‹ La religion poèmeChapitre 5 sur 69 · LA RELiaiON · texte numérisé non relu

LA RELiaiON

Toute plante, en naissant déjà renfcriïie eh elle D’cnfans qui la. suivront une racç imiportelle : Chacun de ces enfans , dans ma fécondité Trouve un gage > nouveau de sa postérité.

Ainsi parle la terre , et charmé de l’entendre , Quand Je vois, par ces nœuds que .je ne puis comprendre , .

Tant d'étres dificrens l’un à l’autre eüchalnés ,

Vers une meme tin constamment entraînés ,

A l’ordre général conspirer tous ensemble ,

'Je reconnais partout la main qui les rassemble ;

Et 'd’un desseia si grand j’admire l’unité , . • '

Non moins que la sagesse et la simplicité.

Toif/e plante en naissanf, ttc. La fécondité des plantes prouve lé dessein du Créateur qui, non-seulement veille à la conservation de l’espèce, mais au besoin de’ tant d’animaux quiseuourrisS^ent de graines. Ceux qui ont des terresdisent souvent que l’abondance 'du blé est un malheur, parce qu’il ne se vendpas. Dieu , qui n’écoute point ceS plaintes de notre cupidité , prodigue le graiç nécês^ire aux hommes, isaac , Gen. a6, retira le centuple du blé qu’il sema près de Gerare. •Pline le Natur. liv. 1 8 , assure qu'un boisseau de blé en produit quelquefois cent cinquante , et qu’un gouverneur envoya à Néron trois cent soixante tuyaux sortis, d’un seul grain; ce qui lui fit faire cette réflexion , qu'il n’y a point de grain plus fertile que le blé, parcei|u’il est le plus nécessaire à l’homme : Triùco nlhil feriilius : h<Æ^einalura Iribuit, quoniameo maxime ùlat liominem. Par la même raison , c’est I9 grain qui se conserve le plus long-temps. On a mangé du pain fait avec du blé qui a\:aif plus de cent ans. Pline , qui savait si bien admirer les merveilles de la nature, chose étonnante! en oublie l’Auteur. Cependant elles ramènent si nécessairement à un Dieii , que la philosophie , comme dit S. CyrUle , est le Catéchisme de la foi ; PhÙosophia catechismus ad fidem.

poiur toi que jamais ces miracles n’ëtonnent,

Stupide speçtatènr des biens qui l’enyiroij U f ht , •

O toi qui folkmeht fais ton Dieu du hasard , » J

Viens me développer ce nid qû’avec tant d’art f ** ^

Au même ordre toujours , arcbkecte fidêlé ,

A l’aide de sou bec ma<mnne rhirbodellfe : «

Comment, pour ék.yer ce hardi bâtiment,

A-t-elle , en le broyant , arfomb .son ciment ? * ’

£t pour qui ces biseaux si rempÙs de prudence ^

Ont-ils de leur^ enfans su prévoir la naissance ? ‘ ^ • Que de berceaux pour eux aux arbres suspendus ! \ * y Sur le plus doux coton que de lits. étendus ! . ■

Le père vole aulojn , cherchant dans la campagne Des vivres qu’il rapporte à sa tendre compagne ; ^

Et la tranquille mère , attendant son secours , . ifî

Echauffe dans son seià le fruit de leurs amours. v-‘ Des ennemis souvent ils repoussent la rage , • .

Et dans de faibles coips s’allume un grand courage.

Si chèrement aimés , leurs nourrissons un jour <

Aux fils qui naîtront d’eux rendront le même amour. Quand des nouveaux zéphyrs l’haleine fortunée * • Allumera pour eux le flambeau d’hyménéé , - Fidèlement unis par leurs tendres licqs , * ’

Ils rempliront les airs d^ itoiiVeaux citoyens; Innombrable famille , où bientôt' tant de frères"^

O toi qui follement, 'etc. Les matérialistes ne se servent pas du nom à^hasard , mais de celui de ndcessifif. Les personnes éclairées comprennent aisément que je puis également me * servir de l’un ou de l’autre de ces termes, puisqu’ils désignent la même chose,, c’est-à-dire de% effets sans cause. Innombrable famille, etc. Dans Infécondité des animaux

s LÀ hliLIGiON ,* /

rec(MUiatttont plus -leurs aïebx ni leurs pères.

