‹ La religion poèmeChapitre 6 sur 69 · I III · texte numérisé non relu

I III

prouve que si notre âme a un empire sur notre corps , elle né tient pas cet empire d’elle- même , mais d’une puissance plus grande que la sienne. ' ' .

Je les sens répandus, etc. Les veines et les vaisseaux lymphatiques ont d’espace en espace des valVuIes qui fout l’office d’une soupape dans *ine pompe , c’esl-à-dire (]iü s’ouvrent d’un côté et se ferment de l’autre , pour ouvrir le passàge à la liqueur , et l’empêcher de retourner vers les parties d’où elle vient.

■£st-c€ moi qui préside , etç.^e toutes les extravagances^ dont l’esprit humain est capable, celle 'des- Epicuriens pa-lait la plus grande. Ils s’imaginaient que le hasard avait »

i4^ - ' LA RELIj&lON , : .

Et pour.lçs établir ai-je donne, ma yoix ? '•

Je les connais à peine. Une attentive adresse Tous les jours m’en d<^couvre et rordre.et la sagesse. De cet ordre secret reconnaissons l’Auteur ; .

Fut-11 jamais des lois sans un législateur ?

Stupide impiété, quand pourras-tu comprendre Que l’ccit est fait pour voir , l’oreille pour entendre ? Ces oreilles , ces ^y^ux , Celui qui les a faits ,

Est-il ‘aveugle^ et sôurd ?* Que'd’ouvrages parfaits Que de riches présens t’annoncent sa puissance !

Où so'nt-ils'ces objets de ma rèconnaissande ?' Est-ce un coteau riant ? est-ce un riche vallon ? HâtonS-nous d’admirer ; le cruel" Aquilon Va rassembler sur nous son tèrriblè cortège ,

Et la foudre et la pluie , et la grêle et la neige : L’homme a perdu ses. biens , la terre ses beautés ,

Et plus loin qu’oflfre-t-ellc à nos yeui attristés ?

Des antres , des volcans, et .des mers inutiles ,

tout fait; que les parties de notre corps n’avaient point été

destinées à quelque usage , mais que noiis en avions fait

usage parce que 'nous lés avions trouvées; que les jireiniers

hommes naquirent de la terre échauffée par le soleil. ‘

Je les connais , etc. L’anatomie , qui s’est beaucoup perfectionnéie dans ces . derniers temps , nous doit rappeler à Dieu autant que l’astronomie. M. Fontenelle , après avoir parlé dans ses éloges de la piété de M. Cassini et de celle de M. Meri , ajoute cette judicieuse l'éflexion : L’astronomie et l’ànatomiesont Ics deux sciences où sont le plus sens ièlementmàrqués les caractères du souverain Etre.. L’une annonce son immensité, l’autre son intelligence.... On peut meme' croire -que l’anatomie a quelque avantage. L’intelligence prouve encor plus que l’immensité.

. ‘ CHANT I. i5

Des abîmes sans fin, des montagnes ste'riles ',

Des ronces, des rochers , dessables', des d^lierts.

Ici de ses poisons elle infecte les airs ;• * ' •

Là rugit le lion, ou ramge la'^ouleüvre

De ce Dieu si puissant' voilà donc le chef- d\mjvre ?

Et tu crois , 6 mortel ! qu’à ton moindre soupçon , * Au pied du tribunal qu’e'rige ta raison : * * *

Ton maître obéissant doit venir, te répondre ? - Accusateur aveugle I un mot va te confondçe.- Tu h’apérçois encor que le coin du tableau , i Le reste t’est caché sous un épais rideau , I Et tu prétends déj^ juger de tout l’ouvrage ’

A ton profit ,, ingrat , je vois ui^ main sage' •.

Qui ramène ces maux dont tu te plains -ton jours f Notre art des poisons mênie emprunte du secours.

Mais pourquoi ces rochers , ces vents et ces orages ? Daigne apprendre de moi leurs secrets avantages.

Et ne consulte plus t^ yeux souvent trompeurs.

La mer., dont le s5leil attite lés vapeurs , '

Par ces eaux qu’elle perd' voit une met nouvelle Se former , s’élever et s’étendre sur elle. . ^ ^

De nuages légers cet amas précieux j ' .

