 ° parce que les mérites de sa mort ont été appliqués aux hommes depuis Adam jusqu’à J< C. , comme ils le sont depuis J. C. jusqu’à la fin des siècles ; 3.® parce que les sacrifices des patriarches>et des prêtres de l’ancienne Loi étaient des types du Sacrifice du Sauveur du monde.
Que traits dont la mémoire, etc. Quelques-uns sont éloignés ; mais les témoins Ue le sont pas , parce que les premiers hommes vivaient sept à huit cents ans. Du temps de Mçïse , un homme pouvait avoir vu Joseph , dont le pèie avait vu Sem , qui avait vu Mathusalem , qui devait avoir vii Adam. Si Moïse avait voulu tromper , il n’eût point mis si peu de générations depuis la création du mondé.
Dans ce livre par eux , etc. Ce livre qui les déshonore , ditM. Pascal , ils le conservent aux dépens de leur vie ; c’est une -sincérité qui nappoini d’exemples dans le monde , ni sa racine dans la nature. .•
CHANT m. 53
lie nombre des ‘mots même est uh nombre sacré.
Ds ont pCur qu’one main téméraire et profane N’ose altéret* un jour la loi qtti les condamne ;
La' loi qui de leur long et cruel cbÂthncnt Montre à leurs ennemis le juste fondement , .
Et nous apprend à nous par quels profonds mystères, * ' Ces insensés ( hélas î ils ont été nos pères ) y 14 Ces gentils , qui n’étaientf que les enfahs d’Adam j Ont été préférés aux enfans d’ Abraham.
Du Dieu qui les poursuit , annonçant la justice ,♦
Ils vont porter partout l’arrêt de leur«supplice. • t Sans villes et sans rois , sans temples , sans autels , Vaincus , proscrits, enrans , l’opprobre des mortels , Pourquoi de tant de maux leur demander la cause ?
Va prendre dans leurs mains le livre qui l’expose.
Là tu suivras ce peuple , et liras tour à tour *
Ce qu’il fut , ce qu’il est, ce qu’il doit être on jour.
Je m’arrête , et surpris d’un si nouveau spectacle Je contemple ce peuple , ou plutôt ce miracle. ♦
^ Nés d’un san^qui jamais dans un sang étranger ,
Après un cours si long , n’a pu se mélanger ;
Nés du sang de Jacolf, le père de leurs pères,' Dispersés, mais unis, ces hommes sont tous frères.
• Même religion , même législateur ;
Ils respectent toujours le nom du même auteur ;
Et taqt de malheureux répandus dans le monde >
Ne (ont qu^'une famille éparse , vagabonde.
Sans 'villes et sans rois, etc. C’est ce que dit le prophète Osée ; Sedebunt fUn Israël sinè rege , et sine principe , e$ sinè sacrificio , et sinè altari. .
Mèdes', Assyriens , vous êtes disparus t ,
Parthes , Carthaginois , Romains , voüs n’êtes plus*. Et toi, fier Sarrasin , qu’as-tu fait de t;î gloire ?
' reste de toi que ton pom dans i’histoire.
Ces destructeurs d’états sont de'truits par le temps , •Et là .terre cent fois a changé d’habitans ,
• Tandis qu’un peuple seul , que tout peuple déteste , S’obstine à nous^montrer son déplora^)le reste.
Que nous font , disent-ils , vos opprobres cruels,
Tandis qu’un peuplé seul, etc, Trois choses remarquables 'surles Juifs : i-.*t*leur p-and nombre , malgré le. carnage homble qui s’en est fait sous les empereurs romains , «t dans plusieurs persécutions qu’ils ont essuyées depuis ; 2 .® leur 'dispersion et leur durée sur toute la terre , malgré la haine de toutes les nations ; 3." leur attachement à leur loi , malgré la raison qui leur dit que le temps^de celte lor.est passé , et malgré leur penchant, (^e peuple qui , sous ses prophètes , éoiis ses rois , à la vue même' de îeur temple , était toujours prêt à embrasser les religions étrangères , eslVesté , depuis sa ruine .•‘Constamment attaché à la sienne , pour être de la nôtre une preuve continuelle et vivante. Cet attachement à leurlioi est cause de leur multiplication , parce qa’ils regardent le célibat comme un état dé malédictiônt il est cause qu’ils ne.se sont jamais confondus avec les autres peuples , parce que loin de s’unir à eux par le' mariage, leur obligation de ne manger que les choses qu’ils ont eux-mêmes préparées les empêche d’avoir môme avec eux la société de la table : par-là méprisés et haïs partout J déclarés incapables de posséder des biens-fonds , -ils sont obligés de, vivre du trahe; par cônséquent , i*étre dispersés par tout lé inonde. C’est ainsi que s’accomplissent les prophéties. On voit dans ce peuple , toujours écrasé , jamais anéanti , une l'éprobation, et une conservation miraculéuse. C’est Caïn souillé du sang du juste ; il est errant*, mais il porte un signe afin que personne ne le tue.