, Ceux qu'l 7 <1« nos hivers redoutent le courroux ,

Vont se réfugier dans des climats plus doux , ^ NoJaisseront jamais ia saison ngoureuse Surprendre parmi nous leur troupe parfesseuse.

Dans un sage conseil par les clefs assemblé ,

. .Du .départ général le grand jour est réglé :

H arrive , tout part ; le- plus jeune peut-être Demaude / en regardant les }icux qui Vont vu naître , Quand viendra ce printemps par <jui tant d*exilés Dans lés champs paternels se. verront rappelés.

A nos yeux attentifs que le spectacle change ; Retournons sur la terre , où j^usque dans la fange L*insecte nous appelle ; ÿt , certain de son prix , ,*

Ose nous demander raison de nos méprisf De. secrètes beautés quel amas innombrable !

Plus ràuteur s’èSt caché , .plus il est admirable.

on trouve le même dessein du Créateur que dans celle des plante.s. Il véille non-seulement à la conservation des espè- ■ ces , mais à leur nourriture. Les petite animaux qui ser- ' vent dé nourriture aux autres sont ceux qui multiplient le plus. Si les animaux sauvages multipliaient comnie les animaux domestiques , les hommes bientôt ne seraient plus les maîtres de la terre. A l’é^rd des hommes , suivant les calculs faite en Angleterre , il règne toujours une proportion à peu près égale entre les morts et les naissances , de .façon qu’iine génération passe , mie autre vient , et la • terre ne peut être ni surchargée ni déserte.

Plus V auteur s’vst caché, etc, La Nature , dit Pline , n’est jamais si entière que dans les petites choses , et sa majesté \ comiùe. re^errée à l’étroit , n’en devient que plus admirable. rtia^isquaminminimis tota

Quoiqu’un fier éléphant , malgré l’énorrato tour .

Qui de son vaste dos me cache le contour, \ ■

' S’avance sans ployer sous ce poids qu’il méprise ,

Je ne t'achnire pas avec moins de surprise ,

Toi qui vis dans la Iroue et traînes ta j^rison ;

Toi que Souvent ma hain,è écrase avec raison,; Toi-même, insecte impur , quand tu me développes Les étonnans ressorts de tes longs télescopes /

Oui, toi, lorsqu’à mes yeux tu présentes les tiens Qu’élèvent par degrés leurs mobiles soutiens î C’est dans un faible objet , imperceptible ouvrage ,

Que l’art de l’ouvrier me frappe davantage.,

. Dans un cbamp de blés mûrs , tout un peuplç. prudeht4 Rassemble pour l’état un trésor abondant ; * ’

Fatim és du buUu qu’ils traînent avec peine x

in arctum coarctatanaturœ majestas , nullâ sui parte mïrahil'ior. Elle s’y réunit comme dans un point , c’est là qu’elle " se retranche tout entière. '

Quoiqu’un fier éléphant, etc. Nous admirons, dit Pline, çcs épaules des éléphans chargées de tours , turrigeros elepfiantorum miramur humeras. Mais quelle* perfection incompré- ^ hensible dans ces petits animapx qui ne sont rien ! In his tam parvis atque tam nullis , quàrn inextricàhilis perfectio !, Toi (jue souiéent, etc. Le traducteur allemand de ce poème s’écrie icidanssanote : Qu a donc fait à M. Racine le pauvre w- limaçon ? Les dégâts qu’il fait dans nos jardiusj\istîfiehî%a haine; mais quoique odieux, sa machine est admirable. ' Aristote avait avancé que les animaux à coquille n’avaient pas d’yeux. Le microscope a fait revenir.de cette eiTeur. Les cornes du limajgon sont des nerfs optiques , au haut desquels chaque œil est placé. C’est ce que nous assurent plusieurs célébrés observateurs. D’antres , à la vérité , en doutent , aussi bien que des greniers dés fourmis : les observateurs ne sont donc pas toujours' d’accord.

