‹ La religion primitive des Indo-EuropéensChapitre 12 sur 50 · L\ RELIGION PRIMITIVE · texte numérisé non relu

L\ RELIGION PRIMITIVE

nement du monde, peuvent être assimilés, soit aux Richis des Védas qui assistent Agni lors de la création du monde, soit aux Angiras avec le concours desquels Indra découvre le soleil caché dans le sein des eaux et, saisissant cet astre de sa main droite, le place dans le firmament (1), soit à quelques autres divinités du panthéon védique, telles que les Marouts, les Vasous, les Adityas, les Ribbhous (2), les Mitras (3), les Viswadévas, etc.

Le dieu supérieur, tantôt Iqdra, tantôt Agni, tantôt un autre déva placé au premier rang, a créé ces divinités secondaires, les dirige, les soutient, leur impose ses volontés : « Indra, » maître des Vasous, tu commandes aux Vasous; maître des » Mitras, tu soutiens les Mitras ; entends-toi avec les Marouts » et viens selon l'usage goûter nos holocaustes (4). »

Les Amschaspands, les Izeds et tous les génies secondaires habitants du royaume eéleste ou. terrestre d'Ahoura-Mazda, sont de même, selon Zoroastre, des créations'du Dieu suprême, qui les commande, les dirige et marche à leur tête contre les génies du mal (5).

Les Marouts des Védas, personnifications des vents, sont des dieux rapides, chargés de belles armes et de magnifiques ornements ; dans leurs mains brillent des cimeterres , des arcs, de riches armures protègent leurs membres (6); couverts d'yeux innombrables, ils sont les divins gardiens du monde (7) ; leurs yeux toujours ouverts ne succombent jamais au som* meil (8).

Les génieis célestes des Herses^ les Amschaspands, les Izeds^ les Ferouers sont réprésentés sous la même forme et par des

(1) RiG, H, 58.

(p) Bun.^ocF, Comineïit. du Yaçna^ p. 571.

(6) RiG, III, 110, 270.

images analogues. Mithra, chef des Izeds, est un guerrier fort et redoutable, un soldat élevé qui monte un coursier rapide ; il est le plus brillant des héros, le plus héroïque et le plus res^ plendissant des vainqueurs; ses dix mille yeux embrassent Tunivers de leurs regards étincelants (1).

Ainsi qu*on Ta remarqué, les Marouts,qui forment sept divi* sioDs composées chacune de sept personnages divins, ont founii le type de la hiérarchie angéliquemazdéenne, adoptée plus tard en Occident (2).

De toutes les divinités védiques ce sont peut être les Adityas qui offrent le plus grand nombre d'analogies avec les Amschaspands, les plus élevés des dieux secondaires du zoroastrisme. Les Adityas, comme les Amschaspands, sont les premières divinités, les dii majores après le dieu supérieur. Ces deux classes de divinités furent, à une certaine époque, composées chacune de sept membres ; plus tard, le nombre des Adityas fut porté à douze par analogie avec les douze formes solaires qu'ils réprésentaient. *

Les Adilyas sont généralement considérés comme fils de la terre ou d'Aditi, mais il n'en avait pas toujours été ainsi, et cette conception naturaliste parait avoir été précédée d'une autre plus ancienne et plus en rapport avec l'idée mazdéenne sur la nature des dieux du second ordre. M. Langlois nous apprend, en effet, dans sa traduction du Harivamsa, que les Adityas, qui, dans l'origine ou du moins dans un âge antérieur^ s'appelaient Tuchita {àesu ou chu, produit) se réunirent pour renaître dans l'âge suivant d'une mère de leur choix et devinrent ainsi enfants d'Aditi.