CHANT iri.x 55
Si le Dieu d’Àlfraham veut nous rendre immortéis?' Non, non; le Dieu vivant, stable dans sa parolô ,
A juré ; son serment ne sera point frivole ;
Il n’a poin£ déchiré le contrat solennel Qu’il remit dans les mains de l’antique Israël. •
Sur ses heureux enfans une étoile doit hdtv ,
Et du sang de Jacob nn chef doit nous conduire.
En vain par son oubli Dieu semble nous punir ;
Nous espérons toujours celui qui doitveni*.
Fidèles au milieu de nos longues misères , • . -
Nous attendons le Roi qu’ont attendu pos pères.
Le grand jour, il est vrai , qui leur fut annoncé , Devrait briller sur nous , et ston terme est passé. , . Gardons-nous toutefois , trop hardis înteiprètes , ^
De supputer les temps marques par les propbètc.s.,v- Maudit soit le mortel par qui sont Calculés ^ ‘
Des jours cent fois prédits , dès long-temps écoulés^!' Non que de ses sermens l’Eternel se repente”;
Mais puisqu’il a voulu prolonger notre attente , L’esclave avec son maître a-t-il droit de compter?
■^e calcul insolent , vous osez le tenter ,
Sacrilèges chrétiens, jaloux de nos richesses ,
Qui croyez posséder l’objet do' nos promesses.
Hélas! de quelle ardeur , si -ce maître eût panrj ' Sous ses nobles drapeaux tout son peuple eût couru ; Qu’il vous ferait gémir sous le poids de ses armes > *
Et payer chèrement l’intérêt de nos lampes I
Ainsi parlent les Juifs : terrible 'aveuglement ! ^ % D’un crime inconcevable étrange , châtiment !
Leur roi promis du ciel , s’il n’eu veut point descendre , Si son terme est passé , pourquoi toujours l’attendre ? ;
56 LARELTGIÔN,
attendront toujours ; cet oracle e$t rendu: .*
Le voile tant prédit est sur eux étendu. <
Des. antiques auteurs de ce fameux volume , .
Dieu qui' seul sait les temps a donc conduit la plume. Sans doute il est sacré , ce livre dont je yoi . Tant de prédictions s’accomplir devant*moi. Respectant désormais sa vérité divine ,
De la religion j’y cherche l’origine.
I Je IJpuvre , et vois d’abord un ouvrier parfait Dont au commencement la parole a tout fait.
Le premier des humains qui lui doit sa naissance , Par 'son souffle inspiré , fait à sa 'ressemblance , ^ Et que doivent servir tous les êtres divers , '
Gomme dans son domaine, entre dans l’univers.
‘ Il ne put sans orgueil soutenir tant de gloire ;
A l’Ange séducteur il céda la victoire ,
Et perdit tous ^es droits à la félicite ;
Droits qu’il aurait transmis à sa postérité ,
4 Mais que révoqua tous la suprême justice.
L’immuable décret d’un éternel supplice Réglait déjà le sort de l’Ange ténébreux. .
Coupable comme lui, toutefois plus heureux ,
Le voile iant prédit , etc. Ce voile , figuré par celui de Mo'ise est resté^sur les yeux des Juifs jusqu’aujourd’hui. Nous le disons encore, comm'e saint Paul le disait, II. Cor. 3 : Usque in fiodiernum dicm idipsum velamen manct.