A leurs greniers public$ , immenses siouterrâins ,

Où par eux en monceaux sont élevés ces grains , * Dont le père commun de tous tant que nous sommes Nourrit également les’ fourmis 'et les hommes.'

Et tous nourris par lui , nous passons sans ^to'ur , Tandis qu'une chenille est rappelée au jour.

De l’empire de l’air çet habitant volage *

Qùi porte à tant de fleurs son inconstanit honmiage , Et leur ravit un suc qui n’était pas pour lui j ‘

Chez ses frères rampans qu’il méprise .aujourd’hui , Sur la terre autrefois traînant sa vie obscure , Semblait vouloir cacher sa honteuse figure.

Maïs les temps sont changés , sa mort fut un sommeil. On le vit plein de gloire à son brillant. réveil-, Laissant dans le tombeau sa dépouille grossière ,

Par un, sublime essor voler vers la lumière.

O ver à qui je dois mes nobles vétemens ,

De .tes travaux si courts que les fruits sont charmans N’est-ce donc que pour mbi' que tu reçois la vie? . Ton ouvrage achevé , ta carrière est finie :

Tu laisses de ton art des héritiers nombreux Qui ne verront jamais, leur père malheureux.

Je te plains , èt j’ai dû parler de tes merveilles ;

Mais ce n’est qu’à Virgile à chanter les abeilles.

Le roi pour qui sont faits tant de hiens précieux , L’hmnmc èîève un front noble , et regarde les cieu.x.

Chez sès frères , etc. L’auteiîr du spectacle de la nature appelle les papillohs/« l'essuscitcs du peuple chenille. Ils ra^ vissent aux fleurs un suc qui semble destiné aux abeilles.

CkANT I. • I l

Ce front, vaste théâtre où l’âme sc déploie , • . - /

Est tantôt éclairé des rayons de la joie,

Tantôt enveloppé du chagrin ténébreux. * 1

Tj’amitié tendre et vive y fait briller ses feux ,

Qu’en vain veut imiter , dans son zèle perfide ,

La trahison que suit l’envie au teint livide. '

Un mot y fait rougir la timide pudeur. ^ ^

Ue mépris y réside ainsi que la candeur, •. • .

Le modeste respect , l’imprudente colère , • ^ ^

La crainte , et la pâleur sa compagne ordinaire - • Qui dans tous les jérils fune^gtes à mes jours ,

Plus prompte que ma voix appelle du secours.

A me servir aussi cette voix empressée ,

Loin de moi , quand je veux , va porter ma pensée ; Messagère de l’âme , interprète du cœur ,

Ce front, etc. Nûus avons plusieursparti^ communes avec les animaux ; mais nous, en avons qui ne conviennenCqu’à un être créé pour regarder le ciel', marcher debout f parler ,‘etc. Telles sont les parties du front , célles des mains, celles qui servent 'à la voix. Gnlien observe que les animaux carnaciers ont des ongles pointus et des dents aiguës , au lieu que l’homme a des ongles plats , èt h’à qu’une dent cahipç de chaque côté , parce' qùe , dit cet auteur , la nature savait bîen qu^elle formait un ànilhal bien doux} qui devait tirer sa force , non de son corps , ràais de sa raisonx

Un mot jr fait rougir, etc. Sur l’artifice admirable du coriis humain, on peut lire Galien, Ray , Nieuwentytet Derham.

