‹ La religion poèmeChapitre 8 sur 69 · II · texte numérisé non relu

II

Grand Diek 1 doiaie-moi donc des bien^ dignes de toi*i Ou donne*-m’én du qpioibs qui soient dignes de moi. Que d*orgueil ! c’est ainsr <ÿi’à moi-ménîe contraire - , ' Monstre de vanité , prodige de lAisèrë , . *

Je ne suis à la fois que né^nt et grandeur.' . ■ ‘

Mécontent des objets que poursuit mon^rdeur >

Je n’estime que moi : tout autre que moi..méine , ' '

Si je semble l’aiiper, c’est pour moi que je l’aim'c.' '

Je me hais cependant sitôt que je me voi : ^ •

Je ne puis vivre seul ; occupé loin de -moi > ‘ ■ ' ■

Je n’uspire qu’à plaire à ceux que je méprise.

Sans doute qu’à ces mots , des bords de la Tamise., Quelqu’abstràît raisonneur , qui ne se plaint" de rien , - Dans sou'ilegm^ anglican répondra ; Tout est bîe\t.

« Le grand ordonnateur dont le dessein si sage « De tant d’êtres divers ne forma qn’tjn ouvrage ,

<■: Nous place à notre rang poiir orrlpr'yon tableau^ ” Eh ! quel triste ornement d’nij spccfacle si beau ! ,

En me parlant ainsi , tu prouves bien toi-même La grandeur du désordre et ta misère extrême.

Quand tu soutiens que l’homme est si bien partagé, \

son, sitôt qu elle commenàc , me-le/àit chercher fjor .tlef moyens bons ou mauvais : mais enfin elle le chmchç.^Ci‘y,t;tLdant je désiré: ce qui prouve que je ne possède' point.' Le ilé- sir et le paafait bonheur ne peuvent se trouver- ensemble.

Si je^emble l’aimer, 'etc. On a teproqlié à M.'de laltodu’foucault d’avoir, dans ses Maximes, anéanti nos vertus ,• ■ * on rappoi lânt toutes nos actions à l’ainpur»prcprê. Il nous a peints tels que nous sommes depuis lè désordre thi pc-v • ■ cl>«, comme je le dirai au sjxième chant : Quand..!’ homme . ‘ n’est qu’à lui , tout l’homme esta l’ orgueil. -

5o LA ilELfelON , '

Dans tes raisûnnemens que tout est dérangé ! ' ' • \ ^

, Quoi J mes pleurs ( n'est-cepas un crime' de le croirç?)

D’un maitré bieufeisant relèyeraieiît la gloire ü >

• Pour d’autres biens sans doute- il uoim a r^errés,

Et tous ses grands desseins ne sont point acheyés.

^ . Oui , je l’ose espérer. Juste Arbitre -du monde •

, V De la solide paix source pure et féconde ,

. Etre partout présent , quoique toujonrs caché ,

Des maux de tex sujets quand seras-tu touehé ?

•Çendre -Père , témoin de no^ longues alarmes ,

Pourras-tu toujours voir tes enfans dans lés larmes?

* . Non, non. Voilà de toi ce que j’ose, penser

Ta bonté quelque joiy* saura mieux nous placer.

Mais comment retrouver la gloire- qpi m’est due ?

Qui peut te rendre. à moi, félicité. perdue?

. Est-K:e dans mes pareils que je dois te chercher ?

Ils m’échappent., la mort me des. vient arracher ;

Et frappés avant moi , le tombeau les dévore :

J’irai bientôt les joindre ; où vont-ils ? je l’ignore.

' f Est-il T^i ? n’est-ce point une agréable erreur Qui de la-mort en moi vient adoucir l’iiorreur?

O mort ! est-il donc vrai que nos âmes heureuses N’ont rien à' redouter de tes fureurs affreuses ; •

Et qu’au moment cruel qui nous ravit le jour Tes victimdine font que changer de séjour?

' Quoi ! même après l’instant ou tes ailes funèbres . ■ M’auront enseveli 'dans tes noires ténèbres , *

. Je vivrais ! Dout espoir ! que j*{dme à ra’y,îiv1rer !

Je.yivrais Indoux espoir! etc.’/)a^am me tantœ speî , ^it Sénèque j bien différent de'ces esprits forts qui tâchent

, ÇH/LNT-II. 3i

De quelle ambition tu te vas enivrer , '

Dit rimpie ! Èst-ce à toi’ , vaine et faiÙe e'tincelle , Vapeur vile , d’attendre mit glbirelminortelle ?