Que dispersent au loin des vents ofliciemiL >

Tantôt , féconde pluie , arrose nos campagnes ,

Tantôt retombe en neige et blanchit nos , montagnes, ^ur ces rocs sourcilleux , frimas couronnés , Réservoirs des trésors qui nous sont deRii^s. ,

JVoire cai des poisons , etc. On fait des remèd^à^cc la vipère j la ciguë , etc. . . ^ '

Les flots de FOcéan apportés goutte à goutte ,

' ' Réi^iissent .leur force cts’ouvreçt une' route.

Jusqu’au fond de leur sein lentement répandus , '

, Dans lews veines errans , g leurs pieds descendus ,

• On les rewit enfin sortir à pf^s timides ;

D’abord faibles ruisseaux , bientôt fleuves rapides. Des racines des fnonts qu’Annibal sut franchir , fndolent Ferrarois ^ le Pô va t*enrichir.

Impétueux enfans de Cette longue chaîne ,

Le Rhône suit vers nous lé- penchant qui l’ entraîne ; Et son frère , emporté par un c^bntraire choix , '

Sorti du rnéme sein > va chercher d’autres^ lois. '

Mais enfin terminant leurs courses vagabondes^

Leur .antique séjour redemande leurs ondes ;

Ils les rendent aux mers , le soleil les reprend t '

Sur les monts,' dans les champs ; l’aquilon nous les - ‘rend. •

Telle est de l’univers la constante harmonie :

De son empire heureux la discorde est bannie.

Tout conspire pour nous , les montagnes , les mers , L’astre brillant du jour, les fiers tyrans des airs. Paisse le même accord régner parmi les hommes ! Reconnaissons du moins celui par qui nous sommes : Celui qui fait tout vivre et qui fait tout mouvoir , S’il donne Hêtre à tout, l’a-t-il pu recevoir?

Il précède les tem)ps ; qùi dira sa naissance?

Par lui rhômm'e , le ciel , la terre , tout commence , Et lui iséul infini n’a jàmai * commeiicé.

Et son frore emporté , e/c. Le Pô , le Rhône et le Rhin ont leurs sources dâns les. Alpes ; ces deux derniers 'Sortent de la même moiilagne.. ' iï i

Quelle main , quel pinceau dans mon âme a tracé Q’un objet iqfiniTimage incomparable ? *

Ce n’est pointa mes sens q^e j’ensuis redevable.

. Mea yéuK n’ont jamais .vu' que des objets bornés , Impuissans , malboureux, à la mort destinés.

Moi-même je. me place en ce raim déplorable ,

Et je ne puis cacher mon malheur véritable ;

Mais d’un être infini je me suis souvenu ‘

Dès le premier instant que je me suis confiu.

D’un maître souverain" redoutant la puissal^ce,

J’ai., malgré ma fierté , senti ma dépendance. . «

Qu’il est dur d’obéir et de s’humilier î ' ^ ‘

Notre or^eü , cependant , est contraint de^plier; Devant l’Éltre étemel, tous les peuples s’abaissent, ' Toutes les nations en tremblant le confessent.

Quelle force invisible a soumis l’univers ? v

L’homme a-t-il mis s^ gloire à se fofger des fers ?

I I M » IIP Il I n > 1

./)'«« objet infini , efc.'Loke prétend que nous nous formons l’idée de l’infini par la puissance que' nous avons d’ajouter toujours à Vidée du fini. Descartes , et, avant lui Platon et Cieéron ont cru que Vidée de finfioi était innée . en nous. En effet , pourquoi ti'ouvons-nous finis les objets que nous voyons ? Le fini suppose l’infini ,^conunele inpins suppose le plus : ainsi nous ne. nous trouvons finis qu’à (ïanse de l’idée de l’infini qui est, en nous. . .

Devant V Être éternel , etc. On.n’u jamais trouvé aucune nation , même dans le Nouveau-Monde , qui n’eût un culte établi en l’honneur de quelque Divinité , et ce consentement de toutes les nations doit être regardé , suivant Cicéron , comme la loi de la nature : Omni in reconsensio ^ omnium gentium lex naturæ putanda est. . , • ,

i8 . LA RELIGION,

Oui, je trouve partout dçç respects tmaàiines ,

• Des temples , d<^ autels-, des prêtres i des victimes: Le Ciel reçut toujours Uqs vœux etnptre enceùs. Nous.pouvons , je Tàvoue , esclaves de nds sens ,

De lu Divinité défi'giircr l’image.

’ A des <Reux mugisSans l’Egypte rend hommage ;

Mais dai^ ce bœuf impur qu’elle daigne honorer , C’est un Dieu cependant c[u’ elle croit adorer.