Dont qu çompiencement , etc. Parce qu’il u’a pas besoin , comme les autres*buvriers ,' de trouver la matière à laquelle il doit donner la forme. Avant la création , excepté Dieu , rien n’était ; c’est pourquoi Mo'ise dit : Au commencement Dieu créa.
Quand tout , pour le punir , s'armait dana la nature , L'homme entendit pàrler d’une grâce future ; / *
Et dans le même arrêt dont il fut accablé ,
Par un mot d’espérance il se vit consolé.
A cet instant commence et se suit d’âge en âge De l’homme réparé l’auguste et frand Ouvrage ;
Et son Réparateur , alors comme aujourd’hui, ^
Ou promis , ou donné , réunit tout en lui. . ,
,On peut donc l’expliquer par ce livre admirable ,
Aux Platon , comme à moi , l’énigme inconcevable.
Le nuage s’écarte , et mes yeux sont ouverts. >
Je vois le coup fatal qui change l’imivers ; ' • ,
J’y vois entrer le crime et son désordre extrême- Enfin , je ne suis plus un mystère à moi-même.
Le nœud se développe ; un rayon qui me luit ,
De ce sond)re chaos a dissipé la nuit.
Mais l’enfhnt innocent peut-il pour héritage..'..
Ce doute seul, hélas! ramène le nuage ,
L’homme entendît parler , etc. On ne peut donner qU’ulf sens prophétique à ces paroles. Ainsi dans le même moment où Dieu prononce aux honnnes leur sentence de condamnation , il leur fait espérer un libératejir. ■ • Enfin , je ne suis plus , etc. L’homme , dit M. pascal, en parlant du péché originel , est plus AnconcevaBle süns ce mystère , que ce mystère nest inconcevable à l’homme. Sans la connaissance de ce çaystère, nous ne pouvons expliquer le désordre de l’univers et les malheurs de l’homme ; au lieu que notre raison nous fait .entrevoir quëlque explication de ce mystère , tout obscur qu’il est , comme je » le dirai dans le chant V , sur le vers 33 1 .
Le ndbud se développe , etc. Tout ceci supposé ce qui a etc dit à la ûn du second chanta
Et ce ^’est plus encor qu’un c^iaos que je voi.
, Dieu , l’homme ^ l’univers , tout y rentre pour moi. Quand je crois , la lumière aussitôt m’est rendüe ; Dieu , l’homme et Tuiiivcrs , tout revient à ma vue. L’ouvrage fut parfait , il est défigurf*.
Apprenons à quel point l’homme s’est égaré.
Le père criminel d’une race proscrite Peupla d’infortunés une terre maudite. Pour'prolonger des jours destinés aux douleurs , Naissent les premiers arts, enfans de nos malheurs. La branche en longs éclats cède au' bras quj l’arrarhe; P.ar le fer façonnée elle allonge la hache.
L’homme avec son secours, non sans un long efl'ort, Ebranle ( et fait tomber l’arbre dont elle sort :
Et tandis qu^u fuseau la laine obéissante Suit une main légère , une main plus pesante Frappe à coups redoublés l’enclume qui gémit.
La lime mord l’acier, *ct l’oreille en frémit.
Le voyageur qu’arrête un obstacle liquide ,
A l’écorce d’un bois confie un pied timide.
Retenu par la peur , par l’intérêt pressé , n s’avance en tremblant ; le fleuve est traversé. Bientôt ils oseront , les yeux vers les étoiles , S’abandonner aux mers sur la foi de leurs voiles..
L'ouvrage fut parfait, etc. M. Bossuet di t admirablemo; :t : I^homme est tombé en ruines , le comble s’est abattu slir les murailles , et les murailles sur le fondement : mais qu'on: remue, ces ruines , on trouvera dans les restes de ce bâtin\ent renversé , et les traces de la fondation , et l'idée du premier dessin , et la manque de l’architecte. ^
Avant ^ue dans les pleàrs ils pétrissent l«ir pain j Avec de longs soupirs ils ont Wisé le grain. ' • x Un ruisseau par son. cours , t^'ent par sort haleine Peut à leurs faibles bras épar^er tant de peine ;
Mais ces heureux secours , présens à leurs yeux , Quand ils les connaîtront , le monde sera vieux.
