‹ La religion poèmeChapitre 32 sur 69 · ASSUÉRUS, ESTHER, AMAN, ÉLISE · texte numérisé non relu

ASSUÉRUS, ESTHER, AMAN, ÉLISE

LE CHCEUR.

ASSUÉRUS , à Eslher.

Oui , vos moindres discours ont des grâces secrètes , . Une noble pudeur à tout ce que vous faites »

Donne un prix que n’ont point ni la pourpre , ni l’or.

, Quel climat renfermait un si rare trésor ? 3

G4 . ; • -ESTHER

Dans quel sein vérlifeux avez- vous prki naissance? Et quelle màin si sage ëleva .votre enfaüce?

Mais dites proinptement ce que vous demandez. Tous "VOS dësiiis , Ësther , vous seront accôrdës , Dussiez-vous, je l’ai dit efr'veux bien le redire , Demander la moitié de ce puissant empire.

• ESTHER

^e ne m’égare point dans ces vastes désirs.

Mais puisqu’il faut entln expliquer mes soupirs , Puisque mon roi lui-méme à parler me convie ,

( i) . J’o;5e vous implorer et pour ma propre vie ,

Et pour les tristes jours d’un peuple infortuné , Qu’à périr avec moi vo^s avez condamné.

ASSVÈMJS , la relevant.

A périr ! Vous ? quel peuple ? Et quel est ce mystère?

AMAN , tout bas.

Je, tremble. '

. ! ' ESTHEB. ,

Esther , seigneur , eut un Juif pour son père. Y)e vos ordres sangfans vous savez la rigueur,

’ AMAN , à part. ■

Ah! dieux!

ASSUÉBUS.

Ah ! de quel coup vous me percez le coeur !

Vous la fille d’un Juif : Hé quoi !^out ce que j’aime , Cette Esther , IHnnocence et la sagesse même, .

(i) Elle se jette aux pieds du roi.

Que je croyais du Ciel les plus chères» amours ,

Dans cette -source impure aurait puisé ses jôuTs ! Malheureux*

^ est'uer;

Vous pourrez rejeter ma prière :

Mais j&demande au moins que , pour grâce dernière , Jusqu’à la fin seigneur , vous m’entendiez parler, . Et que surtout Aman n’ose point me troubler.

ASSVÉRVS.

Parlez. * '

ESTJHER, '

O Dieu* confonds l'audace et l’imposture.

Ces Juifs dont vous voulez délivrer la nature ,

Que vous croyez , seigneur , le rebut des humains , D’une, riche contrée autrefois souverains ,

Pendant qu’ils i^’adoraientque le Dieu de leurs pères , Ont vu b'énir'Ie cours de leurs destins prospères.

Ce Dieu , maître absolu de la terre et des cieûx,* N’est point tel que l’erreur le figure à vos yeux. L’Etemel est son nonl': le mUnde e§t son ouvrage. '

Il entend les soupirs de l’humble qu’on outrage ,

Juge tous les mortels avec d’égalés lois Et du haut de son trône .intefroge les rois.

Des plus fermes états la chute épouvantable , t Quand il veut , n’èsf qu’un jeu de sa main redoutable.^ Les Juifs à d’autrea dieux osèrent s'adresser :

Rois , peuples ,,en un jour tout se vit disperser. jSous les Assyriens leur triste servitude Devint le juste prix de leur ingratitude.

GÔr ‘ ^ EÇTHER,

lirais , pour punir enfin nos^ maîtres à leur tour, Dieu fit cïioix de Cyrus avant qu'il vît le jour , L'appela par son nom , le promit à la terre , ■

Le fit naître et soudain l'arma de Son tonnerre, Brisa les fiers remparts et les portes d'airain ,

Mit des superbes rois la dépouiUe en sa main ;

De son temple de' trUit vengea sur eux l’injure : Babylone paya nos pleurs ,;avec usure.

Cyrus par lui yainqueur publia ses bienfaits , ' Regarda notre peuple avec des yeux de paix ,

Nous rendit et nos lois et nos fêtes divines ,

Et le temple déjà sortait de ses ruines ;

Maiâ de ce roi si sage héritier insensé ,

Son fils interrompit l!ouvrage commencé ,

Fut sourd à nos douleurs. Dieu rejeta sa raçe ,

Le retrancha lui-même et vous mit en sa place.

Que n’espérions-nous point' d’un roi si .généreux ? Dieu regarde en pitié son peuple malheureux ,■ Disions-nous. un roi règne,' ami de l’innocence. Partout du nouveau prince on vantait la clémence : Les Juifs partout de joie en poussèrent des cris.

Ciel ! verfa-t-on toujours par de cruels esprits Des princes les .plus doux, l’oreille environnée ,

Et du bonheur public la Source empoisonnée?

Dans le fond de la Thrace un barbare enfanté Est venu dans ces lieux souffler la cruauté. •

Un min^tre ennemi de .votre propre gloire....

AMAN

De votre gloire? moi? Ciel î le pourriez-vous croire? Moi , qui n’ai d’autre objet, ni d’autre Dieu....

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' TRAGÉDIE. 67

. ASSUÉBUS, .

■ Tais- toi.

Oses-tu donc parler sans l’ordre de ton roi ^

ESTUEB. ^

Notre ennemi cnipl devant vous se déclare.

C’est lui ; c’est ce ministre infidèle . et barbare ,

Qui d'un zèle trompeur â vos yeux revêtu Contre notre innocence arina votre vertu.

Et quel autre , grand Dieu ! qu’un Scythe impitoyable Aurait de tant d’horreurs die té -l’ordre effroyable? Partout l’affreux signal en meme temps donné De meurtres remplira l’univers étonné.

On verra sous le nom du plus juste des princes .

Un perfide, étranger désoler vos provinces ,

Et dans ce palais même , en proie à son courrpux ,

Le sang de vos sujets tegorgçr jusqu’à vous. •

Et que reproche aux Juifs sa haine envenimée ?

QueUe guerre intestine avons-nous allumée?

Les a-t-on vus marcher parmi vos. ennemis ? '

Fut-il jamais au joug esclaves plus soumis ?

Adorant dans leurs fers le Dieu qui les châtie , Pendant que votre main sur eux appesantie»

A leurs persécuteurs les livrait sans secours ,

Ils conjuraient ce Dieu de veiller sur vos jours De rompre de» méchans les trames criminelles ,

De mettre votre trône à i’onjbre de ses ailes :

N’en doutez point , .seigneur , .il fut votre soutien .

Lui seul mit à vos pieds le Parthe et l’Indien ,

Dissipa devant vous les innombrables Scythes

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