Le hasard nous .fqruaa , le hasard nous détruit , «

Et nous disparaissons. comme l’ombre qui^fuit. ^

Malheureux , attenta 4a fin d^ vos souffrances ; • • ' Et vous , ambitieux , bornez vos errances ; .

La mort vient tout finir , et^tout meurt avec nous. ' Pourquoi, lâches humains, pourquoi la crâignez-vous?^ ' Qu’est-ce donc qu’un cercueil offre de si terrible?' XJne froide poussière , une cendre .insensible ?

Là nous ne trouvons plus ni plaisir ni doulenr» ^

Un repos éternel est-il donc un malheur?

Ploi^eons-nous^sans effroi dans œ muet abîme-,- Où la vertu périt aussi bien . que ^ crime , ' ‘

Et suivant du plaisir l’aimable piôuvement , Laissons-nous ^au tombeau^ conduire mollement.

A ces mots' insensés , le maître de Lucrèce , Usurpant le grand nom d’ami de la sagesse , Joint là subtHilé>de ses faux arguméns ;

de se persuader le contraire , et qui aiment à' se Hvr^ pour ainsi dire , à l’espérancç. du néant. . •

Le hasûrd nous forma, efc.Tel est le langage des liberti.qs dans le livre de la Sagesse: 'Exnikito natisumus, etposfhbc erinius tanquamnonfherimus. Et dans Sénèque le tragique ;

Posl mortem nihil est, ipsaque mors nifiil.

Velocîs spatii meta novissimoi Quid kahet ista res , aut lœtabile autgloriosum ? répond Cic^on à '.ceux qui sont capables de dire si gaîment la chose du monde la plus triste , et qui devrait notre désespoir , si elle était véritable. .

5a LÀ RELfGION ,

Lucrèce de ses vers prête les oraenaess ; •

De la noble harmonie indigne et triste usage !

Epicure avec lui m’adresse ce langage î

Cet esprit , 6 mortels ! qui vous rendrsi jalqux ,

N’est qu’un feu qui s’allume et s’ëteint avec lious.

Quand , par d’affreux sillons , l’implacqble vieiUes'se ,A sur'un- front hideux imprimé la tristesse ,

Que dans un corps courbé soùS un amas de jours , '*

Le sang comme à regret semble achever Son cours, Lorsqu’en des yeux couverts d’un lugubre nuage Il n’entre des objets qu’une infidèle image ,

Qu’en débns chaqne jour le corps tombe et périt ,

En ruines aussi je- vois tomber, l’esprit.

<L’âme mourante alors , flambeau sans nourriture ,

Jette par intervalle une lueur obscure.' > '

Triste destin de. l’homme, 1 il arrive au tombeau Plus faiblë , pius enfant qu’il -ne l’est au berceau.

La mort du coup fatal sape enfin l’édifice :

Dans un dernier soupir achevant son supplice, ^

Lorsque vide de sang le ceeùr, reste glac ê ,

‘Son âme s’évapore, et tout l’homme est passé.

Sur la foi df tes chants , ô dangereux poète J D’un maître "trop fameux trop fidèle interprète,

De mon heureux espoir désormais détrompé ,

Je dois donc% du plaisir à toute heure occupé ,

Consacrer les momens de ma course rapide . A la Divinité que tu choisis pour guide. : ,

^ /a Dh'inilèy efc. Vénus , que Lucrèce invoque au cornmeucenient de son poème, et qui est, selon lui , hominùm 'titviimque voUiplds.

Et la mère des jeux , des ris et des amours Doit, ainsi qu’à tes vers , pr^ider à mes juurs.

Si l’homme cependant au bout dje jBâ carrière >

N’aplus que le néant, pour attente dernière,

Comment puis-je goûter ces plaisirs peu flatteurs , - Du destin qui m’attend faibles consolateurs? '

Tu veux me rassurer, et tu mç désespères. « . •«

Vivrai-je dans la joie au milieu des misèrel , .

Quand même je p’ai pas où .rfposer.un cœur ' • •

Las de tout parcourir, en cherchant son bonheur? ' •< Rois ., 'sujets , tout .se plaint , et nos ' fleurs 'les phis'

belles ^ '

Renferment dans leur sein des épines Cruelles : • ' . ^ '

L’anirrtume secrète empoisonne toujours . ; ' r *

L'onde qui nous parà'^t si claire dans son cours.

