CHANT QUATRIÈME
Les empirefÿ détruits , les trônes renversés , '
Les champs couverts de morts, les peuples dispersés, Et tous ces grands revers que norre erreur commune Croit nommer, justement les jeux 'de la fortune ,
Sont les jeux de celui qui , maître de nos coeurs ,
A ses desseins secrets fait servir nôs fureurs ,
Et de nos passions réglant )a folle ivresse , . .
De ses projets par elle accomplit la sagesse. '
Les conquérans n’ont fait par leur ambition Que hâter les progrès de la Religion :
Nos haines', nos combats ont affermi sa gloire : .
C’est le prouver assez que conter son histoir#. ^
Je sais bien que , féectode en agrémens divers ,
La riche fiction est le charme des vers. '
Nous vivons du mensonge , et le fruit de nos veilles N’est que fart d’amuser par de fausses merveilles ; Mais à des faits divins mon écrit consacré Par ces vains omemens serait déslion<n%.
Je laisro â Sannazar son audace profane : «
Loin de moi ces attraits que mon sujet condamne :
^ Je laisse à S<mnaz<U‘ t etc. J*ai parié dans ma préface de l’abus qfte Sannazar avait fait des fictions , duos son poème dc'iparfu Firguiis,
,74 ' LAHFLiaTON,
L’âme de mon récit est la simplicité.
Ici tout est merveille et tout est vérité.*
Le Dieu qui dans ses mains tient la paix cl la guerre, Tranquille au haut des cieux, change à son grc la terre. Avant que le lien de la Religion Soit le lion cemmun dc' toute , nation ,
Il veut que l’unive’rs ne soit qu’un seul eippire. __ . ,
* L’ambition de Rome à ce dessein conspire ;
Mais un état si vaste , en profe aux factions , . . •
Est le règne du trouble et des ^divisions. ^ I t - Il vêtit que sur la terre ,^aux mêmes lois soumise , t Un paisible commerce en tous lieux favorise De ses ordres nouveaux les ministres divins. . • .
Ils pourront les porter par de libres chemins , . .
Si l’univers n’a plus pour^maltre qu’un seul homme. C’est ce Dieu qui le veut .1 la liberté ^de Rome Ranimant ses soldats par César abattus , . . .
Du dernier coup frappée, expire avec Brutus.
j4vanl que le lièn , etc. Polybe et Plutarque reconnurent # eux-njêmes que la^'forlune des Romains n’était pas refh.t d’une fortune aveugle , mais d’une providence divine ) ils ne pouvaient savoir quel était le dessein de cette providence. M. Bossuet nous le fait remarquer , et Origène avait, avant lui fait la même réflexion sur cet empire • universel de Rome au temps de J. C. Le commerce de tant de peuples autrefois étrangère les uns aux autres , et depuis rétmis sous la domination des Romains , fut un des pins puissaus - moyens dont Dieu se servit pour hâter le cours de l’Evangile. Du dernier coup frappée, etc. La liberté romaine fut frapjiéc d’un si grand coup , que ce peuple si fier , 'qui avait traité jusque-là les rois avec tant de mépris et de haine , que les poètes appelaient populiim latè regem , devint le peupîc delà
CHANT rv. y;
Dans ses nombreux vaisseaux une reine ose encore Rassembler follement les peuples de l’aurore, l Elle fuit , l’insensée ; avec elle tout fuit ,
Et son indigne amant honteusement la suit;
Jusqu’à Rome bientôt par Auguste traînées ,
Toutes les nations ^ à son char enchaînées f L’Arabe , lè Gélon , le brûlant Africain , ^ .
Et l’habitant glacé du Nord le plus lointain ,
Vont orner du vainqueur la marche triomphante.
Le Parlhe s en alarme , et d’une main tremblante Rapporte les drapeaux à Crassus arrachés.
Dans leurs Alpes en vain les Rhètcs sont cachés :
La foudre les atteint y tout subit l’esclavage. * L’Araxe mugissant sous un pont qui l’outrage
De son antique orgueil reçoit 1^ chûtiment , ^
Et l’Euphrate soumis coule plus mollement.
Paisible souverain des mers et de la terre , '
Auguste ferme enfin le temple de la guerre.
Il est fermé ce temple , oû par cent noeuds d’airain
La discorde attachée , et déplorant en vain
Tant de complots détruits, tant de fureurs trompées,
terre le plus esclave; et sous quels maîtres ! Auguste arrive par le sang et les proscriptions au pouvoir suprême ; il le garde pendant quarante ans , .latigué des honneurs ridicules qu on lui rend, accablédes éloges outres que Icspoètes prodiguent à un prince qui les méritait peu , il lai^e eu mourant son pouvoir au fils de sa femme , dont il connais* sait tous les défauts. Son indigne successeur , ennuyé bientôt de la facilité qu’il trouve à établir la tyrannie ^ s’écriait , en regardant les Romains : O homines ad *er*viiutem naios f Qui regarde ces élonnans changemens avec des yeux éclairés par la Religion , voit la main qui les opère.