Homme né pour souffrir , prodige d’ignorance ,
On vas-tu donpcheft;her ta stupide arrogance?
. Tandis qu« le besoin, l'industrie et le temps \ Polissent p6r degrés tous les arts différen^;
Enfantés l’orgueil , tous les crimes en foule , Inondent l’univers ; le fer luit , le sang coule.
Le premier que les champs burent avec horreur,, >
Fut le sang qui d’un frère assouvit la fureur.
Ces malheureux, tombant d’ abîmes en agîmes , Fatiguèrent le Ci^ par tant de nouveaux crimes , ♦ Qu’cnfin^ lent à.punir , mais las d’être outragé,
Par un coup éclatant leur Maître fut vengé.„ ,
De la terre aussitôt le^ eaux couvrent la face ; •
Ils sont ensevelis : c’était fait»de leur race ; *
Mais un juste épargné va rendre en peu. de^ temps
,y/ais un juste épargné^ etc, Bérose , historien jMPofane*, cité par Josephe contre Apion , parle du déluge üniversel dans les termes de Mo'ise. Abydéiuis , autre historign cité par Eusèbe, rapporte Thisloire de l’arche qui sauta, dq déluge les hommes et les animaux. Ehitarqile parle de la colomb« qui sortit de cette arçhe , et rapporta des marques du retour du beau temps ; ce passage de Plutarque est dans son traité ; Si les animaut terrestres ont pluâsM sagacité que les aquatiques. Lucien , dans son traité de. la déesse de Syrie , parle aussi de celte histoire de l’arche. Tant d’autorités , tirées des païens , doivent confondre ces
6o ,LA RELIGION , ’ ’
A ce monde dësert de nouveaux habitans.
^ La terre , toutefois , jusque-là vigoureuse ,
Perdit de tous ses fruits la douceur savoureuse. •
Des animaux alors ou chercha le secours ^
Leur chair sou^t noà corps* réduits à peu débours.
Les poètes^ dont fart , jpar une audace étrange Sait du faux et du vrai faire un confus mélangé ,
, leurs récits menteurs prirent pour fondemens 'Les fidèles récits de tant d’événeihens ;
Et pour mftux amuser les oisives oreilles ,
Cherchèrent dans ces faits leurs première^ merveilles.
De là ces temps fameux qu’ils regrettent encor ,
Doux empire de Rhée , âge pur , siècle d’or ,
Où , sans qu’il fut besqin de lois ni de supplice ,
L’amour de la vertu fit régner la j^tice ;
Siècle d’or ( sous ce nom puisqu’üs ont célébré Ce siècle plys heureux , où l’or fut ignoré )•
' Sobre dans ses désirs , l’honime , pour nourriture ,
Se Contentait des fruits offerts par la nature.
La mort tardive alors n^pprochait qu’à pas lents.
< Mais las dé dépouiller les chênes de leurs glands , * ;
II essaya le fer sur l’animal timide.
La flèche dans les airs chercha l’oiseau rapide : .
beaux esprit» qui tournent en risée des faits éclatans dont * ils n’ont point approfondi les preuves ; mais leürs railleries ne peuvent sédoire qùe ceux qui ont , comme eux*', l’ignorance en partage.
La’mort tardive , etc. Plusieurs anciens historiens , cités par Josephe , attestent la longue durée de la vie des premiers hommes. L’Ecriture sainte , l’histoire et les poètes disent la même cUo'se.
CHANT HL* St
L4nnocente brebis tomba sous sa foreur ; . ,
' Et ce sang au carnage accoutumant son cœur ,
Le fer devint bientôt l’instrument de sa perte j Et de crimes , enfin , la terJe e'tait couverte , ■ Lorsqu’un déluge affreux en fut le châtiment.
Tout nous rappelle encor ce grand événement. '
Fable, histoire, physique, ont unraêrae Içingage.
Au livre des Hébreux ainsi tout rend hommage , ’• ,
Et même l’on dirait que pour s’accréditer * ‘
La fable en sa naissance ait voulu l’imitèr. *
Laissons-la toutefois s’égarer dans s;jf course
Et de la vérité suivons toujours la source. ; .