C’est le sincère^ aveu que me fait E^picure ; . ' /

L’orateur du plaisir m’en apprend la nature : ? .• ,-

J’abandonne ce maître. 0 raison ! viens à moi i Je veux seul méditer et rn’instruire avec tpi. • '

Je pense. La pensée , éclatante lumièré , . ■ ,,

Ne peut sortir du sein 'de l’épaisse matière. .v ’ J’entrevois ma grandeur. Ce corps lourd, et groissier .

Renîcrmfintdaiis leur si in , etc. Suivaqiraveli de iucr-èce.., • Usque açlço de fonte leporum^ . . ^

^ Surgit canari aliquid , quod in ipsis Jloribus angat.

M. de FonteneUe , dans «es Dialogues sur les morts fait dire à la reine Fljsàbeth : Les plaisivsne sont point assez solidespour souffrir xqu on les appro fondisse , il ne fautqi^é4e^ effleurer. Ils ressemblent à ces terres marécageuses sur^^lès-

quelles on est obligé de courir légèrerMnt sans y arrêter lepitd.

34 LA RELKIÔN.,

N’est doue pas toai mon bien , n’elt pas moi fout entier. '

Quand je pense , cKàrgd de cet emploi sùblitne',

Plirt noble que mon corps , un antre 'être m’anime. Je' Irpuye'djOno qrf’en moi , par d*admirables nœuds , Deux êtres oppose's sont* rêiinis eptr’eux : '

De la chair et du sang,,, le corps , vil assemblage; L’âme, rayon de Died, son Enfilé , son image.

Ces deux êtres liés par ‘des- nœuds si secrets ,

' * Sêparaat rarement leurs phis cbierS intérêts ; ,

Leurs plaisirs spnt communs ; aussi bien qne leurs peines.. ’

L’âme , guide du cbrpe , doit en tenir les rênes ;

' Mais par des maux'c^els quand le corps est troublé. De râme quelquefois l’empiré é|t ébranlé.

Dans un vaisseau brisé , sjms voiles , sans cordage , Tnsté jouet des venta ', victime dé leurrage ,

Le pilote effrayé', moins maître que les flots ,

Veut faire èiftendre, en vain sa voix aux: matelots,

Et luirméme avec eux s’abandonne à l’orage.

IL j^ér^t ; mais le n 6 tm est exempt du naufoage. Comment périrait-il? le coup fatal au corps Divise sés liens , dérange ses ressorts’:

Un être simple* et pur n’a .rien qui se , divisé ,

Et sur l’âme la naort ne trouve point de prise.

‘ Que dis-je ? tous ces corps dans la terre engloutis, Disparus à nos yeux^ sont- ils anéantis ?

. ' Duparviànos feux, etc. La destruction d’une substance

étendue n^l que la séparation des parties. Quand on brûle du bois,, rien u’en périt la partie la plus' subtile s’eni - •

D’oùr nous vient dn néant cette craiuite bizarre ? *

Tout en sort , rien nîy rentre ; et la nàt'ure avare , ■

Dans tous ses changemens ne perd jamais son bien. .

Ton art ni teâ foumeîuix n'anéantiront rien ,

Toj qui , riche en fumée , ô sublime alchimiste , • / * '

Dans ton laliorâtoire invoques Trismégistc.

Tu peux filtrer , dissoudre , évaporer ce sel ; . ’•

Mais celui qui l’a fait veut-q[u’itsoit immortel. ’ ' r

Prétendras-tu toujours à l’honneur de produire ^ ®

Taudis que tu n’as pas le .pouvoir de détru^C? ^ <t

Si du sel ou du sable un grain ne peut périr ,

Ij’ètre qui pense en moi craindra-t-il de mourir ? ..

Qu’est-ce donc que l’instant où Ton cesse de vivfe ? ‘ ■ ,

L’instant où de ses fers une àme se (îéKvre. ,,

vole , et s'appelle ftiniéè ; la jïàrtie huîlèhse s’attache à la ' , cheminée , et s’appelle suie la partie grossière reste dans la cheminée , et s’appelle cendre. ' ,

Toi qui , ricke en'Ji^mée ^etc.TAtycxxT^ Trkmégisté, c’està-dire trois fois grand , celui que les alchimistes croient Tinventeur de leur science auteur aussi chimérique que leur art. Cujusprincipium menüij, medium laborare , finis mendican. ' . ~ .

