‹ La religion poèmeChapitre 12 sur 69 · CHANT QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHANT QUATRIÈME

Les empirefÿ détruits , les trônes renversés , '

Les champs couverts de morts, les peuples dispersés, Et tous ces grands revers que norre erreur commune Croit nommer, justement les jeux 'de la fortune ,

Sont les jeux de celui qui , maître de nos coeurs ,

A ses desseins secrets fait servir nôs fureurs ,

Et de nos passions réglant )a folle ivresse , . .

De ses projets par elle accomplit la sagesse. '

Les conquérans n’ont fait par leur ambition Que hâter les progrès de la Religion :

Nos haines', nos combats ont affermi sa gloire : .

C’est le prouver assez que conter son histoir#. ^

Je sais bien que , féectode en agrémens divers ,

La riche fiction est le charme des vers. '

Nous vivons du mensonge , et le fruit de nos veilles N’est que fart d’amuser par de fausses merveilles ; Mais à des faits divins mon écrit consacré Par ces vains omemens serait déslion<n%.

Je laisro â Sannazar son audace profane : «

Loin de moi ces attraits que mon sujet condamne :

^ Je laisse à S<mnaz<U‘ t etc. J*ai parié dans ma préface de l’abus qfte Sannazar avait fait des fictions , duos son poème dc'iparfu Firguiis,

,74 ' LAHFLiaTON,

L’âme de mon récit est la simplicité.

Ici tout est merveille et tout est vérité.*

Le Dieu qui dans ses mains tient la paix cl la guerre, Tranquille au haut des cieux, change à son grc la terre. Avant que le lien de la Religion Soit le lion cemmun dc' toute , nation ,

Il veut que l’unive’rs ne soit qu’un seul eippire. __ . ,

* L’ambition de Rome à ce dessein conspire ;

Mais un état si vaste , en profe aux factions , . . •

Est le règne du trouble et des ^divisions. ^ I t - Il vêtit que sur la terre ,^aux mêmes lois soumise , t Un paisible commerce en tous lieux favorise De ses ordres nouveaux les ministres divins. . • .

Ils pourront les porter par de libres chemins , . .

Si l’univers n’a plus pour^maltre qu’un seul homme. C’est ce Dieu qui le veut .1 la liberté ^de Rome Ranimant ses soldats par César abattus , . . .

Du dernier coup frappée, expire avec Brutus.

j4vanl que le lièn , etc. Polybe et Plutarque reconnurent # eux-njêmes que la^'forlune des Romains n’était pas refh.t d’une fortune aveugle , mais d’une providence divine ) ils ne pouvaient savoir quel était le dessein de cette providence. M. Bossuet nous le fait remarquer , et Origène avait, avant lui fait la même réflexion sur cet empire • universel de Rome au temps de J. C. Le commerce de tant de peuples autrefois étrangère les uns aux autres , et depuis rétmis sous la domination des Romains , fut un des pins puissaus - moyens dont Dieu se servit pour hâter le cours de l’Evangile. Du dernier coup frappée, etc. La liberté romaine fut frapjiéc d’un si grand coup , que ce peuple si fier , 'qui avait traité jusque-là les rois avec tant de mépris et de haine , que les poètes appelaient populiim latè regem , devint le peupîc delà

CHANT rv. y;

Dans ses nombreux vaisseaux une reine ose encore Rassembler follement les peuples de l’aurore, l Elle fuit , l’insensée ; avec elle tout fuit ,

Et son indigne amant honteusement la suit;

Jusqu’à Rome bientôt par Auguste traînées ,

Toutes les nations ^ à son char enchaînées f L’Arabe , lè Gélon , le brûlant Africain , ^ .

Et l’habitant glacé du Nord le plus lointain ,

Vont orner du vainqueur la marche triomphante.

Le Parlhe s en alarme , et d’une main tremblante Rapporte les drapeaux à Crassus arrachés.

Dans leurs Alpes en vain les Rhètcs sont cachés :

La foudre les atteint y tout subit l’esclavage. * L’Araxe mugissant sous un pont qui l’outrage

De son antique orgueil reçoit 1^ chûtiment , ^

Et l’Euphrate soumis coule plus mollement.

Paisible souverain des mers et de la terre , '

Auguste ferme enfin le temple de la guerre.

Il est fermé ce temple , oû par cent noeuds d’airain

La discorde attachée , et déplorant en vain

Tant de complots détruits, tant de fureurs trompées,

terre le plus esclave; et sous quels maîtres ! Auguste arrive par le sang et les proscriptions au pouvoir suprême ; il le garde pendant quarante ans , .latigué des honneurs ridicules qu on lui rend, accablédes éloges outres que Icspoètes prodiguent à un prince qui les méritait peu , il lai^e eu mourant son pouvoir au fils de sa femme , dont il connais* sait tous les défauts. Son indigne successeur , ennuyé bientôt de la facilité qu’il trouve à établir la tyrannie ^ s’écriait , en regardant les Romains : O homines ad *er*viiutem naios f Qui regarde ces élonnans changemens avec des yeux éclairés par la Religion , voit la main qui les opère.

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