La terre sort des eaux , et voit de toutes parts Reparaître le$ fruits, les hommes elles arts. ’ \
Au livre des Hébreux, etc. Le déluge est attesté par un grand nombre d’auteurs païens. En vain l’on veut prétendre qu'ils n’ont parlé que de déluges pai ticuliers , à * ' cause que plusieurs pays ont été inondés par la mer. Bérose, comme je l’ai dit' plus haut , parlait d’un déluge universel , et comptait , depuis là création du monde jusqu’à œ déluge, dix générations; sa chronologie était conforme à celle de Moïse. La lÜémoire du déluge s’est con^. serrée dans presque toutes les nations , et même en Amé- • rique. La nature en donne tous les jours des preuves , suivant ces paroles de M. de Fontenelle , dans l’éloge de M. de Leibnitz : Les coquillages pétrifiés dans les terres des pierres où se trouvent des empreintes de poissons ou déplantés • ■ •qui ne sont point du pays , médailles incontestables du déluge. Dans les Mémoires de l’académie des Sciences « 1718 , il e^ parlé de pierres dans le Lyonnais , Siur lesquelles sont gravées ^des piaules qui ne se trouvent que dans les Indes ; et dans le volume de 1727 , ôn trouve un amas de preuves d’un grand bouleversement arrivé sur la terre.
Vii^ •
6a ' L'A REÙGJpN ,
Toulrrnaît, noS' malheurs et nos crimes ensemble; Sous des toits chancelâns' d’abord on se rassemble. La crainte fait chercher des asiles plus surs :
On creuse les fosse's', oA élè^e les murs.
Qu’une tour des mortels soit Pimmortel ouvrage. ‘ Dieu descend pour la voir , et confond leur langage. Ne pouvant plus s’entendre , il se faut se'parer.
Ils se rechercheront , mais pour se massacrer.
D’un importuif voisin on jure la ruine.
On attaque , on renverse, ou pille , on assassine. Homm^injuste et cruel , que dans son rejîenlir’
Le Dieu qui t’avait fait voulut ane'autir ,
. Malheureux dont il vient d’abréger la carrière , Pouiquoi brille ce fer dans ta 'main meurtrière ?
-Le Ciel t’a-t-il encor accordé trop de jours ?
^ Mais qui va de leur rage entretenir le cours ?
Quel intérêt les forme au grand art de la guerre ? Egaux et souverains , tous maîtres de la terre >
Ils la possèdent toute , en n’y possédant rien.
' Il ést à moi ce champ , ce canton c'est le mien. »
fié ruisseau Démon Bras il faut que tu l'obtiennes)
S'il coulait sous tes lois , qu'il coule sous les miennes. On s’empare, d’un arbre , on usurpe An Imisson.
De roi, de conquérant le vainqueur prend le nom.
• Dans son vaste domaine il met cette rivière :
Bientôt cette montagne en sera la^frontièrc.
' L’Alexandre s’avance , et n’est plus un brigand ; ^ .C'est l’heureux fondateur d’un empire puissant ,
’ Que d’un nouvel empire alarme la naissance. Provinces / nations , royaumes , tout commence.
- Éf . m
La terre syr son sein ne vôit que potentats ,
Qui partagent sa boue en superbes ëtats :
Et sur elle on pre'pare aux majestés suprêmes, . Pourpre, trônes, palais sceptres et diadèOies.
Mais , lorsque par le fer leur' droit est établi ,
Le droit du Ciel sur eux tombé presque en oubli ; •
Et recherchant ce Dieu do^l la mémoire expire', L’homme croit le trouver dans tout ce qu’il admire.
De l’astre qui pour lui renaît tous les matins', ’ • Ainsi que la lumière il attend ses destins.
Aux feux inanimés qui roulent sur leurs fêtes ,
Les peuples' en tremblant demandent des conquêtes. Des doüs de leurs pareils , bientôt reconnaissans , ,
Il s adorent des arts les auteurs bienfaisans/^
Devant son OsMs l’Egypte est en prière :
Vainement un tombeau renferme sa poussière ; Grossièrement taillée , une pierre en tient lieu ;
D’un tronc*qui pourrissait le ciseau fait ün dieu.