Dans cette tradition antérieure, les dieux secondaires ou Tuchitas étaient sans doute considérés soit comme àes produits directs du dieu suprême (on peut le conclure de Tétymologie de leur-nom), soit comme des dieux créateursi producteurs en

(1) Langlois, Mémoire sur le Soma,

(2) RiG-VÉDA, I, p. 585, note:

général, analogues aux Ahouras^ aux Mazdas^ aux Cavis et aux autres génies de Tantique religion des Ariens. La tradition plus récente qui les faisait fils de la terre ou delà nature, dut prendre naissance avec le naturalisme ou culte des Dévas, et c*est par un développement de cette deuxième conception que ces dieux furent plus tard assimilés aux douze formes solaires.

Du reste, malgré la filiation terrestre et matérielle qu'on leur attribuait, les Adityas conservèrent toujours leur caractère élevé de dieux célestes et, sous ce rapport, ils étaient considérés comme supérieurs à tous les autres Dévas, Indra excepté.

Le naturalisme donna aux dieux secondaires des noms empruntés aux diverses modifications de la lumière solaire ; tels que Varouna^ Bagha^ Pouchan^ Mitra, Aryaman. Le culte plus spiritualiste des tribus iraniennes personnifia dans ces divinités les vertus, les perfections divines : la bienveillance, Bahman; la vérité, Ardibehescht ; l'équité, Shariver; la soumission, Sapandomad ; la force productrice et Timmortalité, Khordad et Amerdad, furent les Amschaspands^ c'est-à-dire les « Immortels excellents, » les dieux les plus vénérés de la religion des Perses après le dieu suprême.

Toutefois, si deux tendances opposées, la tendance naturaliste d'un côté, la tendance spiritualiste de l'autre, dominent dans les deux cultes, elles n'y dominent pas d'une manière absolue et exclusive : les attributs moraux ne manquent pas plus aux dieux matériels des Védas que les attributs physiques aux Amschaspands spirituels de l'Avesta.

Ainsi les Adityas sont, comme les dieux de la Perse, jmrs et saints (1). Ce sont des dieux adorables, dignes de nos hommages et de nos chants (2) ; des divinités sages, puissantes et généreuses (3), Ils ouvrent la voie à Vimmortalité (4). Us sont

(1) Zend-Avest., Ï, II, p. 129, 130.

(2) Rmj, 1, 23.

saints^ irréprochables^ invincibles. Ces attributs moraux des Âdityas sont, pour la plupart, ceux mêmes qui ont été divinisés dans la création des Âmschaspands. Les génies de la Perse peuvent, eux aussi, sous plusieurs rapports, être considérés comme des réprésentations de certains principes matériels, de certaines forces physiques; ils ont du moins, chacun dans ses attributions, le soin de quelques-unes des parties de la création terrestre : Bahman est chargé du soin des bestiaux, Ardibehescht^ de celui du feu; Shariver préside aux métaux, Sapandomad, à la terre, Khordad à Teau, Amerdad aux arbres et aux plantes, à la végétation en général (1).

Ces attributions relative^ à la vie matérielle ne furent point, comme on Ta affirmé, données à ces divinités à une époque postérieure ; elles ont été successivement mieux déterminées et plus nettement définies, mais, dès Tépoque des GftthAs, nous voyons Armaiti (Sapandomad, Tâme de la terre et le dévouement) créant elle-même le monde des corps et venant au secours de la vie terrestre (2)^ Il est dit ailleurs que les génies supérieurs, les Mazdas^ peuvent faire jouir f homme juste de la pleine possession de la vie terrestre (3). De là à leur attribuer une action déterminée sur les diverses parties de la création, il n'y a qu'un pas ; aussi le Yendidad déclare-t-il que les Âmschaspands sont (c des rois germes des eaux^ » c'est-à-dire de la fécondité qui résulte de l'élément humide, « ils sont les maîtres de la création et les protecteurs de ses diverses par-ties{A). » On pourrait presque dire d'eux, comme des Adityas, qu'ils constituent le monde (5).

La conclusion de ces observations, c'est qu'un double élément, l'élément naturaliste et l'élément spiritualiste, a dû présider dans l'origine à la réalisation de la conception divine

(1) Zend-Avesta., II, 32.

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