L’esprit humain 'ÿ égare , et follement crédules ,

' Les peuples se sont fait des maîtres ridicules'-:

Ces maîtres, toutefois par l’erreur encensés , .

Jamais impunément ne furent offensés On détesta Mézence ainsi qu^e Salmonée ,

Et l’horreur suit encor le nom'de.Capanée.

Un impie en tout temps fitt un monstre odieux ;

Et quand, pour me guérir de la crainte des. dieux, Epicme en secret. 'médite son système ,

Aux. pieds de Jupiter je l’aperçois lui-même .

^Surpris de. sou aveu , je l’entends en effet

Reconnaître un pouvoir dont l’homme est le jouet ,

‘Un ennemi caché qui réduit eu poussière • \ *

Oui t -je trùuve pnriout , etc. C’est ce que/dit Plutarque contre Colctes ; Vous trouverez des villes sans murs , sans, rois, sans théâtres, mais vousn en trouverez jamais sans dieux, sans sacrifices pour obtenir des biens et écarter des maux.

• Oh détesta Mézence , dtc. Mézence , contempto^ diviim , est représenté par Virgile comme un tyran ha'i de tout le monde.. Salmonée et Capanée furent , suivant les poètes , foudroyés à cause de leur impiété. Protagoras et Prodiciis furent' mis' à mort pour avoir mal parlé de^ dieux ; ou se servit du même prétexte pour faire' mourir Socrate.

CÎïANt I. . .

Dè tontes nos granffeurs po^pe la plus liere. ' . Peuples , roié , vous moü^t©^', ^ét vous , villês , aus'sîl Là gît Lacédémone , Athènes fut ici.

Quels cadavres épars *dans la Çiroce déserte !

Eh ! que'vpis-je partout? li^ terre n’csl couv,çrte, .

Que de palais détruits , de ti^ônles renversés >

Que de lauriers flétris , que de sceptres brisés.

Où sont, fière iVieinphis ^ tes merveilles divines ?

Le temps a dévoré jusques à ies ruines. ’

Que de riches tombeaux élevés en tous lieux ,

Superbes monumens qui portent jusqu’aujAieux Du néant des^uinains l’orgueilleux témoignage !

A ce pouvoir si craint tout mortel rend hommage ,

Et. devant son idole un barbare à gçnoux D’un être destructeur croit fléchir le courroux.

Etre altéré de sang , je tè vais satisfaire : . ^

Que cette autre victime apaise ta colère ;

J’arrose ton autel du sang de;càt agneau.

N’en es-tu pas content ? Te faut-il un taureau ?

Faut-il une bêcatombaà ta haine implacable ?

Pour mieux me remplacer te faut-il myn semblable ? Faut-il mon fils ? je viens l’égorger devant toi.

De ce sang enivré , cruel , épargne-mpi.

Quels cadavres, etc. Image tirée de ces belles paroles de • lalettre de Sulpicius à Cicéron. Heu!, nos homuhculî indignamur si quis nostrûm interit.... ciim unalocoiot oppidorum cadavera projecta jaceant. Et le Tasse a dit de même : • Muojono le città , muojono i regni.

. Faut-il mon fil,s etc. Chez tous leS peuples du les hommes ont sacrifié leurs semblables. L'homme, dilM. Bossuet , troublé par le sentiment 'de son crime, et regar t

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/Cçs épaisses fotêts qui courrest les contrées

* Par uii vaste Océan ofes nôtres séparées ,

. Renferment ^ dira-t>on , de Vanquillcs mortels

Qui jainais à des dieux n’ont.élevé d’autels.

Quand d’obscùrs voyageurs racontent ces nouvelles,

Croirai-je des témoins'tant de fois infidèles ?

Supposons cependant tous leurs rapports certains : , «

Gomment opposerai-je au reste des humains

■ IJn stupide sauvage errant à l’aventuré , ”

A peine de nos traits conservant la figure ;

Un misérable peuple égaré dans les boi| , *

Sans matois , sans étals, sans villes et sans lois ?

, Qu’à bon droit , libertins , vous êtes méprisables ^

Lorsque dans ces forets vous cherchez vos semblables 1

Ces hommes , toutefois, à ce point abrutis ,

Dans la nuit de leurs sens tristement engloutis ,

Montrent quelques rayons d’une image divine ,

Restes défigurés d’une' illustre origine.

H est une justice et des devoirs pour eux : .