Du hurlant Anubis la ridicule image
De Vasti-e qui pour lui , etc. Suivant Platon et Dioddre de Sicile, l’idolâti'ie'commença par le culte des asIresV après les astres on adora les auteurs des arts, les rois, les cotîquérans , les animaux utiles ou dangereux , les uns par re-' connaissance , les autres par crainte. Suivant l’auteur 6e * la Sagesse , l’idolâtrie commença par la sculpture .'qn père ayant fait représenter l’image de son fils mort. L’auteur *de l’Histoire du ciel rapporte , par un système savant et ingénieux , l’idolâtrie à l’écriture symbolique des Egyptiens : ce système , vraisemblable en quelque point , ne doit pas 'être étendu trop loin , puisque toutes les divinités ne sont point originaires d’Egypte. La Grèce a eu les siennes. L’ido^^lâtrie a eu différentes origines chez les différentes nations. .
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Fait tomber^à genoux tout ce peuple si s^c.
Je ne vois chez Âmmon qu’horreur , que cruauté ;
Le sacrificateur, bourreau par pieté ,
Du barbare MrJoch .assouvit la colère Avec le sang du fils et les larmes du père.
Près de ce dieu cruel , un dieu voluptueux Honore' par un culte im|ÿir , incestueux ,
Chamos , qui de Moab engloutit les victimes ,
De ses adorateurs n’exige que des crirae%.
Que de gémissemens et de lugubres cris !
O filles de Sidon ! vous pleurez Adoni^ :
Une dent sacrilège en a flétri les charmes ;
'Et sa mort tous les ans renouvelle vos larmes.
Et toi savante Grèce , à ces folles douleurs Nous te verrons bientôt mêler aussi tes pleurs.
Dit barbare Moloch , etc. Divinité des Ammonites , ii la quelle on sacrifiait des enfans. Presque toutes les nations ont immolé des victimes humaines : ce qui a fait dire à saint Augustin : Quelle aliénation d’esprit! Des fureurs dont les hommes dans la vengeance ne sont pas capables , ramènent les dieux à la douceur. Tantus est perturbai æ mentis et sedibus suis pulsœ furor , ut sic dii placentur , quemadmodum ne homines quidem sœviunt.
Chamos qui de Moab, etc. Divinité des Moabites , dont • .Je culte était très-favorable aux voluptés., et à laquelle Salomon , séduit par les femmes , fit dresser un temple sur une mbntagne près de Jérusalem.
‘ Et sa mort tous les ans , etc. Fête célèbre à Tyr et à Sidon; L*idolâtrie se communiqua des Egyptiens auxPhénic.iens, de ceux-ci aux Grecs , et des Grecs à tous les autres peuples. Les fêtes d’ Adonis , qui se passaient à pleurer i firent dire à Cicéron : Quidabsurdius , quàmhominesmortcdeletos \eponere in dcos , quorum ornais cullus esset futurus in luctu
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CHANT in.
La foule de ces dieux (ju’en Egypte o|i adore ,
Ne pouvant te suffire, à de nouveaux encore De l’immortalité tu feras le présent :
Tou Atlas gémira sous un ciel trop pesant.
Nymphes , faunes , sylvains , divinités fécondes , Peupleront les forets, les montagnes, les ondes. Chaque arbre aura la sienne , et les Romains , u» jour , De ces maîtres vaincus , esclaves à- leur tour , Prodigueront sans fin la majesté suprême.
Empereurs , favoris , Antinoiis lui-même ,
Par arrêt du sénat entreront dans les cieux , *
Et les hommes seront plus rares que les dieux.
Terre , quelle est ta gloire , et quel temps de luinicrc , Quand la divinité se rend si familière !
Courons , l’argent en main , entourer ses autels :
Elle est prête à. répondre au moindre des mortels. Dans Delphes , dans Délos elle fait sa demeure : ^
Aux sables de l’Afrique elle parle à toute heure :
A Dodone sans peine on peut l’entretenir ,
Prodigueront sans fin , etc. L’homme est bien insensé , dit Montagne : il ne saurait forger un .ciron , et il forge des dieux à douzaine. Pline plaignait l’homme de se laisser dominer par ses rêveries x^uid infelicius homine , cui sua figmenta dominantur!
