‹ La religion primitive des Indo-EuropéensChapitre 17 sur 50 · II. — UEau · texte numérisé non relu

II. — UEau

Les eaux, dans tous les cultes des populations issues de la race arienne, figurent au nombre des divinités terrestres; elles sont invoquées dans les Yédas comme des déesses salutaires et curatives, comme augmentant la force des héros» comme utiles aux sacrifices, comme purifiant de toute souillure, comme les mères des êtres, etc. (2).

Dans le iescht de l'eau des livres zends, l'eau est de même qualifiée de pure, de bienfaisante, de secourable, de douce, de couleur d'or, de transparente; c'est une sainte reine^ fille d'Ormuzd, amour du Dieu suprême, donnée pour le bien de la nature et pour la destruction des êtres impurs (3).

Les Indiens, comme les Perses, placent la source de toutes les eaux sur une montagne céleste, séjour de la divinité.

(1) Gathas, xliv, f 8.

(2) RiG, IV, p. 423.- Id. III, 99, 101. — Id. i, 39, 38.

(3) ZendAvesta, trad. d'Anquetil.

VAlbordi des Perses correspond parfaitement au Mérou des lodous (1); de métne qae la tradition de ceuK-ci divisait la terre en sept Dwipas ou iles, de même les livres zends et peblvis reconnaissent sept omtrées groupées également autour du sommet divin. De ia source divine Ardamour^ située au sommet de TAlbordi et au pied du trtoe d'Qrmuzd, découlent tous les J9euves, toutes les rivières^ toiUies les eaux qui arrosent la terre («).

Les Anens considéraient l'eau (XMUDe l'un des éléments primitifs de Tunivers, et ils avaient consigné cette croyance dans leurs livres sacrés (3), longtemps avant que, dans la cosmogonie qui sert de début au livre de Manou, les eaux fussent décrites comme la première création de foabma, qui est dit : Ai se mouvant sur les eaux »> (Nàrâyana). La goutte de soma personnifiée recevait eUennéme le nom d'indou, et était considérée comme l'un des principes créateurs de tous les êtres. Les deux noms d'Indou et de Soma désignent ordinairement, dans les commentaires des lois de Manou , Tchandra , dieu de la lune , le même que Taschter des Perses (4). Dans toutes les anciennes cosmogonies, la lune représente de même le principe féminin et humide. Chez les Perses, VAlbordU la source de toutes les eaux , est également assimilée au principe femelle. Mériosen^ l'appelle Vized des feimmes^ dénomination qui se rapporte évidemment à la notion exprimée à chaque page du Zend-Avesta, que l'eau est le grand principe fécondant de la nature. Ainsi que le remarque M. E. Burnoof , la montagne qui la renferme et qui est un objet de culte, peut être appelée le Génie des femmes dans une religion oii chacun des êtres qui composent l'univers visible a son type et son génie dans le monde supérieur (8). Les Apsaras ou nymphes des Védas,

(1) RiG, I, 28. — Nève, Rihhavat. — E. Burmouf, Y(içna.

(2) Greozer, 1, 702, note. — Les Yédas parlent de 6 inondes ; les Gàthfts, de 6 régions. Rio, i, 389. — Gathas, xxix, î 7.

(3) Vendidad, p. 386, n*» 2, 344, n' 1. — Ieschtz Saoès, xx, 97, 78.

(4) Manoo, p. 86, n» 4.

(5) E. BuRNOUF, Yaçna,

analogiies aux nyaiphes grecques , compagnes d'Aphrodite, et coiDffle celtesHci pleines de grâce, de jeunesse et de beauté, dérivent de cette assimilation du principe humide au principe féminin (i).

Le Sùma ou Siadhou des Védas, personnification masculine du principe humide, représenté par la libation, est devenu le Htndu des textes eends, le Hidhus des inscriptions monnmenuleç de Persépolis, Y Indus delà géographie européenne. C'est le nom du fleuve par excelleflce, du fleuve sacré sur les bords duquel se sont arrêtées longtemps les migrations des Ariens (3).