Messagère de Vâme , etc. La parole’, signe certain de la pensée, n’est donnée qu’à l’homme.' Plusieurs animaux ' ont comme nous les organes de la voix , et nous lès instrnisons à prononcer quelques ||^ots ; mais leur imitatiwi'de la parole n’est qu’une imitation machinale, et jamais. les mots qu’ils pronqpcent ne sont en eux des si gnes de penseç. ^

15 " ' LAÏlEliÔION,

De la société je lui 4ois la douceur..

Quelle foule d'objets l’cqil réunit ensemble ! . ■

Que de rayons épars ce cercle étroit rassemble 1 Tout s’y peint tour à tour. Le mobile tableau Frappe un nerf qui l’élève , et le porl^ aui cerveau. D’innombrables filets , ciel ! quel' tissu fragile J ' G^endant rifc mémoire en a fait son asile , , ’

Et tient dans un dépôt fidèle et précieux . ^

Tout ce que m'ont appris mes oreilles , mes yeux ;

■ Elle y peut à touté heure et remettre , 'et reprendrç j;

M’y garder mes trésors, exacte à me les rendre.- ^ ’

ces esprits subtils , toujours prptâ à partir ,

Quelle foule d’objets y etc. Nous avons deux yeux sans voir i

les objets doubles , afin que l’un puisse réparer la perte do l’autre. Les araignées en ont 4 , 6 et. 8 , parce que n’ayant y point de cou et ne pouvant remuer la tête , la 'multiplicité des yeux supplée au défaut de ce mouvemént. Le dessein (lu Créateur parait en tout. C’est 'ainsi que les dents qe viennent aux enfansqu’apt;^ès l’âge où ils sont à la mamelle; ^

parce que si les dents venaient plus tôt , elles seraient préjudiciables aux nourrissons et aux ncuirrices. -

D’innombrables filets, c/c.Quede choses différentes ren- , fermées dans le spacieux magasin de la mémoire ! Tout sé présente au premier signal ; (piand ce que nous n’appe- Itms pas se présente malgré nous , nous savops- l’écarter.

Quidam, statint prodeunt , quœdcan requiruntur diutiUs , queedam catervatim pronamt. S. Aug. conf, 1. 10 .

lÀt ces esprits subtils , etc. Je. veux parler ; que de mouvemens dans ma langue , dans mes lèvves , dans mes poumons! Suivant que je regarde de loin ou dé près , ma prunelle se dilate ou se resserre; ma volonté n’y contril>ue pas; elle peut sus'pendre ou précipiter ma respiration , ce qui. est avantageux pour parler. Cependant quand je dors , je respire sans le savoir et sans le vouloir ; ce qui

. CHANT I. , i3

-Attendent le sigaal qui letf-.doit avettir. ' , • ’ ■

Mon âme les envoie , et / ministres dociles ,

Je les setis. rëpandiù dans ines membres' agiles ; '

A peine ai- je par^ë qu’ils scmt accourùs tous. Invisibles sujets quels chemins prenez-tou» ? .* « * Mais qui donne à mon sang cette ardetà* salutaire? ;Sans mon ordre, il nourrit ma chaleur nëcessaire', - D’un mouvement égal il agite mon coeur «*. ■

Dans ce centre fécond il forme sa liqueur,

Il vient me réchauffer par sa rapides course :

, ' Plus tranquille et plus froi4 ü remonte à m ijôurce ,

Et toujours s’épuisant , se ranime toujours.

Les portes des -canaux destinés à son cours Ouvrent à son. entrée une libre carrière ,

Prêtes-, s’il reculait , d’opposer leur barrière. ' <

Ce sang pur s’est formé d’un grossier aliment , , Changement que doitsuivre un nouveau changement :

Il s’épaissit çn chair dansmes chairs qu’il arrose ;

En ma propre substance il se métamorphose.

Est-ce moi qui préside au maintien de ses lois,

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