‹ La religion primitive des Indo-EuropéensChapitre 15 sur 50 · DE LA RELIGION PRIMITIVE · texte numérisé non relu

DE LA RELIGION PRIMITIVE

le tribut à la mort et qui serait allé dans le séjour des âmes, dont il est devenu le roi. Un bymne du Rig-Véda nous offre entre Yama et sa sœur Yami un dialogue dont certains passages ra{>pellent le mythe d'Eve voulant séduire Adam (1).

H. Langlois combat l'opinion de M. Roth. Il me parait eepeiH dant que les Yédas offrent des traces certaines de la notion d*après laquelle Yama est le premier des hommes auquel ail été révélée la loi divine, et que, sur ce point encore, les traditions védiques et mazdéennes sont en parfait accord. Contentonsnous de rappeler ici les passages suivants :

ce Le fils de Yivaswan, le royal Yama, traverse les grands » abimes, il est la voie et le rendez-vous des nations. »

« Yarnûy le premier, nous indique la route que nous suivons y> tous infailliblement (3). )>

M. E. Bumouf, dans ses études sur la langue et les textes zends, a parfaitement démontré que le Yima perse était le Djemsehid de la tradition postérieure, il résulte de ses travaux que trois des noms les plus fameux mentionnés dans le Schanamed, Jemschidy Féridun et Gurshap^ appartiennent à trois héros mentionnés dans TAvesta comme les représentants de trois divinités ou de trois générations primitives de l'humanité : Yima^ Thraetâna et Keres^aspa, et que les prototypes de ces mythes doivent être cherchés dans les Yama, Trita et Krisasva des Yédas. En effet, de même qu'en sanscrit le père de Yama est Vivasvatf ainsi, dans les textes zends, Yima esl^issu de Ftvanghat. Le père du Thraetâna perse est Athwya, et le nom patronymique du Trita védique est Aptya. Le savant linguiste explique la transformation de Thraetâna en Féridun en montrant que la fonne pehlevi du mot, tel que l'a donnée Nâriosengh, est Phredun. Roth, Benfey et Weber, poursuivant ces rapprochements, ont depuis signalé de nouveaux traits de ressemblance entre ces héros védiques et ceux de TAvesta. Leurs

(1) RiG, IV, 232.

(2) RiG, IV, p. 151.

savants travaux mettent hor» de doute Fanalogie complète de ces divers personnages mythologiques*

Considéré comme jnge des morts^ Yama jone le rôle de l'Hadèsou nuton des Grecs ; quelquefois même, sous le nom de Mrityou, il devient la mort personnifiée (1). Dans cette dernière acception, il est considéré comme le roi des mânes, appelés dans rinde Pitris, chez les Perses Férouers ou Fravasiiis.

Ces derniers personnages oii génies divins nous apparaissent sous un double aspect qu'il importe de spécifier ; ils sont nonseulement les mânes des ancêtres, mais encore les prototypes de toutes les créatures, de tous les êtres intelligents, soit divins, soit humains.

En ce qui concerne les Férouers du mazdéisme, ces deux caractères ne sauraient être contestés : « Le férouer, dit H. Burnouf, est le type divin de chacun des êtres doués d'intelligence, son idée dans la pensée d'Ormuzd, le génie supérieur qui rinspire et veille sur lui. On voit dans les anciens monuments de Persépolis l'image sensible de cette idée dans la figure même du férouer qui se tient toujours au-dessus de celle du roi, s'élève et croît pour ainsi dire au-dessus de lui, en le représentant, dans la région supérieure, tel qu'il existe dans la région inférieure (2).

M. Spiégel pense également que l'on doit entendre par Férouers les âmes des morts, aussi bien que celles des hommes encore à nattre, âmes, qui, du moins d'après les opinions postérieures des Parsesy ont été créées par Dieu dès l'origine des choses et descendent successivement sur la terre. Elles retournent ensuite à Ahoura-Mazda et, se tenant devant son trône, elles intercèdent auprès de lui pour le salut des mortels (3).

Les Pitris des Védas, comme les Férouers de la Perse, sont des génies « exempts de colère, parfaitement purs, toujours chastes comme des novices, ayant déposé les armes, doués des

(1) Rig-Véda, IV, 161.

(2) Yaç.\a, p. 260.

(3) Spiégel-Avesta, h, p. 15.

Page 1