Aux sables , etc. Le fameux temple de Jupiter Ammon oii voulut aller Alexandre. Caton qui. passait auprès^de ce temple n’y voulut point entrer , ne croyant pas , suivant Lucain , que le Ciel eftt plongé la vérité dans ces sables :
Stériles nec legit arenas ,
Ut concret paucîs , mersitquc hoc pulvere 'verum. ^ A Dodone sans peine ^ etc. l,es chêne^ade Dodone elaiept célèbre , aussi bien que les colombes de celte mêifte forêt , qui ,di|;pn,, prédisaient auSsi l’avenir. Qùleshoinniesn ont-
ce I^A RELIGION ,
Et d’on chêne prophète apprendre l’avenir.
Pourquoi le demander , s’il est inexplicable ?
■Que sert de le savoir , s’il est inévitable ?
Des maux que nous craignons , pourquoi nous assurer^ L’incertitude au moins nous permet d’espérer. N’importe : les destins que le Ciel nous prépare ,
A notre impatience il faut qu’il les déclare ,
Et s’ils ne sont écrits dans le cœur d’un taureau, Nous irons les chercher dans le vol d’un oiseau.
O gravité de Rome ! ô sagesse d’Athènes !
Quel culte extravagant ! que de fêtes obscènes ! ■Quels sont tous ces secrets dont on ne peut parler?
O mystères suspects qu’on n’ose révéler !
Tcmdis que sagement on cache leur folie ,
Chez d^gnorans Hébreux , femme , enfant , tout public : Cêst de toute notre dme et de tout notre cœur Que nous devons aimer notre Dieu , le Seigneur ,
ils pas cherché cette connaissance , qu’il leur est cependant plus avantageux de ne pas avoir , comme le dit Lucain 1
• Sit cceca fiituri
Mens hominum , fati^liceat sperare timenti.
Chez d! ignorons Hébreux^ etc. En même temps que Tacite parle des Juifs avec un souverain mépris , il reconnaît qu’ils- ont sur la Divinité de grandes idées. Pourquoi ce peuple ignorant est-iMe seul sur la terre qui parle d’un’ être unique , créateur de tout, qu’il faut aimer? Chez les autres peuples on trouve des philosophes divisés par des système» contraires ; chez les Juifs , point de philosophes Jamais des prophètes qui , loind’être divisés entr’eux , se rendent témoignage les -uns aux autres , prisent mutuellement , et ont toujours le même objet en vue. ‘
CHANT ni.^ . sj
L*Etre unique qui Jit le ciel , la ternie et l^komme.
Je suis celui qui suis ^ c*est ainsi qu'il se nommel sur. l’homme , et sur Dieu sublimes vérités !
Dans un pays obscur d’oi'i viennent ces clartés ?
Ce seul coin de la’ terre est sauvé du naufrage*
De Dieu qui le protège en écarte 1‘orage. •
D'ordre des élémens se renverat à sa voix , . ^
Da nature est contrainte à s’étfarter des lois Qu’au premier jour du monde il lui dicta lui-même, Mais que change à son gré sa volonté sUpréme.
Ce peu{)le si sincère , attestant aujourd'hui Des pi^diges nombreux que le Ciel fit pour lui ,
Dans ses solennités en garde la mémoire.
Je pourrais dans mes vers en retracer l’histoire.
D’on y verrait encor la mer ouvrir ses eaux , '
Des rochers s amollir et se fondre en ruisseaux ,
Des fleuves effrayés remonter à leur source , *
D astre pompeux du jour s’arrêter, dans' ^a course j Mais frappé tout à coup par l’éclat glorieux Que les prophètes saints font briller à mes yeux , ■ Chez un peuple qui marcha au milieu des miracles ,
Je ne veux m’arrêter qu’au plus grand des sfJectacles.
Dans un temps , qu’à des jours et tranquilles et longs ,
A de fertiles champs , à des troupeaux féconds ,
Il semble que le Ciel ait borné ses promesses ,
On voit , ambitieux de plus nobles richesses ,
Des hommes pleins du Dieu dont ils sont inspirés , Errans , de peaux couverts, des villes retirés.