L'Indra védique lutte souvent pour la conquête des eaux; Aht, le dragon vaincu par Indra, est appelé a Y enfant des eaux assis dans les uirs à la source des fleuves (3) ; Sauchna^ un autre ennemi d'Indra, un allié des Asouras, est la personuification delà sécheresse. Dans les livres perses, Ta^^^i^er combat, comme Indra, pour faire couler les eaux. Aidé par Hom (Soma) et par Bebram (Vritahan), il terrasse le mauvais génie qui arrêtait Teau , <( la fille royale d'Orouizd. » Toujours fort et saint, il distribue la pluie^ donne les germes et les sucs, et chasse tous les maux (4).

Taschtery comme TwuiAtri ou Vricban des Védas, est représenté sous la forme d'un taureau. Ses cornes figurent le croissant de la lune, astre qui préside à Télément humide, ou bien peut-être font-elles allusion à l'impétuosité du taureau comparable à celle des flots. Dans la Grèce, les fleuves, TOcéan étaient de même symbolisés dans des divinités à cornes ou a tête de taureau. On les représentait aussi sous la forme d'un serpent analogue à l'Ahi védique.

Trita Apiya^ persomiage qui se retrouve dans les Védas et dans l'Avesta, est une autre pecsoiaiiificatioB de l'élément bu-

(l) A. Maurt, Relig, de la Grèee^ I, p. 156 et s. (-2) Nève, Rihhavas,p,2Q,2{.

(3J RiG,i, 56, 57-438; — 11,317.

(4) Langlois : Mém. sur le Soma.

r,i LA RELIGION PRIMITIVE

mide analc^e à Tasebter ou à Twaehtri. Son doid, sei^ étyrooiogistes, sipifie celui qui est né au milieu des eaux. Les Tritons el rAnipbytrite de la mythologie grecque, de même que répithète de Tritogénie, donnée à Hinenre chez les Minyens, dérivent du même ordre de conceptions et de la méaie racine que Trito, du sanscrit Trit, Tri^ rive, rivage.

Trita, selon les Hindous, était le vainqueur d'un dragon monstrueux. La même tradition existait chez les Perses relativement à Thraotaano^ qui, sous le nom de Tkrita, était devenu FEsculape des Mazdéens, le vainqueur de la fièvre brûlante, ae la mort, infernales inventions du prince du mal (i). Sur les rapports de Hitbra avec Trita, on peut voir Creuzer, I, p. 733, n*4.

« Les eaux ne sont pas douées, dans Tesprit des poètes védiques, du même degré de puissance qu'ils attribuent aux grands corps lumineux, aux antiques Dévas, mais elles paraissent avoir été associées dans de semblables invocations à tous les êtres dont l'homme enfant, le pasteur hindou, voyait l'espace peuplé autour de lui. Les eaux sont appelées à la suite des puissances célestes pour concourir au bien-être des habitants de la terre, elles communiquent la fécondité, donnent la force et rendent la santé à tous les êtres vivants (3). »

Dans le mazdéisme, les amschaspands Khordad et Amerdad. toujours unis dans les invocations , représentent le principe humide et fécondant. Khordad est souvent assimilé à Teau (3). Selon Plutarque, le sixième amschaspand serait celui de la richesse , et celte désignation s'applique bien au principe humide , source de toute fécondité. Nériosengh appelle cet amschaspand « l'immortel, le maître des eaux , celui qui produit r> tout, qui fait couler les eaux. » Amerdad^ de son côté, reçoit les titres « d'immortel, de maître des arbres. » M. E. Bumouf nous apprend que ces deux adjectifs, Khordad et Amerdad^

(1) Vexdidad, XX, g 11, 14. — Spiegel, Avesta^ I, p. 255. (-2) NfevE, Ribhavcu.

(3) AVESTA, p. 103.

DES INDO-Eu/oPÉENS. «5

dont' on a fait le nom de dcfux génies célestes, signifient « celui qui produit tout et celui qui donne la vie, » > L'Àvesta,. ainsi que les Yéd^set la loi de Manou, considère

L- parfois l'eau comme le principe de toutes choses. Le monde le est représenté comme étant en^ndré de Teau ou comme flottant sur les eaux (1). L'eau donnVla vie à toute la nature ; par elle, Ormuzd procure la force et l'^ondance à tous les êtres créés. Le Boundehesch dit que l'eau et le feu sont les pre- I mières créations du Temps sans bornes ; de leur mélange naquit

Ormuzd, On doit prier les eaux avec le soleil, le feu, les astres, la terre; Tiescht de l'eau doit se récitera tous'ie^^ gabs du jour (2). ^

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