‹ La religion poèmeChapitre 17 sur 69 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ESTHER, Élise:

- ' * . ESTHER.*

Est-ce toL* chère Elise ? p jour trois fois heareux,' Que béni soit le Ciel qui te rend à mes voeux ! '^

Toi qui , de Benjamin comme moi descendue', ^

Fus de mes premiers ans là compagne assidue f Et qui d’un même joug souffrant l’oppression , M’aidais à soupirer les malheurs de Sion.- Combien ce temps encore est cherii ma mémoire ! Mais toi de ton Esther ignorais-tu la gloire?

Depuis plus de six mois que je te fais chercher , Quel climat, quel désert a donc pu*te cacher?

( I ) Ze théâtre représente i' appartement U £sthei\ ^

ESTHEn,

iélise!

Au bruit de votre mort jitstement ^plorëe ,

Pu reste des humains je vivais séparée ,

Et de mies tristes jours n’attendais ' que la fin,

Quand tout à coup , Madame , un Prophète divii^ : C’est pleurér trop long-temps une mort qui t’abuse ; Lève-toi , m’a-t-^il dit , prends ton chemin vers Susc. Là tu verras d’Esther la pompe et les honneurs ,

«Et sur le trône assis le sujet de tes pleurs. •

Rassure , ajouta-t-il , tes tribus alarmées : iSion ,, le jour approche , où le Dieu des armées Va de son bras puissant faire éclater l’appui ,

Et le cri de son pehple est monté jusqu’à lui.

Il dit. Et moi ,'de joie» et d’horreur pénétrée ,

Je cours. De ce palais j’ai su trouver l’entrée,

O spectacle ! 6 triomphe admirable à mes yeux , Digne en effet du bras<^ui sauva nos aïeux !

Le fier Assuérus couronne sa captive ,

Et le Persan superbe est aux pieds d’une Juive.

Par quels secrets fes^üFts ,, par quel enchaînement Le Ciel a«-t*il conduit ce grand événement?

' , estheb‘.

Peut-être on fa conté In faïneuse disgrâce '

De l’altière- Vaàtbi dont j’occupe la place :

Lorsque le rdi contre.eUe onipammé de dépit ,

La chassa de son trône ainsi que de son lit.

Mais il ne put si tôt en bannir la pensée :

VasLhi régnA Ic^g-temps dans son âme offensée.

Dan s ses nombreux états il fallut donc chercher Quelque nouvel objèt qui l’en pût détacher. «

TRAGEDIE

Dç ITode à l’Hellespoat se» esldaves ■cou4i^nt :

Les lilles de l’Egypte à Stise comparurent j, . Celles meme du Parthe et du Scythe indi^mpté •

Y briguèrent le sceptre offert à la beautc.’ ' ' -

On m’èlevait alots solitaire- et cachée’ * , .

Sous les yeux vigilans du sage Mai'doèhèe.

Té sais combien je dois à ses heureux secours; •

La mort m’avait ravi les auteurs de mes jours-; \ • . Mais lui , voyant en moi là fille de sbn frère ,

Me tint lieu , chère Elise , et de père et de mère. Du triste état des Juifs nuit et four agité , '

Il me tira du‘ sein de mon obscurité, ' •. i Et, sur mes faibles mains fondant leur délivrance.

Il me fit d’un empire accepter l’qspérance.'

A ses desseins secrets tremblante j’bbéis' ; ^ •

Je vins. Mais je cachai ma race et mon pays.

Qui pourrait cepèndant't’exprimer les cabales ‘ ^ Que formait en ces lieux ce Jieuple de rivales ;

Qui toutes , disputant un si grand intérêt , - Des yeux d’Assuénis attendaient leur arrêt?

Chacune avait sa brigue et de puissans suffrages, L’une d’ùn sang fameux vantait les avantages : ; L’autre pour se parer de'siiperbes atours ,

•Des plus adroites mains empruntait le secours ;

El moi , pour toute brigue et pour tout artifice ,

De mes larmes au Ciel j’offrais le sacrifice.

Enfin on m’annonça l’ordre d’Assuérus.

Devant ce fier monarque Elise , je parus.

Dieu tient le cœur des rois, entre 'ses mains'puissantes. • *

Il fait que tout prospère aux âmes innocentes ^

*8 ESTHER

Tandis ses projets TorgueiReux est trompé. .

De mes faibles attjraits le rqi parut frappé ;

11 m’observa long-temps' dans ua sombre silence;

Et le Ciel , qui pour moi fît pencher la b*âlance ,

Dans ce ^tc'mps^là sans doute agissait sur son cœur. Enfin , avec des yeux où régnait^ la douceur :

Soyez reine , dit-il ; et dés ce moment même ,

Pe sa main sur pion front posa son diadème.

Pour mieux faire éclater sa joie et sou amour ,

Il cœnbla de présens tpus les; grands de sa cour:

Et inéme ses bienfaits , dans toutes, ses provinces , Invitèrent le peuple aux noces de leurs princes.

Hélas ! durant CCS jours de joie et de festins ,

Quelle était, en secret ma honte et mes chagrins ! Esther , disais-je , Esther dkns la pourpre est assise: La moitié de ]a terre à son sceptre, est soumise ;

Et de Jérusalem l’herbe cache les murs !

Sion , repaire 'affreux de reptiles impurs ,

Voit de son’tempîe "saint les pierres dispersées ;

'Et du Dieu à^rael les fêtes sont cessées !

• ÉLISE

N’ayez-vous point au roi confié vo| ennuis ? '

ESfHER.

Le roi jusqu’à ce jour ignore qui je suis.

Celui par qui le Ciel règle ma destinée

Sur ce secret cnoor tient ma langue enclialnéç.

ÉLfSE.

. Mardochée ? Hé ! peut-il approcher de ces Ijeux ! ‘

ESTHERi

Son amitié pour moi le rend ingénieux*

. TRAGÉDIE/ ig

Absent je le consulta ses re'ponses aages Pour venir jusqu’à moi trouvent mille passages. , •

• Un pèi-e a moins de soin du salut de son fila.

Déjà meme , déjà par ses secrets avis ,

J’ai ^e'couvert au roi les sanglantes pratiques *

Que formaient contre lui deux ingrats domestiqués* Cependant mon amour pour notre natidi\ •

A rempli ce palais des filles de Sion ,

Jeunes et tendres fleurs par k sort a^'kes,

Sous un ciel étranger comme moi transpl^tées.

Dans un lieu séparé de profanes téjuïoms,

Je n^ets à les former mon étude et mes jsoîus t Et c est là que , fuyant Porgu^il du diadème ,

Easse de vains honneurs et me cherchant mni-m èm e ‘ Aux pieds J de l’Eternel je vjens m’humilier j' *

Et goûter le^ plaisir de me faire .oublier.

Mais à tous les Persans je cache leurs familles.

Il faut les appeler. Venez , venez , mes filles p • Compagnes autrefois de luà captivité ,

De l’antique Jacob jeûné postérité.

• SCÈNE n.

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