Mais celui qui l’a fait, c/c.. Tous lésètres simples iioiis paraissent indestructibles p^r eux-*mêmes , ainsi nous pouvons .les appeler immortels. Mais nous ignorons si lai destruction de l’univers n’ica pas jusqu’.Ù l'auéaulissemeut des élémens qui le composent. > , • . '

Tandis que tu nas pas, etç. Malgré ce pouvoir der\ieet de mort que les alchimistes s’attribuent ils ne peuvent ni anéantir les cotpS simples , ni les prodoire , ni les transmuer., Quand les bonpes raisons et les mauvais succès pour ■ ront enfin leur ouvrir les yeux , ils ne chercheront plus la pierre philosophale. ,

3r> - . LA RELKÎION ,

IjR corp.-i de" là poudre à la’ poudre ' est rendu ; • L’csi>rit retourne au ciel dont il est descendu.

• Peut -on lui disputer sa naissance divpie ? ^ ‘

^ iV est-ce jinis çet esprit plein de Son origine ,

.Qui , m.ijgrc Son fardeau , s’élève , prend l’essor, A sou pieuiier “séjoiir qucl([uefoi.s vole encor',

Et rovicui touticiuirgé dé, richesses immenses ? l^tüü , couiîîien de fois jysqu’aucicl tu l’e'lances! l^scartes qui souvent ^n’y rayis avec toi ;

•Pascal , qua pur la terre à 'peine i’a^.crçoi ;

Voiis^ qui nous, remplissez do vos douces nianics , Poètes enchanteurs , admirables génies ;

Virgile , qui d’Homère appris à nous charmer ; Boileau, Corneille , ct'tor que]e n’ose nommer , Vos esprits ri’étaient-ils qu’ét^celles légères ,

Que rapides clartés et •vapeui's passagères ?

Ei iTvient tout charge- y etc. Les plaisirs de l’esprit , dit Shcrloch ne dè|ieudent point dii corps. Or si l’ânie a u::

, I>oîrhctir indépendant du çorps , elle a donc un principe de vie indépendant dn torps : or, si elle est spirituelle , eüe ' peut dbhc suTvLvreau corps',/6* ne prétends pas, ajoule-l-il . donner des preuves démonstratives de sa spiritualité, mai:.' nous est plus aisé de là prouver que sa matértalilé.

Qiiérapides claHés , etc . Cicéron fait valoir cet arguincm:

Qnid procreatio libeivrum, qiiidpropagatio nominis, qttid ip-

.i<fsepulcrdrammomimeiUa'signiJîcant, nisi nos futura cogita-

re ? Sur quoi Montagne afait cette réflexion : Un soin e.itréi.v:

' tierd l'homme ét allonger sOn être. Il fa pourvu par toutes ses

pièces. Pour les corps , sonllés sépultntcs ; pour les noms , la

gloire. Il à employé toutes ses opinions à se rebâtir impa- *

tient de. sa fortune , et à s’ étayer. L'âme,va quêtant de toutes

parts des consolations oit elle s’attache et se plante. Mon-

t;iguc en devait conclure la grandeur d’un que rien de

péribsuhlc m: peut contenter.

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CHANT ir. ^3^

Que ne puisTje prétendre à votre illustre sort ,

O vous dont les grands noms sont exempts de la mort S Eh ! pourquoi dévorp par Cette folle envie , •

Vais-je étendre mes vœux au-delà de mâ vie?

Par de brillans travaux je cherche à "dissiper Cette nuit dont le temps me doit envelopper.

Des siècles à venir je m’occupe sans cesse :

Ce qu’ils diront de moi m’agite ’et m’intéresse* . . Je veux m’étemiser ; et, dans ma vanité , .

J’apprends que je suis fait pour l’immortalité.

De tout bien qiii périt mon âme est mécontente. '

Grand Dieu ! c’est donc à toi de remplir mon attente. Si je dois me borner aux plaisirs d’un instant;^

Fallait-il pour si peu m’appeler du néant?,

Et si j’attends en vain une gloire immortelle « Fallait-il me doimer un^cœur qui n’aimât qu’elle ? “ Que dis-je ? libre en tout, je fais ce' que je veux i Mais dépend-il de moi de vouloir être, heureux ?