Du sang (^i les unit ils connaissent les nœuds. ^

Au plus barbare époux l'a tendre épouse est chère ,

.R;chérit son enfant , il respecte son père-

La nnturc sur nous ne perd point tous ses droits. ,

* ‘ , Mais ces droits , que sont-ils?’ D’imaginaires lois.

Quand d’un être vengeur j’ai secoué la crainte ,

la Divinité çomihe ennemie , crut ne pouvbir l’apaiser par dés victimes ordinaires : il fallut verser le sang humain.

Il est une justice , etc. Montagne nous apprend que toute la morale 'des cannibales consiste en deux lois, d’être courageux à la guerre , et d’aimer leurs femmes.

Ne peuvent sur mon, âme établir leur contrainte. • ^

C’est, pour mjbi ^e je vis : je\né*dois rien ^u’à iuoi.

La vertu n’est qu’un nom*, mon plaisir est^ ma loi.

Ainsi parle l’impie , et lyi-méme est <l’esclave'

De la foi , de l’honneui: , de la vertu qu’il Inrave ';'

Dans ses honteux plaisirs s’il cherche à se cacher^

Un étemel téraplu les lui vient reprpcher ;

Son juge est dans son cœur. / tribunal où réside

Le censeur de l’ingpit , du traître ^ du perhdè. v

Par ses affreqx complots nous a-t-il outragés ? '

La peine suit de près , et nous sommes vengés, .

De ses remords secrets taiste et lente victime ,

Jamais un qrimihel ne s’ahsolit de son crime.

Sous des lambris dorés ce triste ambitieux

Vers le ciel sanspâlir n’ose lever les yeux.'

Suspendu sur sa tête, un glaive redoutable

Rcud fades tous lés mets dont on couvre sa table.

'Jamais un criminel , ètc. Ce mot de Cicéron' pst admira-* ble: Firtutis et Titiorum ,■ grave ipsius conicientice pondusest , quâ sublatà jacent omnia'.'

Le mêiiie CicéroUjdit encore. Magna mis est conscientiœ , in utramqïie [wrtem y ut ntqUetimeant, qui nihilcommiserunt, et pœnam sempcranle. oculos mersari patent, qUi peccaverimt.

Suspendu sur sa tête , etc: Damoclès , lâche flatteur de Denis-le-Tyran , en vantait le buuheur. Il changea de lan- , gage lorst|ue , invité. 2)ar ce princP. à testiu et assis romme.Uû sur un lit spperbe , il aperçut une éjïée suspendue siir;sa tète par un lil ; ro qui a fait dire à Horace ;

Dislrictus ensis cui super inipid Cervice pcUclet , non siculce dapes Diilcem elaborabilnt sapotxm. •*.

âa LAÜELIGION,

Le cruel irpeutir est le premier bourreau Qui daus uij. sein coupable enfonce le .couteau.

Des cHagrins d^VQrans attachés sur Tibère,

La coài* de sçs flatteurs veut en vain le distraire. Maître du monde entier , ^ui peufr l’inqtiiéter ? ‘ Quel juge sur la terre a-t-il à redouter,?

Cependant il se plaint, gémit , et ses vices Sont ses accusateurs , ses juges , ses supplices. Toujours ivre de sang et'toujoufs altéré.,

Enfln paV ses forfaits au désespoir livre ,•

Luir-naême étale aux yeux du sénat qu’il outrage De son cœur déchiré la déplorable image.

Il périt chaque jour consumé de regrets ,

Tyran plus malheureux que ses tiistes sujets.

Ainsi de la vertu f&s loi^sont éternelles ,

Les peuples ni les rois jae peuvent rien contr’elles : ties dieux que révéra notre stupidité N’obscurcirent jamais sa constante beauté :

Et les Romains , enfans d’une impure déesse ,

En dépit de Vénus admirèrent Lucrèce.

Je l’appo^'te en naissant , elle est écrite en moi Cette loi qui m’instruit de tout ce, que .je doi

De son cœur déchiré, etc. X)ans cette fameuse lettre, dont le désordre fait dire à Tacite, que si on ouvrait le cœur des tyrans , on verrait comme ils sput déchirés : y4deo fa-cinora ipsi {juoque. in suppliciiim h)ertemnt.

Je l’apporte en naissafft, etc. Cicéron a parlé de la loi nafu-relleavecautanld’éloquenceque de vérité. Est quidem vera lex diffusa in omnes ,constans ,scmpiterna. Huic legi non ohro' gari fas est, neque derogai'i in kàc aliqidtt U cet: neque tol<t ahrogari potest, neque ‘veroautpersenatum, autperpopulunr

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