Errons y de peaux couverts , etc. Elle était vêtu d? peau ; Isaie portait un sac j Abdias ne pprtait que du pain et de
Ils n’yVonJ; quelquefois , ministr^ inflexibles ,
Que pour y prononcer des menaces terribles.
Aux rois ep(Juvantés ils n’adressent leurs voix Que comme ambassadeurs du Souveirain des rois. Chassc's , tristes objets d’opprobres et de haines , Déchirés .par le fer , maudits , chargés de chaînes , Dans les antres cach^ , contens, dans leur malheur, De se rassasier du pam de la douleur ,
Admirables mortels dont la terre esl; indigne ,
Ils répètent que Dieu rejettera sa vigne ;
Que sur une auü'e teJTe, et sous un ciel noiuÿsau Le loup doit dans les champs bondir avec V agneau.
Ils répètent que Dieu , las du sang des génisses , Abolissant enfin d'impuissans sacrifces ,
Verra la pi/he hostie immolée en tous lieux.
Im terre produira son germe précieux :
l’eau aux prophètes qui vivaient dans les cavernes ; Eliste refuse les présens de Naaman. Pes hommes pareils ne cherchaient pas les avantages de celte vie , quoique sous une loi qui semblait n’en promettre pas d’autres ; ils ne songeaient à plaire ni aux peuples ni aux princes. Quelle différence entre de semblables prophètes et ceux qui , chez les Grecs , osant prendre le même nom , vivaient dans le temple de Delphes ! Leur attention à faire leur cour aux princes les plus puissans avait fait dire ce bon mot , Apollon philippisait , parce que ses oracles étaient toujours favorables à Philippe. *'
Que sur uneautre ferre , etc. Creo cœlos novos et icrram , , novam.... Lupus et agnus pascentur simul. Is. 65.
'V erra la pure , etc. Ab ortu solis usque ad occasum.... sacrifcaiur eLoffertur homini meo ohlaiio munda. Mal. i.
La terre produira , etc. Aperiatur terra , et gemiiaet Salvatorem. Is. 45.
CHANT HI. Gf)‘
Du juste de Sion , que les îles attendent ,
Déjà de tous côtés les rayons se répandent.
De son immense gloire ils sont enyironnés ,
Quand par un autre objet' tout à coup détournes ^ Ce juste à leurs regards n’ést plus reconnaissable.
Sans beauté , sans écl(^ s ignoré , méprisable ,
Frappé du Ciel , chargé du poids de nos malheurs , Le dernier des humains , et Vhomme de douleurs ; Avec des scélérats , ainsi que leur complice , ^
Comme un agneau paisible on le mène au supplice.
Quel autre que le Dieu qui dévoile les temps Présentait à leurs yeux ces tableaux dilTérens ? ,
Ils nous font espérer un maître redoutable ,
Le prince de la paix , le Dieu fort ^ V admirable.
Son trône est entoui'é de rois'humiliés :
Ses ennemis vaincus frémissent à ses pieds :
Son rè^ne s'étendra sur les races futures.
Sa gloire disparaît, et couvert de blessures ,
Sans beauté , etc. Non est species ei , nequc décor
Despectum , et novissimiim 'virorum , virum dolorum.,,,
Sicut ovis ad occisionem ducetur. Et cttm sceleratis
rcputatus est. Is. 53.
Quel autre , etc. Est-il naturel de vqir toujoui's le meme objet sous deux points de vue si opposés ? Cependant , c’est ainsi que tous les Prophètes contemplent Jésus-Christ. Lorsque Moïse et Elie sont avec lui sur le Tliabor , quoiqu’ils le voient brillant comme le soleil , ils s’entretiennent avec lui de sa mort et de sessouiTrances.
San trône est entouré , etc. Et adorabunt eum omnes reges terrœ.,,, Conquassabit capita in terra multorum... Ps. I og^ Percute pasiorem , et dis^ergeniur oves. Zach. 1 3. Et aspicient ad me quem confixerunt , et plongent cum planctu I quasi super unigenitum. Id. 13 .