Pour le vouloir , je sens que je ne suis plus libre^> C’est alors qu’en mon cœur il n’est plus d’équilibre ÿ Et qu’aspirant toujours. à la félicité , *

Dans mon ambition je suis nécessité. >

Quoi ! Ü’homme h’ est-il pas l’ouvrage d’un bon maître ? Puisqu’il veut être heureux , il est donc fait pour l’être. Sur la terre , il est vrai , je vois dans le malhenr '

La vertu "gémissante , et le vice en honneur ;

Mais j’élève mes yeux vers ce Maître suprême’ . '

/apprends que je suis fait, etc. Celte preuve frappait Saint- Evremond. Za/>/’e«('c,dit-il,/a plus sensible que j’aie trouvée de l’immortalité de r âme , est le désir que j’ai de toujours être.

38 LA RFiLlGION ,

Et je le reconnaîé dans ce désordre même.

S’il le permèt , il doit le réparer un jdur.

Il veut que -l’hommé espère oin plus heureuît séjour.

Oui , pour un autre temps , l’Etre juste et sévère ,

'Ainsi que sa bonté réserve sa colère.

Pères des fictions , des poètes menteurs De ces dogmes , dit-on , furent les inventeurs :

Et sitôt que ja Grèce , ivre de son Homère ,

Eut de l’empire sombre admiré la chimère ,

Le peuple qu’effrayaient Tisiphone et ses sœurs , D’un’ charmant Elysée espéra 4es douceurs.

PlutQn fut leur ouvrage , et leurs mains , je l’avoue , Etendirent jadis Ixion sur sa roue.

L’onde affreuse du Styx qui coulait sous leurs lois , .Ferma les noirs cachots qu’elle entoura neuf fois.

Ils livrèrent Tantale à des ondes perfides ,

Qui s’échappaient sans cesse à ses lèvres arides.

Par l’ume de Minos et ses arrêts cruels , * •

Ils jetèrent l’effroi dans l’âmé des mortels.

11% leur firent entendre une ombré malheureuse ,

Qui , poussant vers le ciel une voix douloureuse ,

. Et sitôt que la Grèce , etc. Les poètes ont conservé par leurs fables la tradition universel!? de l’immortalité de l'âme. C’est ce que dit Cicéron : Permanereanimos arbilramur, consensu nationum omnium : quâ in sede maneant , qualesque sintf, ratione discendum est : cujus ignoratio finxit injcros....inde Homeri Iota ve'AoixAndein 'vicinidnosirà Ancr- /ii/acu5. Et de là aussi la description des enfers dans Platon , qui dépeint lé séjour des justes él le séjour des méchans. ' Ceux qui ont commis des crimes qui peuvent être expiés par des pciues passagères, n’y restent qu’un an.'

CHANT ri. 39

S’écriait ; Parles maux que je souffre' en cest lieux , yipprenez , 0 mortels l .ft 'respecter les dieux !

Hardis fabricateurs de mensooges utUes ,

Eussent-ils pu trouver des auditeùrs dociles ,

Sans la secrète voix , plus fprte que la leur.,

Cette voix qui nous crie au fond de notre coeur Qu’un juge nous attend , dont la main équitable Tient de nos actions lé compte redoutable ?. •

Il ne laissera point l’innocent en ouJ)li :

£.spérons et souffrons ; tout sera rétabli. ‘ '

L’attente d’un vengeur qui console Socrate ^

Lui fait subir l’arrêt de sa patrie ingrate. .

Proscrit par l’injustice , il expire content ;

Et je l’admirerais jusqu’au dcrnieyinstant ,

S’il ne iqe nommait pas , ô demande frivole !

La victime qu’il vJeat què pour lui l’on immole. .

Que notre esprit est faible , et s’égare aisément !

Mais , que dis-je,? le mien s’égare en ce moment : De l’immortalité tes promesses pompeuses , ^ '

Apprenez, 6 mortels, etc. Virgile dépeint un impie dans le» Tartare, qui s’écrie ; ' ^ .

Discitc justitiam moniù , et non temnere Divôs. .

La 'victime qu d 'veut , etc. Socrate , qui parait si admrrabl%daus le récit que Platon fait de sa mort , finit ce fameux discDui's , en demandant qu’on offr^ un coq à Esenlape. Ceux qui çe peuvent sé persuader que la dernière' parole de ce héros de l’antiquité ait été si puérile ,,y cherchent un sens îijjégorique ; mais ce sens est bien enveloppé', et la réponse de Critou : Nous ferons ce que vous souhaitez , fait voir qu’il prend la parole de Socrate dans, le sens naturel , c’esl-à-dii'e dans le sens superxtilienx.

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